GOMMES
lacée, mais qui en diffère par plusieurs propriétés; on lui a donné le nom de Uchénine. On Textrait ordinairement du lichen d'Islande ; on fait digérer, pendant 24 heures, le lichen haché, avec 30 fois son poids d*eau froide à laquelle on a ajouté un peu de carbonate de soude, et Ton répète ce lavage jusqu'à ce que les eaux ne présentent plus de saveur amère. On fait alors bouillir le lichen avec 40 fois son poids d'eau, la liqueur bouillante est exprimée dans un linge, et se prend, par le refroidissement, en une gelée incolore. Cette gelée, desséchée, se change en une matière transparente, dure et cassante, soluble dans l'eau bouillante. L'alcool la précipite de cette dissolution. Si l'on prolonge longtemps Tébullition d'une dissolution de lichénine, celle-ci ne se précipite plus par le refroidissement, et elle est transformée en une matière gommease. La lichénine se dissout facilement dans les acides ; ceux-ci la transforment en sucre à la température de l'ébullition ; chauffée avec de l'acide azotique un peu étendu, elle donne de l'acide oxalique.
La lichénine gélatineuse est teinte en bleu par l'iode.
«•■unes, C^H'^0*®.
§ 4330. On donne le nom de gommes à certaines substances, encore imparfaitement étudiées, qui découlent des arbres. Ces substances présentent la même composition élémentaire que la matière amylacée, mais elles en diffèrent par plusieurs propriétés chimiques. Ainsi, la matière amylacée et ses congénères donnent par Tacide azotique de l'acide oxalique, tandis que, dans les mêmes circonstances, les gommes donnent, à la fois, de l'acide oxalique et un acide particulier, Vacide mucique.
On peut distinguer trois espèces de gommes .
^'^ La gopfime arabique ou arcibine;
2<* La gomme de nos arbres à fruits indigènes ou c^rostne,
3* La gomme adragante, dont le principe essentiel a reçu le nom de bassorine.
La gomme arabique est exsudée, à Tétat d'une dissolution visqueuse, par certaines espèces d'acacias; la matière se coagule et se dessèche sur F arbre ; la plus grande partie de cette gomme nous vient du Sénégal.
La gomme arabique forme des petites masses arrondies, à cassure conchoïde et vitreuse, dont la saveur est fade et douceâtre. Elle se dissout, en toute proportion, dans l'eau et lui donne une consistance particulière, appelée consistance gommêose, La dissolution, lente dans l'eau froide, se fait rapidement dans l'eau bouil- IV 12
i34 GOMMES.
lante ; la liqueur, soumise à Tévaporation, devient de plus en plus visqueuse et finit par se solidifier en une masse transparente qui ne présente aucune trace de cristallisation.
La gomme arabique la plus pure du commerce a toujours une nuance légèrement jaunâtre ; mais on rol)tient parfaitement incolore en faisant passer du chlore à travers une dissolution bouillante de gomme et desséchant de nouveau la matière. La gomme arabique est insoluble dans l'alcool et dans Téther ; elle se précipite de ses dissolutions aqueuses lorsqu'on y verse de Talcool ; c'est un moyen que l'on emploie quelquefois dans les analyses immédiates pour séparer la gomme des sucres, lesquels se dissolvent, au contraire, facilement dans l'alcool un peu étendu. La gomme arabiquç, dissoute dans l'eau, exerce un pouvoir ro ta toire dirigé vers la gauche.
La gomme arabique, desséchée à 4 30^ dans le vide, présente la même composition élémentaire que la matière amylacée séchée dans les mêmes circonstances; sa formule est donc G'*H'*^0*®, ou un multiple. La potasse caustique coagule une dissolution concentrée de gomme arabique ; si cette dissolution est étendue, il ne se forme pas de précipité, mais en ajoutant ensuite de l'alcool , il se dépose une combinaison de gomme avec la potasse. Du sous-acétate de plomb, versé. dans une dissolution de gomme arabique, donne un précipité blanc qui a pour formule PbO.C"H'**0'**. La gomme arabique se comporte donc dans ces circonstances comme un acide.
L'acide sulfurique introduit à froid dans une solution aqueuse de gomme arabique intervertit lentement son pouvoir rotatoire primitif, et le fait passer de la gauche vers la droite. L'inversion est plus rapide à chaud, et si l'on fait alors bouillir la liqueur, la goriime ainsi modifiée se change finalement en un sucre fermentescible, qui exerce aussi un pouvoir rotatoire dans ce dernier sens. La transformation se fait en passant par une suite d'états intermédiaires que l'on peut saisir, en saturant l'acide par la craie, et précipitant par l'alcool la substance déjà modifiée partiellement.
Les cerisiers, les pruniers et plusieurs autres arbres à fruits de nos climats, laissent exsuder une matière visqueuse, qui se solidifie à l'air et donne une gomme appelée cérasine ou gomme du pays. Cette gomme est probablement un mélange de plusieurs substances ; elle se gonfle dans l'eau froide, mais s'y dissout très-diflficilement. Lorsqu'on la soumet pendant longtemps à l'eau bouillante, une portion notable se dissout, et la partie dissoute présente la plus grande ressemblance avec l'arabine.
La gomme adragante s'écoule de certains petits végétaux, nom mes astragales, que l'on cultive principalement eh Orient ; elle en
SUCRES. i35
sort à l'état d'un suc gommeux , très-épais , qui , en se solidifiant, forme des petites lanières contournées. Cette gomme est probablement encore un mélange de plusieurs substances ; on a donné le nom de bassorine à celle de ces substances qui y domine et que Ton regarde comme son principe essentiel. La bassorine ne se dissout pas dans l'eau, même à la température de Tébullition, mais elle s'y gonfle beaucoup et se change en une matière gélatineuse. Elle se dissbut rapidement dans les alcalis ; Tacide sulfurique étendu, à la température de Tébullition, là change en glucose.
La cérasine et la bassorine donnent, par l'acide nitrique, un mélange d'acide oxalique et d'acide mucique. Cette formation de IV dde mucique, qu'il est facile de constater, parce que cet acide est insoluble dans l'eau froide , est un caractère très-net par lequel les gommes se distinguent des matières amylacées.
L!iode ne colore pas les gommes lorsqu'elles sont pures; la gomme adragante prend souvent une teinte bleue ; mais il est facile de reconnaître que cette coloration tient à la présence de quelques grains de fécule.
Mucilage végétal,
§ 4334. Plusieurs graines, telles que la graine de lin, quelques feuilles , tiges et racines de végétaux , comme la mauve , la guimauve, la bourrache, etc., etc., lorsqu'on les fait macérer dans l'eau froide, ou mieux, dans l'eau bouillante, donnent des liqueurs gommeuses et filantes, dans lesquelles Talcool produit un précipité gélatineux , dont la nature n'a pas été bien déterminée. On donne ordinairement à ces matières le nom collectif de mucilage végétal. Le mucilage de la graine de lin, desséché, présente la même composition élémentaire que la matière amylacée et les gommes.