‹ Cours élémentaire de chimieChapitre 34 sur 143 · ÉTHER · texte numérisé non relu

ÉTHER

admettre que l'âcide sulfurique exerce ici une action de présence, une action cataly tique ; ce qui est mettre un mot à la place d*un fait. '

L'acide phosphorique, en dissolution très-concentrée, transforme également à chaud l'alcool en éther et en eau, maisFeau est retenue par Tacide phosphorique, et, lorsque celui-ci est suffisamment hydraté, il n'agit plus sur l'alcool. Plusieurs chlorures et fluorures, par exemple le chlorure de bore , opèrent la même transformation. Quelques chlorures métalliques la déterminent également. Le chlorure de zinc anhydre se dissout en grande proportioi^ dans l'alcool ; si l'on soumet la liqueur à la distillation, 11 passe d'abord de Talcool, mais, la température s'éleva nt bientôt au-dessus de 200®, il se forme beaucoup d'éther qui distille avec de l'eau. Si l'on continue à chauflFer , il passe avec Téther deux hydrogènes carbonés : l'un bout au-dessous de 4 00® , et a pour formule C*H*, sa densité de vapeur est 3,96; le second a une consistance huileuse, il bout vers 300® et a pour formule C'H'^. Il est à remarquer que ■C«H»+C»H'^=4Cm®0«— 8H0-, ainsi, 4 éq. d'alcool donneraient 1 éq. de chacun de ces corps, en perdant 8 éq. d'eau.

On emploie pour la préparation en grand de l'éther un procédé continu, analogue à celui que nous avons décrit (page 492); mais on s'arrête lorsque l'acide sulfurique a transformé en éther un poids . d'alcool 30 à 40 fois plus considérable que le sien ; si l'on continuait plus longtemps, l'éther serait impur et renfermerait une proportion notable d'huile de vin. L'éther que l'on recueille dans le récipient est agité avec un peu d'eau qui dissout la plus grande partie de l'alcool qu'il renferme : on le mêle ensuite avec un lait de chaux , et , après l'avoir laissé en contact pendant quelque temps, on le distille au bain- marie. La chaux retient les produits acides que l'éther peut contenir ; mais l'éther distillé retient de l'eau et de l'alcool. Pour le débarrasser complètement de ces deux substances, il faut le faire digérer avec une grande quantité de chlorure de calcium pulvérisé et le distiller au bain-marie.

Lorsque l'alcool que l'on veut transformer en éther renferme beaucoup d'eau ou que l'acide sulfurique est très-aqueux, la production de l'éther n'a plus lieu, et il passe de l'eau et de l'alcool à la distillation. Si l'alcool est en excès , ce liquide passe intact jusqu'à ce que le résidu renferme l'alcool et l'acide sulfurique dans les proportions convenables pour la production de l'éther, et c'est alors que la transformation ordinaire en éther et en eau commence.

Lorsqu'on rectifie, sur de la chaux, des quantités considérables d'éther brut, il reste dans le vase distillatoire un liquide oléagineux jaunâtre, qui, distillé plusieurs fois sur de la chaux, puis sur du

ËTHER. 197

potagsiain, devient fluide et complètement incolore. La densité de ce liqaide est 0,897 ; il bout à 285^ Sa formule est C^^^H'*, la densité de n Tapeur 9,52. Il est probable que cet hydrogène carboné est fourni par ralcool impur employé à la préparation de Téther.

$4375. L'étberestun liquide incolore, très-fluide, d'une odeur Thre et agréable, d'une saveur acre et brûlante. Sa densité à 0® est 0,736. Il bout à 35^,5 sous la pression de 0'",760. La densité de sa vapeur est 2,586. Sa composition est représentée par

4 éq. carbone 300,0 65,31

5 » hydrogène 62,5 13,33

4 » oxygène 100,0 21,36

I vol. de vapeur d'éther renferme :

2 vol. vapeur de carbone 1 ,6580

5 » hydrogène 0,3465

{ » oxygène 0,5528

8Ôn équivalent C^H'^O est donc représenté par 2 vol. de vapeur.

L'éther est très-inflammable ; il brûle avec une flamme douée d un certain éclat, et qui dépose du noir de fumée sur les corps froids que l'on y introduit. Ils*évapore rapidement à Tair, parce qu'il est très-volalil, et donne alors des mélanges détonants qui ont souvent causé de graves accidents.

L'éther est facilement alléré par l'oxygène de l'air, qui le trans- [ forme en acide acétique. Pour le conserver à l'état de pureté, il faut le mettre dans des flacons bouchés , qu'il remplisse entièrement, ou mieux, dans des tubes fermés hermétiquement à la lampe. Cette altération est plus rapide sous Tinfluence des bases alcalines. L'éther se dissout dans 9 parties d'eau ; si l'on ajoute une plus grande quantité d'éther, la portion qui échappe à la dissolution forme une couche aa-dessus du liquide aqueux. L'éther dissout également une petite quantité d'eau. L'alcool et Téther se dissolvent mutuellement en toutes proportions.

L'éther dissout environ -^ de soufre et -^ de phosphore; ces corps i s'en séparent, sous forme de cristaux par Tévaporation. Le chlore et I le brome agissent vivement sur l'éther, et donnent des produits par- I ticnliers que nous étudierons bientôt. L'iode se dissout d'abord sim- ; plement dans l'éther, mais, au bout de quelque temps, il s'altère. L'éther agit vivement sur l'économie animale ; il produit l'ivresse.

198 HTDROGÈNE BICARBONÉ.

Sa vapeur est promptemcnt absorbée par les organes respiratoires, el détermine biealât une espèce d'ivresse, accompagnée d'insensibilité. On a utilisé, dans ces derniers temps, cette action remarquable de la vapeur d'éther pour rendre insensibles les personnes qui doivent subir des opérations chirurgicales.

Brdragènc McarhMié on «m •léflant, C'HV

§ (376. Lorsqu'on fait agir un excès d'acide sulfurique concentré sur l'alcool, à une température de i 60* ou au-dessus, il ne se forme plus que très-peu d'éther, mais il se produit un hydrogène carboné gazeux qui a pour formule CW. Si l'on compare la formule de cet hydrogène carboné à celle de l'alcool, on est porté à expliquer cette décomposition en disant que l'acide sulfurique détermine ta formation de i éq. d'eau, qui se combinent avec lui , et qu'il met en liberté l'hydrogène bicaiboné C'H* :

Mais l'expérience suivante semble contredire cette explication. On a placé dans le ballon A (flg. 676) de l'acide sulfurique concentré, au-

quel on a ajouté une quantité d'eau telle que le mélange entre en ébullilion vers 160° (il faut prendre pour cela (00 parties d'acide sulfurique monohydraléet 30 parties d'eau) ; on chauffe cet acide à l'ébullition. Le ballon B renferme de l'alcool absolu que l'on porte à l'ébullition ; les vapeurs d'alcool traversent le liquide du ballon A dont on maintient constamment la température vers 165°, en fai^ saot arriver plus ou moins de vapeur d'alcool, et en augmentant nu en diminuant la flamme de la lampe qui chauffe ce ballon, L^

HYDROGÈNE BICARBONÉ. 199

gaz hydrogène bicarboné se dégage, sous forme de petites bulles, de toute la masse du mélange acide ; il entraîne les vapeurs d'eau et d*alcool qui se condensent dans le flacon C, et le gaz peut être recueilli dans un gazomètre, ou dans les flacons D placés sj^r une cuve à eau. L'alcool entraîné est celui qui a échappé à raaion de Tacide sulfurique. Quant à Teau qui distille, elle est exactement égale à celle qui formeraii de l'alcool avec l'hydrogène bicarboné ; la liqueur acide du ballon A conserve la même composition et.peut transformer en hydrogène bicarboné et en eau, une quantité presque indéfinie d'alcool. Il ne se forme que très-peu d'éther. Cette expérience fait voir que la décomposition, au contact de l'acide sulfurique, de l'alcool en hydrogène bicarboné et en eau, n'est pas due à l'aflQnité de cet acide pour Teau, puisque l'eau et l'hydrogène bicarboné se dégagent en môme temps.

On prépare ordinairement, dans les laboratoires, l'hydrogène bicarboné en chauff'ant un mélange de 1 partie d'alcool à 0,85 et de 6 parties d'acide sulfurique concentré, dans une cornue (fig. 285j qui doit être remplie seulement au \. On fait passer le gaz qui se dégage, d'abord à travers un flacon renfermantde l'acide sulfurique concentré qui retient les vapeurs d'alcool et d'éther, puis à travers un second flacon contenant une dissolution de potasse caustique, pour absorber l'acide sulfureux et l'acide carbonique qui se dégagent en grande quantité vers la fin de l'opération ; cedégagement.a pour cause la réaction qui a lieu entre l'acide sulfurique concentré et les matières charbonnées qui restent dans la cornue. Le dégagement du gaz est assez régulier au commencement de l'opération ; mais bientôt il devient tumultueux et se fait par saccades; le mélange acide noircit, devient visqueux, et se boursoufle au point qu'il faut que la partie vide de la cornue soit très-vaste pour que la matière boursouflée n'atteigne pas le col. Lorsque le boursouflement devient trop considérable on diminue le feu. A la fin de l'expérience, il reste dans la cornue une matière noire solide, qui abandonne à l'eau , de l'acide sulfurique, de l'acide sulfovinique ou un isomère de cet acide; le résidu noir insoluble, a une composition très-complexe qui correspond à la formule G««H^*0««S\

§ 1377. L'hydrogène bicarboné est un gaz incolore, qui ne se liquéfie pas aux plus basses températures. Sa densité est 0,978. Il brûle à l'air avec une flamme très-brillante, qui dépose beaucoup jde charbon sur les corps froids qu'on y plonge. Lorsqu'on le fait passer à travers un tube de porcelaine chaufi'é au rouge, il dépose du charbon sur les parois du tube, et il se transforme en hydrogène protocarboné. Si la température est plus élevée, tout le carbone se

200 ACIDE ÉTHIONIQUE.

dépose et il ne se dégage que de Thydrogène. La formule de rii]f-{ drogène bicarboné est C*H^ {$ 266); son équivalent est représeotij par i volumes de gaz.

§ 1 378. L'hydrogène bicarboné se combine avec Tacide sulforiqn anhydre; il se forme un composé blanc, fusible vers 80^, qui aponr formule C^H^.4S0^, et auquel on a donné le nom impropre de svffate de carbyle. Pour l'obtenir, on fait arriver simultanémeDt dans un tube en U du gaz oléfiant bien privé d'éther, et des vapeon d'acide sulfurique anhydre ; la combinaison se fait avec une grande élévation de température ; la matière d'abord liquide, se solidifie en une masse cristalline rayonnée sur les parois du tube. Pour la purifier, on l'abandonne pendant plusieurs jours dans le vide audessus d'une capsule renfermant de la potasse caustique en morceaux qui absorbe les vapeurs d'acide sulfurique anhydre.

Le même produit se forme lorsqu'on place un tube ouvert contenant de l'alcool absolu, dans un flacon renfermant de l'acide sulfurique anhydre, et qu'on abandonne le flacon bien bouché à luimême pendant plusieurs jours. Les vapeurs d'alcool et d'acide sulfurique se combinent, et il se forme du aulfate de carbyle; mais celui-ci est alors sali par de l'acide sulfurique hydraté dont on le débarrasse difficilement. La réaction est exprimée dans ce cas par l'équation suivante :

Page 1