ALCALOÏDES NATURELS NON VOLATILS
Alcaloïdes den quIoqulDas.
g 1515. Les écorces de quinquinas contiennent deux alcaloïdes principaux, auxquels elles doivent leur vertu médicinale ; ce sont la quinine et la cinchonine. On distingue dans le commerce trois espèces de quinquinas: le quinquina jaune, le quinquina rouge et le quinquina gris; la quinine domine dans le quinquina jaune ; dans le quinquina gris, c'est la cinchonine ; le quinquina rouge renferme des proportions à peu près égales de quinine et de cinchonine. On rencontre, en outre, dans les quinquinas, deux autres alcaloïdes
312 ALCALIS ORGANIUUËS.
moins importants : la quinidine et la cinchonidine qui sont isomères de la quinine et de la cinchonine ; mais ceux-ci n*y existent qu'en proportion très-minime.
Quinine, C»*H«*Az«0*.
§ 4516. Pour préparer la quinine on emploie de préféi^nce le quinquina jaune ; on concasse l'écorce, on la fait bouillir avec de Teau renfermant de 45 à 20 pour 400 d'acide sulfurique ou d'acide chlorhydrique ; on filtre la liqueur à travers une toile , et l'on y verse du lait de chaux jusqu'à ce que l'on obtienne une réaction alcaline sur le tournesol. Le dépôt qui se forme renferme la quinine; on l'exprime dans un sac avec une presse, et l'on traite par de l'alcool bouillant le tourteau qui en résulte. On sépare les trois quarts de l'alcool par la distillation, et l'on ajoute de l'acide sulfurique au résidu jusqu'à ce qu'on obtienne une légère réaction acide persistante. On décolore la liqueur par le noir animal , et on la fait cristalliser; le sulfate de quinine cristallise le premier, le sulfate de cinchonine reste dans les eaux mères. En décomposant le sulfete de quinine par l'ammoniaque , on obtient la quinine sous forme d'une poudre blanche ; par l'évaporation lente d'une dissolution alcoolique, elle se dépose en petits cristaux prismatiques.
La quinine a une saveur très-amère ; elle exige, pour se dissoudre, 400 parties d'eau froide et 250 parties d'eau bouillante ; sa dissolution bleuit le tournesol rouge. L'alcool bouillant en dissout la moitié de son poids; Téther en dissout aussi une quantité notable , et fournit ainsi le moyen de la séparer de la cinchonine qui est insoluble dans Téther. La quinine, cristallisée d'une dissolution aqueuse, a pour formule C**H"Az'0* + 6H0 ; elle perd ces 6 éq. d'eau à 120*^. La quinine, dissoute dans l'alcool ou dans l'eau acidulée, exerce le pouvoir rotatoire vers la gauche ; du moins à la température de 22®, ce pouvoir décroît quand la température s'élève. La quinine forme avec presque tous les acides des sels cristallisables ; son sol le plus important est le sulfate neutre, employéen médecine comme fébrifuge. On connaît deux sulfates de quinine:
i** Le sulfate neutre, qui cristallise en aiguilles fines et soyeuses. Ce sel est très-peu soluble dans l'eau froide, car il en exige 750 parties, mais il se dissout dans 30 parties d'eau bouillante. Sa formule est(C»*H"Az*0*.HO) S0»-f-7H0; il perd son eau de crisUllisation par la chaleur. Il exerce la rotation vers la gauche comme l'alcali qui lui sert de base.
2" Le sulfate acide qui se dissout d;»ns 4 0 ou 1 2 partiesd'eau froide.
QlJiMiNE ET CLNCUONINE. 313
Cristallfsé à froid, il a pour formule (C"H«*Az»0*.HO).2SO»+8HO; il abandonne son eau de cristallisation par la chaleur.
Cinchonine, C"H**Az»0«.
§ 4517. La cinchonine se prépare, soit en utilisant les eaux mères de la préparation du sulfate de quinine, soit en traitant le quinquina gris par la méthode à l'aide de laquelle on retire la quinine du quinquina jaune. La cinchonine cristallise facilement, et sans eau de cristallisation; sa formule est C**H"Az*0*, formule qui ne diffère de celle de la quinine anhydre qu'en ce qu'elle renferme 2 éq. d'oxygène de moins. La cinchonine est encore moins soluble dans l'eau que la quinine; elle se dissout aussi en moindre quantité dans l'alcool ; enfin , elle est insoluble dans Téther. Les sels de cinchonine cristallisent facilement; ils, sont en général, plus solubles dans l'eau que les sels correspondants de quinine"
Lorsqu'on fait agir le chlore sur une dissolution concentrée et chaude de chlorhydrate de cinchonine, il se dépose un sel peu soluble, qui, redissous dans l'eau et traité par l'ammoniaque, laisse précipiter de \a cinchonine bichloréeC^^ A**C{*Az'^0^. Cette substance cristallise en aiguilles, bleuit la teinture du tournesol et forme, avec les acides, des sels cristallisables qui présentent la plus grande analogie avec les sels correspondants produits par la cinchonine ordinaire, et paraissent même isomorphes avec eux. Le brome transforme de même la cinchonine en cinchonine bibrômée C**H"Br*Az'0*. Le bichlorhydrate de cinchonine bibrômée C^'H^Br'Az'O'.îHCl présente la même composition élémentaire que le bibrômhydrate de cinchonine bichlorée C*'H'''Cl*Az'0'.2UBr ; mais ces deux substances diffèrent essentiellement l'une de l'autre; car, avec la potasse, la première donne de la cinchonine bibrômée, et la seconde fournit de la cinchonine bichlorée.
La cinchonine, dissoute dans l'alcool ou dans l'eau acidulée, exerce le pouvoir rotatoire vers la droite, à l'opposé de la quinine qui l'exerce vers la gauche. Les sels de cinchonine ont aussi le pouvoir vers la droite comme l'alcali qui leur sert de base. Les dérivés chlorés de cet alcali l'exercent également dans le même sens.
Quinicine et cinchonicine.
§ 1517 bis. La quinine engagée dans une combinaison saline quelconque, et soumise à l'action de la chaleur, se transforme en un nouvel alcaloïde, la quinicine, isomère de la quinine. Pour ob- IV 27
tenir une transformation régulière et simple , on ajoute au sulfate de quinine un peu d'eau et d'acide sulfurique, et l'on chauffe pendant 3 ou i heures. La matière entre en fusion , et au bout de ce temps elle est entièrement transformée en sulfate de quinicioe. La quinicine est presque insoluble dans l'eau, et très-soluble dans l'alcool ; elle dévie à droite le plan de polarisation , tandis que la quinine le dévie à gauche.
Le sulfate de cinchonine, traité de la même manière, se transforme en sulfate de cinchonicine, qui dévie le plan de polarisation à droite comme la cinchonine.
Quinidine et cinchonidine.
§ i5i8. Ces deux alcaloïdes, qui sont également isomères delà quinine et de la cinchonine, existent en proportion plus ou moins considérable dans les quinquinas du commerce. La quinidine est hydratée, efflorescente et dévie à droite le plan de polarisation. De même que son isomère la quinine, elle donne une coloration verte quand on ajoute du chlore, puis de Tammoniaque, à ses dissolutions salines. La cinchonidine exerce à gauche son pouvoir rotatoire, et ne possède pas le caractère précité de la coloration verte.
La quinidine et la cinchonidine, soumises à l'action de la chaleur dans les conditions que nous avons indiquées pour la quinine et la cinchonine, se transforment : la première en quinicine, la seconde en cinchonicine.
Ainsi , dans les quinquinas, il existe quatre bases principales : quinine, quinidine, cinchonine, cinchonidine. Les deux prenrières peuvent être transformées, poids pour poids, en une nouvelle base, la quinicine. Les deux autres, dans les mêmes conditions, se transforment en une seconde base, la cinchonicine. La quinine dévie à gauche, la quinidine à droite, et toutes deux considérablement. La quinicine dévie à droite, mais d'une quantité beaucoup plus faible. La cinchonine et la cinchonidine dévient l'une à droite , l'autre à gauche , toutes deux considérablement; la cinchonicine dévie au contraire très-peu à droite.
Quinaidine.
§ lois bis. Les eaux mères de la préparation du sulfate de quitiirie, après avoir déposé leur sulfate do cinchonine, donnent souvent une certaine quantité" de sulfate d'une nouvelle base que Toii a appelée quinutdine, La quinoïdine est toujours un produit d'al-
MORPHINE. 31 r>
aération des alcalis des quinquinas. Elle.a deux origines dislinctcs. Elle prend naissance dans le travail de la fabrication du sulfate de {uinine, et surtout dans les forêts du nouveau monde lorsque le !>ùcheron , après avoir enlevé à Tarbre son écorce, expose celle-ci lu soleil pour la dessécher. Alors les sels de quiquina et de cinohonine s'altèrent ; ils se transforment en matières résineuses et colorantes, qui forment la majeure partie de la quinoïdine du commerce. De sorte que, dans la dessiccation des quinquinas et dans la fabrication du sulfate de quinine, il faudrait éviter, autant que possible, Taction d'une vive lumière. Les alcaloïdes naturels des quinquinas donnent également de la quinoïdine quand on les chauffe à une température supérieure à celle qui détermine leur transformation en quinicine et eu cinchonicine.
Cinchovatine, C*«H"Az«0».
S 4549. La cinchovatine se rencontre principalement dans le quinquina de Jaïn {cinchona ovata) ; on l'extrait de la même manière que la quinine ; c'est une substance insoluble dans l'eau , soluble dans l'alcool , dont elle se dépose en cristaux ; sa formule est C*«H«'A2«0*.
Alealoldes de roptam.
§ 4 520. Lorsqu'on pratique des incisions à la tête du pavot blanc, il en exsude un liquide qui se concrète à l'air en masse racornies brunes ; c'est Vopium. La plus grande partie de ce produit nous vient [îe rOrient, principalement de Smyrne. Les propriétés toxiques de l'opium sont dues à l'existence de plusieurs alcaloïdes, dont les principaux sont la morphine, la narcotine et la œdéine ; on en extrait quelques autres, moins importantes, et qui n'y existent qu'en petite quantité . savoir : la thébainey la narcéine, la pseudomorphine , la porphyroxine, et une substance cristalline non azotée, qui ne joue pas le rôle de base, et à laquelle on a donné le nom de méconine.
L'opium de première qualité renferme jusqu'à 40 pour 400 de morphine, et 5 pour 4 00 de narcotine.
ilforpWwc, C**H«*AzO«.
§ 4524 . Pour extraire la morphine, on coupe l'opium en tranches minces que l'on fait mac>érer pendant quelque temps avec de Teau. Lorsque la matière s'est ramollie, on l'écrase avec une grande quantité d'eau ; on exprime la pâte dans des sacs à l'aide d'une
presse, et Ton soiimel le tourteau à un second trailement semblable. Le liquide qui provient de ces traitements, est évaporé jusqu'à consistance d'extrait; on reprend par une petite dose d'eau, qui dissout les sels do morphine, et laisse la plus grande quantité de la narcotine mêlée à une matière brune. On détermine, par un essai fait sur une petite portion de la liqueur, la quantité d'ammoniaque nécessaire pour précipiter exactement la matière , mais on ne verse dans la liqueur totale que le tiers de cette quantité d'ammoniaque, et il se précipite de la morphine impure , entraînant la presque totalité de la matière colorante. En ajoutant ensuite le reste de l'ammoniaque, il se précipite de la morphine presque pure, que l'on traite par de l'alcool affaibli, marquant 20^ à l'aréomètre de Baume; cet alcool ne dissout pas sensiblement de morphine, mais il enlève presque complètement la matière résineuse qui la salit. On traite ensuite le résidu par de l'alcool à 35*^ B. bouillant, qui dissout la morphine et en laisse déposer la plus grande partie pendant son refroidissement. On sépare les f de l'alcool par la distillation, et le résidu abandonne le reste de la morphine.
Pour obtenir cette base complètement pure, il est convenable de la redissoudre dans de l'acide chloi hydrique faible, de faire cristalliser le chlorhydrate, et de décomposer, de nouveau, ce sel par l'ammoniaque.
La morphine cristallise facilement; ses cristaux ont pour formule C**H"AzO®-f-2UO, ils perdent facilement ces 2 éq. d'eau parla chaleur, et peuvent ensuite être chauffés jusqu a 300® sans se décomposer. L'eau froide dissout environ yoôô ^^ morphine, et l'eau chaude à peu près le double ; la dissolution bleuit le tournesol rouge. L'alcool faible à 20*^ B. ne dissout que très-peu de morphine; l'alcool à 35^ B., et bouillant, en dissout^ de son poids, mais la plus grande partie de la morphine cristallise par le refroidissement. L'éther ne dissout que des traces de morphine. Une dissolution concentrée de potasse caustique dissout la morphine sans l'altérer; w moyen permet de séparer très-exactement cette base de la narcotine, qui ne se dissout pas dans les lessives alcalines. La morphine, dissoute dans l'eau acidulée, exerce le pouvoir rotatoire vers la gauche, de même que ses sels.
La morphine forme avec les acides des sels cristal li sables, solubles dans l'eau et dans l'alcool , mais insolubles dans l'éther. L« chlorhydrate de morphine, qui est le plus important à cause de son emploi en médecine, cristallise en houppes soyeuses; il se dissout dans i partie d'eau bouillante et dans 20 parties d'eau froide; sa formule est C"H'»AzO«.HCI + 6HO.
CODEINE. 3i 7
Le sulfate do morphine cristallisé a pour formule
(C»*H'«AzO«.HO).SO=^+6HO.
Narcotine, C*«H"AzO•^
§ 452^. La narcotinc s'extrait des résidus qui restent quand on a traité l'opium par l'eau pour en extraire la morphine ; on traite ces résidus par l'éther, qui dissout un mélange de narcotine et de porphyroxine , dans lequel la narcotine domine beaucoup. On peut aussi traiter directement par l'éther, Topium frais; les sels de morphine restent alors dans le résidu , et l'éther renferme, avec la narcotine et la porphyroxine, une certaine quantité de méconine. On distille l'éther au bain-marie, on traite le résidu par Teau, qui dissout la méconine; enûn, on dissout la narcotine et la porphyroxine dans Tacide chlorhydrique étendu. La dissolution, évaporée, abandonne le chlorhydrate de narcotine, et le chlorhydrate de porphyroxine reste dans les eaux mères. Le chlorhydrate de narcotine , décomposé par l'ammoniaque, donne la narcotine isolée; on la purifie en la faisant cristalliser dans l'alcool.
La narcotine cristallise en petits prismes rhomboïdaux; elle fond à 470** et se décompose vers 200**; elle est insoluble dans l'eau froide, et ne se dissout que dans 500 parties d'eau bouillante. L'alcool en dissout à chaud j^de son poids, et l'éther -jL. La narcotine est une base beaucoup plus faible que les alcaloïdes que nous avons étudiés jusqu'ici ; ses dissolutions ne bleuissent pas la teinture de tournesol rouge, mais elle forme avec les acides des sels cristallisables. La formule de la narcotine est C**H**AzO'*; celle du chlorhydrate est C*"H'''AzO**.HCI. La narcotine, dissoute dans l'alcool ou dans l'eau acidulée , exerce le pouvoir rotatoire vers la droite , à l'opposé de la morphine. Les sels de narcotine exercent aussi ce pouvoir vers la droite, comme leur alcali.
Codéine , C'«H«'AzO«.
^ \ 523. La codéine reste dans les liqueurs dont on a précipité la morphine par l'ammoniaque. On rapproche ces liqueurs par l'évaporation, on y ajoute de la potasse caustique et l'on évapore à siccité. Le résidu est traité par l'éther , qui dissout la codéine, et l'abandonne par l'évaporation spontanée , en gros cristaux remarquables par la netteté de leurs formes.
La codéine est beaucoup plus soluble dans l'eau que les autres alcaloïdes de l'opium; elle se dissout dans 80 parties d'eau
froide et dans 20 parties d'eau bouillante ; elle bleuit fortement la teinture de tournesol rouge ; elle est très-soluble dans l'alcod et dans l'éther. La codéine, cristaUi?ée dans Teau, a pour formule C**H" AzO*-|- 2H0 ; elle perd facilement ses 2 éq. d*eau par la chaleur , et elle cristallise , à Tétat anhydre , de ses dissolutions dans réther.
La codéine est employée depuis quelque temps en médecine.
AlealoVde« des stryrkniMi.
Strychnine, C"H"Az«0*, et 6rucir»e, G*«H*«AzH)*.
§ 4524. La plupart des strychnos, notamment la fève de saint Ignace (stri/c/inos Ignatia), la noix vomique [slrychnos nuxvomiea), le bois de couleuvre [strychnos colubrina) , Tupas tieuté {strychtm tieuté) , renferment, en proportions variables, deux alcaloïdes: la strychnine et la brucine , remarquables par Faction vénéneuse, extrêmement énergique, qu'ils exercent sur l'économie animale.
On extrait ordinairement ces deux bases de la noix vomique; on fait bouillir cette noix pulvérisée, avec de l'eau contenant^ de son poids d'acide sulfurique ; on exprime la liqueur, et l'on précipite les deux bases par la chaux hydratée. On traite le dépôt par l'alcool bouillant, qui dissout la strychnine et la brucine; par le refroidissement , la plus grande partie de la strychnine cristallise. Les liqueurs, concentrées par évaporation, donnent de la strychnine moins pure. La brucine cristallise la dernière. Il est nécessaire de purifier ces substances par plusieurs cristallisations successives.
La strychnine cristallise facilement en octaèdres à base rectangle; elle est insoluble dans l'eau et peu soluble dans l'alcool. Sa formule est C"H"Az'OV Elle forme des sels facilement -cristalli^ables. Le chlorhydrate de strychnine, cristallisé, a pour formule C"H"Az«0*.HCl+3H0. La formule du sulfate de strychnine, cristallisé , est (C"H'«Az''0*.H0).S0». La strychnine, dissoute dans l'eau acidulée, exerce le pouvoir rctatoire vers la gauche, de même que srs sels.
La brucine cristallise en prismes droits à base rhombe; sa formule est C^«H*«Az«0*+8H0; elle perd ses 8 équivalents d'eau par la chaleur. L'eau en dissout une très-petite quantité ; l'alcool en dissout beaucoup plus que de strychnine. L'acide azotique concentré donne avec la brucine une coloration rouge intense, cette propriété peut servir à la distinguer de la plupart des autres alcaloïdes. La brucine, dissoute dans l'alcool, ou dans l'eau sans addition d'acide,