DES ESSENCES
volatile disiille
g 1562. On retire des végétaux un grand uombre de substances volatiles, douées, en général, d'une odeur forte, souvent agréable, et qni les fait employer pour la toilette. La plupart sont liquides ; quel fju es-un es sont solides à la température ordinaire. On prépare, généralement, ces substances, eu exprimant le sucdes végétaux qui les contiennent, et distillant ces sucs avec de l'eau ; l'essence distille en même temps que l'eau, et, comme elle est ordinairement moins |ue celle-ci, la proportion qui en passe, par rapporta l'eau, int plus grande qu'il y a moins de différence entre la temd'ébullition de l'eau et celle de l'essence. Souvent , on (ec l'eau les parties végétales elles-mêmes, les fleurs par exemple; el, lorsque l'essence est^lus légère que l'eau, on recueille les produits dans un flacon (fîg. 681), de forme particulière, nommé récipient flor^tin. Ce flacon est conique, il porte un bec latéral, communiquant avec le bas, et dont l'orifice esta un niveau plus bas que l'ouverture supérieure a du flacofl. L'eau et l'essence provenant de la distillation sont recueillies dans le flacon par l'orifice a ; l'essence gagne les couches supérieures. Lorsque le flacon est rempli au-dessus du niveau de l'oriSce c , l'eau s'écoule par cet orifice, et l'essence forme, à la surface, une couche d'autant plus épaisse que la partie supérieure du flacon est plus rétrécie; on l'enlève de temps en temps avec une pipette. On emploie, pour la distillation, un alambic ordinaire, mais il faut éviter que les végétaux soumis à l'opération n'atteignent une température plus élevée que 1 00", ce qui arriverait infailliblement s'ils se déposaient au fond de la cucurbito, où ils s'altéreraient par la chaleur, et donneraient des produits empyroumatiquea qui, distillant en même temps que l'essence, en corrompraient l'odeur. Pour prévenir ces accidents, on place les végétaux dans des sacs, ou dans des vases métalliques percés de trous, et maintenus au-dessus du liquide de la cucurbite, dans l'espace traversé par la vapeur.
L'eau qui a distillé avec l'essence en dissout ordinairement utie petite quantité, qui suffit pour lui communiquer son odeur. Celle eau est recueillie avec soin et trouve son placement dans ie C'est ainsi qu'en distillant de la fleur d'oranger avec
346 ESSENCES HYDROGÂRBONËES.
l'eau, on recueille une certaine quantité d'essence de fleur d'orange qui se rassemble au sommet du récipient florentin , et une eau, d'une odeur très-agréable , que l'on vend sous le nom d'eau de fleur d'orange.
Souvent, la quantité d'essence qui existe dans les parties végé> taies soumises à la distillation, est tellement petite qu'on n'obtient pas d'essence séparée, mais seulement une eau odorante. La même circonstance se présente quand l'essence a un point d'ébullition très-élevé ; dans ce dernier cas, on remplace l'eau pure de la eucurbite par de l'eau salurée de sel, dont le point d'ébullition est à 4 4 0^, et l'on maintient au milieu de cette eau le vase qui renferme la fleur. La tension de la vapeur de l'essence est nécessairement plus forte dans cet espace plus échauffé, et la proportion qui en distille est plus considérable.
Quelques essences seraient très-facilement altérables par la chaleur; d'autres fois, les fleurs qui les renferment contiennent des principes altérables, et l'essence qui en distillerait serait loin de présenter l'odeur qui caractérise la fleur. On ne les distille pas, alors, et l'on se contente de séparer l'essence, en la dissolvant dans une huile flxe, non odorante par elle-même, l'huile d'œillette, par exemple. A cet effets on étend la fleur, en couches minces, sur des draps de laine imprégnés d'huile d'œillette ; on empile, les uns sur les autres, les draps ainsi chargés, et l'on exprime le tout à l'aide d'une presse.
Les huiles essentielles diffèrent beaucoup entre elles, tant par leur composition , que par leurs réactions chimiques ; et, si Ton a égard à la nature des composés que l'on en dérive, on est conduit à les répartir parmi les séries les plus différentes des corps organiques. Un grand nombre d'essences ne renferment que du carbone et de l'hydrogène ; d'autres ren£erment , en outre, de l'oxygène ; enfin, quelques-unes contiennent du soufre. C'est d'après ces trois caractères décomposition, que nous allons les diviser en trois groupes : dans le premier, nous placerons les essences composées seulement d'hydrogène et de carbone; dans le second, les essences qui renferment, en outre, de l'oxygène ; dans le troisième, les essences sulfurées.
ESSENCES HYOROCARBONÉES.
§ 1563. La composition de la plupart de ces essences correspond à la formule CH*, nous trouvons donc, ici, un grand nombre de substances isomères, dont les propriétés chimiques sont souvent
ESSENCE DE TÉRÉBENTHINE. 3i7
tellemont semblables, qu'il faut avoir recours k des Caractères trèssensibles pouFCOnstater leur non-identité. La mobilité de leur constitution moléculaire est même telle, qu'il suffit souvent de les distiller, ou de les engager dans des combinaisons dont ou les sépare ensuite, pour les modifier dans leur nature.
Essence de térébenthine, ou térébmthène, C'^H'*.
% <564. C'est la plus importante des essences, à cause de ses applications dans les arts ; on s'en sert pour la préparation des veroîs, et, en général, pour dissoudre certaines substances , qu'elle abandonne ensuite, après son évaporât ion spontanée, sur les corps i la surracc desquels on a appliqué la dissolution.
Les arbres de la famille des conifères , principalement les pins , laissent exsuder une substance visqueuse, appelée térébenthine, et qui consiste essentiellement en une résine , la culuphane , dissoute dans de l'essence de térébenthine. En distillant la térébenthine avec de l'eau, la plus grande partie de l'essence est entraînée par la vapeur d'eau ; dans cet état, elle renferme encore un peu de résine, formée, en partie, par oxydation de l'essence au contact de l'air. Pour la purifier, on la distille de nouveau avec do l'eau, on la desséche en la laissant séjourner quelque temps sur du chlorure de calcium, et on la distille une dernière fois à sec, en évitant, autant que possible, le contact de l'air.
L'essenco que l'on extrait des diverses térébentbines du commère* est loin d'être identique; elle parait varier selon la nature lie l'arbre qui l'a produite. L'essence de térébenthine de France, produite par le pi'nus man'tima qui croît dans le midi de la France, l'âtun liquide incolore , très-mobile , d'une odeur caractéristique, dune saveur acre et brûlante. Sa densité à 0° est 0,ST5 ; la densité de sa vapeur est 4,G97ti. Si l'on admet que son équivalent est représenté par 4 vol. devapeur,commecelui des hydrogènes carbonés que nous avons étudiés jusqu'ici, il faut écrire sa formule C*°ll". L' essence de térébenthine, que nous appellerons, pour abréger, tirébenthéne, bout vers 1 50° ; mais ce point d'ébuUilion est rarement constant. Elle dévie vers la gauche la lumière polarisée , mais les diverses essences dilTèrent entre elles par l'intensité de leur pouvoir rotatoire; quelque^unes même opèrent la déviation à droite, telle est l'essence extraite du fiinus tada , qui est principalement employée en Angleterre, et qui provient de !a Caroline. Il y a pins, le même térébenthène ne conserve pas un pouvoir rotatoire identique quand on le soumet àdes distillations successives, et sa constitu-
1148 ESSENCES HVDROCARBONÊES.
tion molécnl aire paraît semodiBerparle seul l'ail de la distilla tin n, Ces modifications sont bien plus prononcées quand on opère la dislillatioa sous de hautes pressions, et, par suite, h des températures peu élevées. Une essence de térébenthine ayant été maintenue en ËbullilioQ, pendaut plusieurs beurfs, sous une pression de S à 10 atmosphères, plus de la moitié s'en est changée en un produit isomère qui ne bouillait pW avant 210°
le iérébenthène ne se dissout qu'en très-petite quantité dans l'eau; il lui communique, cependant, son odeur caractéristique; il se dissout en grande quantité dans l'alcool , l'étber et les bniles fixes. A\ dissout une proportion considérable de soufre , de phosphore, et d'un grand nombre de composés organiques.
S 1565. Le lerébentbéne . abandonné longtemps an contact de l'eau, laisse déposer des cristaux incolores, qui ont été appelés, improprement, hi/draie de lérébtnihtni , parce que leur composition corresiKind à la formule C**H".6R0. On obtient une quantité plus considérable de ce composé en faisant un mélange de 8 partiesd'Msence de térébenthine, 2 parties d'acide azotique ordinaire, et 1 partie d'alcool â 0,80. On abandonne ce mélange k liii-mânie, pendant plusieurs moia. en l'agitant fréquemment ; il se fonneBii magma cristallin, que l'on exprime dans du papier Joseph , et que l'on redifisout dans l'eaubouillante, dont il se dépose en petits cri»taux prismatiques par le refro'idiEsement. En le dissolvant duu l'alcool bouillant , il donne des cristaui volumineux . qui fondent ) 1 03°. A une température un peu plus élevée , ces cristaux perdrai iéq. d'eau, et produisent un nouvel hydrate C"H'*.iHO, qui distille vers 350* sans altération ; sa densité de vapeur a été trouvée de 6,26 ; de sorte que l'équivalent C^H'^iBO est représenté pir
§ 4566. Le lérébenthène se combine faciicmeat avec le gai &(»]« chlorhydrique, et en absorbe de très-grandes quantités, avec élévation de température. La liqueur, saturée, abandonne en refroidiisant , des cristaux , en proportion très-^-ariable , satvaiit la nature de l'essence ; on les redissout dans l'alcool bouillant. ^ on let &it cristalliser de nouveau. Ces cristaiu fondent à 150*, et la matièrB bout vers 170*, mais une portion se décompose. Lear cnapoNtion correspond à la formule C"'H".blCI : c'est donc un tUart^értit il téribenthêne, auquel on donne quelquefois le iwai de cmm/ànvrlificiel; il dévie à gauche le plan de polarisatioii. L'adde uotiqiN bouillant ne lui fait subir aucune att^tion. Le i^ùde qù wanage les Cristaux , dans la préparation du rantpkn aiiificie! , eil lui-cotoie un chlori\gdrate dt tértbenihètu fi^iudicée méhc compo-
KSSENCKS DE TIÎRÉBENTHINE. :ii9
sit'on que le chlorhydrate solide, mais qui ne se solidifie k aucune tempéra lure.
Si l'on fait passer sur de la chanx caustique chauffée au rouge 1e chlorhydrate solide de térébenthÈne, il s'en sépare un hydrogène carboné liquide, qui a la même composition et le même point d'ébullition que le térébenthène primitif, mais qui en diffère en ce qu'il n'eserce pas d'action sur la lumière polarisée ; on lui a donné le nom de camphyléne ou de camphéne. Ce corps se combine, de même, avec l'acide chlorhydrique gaieux, et donne, à la fois, un chlorhydrate solide, et un chlorhydrate liquide, qui ont pour formule G"H'MIC1; il se compose donc, d'au moins deux liquides distincts, comme le térébenthène lui-même. En décomposant, de la même manière, par la cbaui, le chlorhydrate liquide de térébenthène, on en sépare une essence sans action sur la lumière polarisée , mais qui ne donne que du chlorhydrate liquidepar l'acide chlorhydrique; cette nouvelle essence a été appeliie térébyléne. Les acides brômhydrique et iodhydrique , donnent des combinaisons semblables à celles de l'acide chlorhydrique.
L'essence de térébenthine peut se combiner avec une quantité double d'acide chlorhydrique, et former un composé cristallisé qui a pour formule C^H^.SHCl, Il suffit pour cela de verser sur une dissolution aqueuse concentrée d'acide chlorhydrique une couche d'essence de quelques millimètres d'épaisseur, et d'agiter de temps en temps le llacon qui renferme le mélange. Au bout d'un mois , l'essence est remplie d'une foule de cristaux minces et nacrés, que l'on purifie par expression dans du papier Joseph et par un séjour de quelques heures à l'air. Ces cristaux de bichlorhydrate sont dépourvus du pouvoir rotatoire et fondent entre iS" et ii". On les obtient également en faisant passer jusqu'à saturation du gaz acide chlorhydrique à travers une dissolution d'essence de térébenthine dans l'alcool ou l'élher. Si l'on étend ensuite d'eau cette dissolution, il s'en précipite un liquide qui, exposé pendant quelque temps à IWr , abandonne des crisiaux de bichlorhvdrate.
Lo camphyléne, dans les mêmes circonstances, ne donne que
Mu monochlorhydrale.
» S 1567. Le térébenthène éprouve, au contact de l'acide sulfurv- ■Ipie, des modifications isomériques très-cu rieuses. Si l'on mélange , dans un ballon constamment refroidi, de l'essence de térébenthine avec jif environ de son poids d'acide sulfurique , et qu'on abandonne ce mélange à lui-même, pendant Si heures, en l'agitant fréquemment, on obtient un liquide rouge et visqueux. Après quelque Ivmps de repos, on décante l'essence qui surnage, et on laisse dans
3S0 ESSENCES IIYDROCARBONËES.
le ballon un résidu uoir, chargé d'acide. Si Ton soumet h la disMiliition l'essence décantée, il bb dé^'age, d'abord, un peu d'acide sulfureux, puis il passe une essence qui a la.mâme imposition, la même densité, et le même point d'ébullition que le térébenlhèae, mais qui diflêre de ce dernier en ce qu'elle n'exerce aucun pouvoir rotatoire sur la lumière polarisée, et en ce qu'elle forme , avec le gaz acide chlorhydrique, un composé dont la formule est 2C"'H".HC1, et qui renferme, par conséquent, raoitié moins d'acide chlorbydrique que . le chlorhydrate delérébenthène. Ona donné à cette essence le nom de lérèhéne.
Le téréhène ne compose pas, lui seul, l'essence modifiée par l'acide Bullurique; lorsqu'il s'est séparé par la dislillalioD,on él6veli température jusqu'à 310", et l'on obtient un nouveau produit, coniposé d'une huile visqueuse, que l'on décolore en la distillant sur dï l'alliage de potassium et d'antimoine (§ 1017). Ce liquide eetdichroique à un haut degré; la lumière qui le traverse normaleRwal est incolore , mais celle qui s'y réfracte obliquement , et surtout, celle qui s'y rétléchit sous certaines incidences, présente une bellt couleur indigo. Sa densité est 0,910 à 9°; il n'a pas de pouvoirivlatoire; il absorbe le gaz acide chlorhydrique. mais sans formerdt composé stable, car tecarbonate de chaux enlève facilement l'acide chlorhydrique. On a donné à celte huile, qui présente d'ailleur*Ei même composition que le térébenthène, le nom do colophint, m l'obtient en grande quantité par la distillation directe de le colophane.
Le chlore agit vivement sur le térébenthène et sur ses isomèPes; BOUS son action , il se dégage du gaz chlorhydrique , et il £e forint un liquide visqueux, incolore , et d'une odeur camphrée , dont la formule est C"H"C1'; c'est donc le térébenthène quadrichlcré.
Essence de citron, oneilréna C"H".
g '15GS. L'éccrce de cilron renferme une essence d'une odeur agréable, et qui a la même composition que le térébenthène ; nous lui donnerons le nom de citréne. On l'extrait en soumettant à la presse la partie jaune de l'écorce de citron ; on le sépare plus oriinairement en distillant cette écorce avec l'eau, mais l'esaentti alors une odeur moins suave. Le citréne boui vers ( 70" ; sa densili e^t 0,Si7 à 32<'; la densité de sa vapeur est la même que celledu térébenthène, ce qui nous détermine à lui donner la même fonnufe C"!!'"; mais il dévie à droite le plan de polarisalion. Il se comtti* avec le gaz chlorhydrique en formant un chlorhydrate liquide , cl
CAMPHRES. 351
un chtorbydrate aoUde de même co m position. Ces chlorhydrates de eilTÈne cantieniieiil 3 éq. d'acide ctilorhydrique ; leur furmule est donc C"H'*,21ICI, On n'a pas réussi jusqu'ici ù préparer le monochlorhydrote.
Essence d'uranije DU de néroH, C'"!!".
§ 1569. L'écorce d'orangt- renfi'raie, comme celle du citron, une esBeoce à laquelle elle doit son odeur, et qui o la même formule C*"H". Elle donne, avec l'acide chlorhydrique, un produit sulide et un produit liquide qui ont la même composition que les clilorhy^ drates de citrène. Elle dévie le plan de polarisation vers la droite.
On irouve, dans le zeste de bergamote, dans les baies du genévrier, dans les graines du persil, et dans un grand nombre d'autres végétaux , des essences dont la composition correspond à la formule C'H*, mais qui so distinguent, par certaines propriétés chimiques et par leurs pouvoirs rotatoires, des essences que nous venons d'étudier. Les essences de bergamote, de bigarade, de cédrat, de limette, de carvi, exercent la ralation vers la droite. On obtientdea essences de la même composition, dans les distillations de plusieurs matières organiques. Certains bitumes donnent nn liquide jaunfltre, le pètrolène, que l'on obtient par faite ment incolore en le distillant sur du potassium, et qui a la même composition que l'essence de térébenthine. Mais il bout à 3B0°, et a une densité de vapeur double ; il convient donc d'écrire sa formule C'H".
ESSE.VGES OXYGÉNÉES.
g 1S70. Ces essences sont extrêmement nombreuses, et leurs propriétés ciiimiques sont des plus variées. Nous n'iStudicrons ici , avec quelque dé! a il, que les plus importantes, et celles qui sont le mieux connues.
CamiihrcrB.
3 1 B71 . On donne le nom do aimphrés, ou de stéaropténes, à des I composés neutres, solides à la température ordinaire, volatils, possé- I dant une odeur analogue à celle du camphre ordinaire , et se prê- • tant auï mêmes usages. Nous ne parlerons ici que du camphre ^mphre du Japon, etdu camphre de Bornéo.
,393 CAMPHRES.
Viiiiiplire du Japon, C'^H'^O'.
^^^^^ § iB7î. Le camphre du Japon s'entrait du laurus camphora. Le r bois de cet arbre en renferme une quantité assez considérable pour
I qu'on puisse en observer les petits cristaux dans ses interstices. On
I coupe la tige et les branches, on les refend en plusieurs parties, el
I on les distille, avec de l'eau, dansdeschandiëresdeFer, recouvertes
I d'un chapiteau en terre, rempli de paille et de branchages, sur lea-
R quels le camphre se sublime et le dépose en cristaux; c'est ce qu'on
' appelle le camphre brul. On le distille avec un peu de chaux et de
charbon, dans des fioles de verre à fond plat, analogues à celles qu'on emploie pour la sublimation du chlorhydrate d'ammoniaipic (§ 51 6) ; le camphre se sublime à la partie aui)érieure de ces floles, I et forme les masses cristalli Des, incolores et transparentes, queTon
I ■ trouve dans le commerce. Le camphre n'a, à la température ordi-
I uaire. qu'une faible tension de vapeur, et, cependant, il répand Due
\ odeur intense et caractéristique. Lorsqu'on le conserve dans un
flacon fermé, la vapeur vient se condenser sur les parties ordinairement plus froides, et y forme des petits cristaux brillants, remarquables par leur netteté. Le camphre fond à OS^eL bout vers 203°; sa densité est 0,986, et la densité de sa vapeur S, 32; il possède une élasticité qui le rend difficile à pulvériser. Sa composition chinûqne correspond à la formule C'H'O, mais on l'écrit ordinairemenl C"'H'*0'; son équivalent correspond alors à i vol. de vapeur. Le camphre ne se dissout que très-peu dans l'eau, mais il se dissout en proportion considérable dans l'alcool , i'éther et l'acide acétiqui: concentré. Il brûle avec une flamme blanche ft fuligineuse. Le camphre des laurinées, dissous dans l'alcool, exerce la rotaUon vers la droite.
Le camphre est difficilement attaquable par le chlore ; dissous dansdu chlorure de phosphore PhCl', et soumis à l'action du chlore, il donne du camphre chloré C"H'"CI'0*, que l'on sépare, du perchlorure de phosphore Ph'CI" qui s'est formé, par des lavages avec l'eau et des solutions faibles de carbonate de potasse.
Le camphre absorbe le gai acide chlorhydrique et donne un liquide incolore qui a pour formule C"'H"0'.HC1 ; ce composé se détruit facilement par l'eau, et le camphre se sépare.
§ 1573. Les dissolutions alcalines n'exercent pas d'action sur le camphre ; mais, si l'on fait passer de la vapeur de camphre sur de la rhaux potassée, chauffé à 400''daosun tube de verre, il se forme un acide, Vacide canipholique, qui se combine avec la matière alca-
CAMPIinES.
lioe, et qu'on en sépare ensuite en disaolvaQt la matière dans l'eau, et la sursjturnnt par l'acide chlorhydrique. L'acide catnpliuliqne se précipite; on te redissout dans un mélange d'alcoul etd'éllicr, dont il se sépare en cristaux. Il fond â H0°, etboutà !50°. Il est insoluble dans l'eau, mais Irès-soloble dans l'alcool et dans l'élher. Cristallisé; il a pour formule C'"H"0', que l'on doit écrire C'"11"0'.H0 ; cette formule correspond à i vol. de vapeur , car la densité de la vapeur de l'acide campiiolique est S, 9. La formule de l'acide campholique ne diifàre de celle du camphre qu'en ce qu'elle renferme de plus les éléments de 1 éq. d'eau. Le campholate d'argent a pour formule AgO.C"H"0*.
Lo campholate de chaux CaO.C°H"0' se décompose par la chaleur, en carbonate de chaux, et en un liquide particulier, la eamfhotom, C"H"0 :
CaO,C"'H"0' =CaO.CO' + C"H"0.
L'acide camphoiique, distillé avec de l'acide phosphoriquo anhj- I ire, abandonne de l'eau et de l'acide carbonique, et il se foi'me ur l hydrogène carboné C "H", le camphoiÀne, quibout à 135*.
§ 1571. L'acide azotique dissout le camphre, à froid, et l'aban donne quand on l'étend d'eau ; mais, sous l'inDuence de la chaleur, il se produit un acide particulier, Vaeide camphorique. Pour préparer cet acide on fait bouillir, pendant longtemps, du camphre avec 1 0 fois son poids d'acide azotique ; on recueille, â mesure qu'il distille , l'acide azotique , et on le reverse dans la cornue. A la Gn de . l'opération, on évapore pour chasser l'excès d'acide azotique, et Ta I cide camphorique se sépare en masse cristiilUne. Pour le purifier * on le dissout'dans du carbonate de potasse, et on le sépare de nou veau, par l'acide azotique. L'acide camphorique est assez solubli dans l'eau bouillante, mais la plus grande partie se sépare pend ani le refroidissement; l'ulcool et l'élher le dissolvent facilement. Sa composition correspond à la formule C"'H'*0' ; !e camphre, en se changeant en acide camphorique, se combine donc avec 6 d'oxygène qu'il enlève à l'acide azotique. La formule de l'acide camphorique doit être éiïitfi C"H"0*.ÎHO, c'est un acide bibasi- • que, et la formule générale de ses sels est2R0.C'°H"0°. Soumis ('action de la chaleur, il se décompose en eau et en un corps cris- Lltallisé, bouillant à 270", et que sa composition C'°II"0' peut faire lipmsidérer comme Vaeide camphorique anhydre. L'acide ramphori- [Ue dissous dans l'alcool exerce la rotation vers la droite. g 157S. On extrait des labiùcs une espèce dp camphre qui para!!
identique, par sa composition chimique, avec le camphre des laurinfes, mais il exerce la rolation vers la gauche.
Camphre de Bornéo, C"H"0*.
§ 1576. Le dnjabalanops camphora laisse écouler une essence plus ou moin^ visqueuse, qui contient une maliëre cristallisable, dont les propriétés sont analogues à celles du camphre du Japon. On a donné à cette matière cristalline le nom de camj^AredeAumà; elle se trouve souvent à l'état cristallisé dans les vieux tronCB du dryabalanops campkora. Le camphre qui nous vient de Bornéo tl de Sumatra est sous forme de petits fragments cristallias, incolorEs et transparents; il esfinsoluhle dans l'eau, mais il se dissout en grande proportion dans l'alcool et dans l'éther. Il fond vers 495° el bout a ^15" environ. Le camphre de Bornéo ne diffère du camphre do Japon qu'en ce qu'il contient 2 éq. d'hydrogène déplus; en I chauffant avec de l'acide azotique, on brâle ces 2 éq. d'hydrogènt et l'on transforme le camphre de Bornéo en camphre du JapOD. U panie liquide de l'essence du dryabalanops camphora ae compose essenlieliementd'un hydrogène carboné liquide, C"H", auquel oa a donné le nom de bomééne, et qui bout vers 1 60° ; ce liquide M donc encore isomère avec l'essence de térébenthine. Comme celt* dernière, il dévie â gauche le plan de polarisation , mais son pi rolatoire est plusconsidérable. L'acide azotique, par un contact piclongé, à une douce chaleur, change le bornéène en camphre dn ,' pon ; il y a simplement absorption d'hydrogène.
De qudquen autres sléaroplhnes , annlogua au eamphrt,
g 1577. On trouve, dans un grand nombre de végétaux, des i\é»roptènes qui présentent des propriétés analogues aux camphres; nous ne faisons que les indiquer, car, jusqu'ici, ils offrent peu d'intérêt et sont peu connus.
La menthe poivrée renferme un stéaroptène auquel on donne II formule C*°H"*0', et une essence liquide, le menthine C"H", qui bout 11 163*, L'essence de menthe exerce la rotation â gauche,
L'essence de cèdre se compose d'une substance crialallisable, ' CH'^O*. et d'un hydrogène carboné liquide, le cédrént CH" qui bout â Sis",
L'essence d'absinthe, purifiée, bout à 201° ; elle exerce un pouvoir rotaloire vers la droite ; sa formule est C"H'°0', elle est d«* isomère avec le camphre du Japon,
■ ESSENCE D'AMANDES AMÈRES. 3bS
La racine d'année [imila hellenhtm) renrerme une Bubstance blanche, cri stalli sable, Vhélénine, Irès-soluble dans l'alcool et l'élher, fondant à 72" et bouillant Tera 280". Sa formule est C"H"0".
On extrait de la rose une essence composée d'une partie liquide et d'une partie qui se solidifie à 33°; la composition de ces deuï substances n'est pas connue exactement.
L'essence de lavande contient une proportion notable de camphrO du Japon , cl une huile volatile , l'easence propreraent dite , qui a reçu quelques applications dans les arts.
série bcDBaïqnr.
I Essence d'amandes amères, C"H"0'.
S 1578. Les amandes amères renferment une huile grasse non volatile, et elles donnent, par distillation avec l'eau, anè builo essentielle. En les soumettant à la presse, on en exprime l'buile grasse, et, l'on distille ensuite, dans un alambic, la pulpe délayée avec de l'eau ; il passe, avec l'eau, une huile volatile qui se dépose au fond du récipient. Cette huile est l'essence d'amandts amérts, mêlée d'acide cyanhyiriquo et de deux nouvelles substances, la benioïne, et l'acide bertzoique que nous apprendrons bientôt à connaître. On sépare ces substances en distillant l'essence brute avec (le la chaux et du sulfate de protoxyde de fer, réduits en pâte par l'eau; on enlève â l'aide d'une pipette, l'huile distillée, et on la distille de nouveau dans une cornue de verre, en recueillant à part lea premières portions qui renferment de l'eau.
L'essence d'amandes amères, est un liquide incolore, très-lluide, et d'une odeur particulière qui rappelle celle de l'acide cyanhydrique; sa densité est <,0i3; elle bout à 176». L'eau en dissout environ j^ de son poids; l'alcool et l'éther en dissolvent une quantité indéfinie. Sa formule est C"H*Ù'. Elle n'exerce pas de pouvoir rotatoire.
L'essence d'amandes amères absorbe rapidement l'oxygène de l'air, et se change en acide benzoïque C'*H'0'.HO :
L'acide benioïque anhydre dérive donc de l'essence d'amandes amères, par la substitution de 1 éq; d'oxygène à la place de 1 éq. d'hydrogène. 11 se forme aussi dj l'acide benzoïque quand on fait bouillir l'essence d'amandes amères avec une dissolution de potasse. A une haute température, la potasse hydratée transforme complète-
SERIE BEN'ZOfQUE:'
ment l'esBence d'amandes ameres en acide benzoïque, mais alors, il se dégage de l'hydrogène. Le chlore, au contact de l'eau, opère cotte transforma lion en très-peu de temps.
§1579. Le chlore aecagit vivement sur l'essence d'amandeaanieres; il se dégage de l'acide chlorhydrique. Lorsque le dégagement de ce gaz a cessé, on chauffe la liqueur pour chasser le chlore dissous , et l'on obtient un liquide d'une odeur pénétrante et désagréable, ayant pour densité 1 ,(06 et bouillant à 1 95° ; c'est l'eaniH iPamatitûs amères monochlorée C"H*C10*. L'eau décompose cette substance, surtout à chaud ; il se forme de l'acide chlorhydrique et do l'acide bcnzo'i'quc,
C"H'C10»-)-ÎH0=C"H"0'.HO-|-HCl.
On n'a pas cherché si l'essence d'amandes amères donne, avec le L-hloro, des produits plus chlorés. Le brame transforme l'essence cd eseence iiwmbrâmée C'*H'BrO'. On obtient une essence monoiWà C'^H'IoO' en distillant l'essence monochlorée sur de l'iodure de potassium; c'est un composé qui cristallise en lames. En remplaçant l'iodure de potassium par du sulfure de plomb, ou par du q>nure de mercure, on obtient une essence monosulfurée C'H'SO', ou monocyanurée C'H'CyO'. Certains chimistes envisagent autrement la composition de ces divers corps ; ils admettent l'existence d'un radical hypothétique C'H'O* qu'ils nomment benzoyte; ce radical, combiné avec l'hydrogène, forme l'essence d'amandes amères, C'H'O'. H, qui se trouve ainsi être un hydrure de benMijle. L'acide benzoïque est de Voxyde de benzoyle, C'H'O'. 0. Les essences chlorée, "brômée, sulfurée, cyanurée, sont des chlorure, bnfmure, sulfure, cyanure de benzoyle. On pourrait aussi regarder toute la série benzoïque comme dérivée, par substitution, d'un hydrogène carboné C"H°, auquel on donnerait le nom de bensaêne. L'essntce i d'amandes amères C"H°0' serait alors le bensoéne bioxé; l'acide benzoïque C"H'0' le 6en:oène trioxé ; le chlorure de benzoyii C'H'O'Cl serait le benzoént bioxé nmnocktoré, etc., etc. 1
$ 1 580. L'essence d'amandes amères, chlorée, absorbe unegraedu I quanlilè de gaî ammoniac, et se change en un composé crislallin blanc C'H'Aiû*, la btntamide :
C'H'UO' -t-2.4zH' = .4zH'. HCl + C'H'O". Azil".
En traitant par l'eau le produit solide de la réaction , on dis»»! le sel ammoniac qui s'est formé pendant l'opération, et il ne rtàt que la benzamide, que l'en fait cristalliser en la dissolvant dm»
ESSKNCE D'AMASLIKS AMÈRtS. :Ij7
l'alMoI. Labeiizamide, C"U'0'.Aiii', présente, avec lu benioate d'ammoniaque [AzH'.HO).C"H*0*, la même relation que la aulfainideSO'.Aili*présenleBveclesuirated'ammouiaquo[AzHM10) SO'. La benzamide se dissout dans l'eau bouillante, et s'en sépare en cristaux pendant le refroidissement. Elle fond à 115° et bout sans altération à une température plus élevée. La benramide, traitée par une lessive alcaline à froid, ne s'altère pas : mais, à la température de l'ébullition, elle donne du beuzoate de potasse, et do l'ammoniaque. L'acide sulfurique la décompose de même, il se forme du sulfate d'ammoniaque et de l'acide bonzoïque.
Le perchlorure de phosphore réagit avec une grande énergie sur l'eesenc» d'amandes amères. On obtient du chloroïyde de phosphore (g 326 bis) et une huile volatile neutre C"I1'^1' bouillant à 206°, et qui ne diffère de l'essence d'amandes amères qu'en ce que les 2 éq. d'oxygène de cette dernière sont remplacés par 2 éq. de chlore :
C'H'O" +ï'liC!'=PhCI'0»+ CH-CIV
Ce dernier produit, traité par une dissolution aicnolique de mo- Dosulfurc do potassium, l'attaquo vivement, et donne naissance à du chlorure do potassium, tandis que 2 éq. de soufre viennent prendre la place du chlore éliminé :