COMBINAISONS DU MERCURE AVEC LE CHLORE
§ 4 1 01 . On connaît deux combinaisons du mercure avec le chlore : Le sous chlorure Hg*Cl, appelé calomel; Le protochlorure llgCl , communément nommé sublimé corrosif. La plupart des chimistes donnent encore aujourd'hui le nom de
3S8 MEItCURE.
protiKhlorare de mercure au calomei Hg'CI , et celui de bîMoran au Buhllmâ corrosif HgCl. Nous n'avous pas conservé ces noms jmrce qu'ils sont en contradiction avec les régies de la nomenclature et avec les formules chimiques que l'on s'accorde à donner r ces corps. Nous croyons devoir insister particulièrement sur ceti* circonstance, afin de prévenir les méprises qui pourraient dans ce cas avoir beaucoup de gravité, parce qu'il s'agit de substances employées en médecine.
On peut préparer le sous-chlorure Hg'CI, en versant une dissolution d'azotate d'oxydule de mercure dans une dissolution étendue de sel marin ; le chlorure de mercure Hg'C! se précipite sous forme d'une poudre blanche. On peut l'obtenir Également par la réaction du mercure métallique sur le protochlorure de mercure HgCl, ou sublimé corrosif. A cet effet on mêle i parties de sublimé corrosif et 3 parties de mercure, et on les broie longlempa ensemble, tout fia maintenant la matière mouillée avec un peu d'alcool , pour évita les poussières malibisantes du sublimé corrosif. On chauffe ensuite le mélange au bain de sable, dans une seconde fiole. Le calomei « sublime et vient se condenser sur les parois supérieures de la fiole. Comme le produit peut être mélangé de sublimé corrosif, il est essentiel de réduire la uiatière en poudre fine, et de la laver à l'eiD bouillante jusqu'à ce que les eaux de lavage ne précipitent plus par la potasse ou par l'hydrogène sulfuré. Dans les fabriquesde produite chimiques, on prépare le calomei en chauffant un mélange de sulfate d'oxydulede mercure Hg'O.SO' et de sel marin. Mais,conuDe la préparation du sulfate d'oxydule de mercure présente qudque difficulté , on remplace ce sel par un mélange de sulfate de prôlosyde de mercure HgO.SO* et de mercure métallique. On prend ii parties de mercure et on les divise en deux portions égales; on transforme la première portion en sulfate de praloiyde [§ t09î],el l'on y mêle intimement la seconde portion; ou broie le mélange avec 3 parties de sel marin, et on le soumet à la distillation.
Le calomei employé dans les pharmacies doit être en poudre trètfine , parce qu'il est alors plus facile de le débarrasser complètement du sublimé corrosif, qui eserce une action très -délétère »r l'économie animale. On l'obtient immédiatement en poudre impilpable, on opérant la distillation dans un vase dont le col, large ci court, est engagé dans un vaste récipient où la vapeur de caloniel se condense avant de toucher les parois. On se sert ordinairement comme récipient, d'une fontaine de grès. Le calomei ainsi obleMi doit être lavé ii l'eau bouillante jusqu'à ce que les eaux de lavage ne se troublent plus par la potasse ni par l'hydrogène sulfuré.
PROTOCHLORUftE DE MERCURE. 329
Lorsqu'on soumet de grandes masses de calomel à la sublimation on obtient souvent de beaux cristaux transparents, qui sont des prismes à base carrée, terminés par un pointement octaédrique. Ces cristaux , remarquables par leur grand pouvoir réfringent et dispersif, appartiennent au 2" système cristallin. Le sous-cblorure de mercure se décompose lentement sous l'influence de la lumière, il prend une teinte grise ; du chlore se dégage et une portion du mercure devient libre. La densité de ce corps est 6,5. Il fond et se volatilise à peu près à là même température , sous la pression ordinaire de l'atmosphère. La densité de sa vapeur est de 8,2; le chlorure gazeux est donc composé de
4 volume vapeur de mercure 6,976
I » chlore 1,220
1 volume chlorure gazeux Hg'Gl. . . 8,196
Le calomel est extrêmement peu soluble dans l'eau;* une dissolution de 1 partie d'acide chlorhydrique dans 250 000 parties d'eau est encore très-sensiblement troublée par l'azotate d'oxydule de mercure. L'acide chlorhydrique l'attaque avec le temps à la température de l'ébuUition ; du mercure métallique se sépare , et du protochlorure HgCl se dissout. L'acide azotique concentré le transforme promptement en sublimé corrosif et en azotate de protoxyde de mercure. L'eau régale et une dissolution de chlore le dissolvent à l'état de protochlorure HgCI. Le calomel se combine facilement avec le gaz ammoniac sec; il en résulte une combinaison noire qui a pour formule Hg*Cl + A.zH'. Traité par l'ammoniaque liquide, il donne une poudre grise qui a pour formule Hg*Cl.HgAzH*.
Le calomel est employé en médecine comme vermifuge et purgatif; on l'utilise également dans le traitement des maladies vénériennes.
Protochlorure de mercure, HgCl , ou sublimé corrosif.
§ 1102. On peut préparer le sublimé corrosif en dissolvant le mercure dans une eau régale renfermant un excès d'acide chlorhydrique. On reprend par l'eau bouillante; la plus grande partie du protochlorure de mercure se dépose en cristaux aciculaires , pendant le refroidissement de la liqueur. On prépare ordinairement ce composé en grand, en chauffant au bain de sable, dans une cornue ou dans une grande fiole , un mélange de sulfate de protoxyde de mercure HgO.SO' et de sel marin ; le prolochlorure de mercure se sublime sur les parois supérieures du vase distillatoire. Comme les
vapeurs du sublimé cuirasif seal très- délétères, il est essenty de faire cette sublimation bous une hotte qui tire bleo. Le sulfate de protoxyde de mercure renferme souvent un peu de sulfate d'oïydule qui donne du calomel par sa réaction sur le sel mariu. Pour éviter cet inconvénient , on ajoute ordinairement au mélauge uir peu de peroxyde de manganèse. Le sublimé corrosif fond à une température notablement inférieure â celle à laquelle il distille soub la pression ordinaire de l'atmosphère ; on utilise cette propriéli pour donner plus de consistance au produit sublimé. A cet effetpn donne un coup de feu à la Bn de l'opération, et le sublimé, subissant un commencement de fusion, s'agrège plus fortement. Lorsque les vases distillatoires sont refroidis , on les brise et on en retiit des pains de sublimé corrosif.
Le protochloruro de mercure est incolore, sa densité est de 6,5. L fond à 263° environ, et il bout vers 295° sous la pression onJinaire de l'atmosphère. Sa vapeur est incolore ; elle a une densité de 9,12. Le protochlorure gaîeos renferme donc :
i volume vapeur de mercure 6,976
( volume chlore 2,4*0
1 volume chlorure gazeux HgCl 9,ii6
Le sublimé corrosif se dissout -dans 4 6 parties d'eau froide et dans 3 parties d'eau bouillante : la courbe de solubilité de ce iwps est représentée sur la planche de la page 7t [tome 11 ]. L'alcool le dissout en plus grande proportion que l'eau : 2 i d'alcool absolu froid et 1 i d'alcool bouillant dissolvent < partie de sublimé corrosif. Il est aussi trës-soluble dans l'éther, car il se dissout dam 3 parties d'éther froid.
Le prolochlorure de mercure se dissout en grande quantité, Bi tout à chaud, dans une dissolution d'acide chlorhydrique. Lu liqueur se prend en masse cristalline par le refroidissement.
Le sublimé corrosif est souvent employé dans les laboraloif» comme agent de chloruration ; ainsi, nous avons vu (§ 9ii) qu'M obtenait du bichlorure d'étain en distillant un mélange de 4 partie d'élain en limaille et de 5 parties de sublimé. Plusieurs substuMM lui enlèvent aussi, par voie humide, une portion de son chlore, ti le font passer à l'état de protochlorure ; ces décompositions se font plus facilement sous l'influence de la lumière solaire.
Le sublimé corrosif est quelquefois employé en médecine, principalement dans le traitement des maladies vénériennes; mais cVil un médicament dangereux, et qui ne doit être administré qu'avi prudence. On s'en sert avec avantage ftour empêcher les bois d'i'lr»
PftOTOCHLORURE DE MERCURE. 33i
atlaqués par les insectes. Oa empêche notamment rétablissement des punaises dans les bois de lit, en imbibant ceux-ci d'une faible dissolution de sublimé corrosif. On conserve également les objets d'histoire naturelle et les préparations anatomiques, en les imprégnant de sublimé corrosif.
Le protochlorure de mercure forme, avec les chlorures métalliques , un grand nombre de chlorures doubles cristallisables. On a obtenu jusqu'à trois de ces combinaisons avec le chlorure de potassium ; elles ont pour formules KCl + HgCl -f HO , KC14-2HgCl + 2HO et KCl + 4HgCl-f-4HO. Avec le chlorhydrate d'ammoniaque, on n'a préparé jusqu'ici qu'une seule combinaison; sa formule est AzH*.HC14-HgCl + H0 ; elle est isomorphe avec la combinaison correspondante du chlorure de potassium.
Lorsqu'on verse des alcalis caustiques ou des carbonates alcalins dans une dissolution de sublimé corrosif, on obtient des composés très-variables, suivant les proportions des substances réagissantes, suivant la température et l'état de concentration des liqueurs. Avec les alcalis en excès , on produit de l'oxyde jaune ou de l'oxyde rouge de mercure, mais, en employant les alcalis en proportions plus faibles et variables, on obtient des précipités tantôt gris, tan tôt rouges ou violacés , qui sont des oxychlorures ayant pour formules 2HgO.HgCl, 3HgO HgCl, iHgO.HgCl. On obtient des oxychlorures analogues, en faisant bouillir de l'oxyde de mercure avec une dissolution de sublimé corrosif.
De l'ammoniaque, versée dans une dissolution de sublimé corrosif, donne des précipités blancs, qui rendent la liqueur émulsive, et dont la composition est très-variable. On les confond depuis longtemps sous le nom de précipité blanc, mais on est parvenu à distinguer parmi eux plusieurs composés définis. Si l'on verse la dissolution de subUmé corrosif dans une dissolution d'ammoniaque caustique, et qu'on lave le précipité à l'eau froide, on obtient une substance blanche, dont la formule est Hg*ClAzH', et nommée chloramidure de mercure^ parce que l'on admet qu'elle renferme la combinaison AzH* , qui porte le nom d'amide (§ 514). La réaction qui donne naissance à ce produit est représentée par l'équation suivante :
2HgCl-(-2AzH*=Azll».HClH-Hg«ClAzH«.
On donne aussi quelquefois à ce corps la formule HgCl.HgAzH*. Il se décompose par l'eau bouillante. Soumis à l'action delà chaleur, il abandonne d'abord de l'ammoniaque, du chlorure de mercure ammoniacal 2Hg*Cl.AzH'^, et il laisse dans la cornue un composé
rouge, qui ne se détruit qu*à une température de 350*, et dont la composition est représentée par la formule 2HgCl+AzHg*.
En faisant bouillir le chloramidure de mercure avec de l'eau , jusqu'à ce que la matière ne subisse plus d'altération , on obtient un composé jaune qui a pour formule (2HgO.HQ)HgÂzH* ; on peut le regarder comme le chlorure de Toxyde ammonionmercurique SHgO.HgÂzH'; en effet, quand on le traite par la potasse, il se transforme en oxyde ammonio-mercurique.
Si l'on verse l'ammoniaque caustique , goutte à goutte , dans la dissolution du sublimé corrosif, en ayant soin de maintenir toujours ce dernier corps en grand excès , on obtient un précipité blanc, dont on peut écrire la formule SHgCl.HgAzH* ; on le regarde alors comme de l'oxyde ammonio-mercurique dans lequel tout l'oxygène est remplacé par une quantité équivalente de chlore. Ce composé s'altère promptement, même par les lavages à l'eau froide.