COMBIXAISOXS DE L'ARSENIC AVEC L'HYDROGÈNE
§ 231 . On connaît deux combinaisons de l'arsenic avec l'hydrogène; la première est gazeuse, et porte le nom de gaz hydrogène arsénié; la seconde est solide.
On prépare le gaz hydrogène arsénié en traitant de l'arséninre d'étain par Tacide chlorhydrique concentré. Cet arséniure sobtient en fondant dans un creuset 3 parties d'étain avec ! partie d'arsenic. On place l'arséniure pulvérisé dans un petit matras, et l'on verse l'acide chlorhydrique par un tube en S ; le dégagement ( ommence à froid, on l'active avec quelques charbons. Il se produit du chlorure d'étain qui reste dans le matras, et du gaz hydrogène arsénié qui se dégage. Le gaz que l'on obtient ainsi est toujours mélangé de gaz hydrogène libre. Cela tient à ce que tout létain n'est pas en touïbinaison avec l'arsenic, et que le métal libre dégage de l'hydrogène avec l'acide chlorhydrique. On constate facilement la présence du gaz hydrogène, en introduisant dans la cloche une dissolution de sulfate de cuivre qui absorbe l'hydrogène arsénié.
lu.
334 AilSENIC.
L'hydrogène arsénié forme un gaz incolore, d'une odeur nauséabonde particulière. Sa densité est 2,69. Il se liquéfie vers — 30* sous la pression ordinaire. Mis en présence d'un corps en combustion, il s'enflamme à Tair et brûle avec une flamme livide, en formant de Teau et de l'acide arsénieux; mais il se dépose constamment, sur les parois de la cloche, une poudre brune xlue ù une combustion incomplète ; c'est l'arséniure d'hydrogène solide.
La chaleur décompose l'hydrogène arsénié ; si l'on fait passer ce gaz à travers un tube chauffé au rouge, l'hydrogène devient libre, et il se dépose en avant de la partie chauffée du tube un anneau miroitant d'arsenic. Ce caractère permet de constater des quantités très-petites de gaz hydrogène arsénié mêlé à l'hydrogène.
Le chlore décompose instantanément lo gaz hydrogène arsénié ; chaque bulle de ce gaz qui pénètre dans une éprouvette remplie de chlore s'enflamme; il se produit de l'acide chlorhydrique et du chlorure d'arsenic.
L'hydrogène arsénié est très-vénéneux ; il faut prendre les plus grandes précautions pour ne pas le respirer, même en très-petite quantité.
La composition du gaz hydrogène arsénié se détermine exactement de la même manière que celle du gaz hydrogène phosphore (§221).
On trouve que i volume de ce gaz renferme
1 ~ vol. hydrogène 0,1032
\ » vapeur d'arsenic 2,5910
I^ composition de ce gaz en équivalent est AsH'.
L'eau dissout une petite quantité d'hydrogène arsénié. Un flacon plein de ce gaz, abandonné sur la cuve à eau pendant plusieurs semaines, se décompose complètement, et il se forme sur ses parois un dépOt brun d'arséniure d'hydrogène solide. On ne connaît pas la composition de ce dernier corps.
œMBI!SAISO>i DE L'ARSENIC AVEC LE CHLORE.
§ 232. On ne connaît qu'une seule combinaison de l'arsenic avec le chlore. On l'obtient en faisant passer du chlore sur de l'arsenic métallique; on peut employer à cet effet l'appareil qui sert à préparer les chlorures de soufre ou de phosphore, et qui est représenté par la figure 234. L'arsenic est placé dans la cornue tubulée D, que
ACIDE SULFARSÉNIEUX. 535
Ton chauffe légèrement pour distiller le chlorure d'arsenic à mesure qu'il se produit.
L'affinité de Farsenic pour le chlore est très-considérable. L'arsenic en poudre, projeté dans un flacon rempli de gaz chlore, s'enflamme en produisant d'épaisses vapeurs blanches de chlorure d'arsenic.
On obtient également le chlorure d'arsenic en distillant dans une . cornue un mélange de i partie d'arsenic métallique et de 6 parties de bichlorure de mercure. Le chlorure d'arsenic, préparé par l'action du chlore gazeux sur l'arsenic, est coloré en jaune par du chlore dissous ; pour le purifier, il suffit de l'agiter avec une petite quantité d'arsenic en poudre fine, puis de le distiller de nouveau.
Le chlorure d'arsenic est un liquide incolore, qui bout à 432'. La densité de sa vapeur a été trouvée de 6,3. Au contact de Feâu, il se décompose immédiatement en acides arsénieux et chlorhydrique
AsCP + 3flO==»As05 + 3flCl.
Il correspond par conséquent à l'acide arsénieux, et sa composition est la suivante :
i éq. arsenic 937,5 41,55
5 » chlore 1329,6 58,65
i » chlorure d'arsenic 2267,1 100,00.
i volume de vapeur de chlorure d'arsenic renferme :
J vol. vapeur d'arsenic 2,591
1 i » chlore 3,660
œMBI.NAISONS DE L'ARSENIC AVEC LE SOUFRE.
§ 233. L'arsenic et le soufre forment un grand nombre de combinaisons; nous ne citerons que les trois plus importantes.
On trouve dans la nature un sulfure cristallisé qui a pour formule AsS*, et qui ne correspond à aucune combinaison cormue de l'arsenic avec l'oxygène. Les minéralogistes lui ont donné le nom de réalgar. On peut l'obtenir artificiellement en fondant ensemble un mélange à proportions convenables d'arsenic et de soufre.
Le réalgar est une matière vitreuse d'une belle couleur rouge orangé; on temploie dans la peinture. Il fond et se sublime sans altération.
La seconde combinaison AsS'* correspond à l'acide arsénieux ; on
la rencontre aussi dans la nature à Fétat cristallisé; on lui donne le nom d'orpiment. L'orpiment, ou acide sulfarsénieux, peut être préparé en fondant ensemble des proportions convenables d'arsenic et de soufre. On l'obtient également en faisant passer un courant d'acide sulfhydrique à travers une dissolution d'acide arsénieux; l'acide sulfarsénieux se précipite alors sous la forme d'une matière floconneuse d'un jaune clair.
Enfin, la troisième combinaison correspond à l'acide arsénique ; elle a pour formule AsS»; on lui a donné le nom d'acide svlfarsénique. On l'obtient en versant une dissolution d'acide sulfhydrique dans une dissolution d'acide arsénique ; le précipité ne se forme pas immédiatement ; souvent même il ne se dépose qu'après plusieurs jours.
On prépare plus commodément l'acide sulfarsénique en faisant passer un courant de gaz acide sulfhydrique jusqu'à saturation dans une dissolution d'arséniate de potasse, 2KO.AsO*. Ce sel se change ainsi en un sulfosel 2KS.AsS*, dans lequel le monosulfure de potassium joue le rôle de base, et l'acide sulfarsénique le rôle d'acide. I^ sulfarséniate de sulfure de potassium reste en dissolution dans la liqueur. On le décompose par l'acide chlorhydrique ; il se dégage de l'acide sulfhydrique, et l'acide sulfarsénique se précipite sous la forme d'une poudre jaune.
La réaction est exprimée, par l'équation suivante :
2KS. AsS» + 2I1C1=2KCI + 2HS + AsS*
§ 234. L'empoisonnement par l'acide arsénieux est presque toujours mortel lorsque le poison a eu le temps d'agir et de passer dans la circulation. On peut, au contraire, le combattre avec efficacité lorsqu'il est récent. Avant tout, il convient de faire vomir le malade, afin de lui faire rejeter la plus grande partie de la matière vénéneuse qui reste encore dans l'estomac. On lui fait avaler ensuite de l'hydrate de peroxyde de fer, ou mieux de la magnésie caustique, en suspension dans l'eau. Ces oxydes, se combinant avec l'acide arsénieux, forment des arsénites insolubles, et paralysent les effets du poison.
L'hydrate de peroxyde de fer doit être préparé en versant du carbonate de soude dans une dissolution chaude d'un sel de peroxyde de fer, et lavant bien le précipité.
La magnésie caustique s'obtient en calcinant, à une chaleur modérée, la magnésie blanche des 'pharmaciens, qui est un hydrocarbonate de magnésie. La calcination est suffisante lorsque la matière ne produit plus qu'une effervescence très-faible avec les acides. La magnésie ne doit pas être trop fortement chaufl'ée, car elle se combinerait plus difficilement avec Tacide arsénieux.
§ 255. L'acide arsénieux isolé est facile à reconnaître par les caractères qui le distinguent et que nous allors développer plus complètement que nous ne l'avons fait (§ 229).
Une pincée d'acide arsénieux, projetée sur un charbon incandescent, dégage une odeur d'ail caractéristique.
Si l'on mêle avec du charbon en poudre une petite quantité de ja matière pulvérisée, et que l'on introduise le mélange au fond d'un petit tube ad bouché par un bout (fig. 256), puis, par-dessus, quelques fragments de charbon; enfin, si l'on chauffe avec une lampe à alcool, d'abord la partie du tube qui renferme les fragments de charbon, ensuite, et graduellement de b en a, l'extrémité du tube qui renferme la matière suspecte, l'acide arsénieux sera décomposé par le charbon, et l'arsenic volatilisé viendra se condenser en c sous la forme d'un anneau métallique, miroitant, en avant de la partie chauffée du tube.
On peut constater sur ce faible anneau tous les caractères qui distinguent l'arsenic : ainsi on peut le sublimer, par la chaleur, d'une partie du tube sur l'autre ; on peut encore le transformer en acide arsénieux par combustion dans l'air. A cet effet, on fait un trait sur le tube ad (fig. 256) avec une lime ou avec un silex, en arrière du dépôt d'arsenic, et on détache la partie antérieure bd de ce tube; on la place dans une position inclinée comme le montre la figure 257. On chauffe avec la lampe à alcool le dépôt d'arsenic ; celui-ci brûle dans le courant d'air et vient se déposer à l'état d'acide arsénieux, sous la forme d'une poudre blanche, sur les parties plus élevées du tuloe. Celte petite quantité d'acide arsénieux suffit pour qu'on puisse constater encore toutes les propriétés qui le distinguent. Par exemple, on la dissout dans une goutte d'acidft chlorhydrique étendu d'eau ; on recueille la dissolution dans un tube fermé ajoute une dissolution d'acide sulfliydrique; il se forme un précipité fioconneux, d'un jaune clair, d'acide sulfarsénieux ou orpiment. Ce
un bout, et on
précipité est insoluble dans Tacide chlorhydrique ; il se dissout, au contraire, facilement dans Fanimoniaque et donne une dissolution incolore.
On peut traiter, par un peu d'acide azotique concentré, Panneau miroitant d'arsenic ou le dépôt d'acide arsénieux que celui-ci a donné par grillage; on verse la dissolution dans une petite capsule de porcelaine, on évapore la liqueur avec précaution jusqu'à siccité, puis on ajoute une petite quantité d'une dissolution bien neutre d'azotate d'argent ; il se forme un précipité rouge brique d'arséniate d'argent. Il est essentiel que les liqueurs soient parfaitement neutres, car Tarséniate d'argent se dissout dans un excès d'acide. L*arséniate d'argent chauffé avec du charbon dans un petit tube (ûg. 256) donnera un anneau miroitant d'arsenic.
§ 236. Enfin, *on peut transformer l'acide arsénieux en hydrogène arsénié, et constater les propriétés de ce gaz. Cette opération est extrêmement importante, et exige des développements convenables; car non-seulement elle fournit des caractères précieux pour reconnaître l'arsenic, mais elle permet de séparer facilement une petite quantité d'acide arsénieux qui existerait dans des masses considérables de liquide.
Supposons un appareil (fig. 258) destiné à donner un dégagement de gaz hydrogène. Dans la tubulure centrale du flacon A se trouve engagé un tube droit mn de 8 à 10 millimètres de diamètre intérieur, , servant de tube de sûreté et par lequel on introduit successivement les liquides dans le flacon. Dans la seconde tubulure, on a adapté un tube recourbé plus étroit aby effilé à son extrémité b. On place dans le flacon quelques lames de zinc très-pur, puis une certaine quantité d'eau ; enfin, on ajoute de petites quantités d'acide sulfurique pur, de manière à obtenir m\ dégagement de gaz hydrogène. Lorsque l'air a été complètement chassé de l'appareil, on allume le jet de gaz à l'extrémité b du tube. La flamme présente les caractères ordinaires de l'hydrogène pur en combustion ; elle est peu brillante, et, si on en approche un corps froid, une assiette ou une soucoupe de porcelaine, il ne s'y dépose que de petites gouttelettes d'eau. Si l'on introduit alors, par le tube, une dissolution d'acide arsénieux, la flamme change d'aspect au bout de quelques instants ; elle prend une couleur livide, et il s'en dégage des fumées blanches d'acide arsénieux. L'acide arsénieux s'est dé-
composé en présence du zinc, de l'eau et de Tacide sulfurique ; son oxygène s'est porté sur le zinc ; l'arsenic s'est combiné avec une portion de l'hydrogène naissant et a formé de l'hydrogène arsénié. L'hydrogène qui brûle à l'extrémité du tube renferme donc alors de l'hydrogène arsénié qui produit, par la combustion, des fumées d'acide arsénieux.
Lorsque la proportion d'acide arsénieux que l'on a introduite dans le flacon est un peu considérable, le changement survenu dans la flamme est tellement prononcé, que l'on reconnaît immédiatement la présence de l'arsenic. On peut d'ailleurs introduire l'extrémité b du tube de dégagement ab dans un tube plus large ouvert aux deux bouts, et que l'on tient incliné; une partie de l'acide arsénieux produit par la combustion se dépose alors sur les parois de ce tube, et l'on peut soumettre ce dépôt aux épreuves que nous avons décrites plus haut.
Mais, si la quantité d'acide arsénieux ou d'acide arsénique est faible, le changement survenu dans la flamme n'est pas suffisamment apparent, et l'acide arsénieux produit par la combustion peut être entraîné complètement par le courant gazeux. On a recours alors à un autre caractère, qui permet de reconnaître et même d'isoler les plus petites quantités d'ahsenic.
L'hydrogène arsénié est formé de deux éléments très-diféremment combustibles ; l'hydrogène a plus d'affinité pour l'oxygène que l'arsenic. Il en résulte que, si le gaz brûle dans une quantité insuffisante d'oxygène, l'arsenic ne pourra s'oxyder que lorsque tout l'hydrogène sera brûlé ; et comme, d'ailleurs, l'hydrogène arsénié se décompose facilement par la chaleur, il se déposera de l'arsenic provenant à la fois de la décomposition de l'hydrogène arsénié par la chaleur, et de sa combustion partielle.
Ces circonstances se trouvent parfaitement réalisées dans certaines parties de la flamme qui brûle à l'extrémité du tube ab (fig. 258). Si l'on examine avec attention cette flamme, on lui trouve* à peu près Taspect de la fig. 259. Elle se compose d'une partie intérieure obscure a'c\ et d'une enveloppe lumineuse ^^'
oabc dans laquelle la tempe- . — = — . — ^^ ^^e»^ i rature est très-élevée. Cest eas^i^a^^^Bl^E^^^^^ dans la partie aiguë de la <!'^^^^^^
flamme, vers l'extrémité de ' ;
la partie obscure intérieure, -a?
que se développe le maximum de température. On reconnaît facilement ces deux parties de la flamme et leurs dimensions respectives,
en coupant la flamme en différents points par une plaque de verre et regardant par derrière.
A la sjurface extérieure de l'enveloppe Idmineuse, la combustion est complète à cause de la présence de Tair en excès; tandis que, dans les couches de Fenveloppe voisines de Fespace intérieur obscur, la combustion est incomplète parce qu'il ne s'y trouve pas assez d'oxygène. Enfin, dans l'espace obscur il n'y a pas de combustion, bien que, (fens certaines parties, vers le plan xZy la température soit assez élevée pour que l'hydrogène arsénié soit décomposé en hydrogène et arsenic. Si on laisse la flamme libre, l'arsenic vienl se brûler vers l'extrémité et se dégage finalement à l'état d'acide ars*"nieux. Si, au contraire, on cx)upe la flamme en x% par un corps froid, une soucoupe de porcelaine, par exemple, l'arsenic métallique se dépose sur la soucoupe et forme une tache miroitante, douée de l'éclat métallique lorsqu'elle est suffisamment épaisse. En faisant tomber ainsi successivement la flamme sur les différents points de la soucoupe, on peut couvrir celle-ci de taches arsenicales, et i*ecueillir une quantité d'arsenic suffisante pour constater les caractères de ce corps.
L'appareil que nous venons de décrire est appelé appareil de Marsht du nom du chimiste anglais qui l'a proposé le premier pour constater la présence de l'arsenic dans les recherches de médecine légale^.
Il est clair que dans cette manière d'opérer on ne condense qu'une partie de l'arsenic; mais, lorsque ce corps se trouve en très-petites quantités, les taches n'ont pas une épaisseur suffisante pour présenter l'éclat métallique, elles restent brunes, et, bien qu'un chimiste exercé ne puisse pas s'y tromper, surtout s'il a soin de soumettre ces taches à des expériences convenablement appropriées, il est à craindre qu'entre des mains moins habiles elles ne donnent lieu à des erreurs.
Il peut, en efffet, se produire des taches sur la soucoupe de porcelaine, lors même que le gaz ne renferme pas la moindre trace d'arsenic; mais il est toujours facile de s'assurer si ces taches sont arsenicales en les soumettant à des épreuves chimiques convenables. On obtient des taches sur la soucoupe de porcelaine, lorsque la liqueur du flacon est visqueuse, soit parce qu'elle renferme beaucoup de sulfate de zinc, soit parce qu'elle tient des matières organiques en dissolution. Les bulles de gaz, en se dégageant, projettent une infinité de petits globules de liquide, dont les plus légers peuvent être entraînés jusque dans la flamme, où le sel de zinc, ainsi que les matières organiques, décomposés partiellement, forment des tadies
brunes d'oxysulfure de zinc ou seulement de charbon. On évite cet inconvénient en faisant passer le gaz à travers un tube rempli de coton ou mieux d'amiante, avant qu'il arrive à l'extrémité effilée où on Fenflamme.
Il vaut mieux, dans tous les cas, décomposer l'hydrogène arsénié qui accompagne Fhydrogène dans l'appareil de Marsh, en lui faisant traverser un tube de petit diamètre que Ton chauffe au rouge sur une longueur de 1 décimètre environ ; l'arsenic vient alors se déposer sous la forme d'un anneau miroitant, étroit, à une petite distance en avant de la partie chauffée, et on le rassemble ainsi sur une très-petile surface.
La disposition la plus convenable à donner à l'appareil est celle qui est représentée par la figure !260. A est le flacon dans lequel se
Fig. 260.
dégage le gaz hydrogène. Ce flacon ne doit avoir que de petites dimensions, si l'on n'a pas de grandes quantités de liquides à y introduire, il doit être assez grand pour contenir toute la liqueur à essayer, et laisser encore un vide du cinquième environ de sa capacité totale. On a placé dans ce flacon quelques lames de zinc et de l'eau. Le flacon est fermé par un bouchon percé de deux trous ; dans Tun est engagé le tube wm, de i centimètre environ de diamètre, servant à introduire le liquide, et plongeant d'une petite quantité dans l'eau. Dans le second trou on a fixé un tube recourbé abc\ qui porte en b une boule dans laquelle se condense la plus grande partie de Teau entraînée. Un tube de verre cd, rempli d'amiante, retient les particules de la dissolution entraînées par le courant gazeux; enfin, un tube étroit dfg^ long de 3 à 4 décimètres, et étiré en pointe à son extrémité g, termine l'appareil.
On commence par produire un dégagement de gaz hydrogène pour, chasser l'air de l'appareil ; puis on chauffe le tube dfg sur une longueur d'environ 1 décimètre avec quelques charbons placés sur
une grille. Il est convenable que le tube soit en verre peu fusible, autrement il faudrait Tenvelopper d'une feuille de clinquant pour éviter qu'il ne se déformât trop par la chaleur. Un écran e présene de la chaleur la partie fg du tube. On allume aussi le gaz à Torilice g. On continue ainsi le dégagement du gaz hydrogène pendant quelque temps, et Ton regarde s'il ne se forme pas de dépôt dans la partie antérieure fg. On cherche également à obtenir des taches sur une soucoupe de porcelaine, alin de s'assurer que les réactifs employés ne peuvent pas donner par eux-mêmes de taches arscnic^iles.
Cela fait, on introduit la liqueur suspecte, et Ton maintient, par ime addition convenable d'acide sulfurique un dégagement faible do gaz hydrogène. Ce dégagement doit être tel," que la flamme n'acquière jamais une longueur de plus de 5 à 6 millimètres. La plus grande jKirtie de Tarsenic se dépose en f, à une petite distance au delà de récran. Mais, comme il y a presque toujours une faible quantité d'hydrogène arsénié qui échappe à la décomposition et qui vient brûler dans la flamme, on a soin de recueillir sur des capsules une portion de cet arsenic, sous forme de taches, qui peuvent servir plus tard à montrer quelques-unes des diverses réactions caractéristiques de l'arsenic.
Si la liqueur contenait de Tantimoine, on obtiendrait encore un anneau miroitant métallique dans le tube /ô^fig. 260); mais ce dépôt métallique se distinguerait de celui que produit l'arsenic, par son manque de volatilité et par d'autres caractères que nous développerons en traitant de l'anthnoine.
§ 257. Les méthodes que nous venons de décrire sont faciles à exécuter; elles permettent de reconnaître, avec une certitude complète, les plus petites quantités d'arsenic, lorsque ce corps existe à l'état dacide arsénieux, d'acide arsénique, ou même de sulfure^ car il est facile de transformer préalablement celui-ci en acide arséni- (pie par l'acide azotique.
Mais le problème est moins simple quand il s'agit de reconnaître la présence d'une petite quantité d'arsenic au milieu de niasses considérables de matières organiques, comme il arrive le plus souvent dans les cas d'empoisonnement. Nous allons décrire succinctement la marche qu'il convient de suivre alors :
S'il existe encore une partie des aliments qu'on suppose avoir produit l'empoisonnement, il faut chercher s'il ne s'est pas formé, au fond des vases, un dépôt d'acide arsénieux, en poudre blanche, et que l'on pourrait reconnaître immédiatement par les réactions que nous avons exposées plus haut. Une recherche toute semblable
devra être faite sur les matières vomies. Si ces recherches sont infructueuses, on exprime les aliments ou les matières vomies dans un linge très-propre, préalablement lavé à Teau distillée; on les sépare ainsi en une portion liquide et une portion solide, que Ton traite d'abord séparément pour les réunir ensuite. Les liquides sont rapprochés par évaporation dans une capsule de porcelaine. Comme ils renferment le plus souvent des matières organiques en dissolution, ils deviennent ordinairement trop visqueux pour qu'on puisse les introduire directement dans l'appareil de Marsh. Ils produiraient beaucoup de mousse, et il serait difficile de conduire convenablement Texpérience. D'ailleurs, la présence de ces matières organiques altère notablement les réactions propres à faire reconnaître l'arsenic; il faut donc commencer par les détruire. Le mieux est de concentrer beaucoup les liqueurs, puis d'ajouter une quantité d'acide sulfurique proportionnée à celle de la matière organique que Ion suppose exister dans la dissolution. On évapore pour chasser l'acide sulfurique. La matière organique se détruit et roste sous la forme d'un charbon spongieux. On arrose ce charbon avec de Tacide azotique concentré, et l'on chauffe de nouveau pour chasser cet acide ; il se dégage des vapeurs rutilantes abondantes. L'arsenic, s'il y en a, est ainsi changé en acide arsénique qui se dissout très-facilement dans l'eau. On reprend le résidu par une petite quantité d'eau distillée bouillante, on filtre, et on obtient ordinairement, si la carbonisation a été bien faite, un liquide incolore, ou très-peu coloré, qui est très-fluide, et se laisse traiter facilement dans l'appareil de Marsh.
Les matières solides qui sont restées dans le linge doivent être cnrbonisées elles-mêmes par l'acide sulfurique. A cet eflet, on les arrose avec environ le cinquième de leur poids de cet acide concentré, et on chauffe. Toute la matière devient liquide, on chasse l'acide sulfurique par la chaleur, on arrose le charbon d'acide azotique, que l'on évapore ; enfin, on reprend par de l'eau distillée bouillante. On obtient par filtration une liqueur limpide qui présente la même apparence que celle résultant du traitement de la partie liquide. On réunit les deux liqueurs, et oji les traite ensemble dans l'appareil de Marsh.
Lorsque l'acide arsénieux existe en quantité considérable dans les matières soumises à l'expérience, on peut opérer dans dçs capsules de porcelaine la carbonisation des matières par l'acide sulfurique et les évaporations successives. Mais, si la proportion du poison est petite, il est toujours à craindre qu'une portion notabie de l'acide arsénieux ne se dégage à la haute température qu'il faut
employer pour chasser Tacide sulfurique. Ce danger est surtout à redouter lorsque les matières renferment beaucoup de chlorures, parce qu'alors il peut se former du chlorure d'arsenic, qui est très-volatil. Il vaut donc mieux, dans tous les cas, faire la carbonisation dans une cornue de verre munie d'un récipient dont les parois soient mouillées. Les liqueurs distillées se condensent dans le récipient, et Ton peut rechercher ensuite si elles renferment de Tarsenic.
Si Texpert est appelé à constater un empoisonnement après décès, il devra faire les recherches que nous venons d'indiquer sur les matières que Ton aura retirées de Testomac après Tautops'e, et sur l'urine contenue dans la vessie.
Enfin il pourra avoir à constater T empoisonnement longtemps après le décès de la victime, et sur un cadavre arrivé à une décoraposition plus ou moins avancée. Il devra alors opérer sur ce qui reste de l'estomac, sur les viscères, tels que le foie, le cœur, la rate, etc., dans lesquels le poison se fixe principalement. Il les carbonisera de même par l'acide sulfurique, dans une cornue de verre, après les avoir coupés en petits morceaux.
On peut également décomposer les matières animales en les mettant en suspension dans l'eau, après les avoir hachées et broyées dans un mortier, et faisant passer à travers la liqueur un courant de chlore, jusqu'à ce que la matière organique se soit déposée sous la forme de flocons incolores ; la liqueur étant d'ailleurs saturée de chlore. On bouche ensuite le flacon, et on abandonne la liqueur à elle-même pendant douze heures. Au bout de ce temps, elle doit encore sentir fortement le chlore. On la filtre alors et on la concentre dans une cornue munie d'un récipient. La petite quantité de liqueur concentrée qui reste dans la cornue est traitée dans l'appareil de Marsh. On examine ensuite, s'il y a lieu, le liquide condensé dans le récipient, pour reconnaître s'il renferme de l'arsenic.
Il va sans dire que tous les réactifs chimiques empIoy(»s dans ces opérations successives devront être purs, et qu't7s seront essayés préalablement avec les soins les plus scrupuleux, pour constater qu'ils ne renferment pas la moindre trace d'arsenic. L'expert pourra alors avoir une confiance complète dans le résultat de ses recherches, si toutefois elles ont été exécutées d'une manière convenable.
Mais, comme il est essentiel que cette confiance soit partagée par les juges, et qu'il ne puisse rester aucun doute sur le résultat de l'expertise, si celle-ci conclut à la présence de l'arsenic, il convient d'exiger que parallèlement aux opérations véritables, Texpert
EMPOISONNEMENTS 1»AU L'ACIDE AUSÈNIEUX. 54o
exécute des opérations en tout semblables, à blanc, avec les mêmes réactifs, employés en même quantité, et dans des appareils exactement semblables. Il devra remettre au tribunal : d'un côté le tube dfg (fig. 260) de l'appareil de Marsh, dans lequel il aura traité finalement le résultat des opérations sur les matières suspectes, ainsi que les capsules sur lesquelles il aura cherché à produire des taches; et, de l'autre côté, le tube analogue du second appareil de Marsh, dans lequel il aura traité finalement le résultat des opérations exécutées sur les réactifs seuls, ainsi que les capsules sur lesquelles il aura cherché à obtenir des taches. La comparaison de ces résultats ne pourra, alors, laisser aucun doute dans Tesprit de personne*.
' Voyez, pour plus do déîails, le rapport fail à l'Académie des sciences sur la recherche de l'arsenic dans les cas d'empoisonnement. Comptes rendus de V Académie des scieu-es, t. XII, p. 1070.
S't6 BORE.
Kqutvalent = 136,15.
§ :i38. Le bore* se rencontre dans la nalure combiné avec Toxygène, à Télal d'acide borique. Kacide borique existe, soit isolé, soit en combinaison avec des bases. Le bore a été obtenu sous trois aspects diflercnts :
1* A rélat d'une poudre amorphe;
2* Sous forme de paillettes cristallines opaques, semblables à celles que le carbone montre dans le graphite ;
5* En cristaux transparents, analogues à ceux que le carbone présente dans le dûmiant.
On ( hlionl le bore amorphe en décomposant à chaud le fluoborure dr potassium par le potassium ou le sodium. On chaulFe le mélange dans un tube de verre ; la réaction se fait avec une faible déflagration. Le potassium enlève Toxygène à une portioade l'acide borique et se transforme en potasse, qui se combine avec l'acide borique non décomposé. On trouve donc, après la réaction, du borate de potasse, du fluorure de potassium et du bore. En traitant par l'eau chaude, le bore reste seul sous la forme d'une poudre amorphe, d*un brun plus ou moins foncé.
On prépare également le bore amorphe en décomposant à chaud l'acide borique par le sodium. On mêle 10 parties d'acide borique anhydre et concassé avec 6 parties de sodium en fragments, on projette le mélange dans un creuset de fonte rougi au feu, on le recouvre avec 4 ou 5 parties de sel marin pour faciliter la fusion, enfln on ferme le creuset avec un couvercle en fonte. Après la réaction, on verso la matière liquide dans mie terrine remplie d'eau acidulée par de l'acide chlorliydrique ; le bore se sépare sous la forme d'une poudre verdàtre. On le recueille sur un filtre et on le sèche sous le récipient de la machine pneumatique.
Le Ijore amorphe, chaufte à iOO% subit ime modification isoniérique qui le rend moins altérable par les agents chimiques.
On prépare le bore graphiteux en chaufiant pendant longtemps de l'aluminium dans un courant de gaz chlorure de bore; Taluminium présente, à la fin de l'opération, des cavités remplies de pail* lettes cristaUines de bore. On les sépare en. traitant par l'acide
* Le bore a été découvert, siinultau ':meat, en Angleterre par Davy, et en France par Gay-Liissac et Tbcnard.
dilorh^-drique, qui dissout ralujniniuni. Les paillettes de bore ont un éclat demi-métallique, et ressemblent à celles du graphite (§ 248) ou du sesquioxyde de fer spéculaire (§ 774). 11 ne s'enflamme pas à Pair, à la chaleur rouge, comme le bore amorphe, et il ne subit pas la moindre altération. II ne se dissout ni dans les dissolutions acides, ni dans les dissolutions alcalines, même à la température de leur ébullition.
Le bore cristaflisé forme des cristaux transparents qui présentent l'éclat et la dureté du diamant. On Fobtient en fondant à unf violent feu de forge de Faluminium avec de Tacide borique anhydre. Le mélange est placé dans un creuset de charbon recouvert d'un couvercle en charbon et disposé dans un creuset de terre bien réfractaire ; le creuset doit être maintenu, pendant 5 ou 4 heures, à la plus haute température. Après le refroidissement, on casse le creuset, et on sépare un culot composé de deux matières; l'une, complètement vitreuse, est formée par du borate d'alumine ; la partie inférieure est de l'aluminium parsemé de petits cristaux transparents de bore. On sépare les cristaux de bore en traitant la masse par de l'acide clilorhydrique, qui dissout l'aluminium.
Les cristaux de bore sont d'un brun rouge foncé ou d'un jaune de miel ; ils ont un éclat et un pouvoir réfringent comparables à ceux du diamant. Leur dureté est aussi considérable que celle du diamant. Chauffés au contact de l'air, ils ne s'enflamment pas et ne subissent aucune altération. Le bore cristallisé ne brûle dans Toxygène qu'à la même température que le diamant. Il n'est attaqué par aucuii acide ni par les dissolutions alcalines, même ù la température de leur ébullition. Sa densité est 2,68.
Le bore fond entre les pôles d'une forte pile. Le bore amorphe, chauffe au rouge, s'enflamme au contact de l'air et se change on acide borique.
COMBINAISOIN DU BORE AVEC L'OXYGKNE.
Acide borifitte, hoO^.
§ 259. On ne connaît qu'une seule combinaison du bore avec l'oxygène : l'acide borique. Cet acide se trouve dans la nature, soit à l'état libre, soit en combinaison avec la soude et formant un sel qui est employé dans les arts sous le nom de borax.
Dans certaines localités volcaniques de la Toscane, que Ton appelle les maremmes de la Toscane, il sort constamment, par des Assures du sol, des jets de gaz et de vapeur, auxquels on donne le nom
5iS