CHAPITRE DEUXIÈME
ARTICLE PREMIER
à Du Climat en général.
24. Nous avons établi la disüinchion du climat géographique et du climat physique ou local. C’est le climat local qu'il importe surtout au forestier d'étudier, comme agissant principalement sur la végélation des bois.
En général, on peut admettre que, dans les pays chauds, la végétation est non seulement plus précoce mais encore plus active que dans les pays froids, à condition que, comme sur le littoral, l'humidité atmosphérique soit abondante. Dans ces régions, les bois sont plus durs, plus pesants et plus durables que dans les pays froids. Un climat doux hâte la croissance et la maturité des bois, un climat rigoureux les retarde.
25. La situation, d'où dépend principalement le climat local, influe par l'élévation au-dessus du
18 DES CLIMAIS, niveau de la mer, et surtout par la configuration terrestre.
26. L'élévation au-dessus du niveau de la mer se manifeste, de mème que l’éloignement de l'équateur, par une plus grande sécheresse de l'air et par un abaissement dans la température dû à un rayonnement plus actif et à la moindre capacité de l'air raréfié pour la chaleur !; mais, {tout en étant ordinairement plus raréfié et plus sec, l'air des couches supérieures de l'atmosphère est parfois chargé, par des causes aceidentelles, de grandes quantités d'humidité. En outre, les courants sont plus fréquents et ont plus de violence dans les situations élevées, sans doute parce qu'ils y rencontrent moins d'obstacles que dans les régions basses.
Mais c’est la configuration terrestre qui à la plus grande part dans les influences qui font varier le climat local, et elle donne lieu à la distinction des climats de plaine et des climats de montagne.
ARTICLE II
Des Climats de plaine.
27. Les climats des plaines sont généralement plus doux et moins variables que les climats des mon-
‘ Dans la plus grande partie de la France, 200 mètres d’élévation au-dessus du niveau de la mer équivalent à peu près à un degré de latitude. (Voir Cours complet de Météorologie, par M. Kæmtz, traduit par M. Ch. Martins.)
tagnes ; déterminés principalement par la latitude, ils sont aussi modifiés par la nature du terrain, l'état de sa superficie, et par la proximité plus ou moins grande des mers et des montagnes.
28. Les eaux à la superficie terrestre, les lacs, les étangs, les rivières, en répandant de l'humidité dans l'atmosphère, diminuent l'intensité des chaleurs. Les masses de forêts produisent des effets analogues, par les exhalaisons aqueuses des arbres et par leur couvert qui empêche le sol de se dessécher; elles rendent encore la température plus constante, en mettant obstacle au rayonnement de la terre, en favorisant l’infiltration des eaux dans le sol que leurs racines pénètrent et divisent en tous sens, enfin en arrêtant l’action des vents. Au contraire, l'absence totale d'eaux augmente la sécheresse et la chaleur de l'atmosphère en été; le manque de forêts ou autres plantations se fait sentir de même, et, en hiver, 1l ajoute encore à l'intensité du froid.
Il doit donc être de la plus haute importance, pour l'état climatérique d’un pays, que les forèts y soient réparties d’une manière convenable.
29. Un terrain léger et profond favorise l'infiltralion des eaux et tend à adoucir le climat; un sol compacte et humide ajoute à sa rudesse.
30. Vers les côtes, les froids de l'hiver sont moins vifs, par suite du voisinage de la mer, dont la température varie peu; et les eaux, pendant l'été, rafraichissent l’air et empèchent les trop fortes chaleurs.
Une atmosphère très humide, la violence et la fréquence des vents caractérisent le climat de ces localités.
ARTICLE! IT
Des Climats de montagne.
31. Les climats de montagne se modifient par les mêmes causes que les climats de plaine, mais c'est surtout l'influence de la configuration terrestre qui s’y fait le plus vivement sentir. On y remarque, comme caractère général, des variations brusques et fréquentes dans la température et dans la quantité d'humidité répandue dans l'atmosphère.
32. Trois situations sont à distinguer dans les pays de montagnes :
Les vallées,
Les versants,
Les plateaux.
1° Dans les vallées profondes, les chaleurs sont fortes pendant le jour, l'humidité atmosphérique est abondante. L'influence des grands vents qui règnent sur les hauteurs y est ordinairement atténuée, mais l'air y est agité presque constamment par de légers courants.
Ces diverses circonstances sont toutes très favorables à la végétation, qui, d’un autre côté cependant, se trouve exposée, dans les vallées, à l'influence nui-
sible de plusieurs météores 1. Ce sont d'abord des brouillards épais et fréquents qui, en obseureissant l'atmosphère, empêchent l’action bienfaisante de la lumière, et c'est ensuite le passage trop brusque de la température de la nuit à celle du jour, d’où proviennent les gelées tardives du printemps, si funestes à la végétation.
2° Dans les régions plus hautes, les variations de température sont les mêmes que dans les vallées, mais la chaleur et l'humidité de l'atmosphère y sont moins fortes, quoique susceptibles, par moments, de s'élever à un très haut degré. Des vents impétueux y règnent souvent dans une constante direction, déterminée par celles des montagnes voisines. L'action de la lumière v est vive, et l’atmosphère chargée d'électricité.
Dans ces régions, la végétation est moins précoce et moins active que dans les vallées.
3° Sur les plateaux des grandes hauteurs, le climat est déterminé surtout par l'élévation au-dessus du niveau de la mer, et participe d’ailleurs, en grande partie, de celui des régions Immédiatement inférieures. On y remarque d’abondantes rosées, et fréquemment des pluies et des nuages qui, pendant une grande partie de l’année, sont transformés en neige et en givre.
* On sait que ce mot désigne généralement les phénomènes atmosphériques.
Dans ces localités, la croissance des bois est lente et peu vigoureuse.
33. Parmi les circonstances qui modifient notablement les climats de montagne, il faut citer les abris. Ainsi, à hauteur égale au-dessus du niveau de la mer, des versants, des plateaux peuvent présenter des phénomènes climatériques très différents, selon qu'ils sont ou non abrités, dans certaines directions, par des montagnes voisines plus élevées, et selon que celles-ci sont boisées ou dénudées. Pour comprendre l'influence que cette dernière condition peut exercer, il suffit de se reporter à ce que nous avons dit plus haut [28] des effets produits par les forêts sur les climats de plaine, et de remarquer, en outre, que ces effets seront d'autant plus salutaires sur les grandes élévations, qu’en hiver les froids y sont plus vifs et plus prolongés, les neiges plus abondantes et plus persistantes; en été, l’air plus sec et plus chaud, les orages plus fréquents et plus violents ; en toute saison enfin, les vents plus impétueux.
34. Nous ne parlerons pas de l’état climatérique des pays de coteaux. On conçoit qu'il doit tenir le milieu entre celui des montagnes et celui des plaines, et se rapprocher plus ou moins de l’un ou de l’autre, selon la configuration terrestre et l'élévation audessus du niveau de la mer.
ARTICLE IV
De l'Exposition.
35. Ainsi que nous l'avons dit, l'exposition est un élément essentiel du climat local; elle influe sur la croissance et la qualité des bois en raison de l’action non seulement du soleil, mais encore des divers météores, tels que les vents, la pluie, la gelée, etc. action qu’elle favorise plus ou moins.
À chacun des quatre principaux aspects se produisent des effets météoriques particuliers.
36. A l'Est, la température est fraiche etassez sèche, parce que les rayons du soleil y arriventle matin, lorsqu'ils ne donnent encore que peu de chaleur, et parce que les vents d'Est amènent ordinairement la sécheresse, Comme les bourgeons ne s'y développent qu'à une époque assez avancée du printemps, les gelées tardives de cette saison y sont peu à craindre; celles d'automne, au contraire, s’y font sentir de bonne heure, el peuvent quelquefois devenir nuisibles, lorsque les jeunes plantes et les pousses de l’année ne sont point encore suffisamment lignifiées.
L'exposition de l’Est est très favorable à la végétation des bois; ils y acquièrent de belles dimensions et une texture ferme.
37. Au Nord, le climat est à peu près le même qu'à l'Est, loutes circonstances égales d’ailleurs. Cependant la température y est plus froide, parce que le
soleil y donne peu, et l'humidité plus abondante, parce qu'effectivement les vents du Nord sont moins sees que ceux du Levant.
Les arbres, dans les pentes au Nord, ont une croissance très rapide et parviennent aux plus belles dimensions; mais leur bois est moins dense et d’une fibre plus molle qu'aux autres expositions.
38. À l'exposition du Couchant, le sol est éclairé par le soleil aux heures où 1l donne la chaleur la plus vive; aussi est-il, ainsi que l'atmosphère, sujet à se dessécher rapidement et à un très haut degré, à moins que des vents fréquents d'Ouest ou de Sud-Ouest, ordinairement chargés de beaucoup d’eau, ne viennent remédier à cet inconvénient. Mais, si ces vents peuvent produire quelque avantage sous ce rapport, ils sont, d’un autre côté, très nuisibles aux parties de forêt exposées immédiatement à leur action, parce qu'en raison de leur extrême violence, et des grandes pluies qui les accompagnent, ils déracinent les arbres mal assis dans une terre détrempée, ou les rompent très souvent.
Les bois, à cette exposition, acquièrent de la souplesse et une texture forte; mais les tourmentes trop habituelles des vents les rendent sujets à des déformalions et les arrêtent souvent dans leur croissance.
39. L'exposition du Sud est la plus défavorable à la végétation. Comme le soleil y donne à peu près tout le jour, les premières chaleurs de l’année provoquent le prompt développement des bourgeons, et
les jeunes pousses deviennent fréquemment victimes des gelées printanières. A cette exposition, le sol et l'atmosphère sont extrêmement chauds et secs; on y subit des vents violents, souvent accompagnés d'orages.
Les bois qui croissent dans les versants au Midi deviennent très durs et coriaces; mais leur accroissement est lent, et leurs dimensions, tant en hauteur qu’en diamètre, sont faibles.
40. Il est à remarquer que l'influence de l’exposition sur la végétation s’affaiblit en raison de l’élévation au-dessus du niveau de la mer. Ainsi, par exemple, à une grande altitude, la différence de température, entre l'exposition du Nord et celle du Midi, est bien moins marquée qu'à des élévations moyennes ou dans les vallées.