Feuillage. — Les feuilles persistent pendant
‘ Il existe, en Espagne et en Algérie, une variété de j'yeuse appelée ballotte, dont les glands sont toujours doux et plus gros que ceux de l’espèce type. Il serait sans doute facile de la naturaliser dans les régions de la France où l'yeuse croît spontanément, |
2 années sur les rameaux, et lombent au commencement de la troisième : elles sont beaucoup plus petites que celles des espèces à feuilles caduques, entières ou dentées et garnies de piquants, selon que le sol est plus où moins fertile. Le couvert qu'elles dounent est très épais.
101. Racines. — Lans les mauvais lerrains où 1l végèle en France, lveuse n'a que des racines tracantes, fortes et nombreuses, qui pénètrent très avant: dans les fissures des rochers et drageonnent abondamment. Ilest probable que, dans un bon terrain, 1} pivoterait davantage.
102. Croissance et durée. — La croissance de cel arbre est très lente, et, en France, 1l atteint bien rarement plus de 10 mètres de haut; mais, en Halie, en Algérie et en Corse, où il se trouve parfois dans d'assez bons sols, il a de belles dimensions. I vil plusieurs siècles.
103. Qualités et usages.— Le bois de l'yeuse est remarquable par l'homogénéité et la finesse de son grain, sa densité et son poids. Ces qualités le ren-
draient éminemment propre à être employé, soit comme bois de construction, soit comme bois d’ouvrage, partout où les pièces sont exposées à un frottement continu ; aussi, Duhamel conseille-t-il déjà de le prélérer, pour ces sortes d'usages, à toutes les autres espèces de chènes. On assure, de plus, que, mis en œuvre, il a une très grande durée, et résiste longtemps à la pourriture. Malheureusement, on le
coupe généralement trop jeune, ce qui fait qu'il ne produit guère que du chauffage. Mais, pour cet usage, il est très estimé, et, dans le Midi, on le trouve supérieur même au hêtre.
Son écorce sert au tannage des cuirs, el on la met fort au-dessus de celle des chênes à feuilles caduques.
»° Chène liège.
10%. Le chène liège, très commun en Espagne, où 1l se fait un grand commerce de son écorce, et en Algérie, est cultivé avec succès dans les parties méridionales de la France. On le trouve dans les départements de Lot-et-Garonne, des Pyrénées- Orientales, du Var et de la Corse. Il en existe deux variétés, l'une à glands doux, l'autre à glands amers. La première est la plus estimée pour la qualité de son liège.
105. Climat, situation, exposition. — Cet arbre ne prospère que dans les pays à température élevée. Il réussit dans les régions moyennes des montagnes (jusqu’à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer), aussi bien que dans les plaines. C’est dans les pentes méridionales et abritées, et partout où le soleil a beaucoup d'action, que son bois et son écorce acquièrent le plus de valeur.
106. Terrain. — Le chène hège se plaît particulièrement dans les sols feldspathiques. Cependant, il
est probable que d'autres terres légères et divisées ne lui seraient pas contraires. Dans le département du Var, des essais de l’élever dans les terrains calcaires ont réussi, mais non sans beaucoup de soins, et il paraït aussi qu’en Catalogne il croît dans des terrains de même nature. Sa racine pivotante demande un sol profond; mais, indépendamment du pivot, cet arbre à aussi des racines traçantes qui lui permettent de croître dans des terrains de faible profondeur. On voit, sur les montagnes des Pyrénées-Orientales et du Var, des chênes lièges qui se contentent de très peu de fond; les racines s’implantent même dans les fissures des rochers, et. donnent aux arbres une assiette très solide. Leur écorce, dans ces situations, devient plus légère, plus fine et plus épaisse.
Les sols compactes ou humides sont ceux qui conviennent le moins à cet arbre.
107. Floraison et fructification. — La floraison estmonoïque, et amentacée pour les mâles. Les fleurs paraissent à la fin de mai ou dans le courant de juin, suivant que l'arbre est plus ou moins exposé à la chaleur et abrité des vents du Nord. Les mêmes circonstances influent sur la maturité des fruits, et établissent à cet égard une différence de 4 à 2 mois. Les glands mürissent et tombent depuis septembre jusqu’en décembre de l’année de la floraison. Il est probable que les glands doux du chêne liège sont dus, comme ceux de l’yeuse, à une exposition très chaude,
où la maturation s'opère d'une manière plus complète. ; |
Cet arbre devient fertile dès l’âge de 15 à 20 ans et porte fruit presque tous les ans.
108. Jeunes plants. — Les jeunes plants ne se montrent sensibles qu'au froid, et, particulièrement, aux gelées tardives ; ils supportent bien l’action de l'air et du soleil. Cependant, à l'exposition du midi, il convient de ne pas les laisser sans abri dans les premières années.
109. Feuillage. — Les feuilles petites, entières, plus ou moins dentées, sont nombreuses, pressées, et persistent plusieurs années. La tête de l'arbre, très rameuse, fournit un couvert épais.
110. Racines. — La racine principale pivote el s'enfonce profondément. Les racines latérales tracent au loin et sont disposées à fournir de nombreux drageons. C’est par les drageons que le chêne liège s’est considérablement mulüiplié dans les forêts incendiées du Var.
111. Croissance et durée. — La croissance du chêne liège est assez active, et sa durée de plusieurs siècles. Îl atteint de fortes dimensions. On en cite un exemplaire qui mesurait 3 mètres 15 centimètres de tour, d'une élévation moyenne, parce qu'il était isolé, mais ayant un feuillage bien nourri, des branches abondantes, fortes, et qui, par leur position verticale, annonçaient encore une végétation vigoureuse. Un autre chène portait 6 mètres de circonté-
rence, et a fourni 55 stères de bois façonné, ce qui prouve que l'enlèvement de l'écorce ne lui est pas nuisible. Il peut donner du liège pendant 150 el 200 ans. suivant la fertilité plus ou moins grande du lerrain.
112. Qualités et usages. — Le bois du chêne hège a beaucoup de densité. Il est peu employé aux constructions, attendu son extrème pesanteur, et aussi parce que, dit-on, il se pourrit promplement à l’air. Par contre, il est propre à la menuiserie et particulièrement estimé comme bois de chauffage.
C'est l'enveloppe subéreuse de l'écorce qui forme le hège : livrée à elle-même, elle se crevasse profondément el devient impropre aux usages auxquels le liège est destiné. Lorsqu'elle à été enlevée, elle est remplacée par une zone nouvelle. L'époque à laquelle il convient de commencer l’écorcement se détermine, non d’après l’âge, mais d'après les dimensions de l'arbre, qui doit, à cet effet, mesurer de 30 à 50 centimètres de tour.
L'enlèvement du premier liége ou liège mâle, qui ne donne qu’un produit grossier et presque de nulle valeur, se nomme démasclage. Le liège femelle est celui que l’on récolte par la suite ; il est éminemment propre à tous les usages du commerce. Le premier démasclage ne doit guère dépasser la moitié de la hauteur du tronc de l'arbre; dans les écorcements subséquents on monte jusqu'à la naissance
DES SOLS, DES ESSENCES, (I des branches, qui, en général, doivent être respectées, à moins qu'elles ne soient de forte dimension. L'opération de l’écorcement se fait à la fin de juin, dans le mois de juillet, et quelquefois même en août !.
6° Chêne kermès.
113. Le chêne kermès est très abondant dans les départements du Midi de la France, el, notamment, dans ceux des Bouches-du-Rhône et du Var, où il couvre près des trois quarts du sol forestier.
114. Climat, situation, exposition. — Une tem pérature élevée lui est nécessaire ; 1l croît, du reste, en montagne aussi bien qu'en plaine et à tous les aspects du soleil.
115. Terrain. — C’est dans les sols sablonneux el pierreux qu’on le trouve le plus ordinairement, el il paraît très peu exigeant sous ce rapport. Les faibles dimensions qu'il acquiert doivent le faire exclure des terrains de quelque fertilité.
116. Floraison et fructification. — La floraison est monoïque, el amentacée pour les mâles. Les fleurs paraissent en mai; les glands qui leur succèdent restent très petits la première année, et ne sont mûrs que vers la fin de la seconde. Les buissons de chêne
‘ Voir, pour plus de détails, sur le chène liège, la Flore forestière déjà citée de M. Mathieu, et, dans les Annales forestiéres, année 1858, un article fort intéressant de M. Rousset, garde général des forêts.
kermès portent fruit très jeunes el presque tous les ans.
117. Jeunes plants. — Cette essence étant sans importance forestière, les exigences de son jeune plant n’ont point été étudiées ; mais, à en juger par la grande facilité avec laquelle elle se propage, son tempérament doit ètre très robuste dès sa naissance, au moins pour résister aux chaleurs et à la sécheresse.
118. Feuillage. — Les feuilles sont persistantes et épineuses, à peu près comme celles du houx; elles donnent un couvert d'autant plus épais que les buissons de chène kermès sont très rameux el s’élèvent peu.
119. Racines. — Les racines sont nombreuses, plus tracantes, dit-on, que pivotantes, et disposées à drageonner.
120. Croissance et durée. — Ainsi qu'on vient de le dire [115|, ce chêne ne prend que de faibles dimensions : il se ramifie dès la base, et n’atteint guère plus de 1 à 3 mètres de haut. Sa durée est probablement beaucoup moindre que celle de ses congénères; on n’a pas toutefois de notions bien certaines à ce sujet, parce qu’on l’exploite généralement très jeune.
121. Qualités et usages. — Le chène kermès, attendu ses dimensions, ne produit que du bois de bourrées et de fagots, employé en général à chauffer les tuileries, briqueteries et les fours à chaux sur place. Dans le Midi de la France, les bois de cette
DES SOLS, DES ESSENCES. 63 essence sont à peu près tous livrés au pacage. C’est sur cette espèce que l’on trouve l’insecte appelé kermès (kermes ilicis), qui se fixe et se nourrit sur les jeunes rameaux. On le récoltait autrefois pour en tirer une couleur rouge, estimée pour la teinture des étoffes. $
L'écorce du chène kermès est, comme celle de tous les autres chênes, propre au tannage des cuirs.
ARTICLE II
Le Hêtre.
122. Cet arbre est l’un des plus utiles et des plus répandus de nos forêts, dont il forme fréquemment l'essence dominante. Il n’en existe qu'une seule espèce indigène : le hêtre commun (fagus sylvatica, Linné). On le connaît aussi sous le nom de fayard, foyard ou fau.
123. Climat, situation, exposition. — Le climat tempéré est celui que cet arbre préfère; il occupe cependant, dans nos montagnes, à peu près la région du sapin ; quelquefois même il lui est supérieur. On letrouve, dans les Alpes, à 1,500 mètres au-dessus du niveau de la mer, et, dans les Pyrénées, il monte jusqu'à 1,800 mètres. Le climat froid des différentes contrées de la France ne lui est donc pas essentiellement contraire.
Dans le centre, le nord, l’est et l’ouest de Ja
France, on le voil prospérer aussi bien dans les plaines que dans les situations montueuses, mais il réussit moins, dans les vallons étroits et humides, exposés aux gelées lardives, que sur les plateaux et dans les pentes abritées. Il est exclu des plaines et des coteaux brülants des départements du Midi.
L'exposition méridionale lui est contraire ; 1l préfère celles du Nord, du Nord-Ouest et de l'Est.
124. Terrain. — A l'exception d’un sable sec, de l'argile compacte et d’un fonds marécageux, le hêtre se contente de toute espèce de terrain, pourvu qu'il soit divisé. Les sols calcaires où légèrement argileux, fortement mélangés de pierrailles, semblent lui convenir particulièrement. Il n’exige qu’une profondeur médiocre, à la condition, toutefois, que l'épaisse couche de feuilles mortes, qu'il produit chaque année, se mantienne à la surface.
125. Floraison et fructification. — La floraison est monoïque, eten chatons globuleux pour les mâles: les fleurs paraissent, avec les feuilles, dans le courant d'avril ou au commencement de mai, suivant la température, et, comme celles du chène, elles sont souvent victimes des gelées printanières. Ce n’est ordinairement qu'à des intervalles de plusieurs années que l’arbre porte semence. Le fruit, appelé faine, mürit et tombe en octobre de l’année même de la floraison ; quoique moins lourd que le gland, il ne s'éloigne cependant que peu de larbre qu le produit.
Le hêtre ne devient fertile que vers l’âge de 50 ans. Dans les années où 1l y a fainée complète, on voit des pieds beaucoup plus jeunes chargés de graines. Mais, outre qu'elles sont vaines en grande partie, cette circonstance ne peut être considérée que comme tout à fait exceptionnelle.
126. Jeunes plants. — Les hètres, dès leur naissance, sont très délicats et demandent un abri prolongé pendant plusieurs années ; ils sont cependant moins sensibles au froid qu'à l’action du soleil, à . laquelle ils ne peuvent résister.
127. Feuillage. — Les feuilles sont d'un tissu serré et très abondantes ; elles forment un abri très épais.
128. Racines. — Dans la première jeunesse, le pivot est presque aussi prononcé que celui du chêne et muni de peu de racines latérales ; mais celles-ci ne tardent pas à se multiplier, sans toutefois s'étaler au loin, tandis que le pivot s'arrête complètement. Parvenu à maturité, l'arbre présente des racines assez fortes qui tracent dans les couches supérieures du sol et ne s'enfoncent jamais comme celles du chêne. Parfois elles produisent quelques drageons généralement chétifs et d’une végétation languissante. ,
129. Croissance et durée. — La croissance du hêtre, dans les dix premières années, est fort lente; mais, aussitôt qu'il a pris un peu de consistance, il devient robuste, et s'élance avec assez de rapidité. En
66 DES CLIMAIS,
solconvenable, 11 s'élève à plus de 40 mètres, prend jusqu’à 1 mètre et 1 mètre 50 centimètres de diamètre à la base, et prospère quelquefois pendant 300 ans.
130. Qualités et usages. — Le hètre n’est guère propre à la charpente ; son bois ne résiste n1 à l’humidité ni aux variations de l'atmosphère. On n’a pu l’employer jusqu'à présent à cet usage qu’en opérant sa dessiccation parfaite, et en le soumettant au feu Jusqu'à ce que sa surface fût un peu charbonnée. Il sert cependant à quelques pièces de construction des vaisseaux, soit celles qui sont entièrement à couvert, soit celles qui restent sous l’eau ; et, depuis une dizaine d'années environ, on l’emploie à faire des traverses de chemin de fer, après l’avoir imprégné de sulfate de cuivre ou de créosote.
Du reste, son bois est d’une utilité générale. C’est un des meilleurs bois de fente : 1l est employé par les menuisiers, les ébénistes, les charrons, les carrossiers, les tourneurs, les layetiers et les boisseliers. On en fait des rames de bâtiments de mer, des manches de marteaux de forge et autres usines. Le sabotage qu'on en tire forme un commerce considérable. [est à observer qu'on ne peut fendre le hêtre que lorsqu'il est vert, mais que, pour lemployer, il faut lui faire subir une dessiccation complète, car 1l prend beaucoup de retrait.
Le hêtre fournit un excellent chauffage et un charbon très recherché.
DES SOLS, DES ESSENCES. 67 La faîne, mêlée avec le gland, sert à nourrir les porcs et à les engraisser; on en retire par ce moyen un produit souvent considérable. Le panage, lorsqu'il ya suffisamment de glands et de faînes, peut être mis en adjudication ; c’est une ressource très précieuse, surtout pour les pays pauvres en grains. On ramasse aussi la faîne pour en extraire l'huile, qui est un très bon aliment lorsqu'elle est pressée à froid. Cette huile est meilleure à brûler et donne moins d’odeur que d’autres huiles; elle est employée avec avantage dans l’économie domestique et dans les arts.
ARTICLE ÏIIl.
Le Châtaignier.
131. Le châtaignier commun (castanea vulgaris, Lamarcx) est un arbre remarquable par son beau feuillage et son port majestueux, par sa grande utilité et par une croissance des plus rapides. On ne trouve en France, et mème en Europe, qu'une seule espèce de ce genre. Quant aux variétés, qui ne sont dues qu’au climat et à la culture, elles ne se distinguent que par la grosseur et le goût du fruit.
132. Climat, situation, exposition. — On rencontre le châlaignier dans toute la France, excepté dans les départements du Nord. Un climat un peu chaud paraît donner plus de solidité à son bois [24]
et plus de qualité à son fruit; ce climat lui convient aussi, parce que cet arbre, fleurissant plus tard que les autres essences, sa fructfication a besoin d'une température douce pour arriver à une maturité parfaite. Il est constant, d’ailleurs, qu'il supporte mal les froids rigoureux f.
Le châtaignier se plait particulièrement sur les coteaux etsurles montagnes d'uneélévationmoyenne. Il réussit moins dans les plaines, et l’on doit éviter de le placer surles grandes hauteurs et dans les fonds humides.
Les pentes entièrement exposées au Midi ne lui conviennent pas, surtout dans les localités où l'on a des gelées printanières à craindre. Cet arbre, ayant une végétation très précoce, est souvent victime de ces gelées, lorsque, à l'entrée du printemps, le soleil hâte le développement des bourgeons. Il est donc préférable de le cultiver aux expositions de l'Est et du Nord-Est.
133. Terrain. — Les terres légères, siliceuses ou feldspathiques, mais substantielles et profondes, sont celles où 1l prospère le mieux ; cependant on le voit réussir aussi dans les sols secs et sablonneux. Dans ceux qui sont légèrement humides, il a une végélation extraordinaire ; mais, ayant plus souvent
‘ C'est, à ce qu'on prétend, l'hiver de 1709 qui a généralement détruit les châtaigniers, très communs autrefois en France. Buffon (2° mémoire, Expériences sur les végétaux) rejette cette opinion comme n'ayant aucune base sérieuse,
DES SOLS, DES ESSENCES. 69 à souffrir des gelées printanières, 1l se creuse bien plus tôt que dans les autres terrains. En général, les terres trop compactes, humides ou marécageuses sont contraires au châtaignier, et il se refuse à croître dans les sols calcaires, ou du moins il y croît mal.
134. Floraison et fructification. — La floraison est monoïque ou même polvgame, car certains chatons mâles portent à leur base des fleurs femelles ou hermaphrodites. Les fleurs paraissent dans le mois de juin, et quelquefois en juillet seulement. Le fruit mûrit tard et ne se récolte, dans les climats tempérés, que vers le milieu ou la fin de novembre. Sa maturité ne devance cette époque que dans les climats plus chauds, ou lorsque l'été et l'automne ont une température élevée. Les châtaignes son! plus lourdes que le gland, renfermées dans une enveloppe presque ligneuse armée de pointes, qu’on appelle vulgairement hérisson; 1l y en à ordinairement deux et même trois. Le marron, la plus grosse des châtaignes, y :st presque toujours seul.
Le châtagnier porte fruit même très jeune.
135. Jeunes plants. — On peut entièrement comparer les plants de châtaignier à ceux du chène. Ils sont robustes dès leur naissance et ne prospèrent pas à l'ombre ; mais ils sont, plus que les jeunes chênes, sensibles aux froids.
136. Feuillage. — Les feuilles du châtaignier sont grandes et abondantes ; elles forment un couvert assez épais.
157. Racines. — Bien que le châtaignier ne soit pas aussi pivotant que le chêne, il l’est cependant beaucoup plus que le hêtre. Ses racines sont fortes et nombreuses, elles ont toutes une tendance à s’enfoncer dans le sol, où elles pénètrent jusqu’à un mètre et plus de profondeur. Ordinairement le pivot cesse de s’allonger dès que l’arbre ne croît plus sensiblement en hauteur, et souvent même il meurt tout à fait. Les racines latérales drageonnent facilement.
138. Croissance et durée. — La croissance du châtaignier est très rapide dès sa jeunesse et se soutient fort longtemps. À l’âge de 60 à 70 ans, ses dimensions sont déjà celles d’un chêne de 130 à 140ans. Sous le rapport de la durée, cet arbre présente les exemples les plus étonnants. Le plus gros châtaignier que l’on connaisse est celui dit des cent chevaux, qui se trouve près du mont Elna en Sicile’, et dont letronc, entièrement creux à la vérité, a 50 mètres de circonférence ; sa naissance se perd dans les temps les plus reculés. On a mesuré d’autres châtaigniers moins vieux qui avaient des grosseurs de 10 à 15 mètres. En général, cette essence présente l’mconvénient de se creuser, sans toutefois que sa durée aità en souffrir; mais il en résulte que les fortes pièces de châtaignier sont extrêmement rares.
: D’après M. Élisée Reclus (Revue des deux mondes, 1® juillet 1865), cet arbre n'existe plus. (Note des éditeurs.)
139. Qualités et usages. — Le châtaignier offre un bois très propre à la charpente.Quoique plus léger, il a presque autant de force que le chêne, et l’on prétend qu'il l’égale en durée.
Dans sa jeunesse, il est très liant et propre à faire des cercles ; plus tard, son bois fournit des échalas de toutes dimensions, et, pour cet usage, on le préfère au chêne.
Le châtaignier est un bon bois de fente ; en Italie, on en fabrique des douves. qui, dit-on, sont d’une qualité supérieure à celles du chène. On ne connaît pas assez en France tous les usages auxquels 1l est propre, parce que les forêts de cette essence s'exploitent géréralement fort jeunes, et que les arbres qu'on laisse vieillir ne sont cultivés que comme fruiliers, et ne se coupent ordinairement qu'après leur entier dépérissement.
Le châtaignier est moins estimé pour le chauffage que le chêne , et il est sujet à jeter des éclats. Son charbon est un peu léger et ne pourrait servir à la fonte du minerai; mais on l’emploie avec avantage à forger le fer.
La châtaigne est un fruit excellent ; dans plusieurs parties de la France, elle forme la principale nourriture des habitants des campagnes.
Il paraît constant que les anciennes charpentes, très bien conservées, que l’on croyait être en bois de châtaignier, sont en chène pédonculé (Buffon, mémoire cité plus haut). Quoi qu'ilen soit, on ne peut
le
contester la végétation rapide de cet arbre, la bonté de son bois, son utilité pour la construction et l’ouvrage, ainsi que l'excellence de son fruit; et, sous
ces divers rapports, il est digne de toute l'attention du forestier.
AR MLCIEOMNVE L'Orme.
140. L'Orme (ulmus, LiNNÉ) est un des arbres les plus utiles de nos forêts, mais on ne l’y rencontre que très rarement comme essence dominante. Il présente un grand nombre de variétés où de variations qui se rattachent les unes aux autres par une multitude de transitions. Les principales espèces admises par les botanistes sont :
L'Orme champêtre (ulmus campestris, Surra) ; orme à petites feuilles ; orme rouge. À cette espèce appartiennent les variétés connues sous le nom d'orme tortillard et d’orme fonqueux.
L'orme de montagne (ulmus montana, Smrra); orme à larges feuilles. Cette espèce est la moins estimée pour la qualité du bois, et il faut par conséquent cultiver de préférence l’orme champêtre.
Il existe une troisième espèce, appelée orme diffus (ulmus effusa, Wirpexow). Elle est peu répandue et
son bois n’est pas apprécié (voir la Flore forestière de M. Mathieu
141. Climat, situation, exposition. — Le elimat tempéré est celui où l’orme prend son plus fort développement. La grande chaleur ne lui convient pas: il s’accommode mieux du froid, et l’on rencontre sur d'assez grandes hauteurs l’orme à larges feuilles. Lorsque le terrain lui est favorable , il vient aussi bien en plaine qu'en montagne. Depuis Sully qui à étendu la culture de cet arbre en France, il a été particulièrement planté sur les grandes routes, dans le voisinage des communes, des églises, des cimeüères, et sur les remparts des places fortes. Quoique tres utile, 1l est moins commun dans les forêts.
Dans les situations élevées, il se plaît aux aspects du Midi et du Couchant, tandis que, dans les régions basses, on le voit prospérer davantage aux expositions du Nord et de l'Est.
142. Terrain. — Cet arbre n'est pas difficile sur le choix du terrain ; il ne craint que les sols trop argileux, marécageux, ou arides. Dans ces derniers, on le voit dégénérer en un arbrisseau diffus (orme tortillard), à feuilles très petites, et qui ne fleurit presque jamais (M. Mathieu). Un solfrais sans être humide accélère sa végétation et n’ôte rien à la bonté de son bois. Il croît avec une extrême rapidité dans les sols un peu humides, mais il y perd en qualité ce qu'il gagne en accroissement.
143. Floraison et fructification. — Les fleurs de l’orme paraissent avant les feuilles, dans les premiers jours du printemps. Elles sont hermaphrodites, et
ordinairement lrès abondantes. La maturité des graines a lieu dès la fin de mai on le commencement de juin. La semence est très petite, entourée d’une membrane cireulaire fort légère ; elle est disséminée au loin par les vents, aussitôt qu'elle est mûre. Les ormes sont en général fertiles en graines, et commencent très jeunes à en porter.
14%. Jeunes plants. — Le tempérament des jeunes plants est robuste. Cependant un premier abri leur est utile, parce qu'ils lèvent pendant les chaleurs de l’été; mais ensuite on peut les abandonner à euxmêmes. |
145. Feuillage. — Les feuilles de l’orme sont rudes, abondantes et donnent un couvert assez épais.
146. Racines.—Lesracines, fortes etnombreuses, s'étendent au loin. Lorsque le terrain est profond, l’orme pivote autant que le chène, mais 1l pousse en même temps un grand nombre de racines latérales. Cette faculté de tracer lui permet de prospérer encore dans les terrains qui ont peu de fond. Les racines de l’orme fournissent de nombreux drageons.
147. Croissance et durée. — L’orme est remarquable par la promptitude de sa croissance ; 1l s’élève à une très grande hauteur et prend une grosseur considérable. Sa vie s'étend à plusieurs siècles. Une grande quantité d’ormes, plantés sous le ministère de Sully, existent encore et sont en bon état de croissance.