Qualités et usages. — Le bois d’orme est
[ed à
DES SOLS, DES ESSENCES. 7 très dur. On peut l'employer à la charpente, quoiqu'il soit, pour cet usage, inférieur au chène et au châtaignier. [l sert dans les chantiers de la marine, pour la carène des vaisseaux, pour les pompes et pour toutes les parties qui sont sous l’eau.
L'orme est un des meilleurs bois de travail. Le tortillard est surtout recherché pour le charronnage et pour tous les ouvrages qui exigent de la solidité. L’artillerie l’'emploie, de préférence à tout autre bois, pour les affûts de canon, les voitures, etc. L'ébénisterie en tire un excellent parti pour les meubles; son grain est fin, sa couleur agréablement nuancée, et il prend un beau poli. Sa fibre, très serrée et coriace, le rend utile à tous les ouvrages exposés au frottement, tels que les vis de pressoir, les écrous, les roues d’engrenage. On en fabrique aussi des arbres et des roues de moulin.
Toutes ces qualités sont celles de l’orme à petites feuilles. L’orme à larges feuilles ou de montagne ne fournit qu'un bois mou, peu résistant et peu durable; il en est de même de l’orme diffus.
Comme chauffage, l’orme est assez estimé lorsqu'il est complètement sec, mais 4l n’est pas de première qualité : il en est de même de son charbon.
La cendre de l’orme est une de celles des arbres forestiers qui fournissent le plus de potasse.
Les feuilles peuvent être employées comme fourrage ; les bêtes à cornes et les bêtes à laine les mangent volontiers.
ARTICLE V
Le Frêne.
149. II n'y à qu'une seule espèce de frène qui soit indigène dans nos forèts : c'est le frêne commun ou élevé (fraxinus excelsior, Lixxé), On le trouve ordinairement parsemé entre les autres bois, et ce n’est que par exception qu'on le voit former l'essence dominante.
150. Climat, situation, exposition. — C'est dans les climats tempérés que le frêne prend le plus bel accroissement, mais il réussit aussi dans les climats froids. |
On le rencontre dans les plaines et dans les vallons, dans les pentes et sur les plateaux d’une élévalion assez considérable. Toutefois, les deux premières situations, et surtout les vallées ombreuses el fraiches, sont celles qu'il préfère.
Les expositions méridionales sont défavorables à sa croissance.
151. Terrain. — Les sols profonds, frais et assez divisés sont les plus convenables au frêne ; aussi, est-ce dans les prairies et sur le bord des ruisseaux qu'on le voit prendre les dimensions les plus fortes. Cependant il ne se plaît pas dans les terrains marécageux. L'argile compacte et le sable pur lui sont
DES SOLS, DES ESSENCES. 77 contraires ; on le trouve parfois en assez bon état de croissance dans les sols secs.
152. Floraison et fructifisation. — La floraison est polygame. Lesfleurs paraissent avant les feuilles, vers la fin d'avril et quelquefois mème plus tôt. Les fruits sont des samares munies d'une aile allongée: ils sont répandus au loin par les vents, et müûrissent vers la fin d'octobre. Leur dissémination s'opère en novembre et en décembre, et n'a fort souvent lieu qu'au printemps suivant.
La semence du frêne réussit abondamment presque chaque année, et l'arbre devient fertile de bonne heure.
153. Jeunes plants. — Quoique les jeunes frênes ne soient point délicats, ils demandent cependant à être abrités la première année, et l'ombrage continue même à leur être avantageux jusqu’à l’âge de trois ou quatre ans.
154. Feuillage. — La feuille du frène est composée ; ses folioles sont petites. Le feuillage est léger et ne donne que peu de couvert.
155. Racines. — Les racines, menues et très nombreuses, tracent et pivotent tout à la fois. Elles s'enfoncent jusqu'à 1 mètre 50 centimètres et plus, et s'étendent horizontalement à 6 et à 7 mètres. Cette dernière disposition rend le frêne fort nuisible dans les champs et les prés; cependant on l’y plante fréquemment, mais on remarque que, même à une assez
grande distance, il enlève la nourriture aux plantes qui l’avoisinent.
Le frêne drageonne, moins abondamment toutefois que l’orme.
156. Croissance et durée. — Dès sa première jeunesse, le frêne a une croissance très rapide qui se . soutient jusqu'à 70 et 80 ans. À cet âge, l'arbre à souvent de 30 à 33 mètres de hauteur et un diamètre de 66 centimètres à sa base. Il peut atteindre des dimensions bien plus fortes encore, car 1l vit deux siècles et au delà.
157. Qualités et usages. — Le frêne peut être employé avec avantage à la charpente, lorsqu'on le place à couvert ou entièrement sous l’eau. Mais on le voit fort rarement servir à cet usage, car, dès que les pièces sont un peu fortes, elles acquièrent une valeur très grande comme bois d'ouvrage. Le frène sert à la menuiserie, à l’'ébémisterie et à la boissellerie; 1l est surtout recherché pour le charronnage (particulièrement pour les limons et brancards) à cause de sa fibre souple et coriace. Les sabotiers et les tourneurs en font grand cas; on l’emploie aussi dans les manufactures d'armes. Son chauffage et son charbon sont irès estimés et valent ceux du hêtre.
L'écorce peut servir au tannage ; on en retire une couleur bleue,
Les cendres fournissent beaucoup de potusse ; enfin, les feuilles, soit vertes, soit sèches. sont em-
DES SOLS, DES ESSENCES. 79 plovées dans les pays pauvres en fourrage, à la nourriture du bétail qui en est très friand.
ARTICLE VI
Les Érables.
158. On rencontre communément {rois espèces d'érable dans nos forêts. Ce sont :
L’érable sycomore (acer pseudo-platanus, Lin) ;
L'érable plane (acer platanoides, Lin) :
Et l’érable à petites feuilles, ou érable champêtre (acer campestre, LiNNÉ).
Comme les frènes, les érables ne forment presque Jamais l’essence dominante des bois.
159. Climat, situation, exposition. — Sous le triple rapport du climat, de la situation et de l’exposition , les érables ont à peu près les mêmes exigences que le frêne. Le plane etle sycomore supportent mieux, toutefois, les grandes élévations ; dans les Alpes, on a trouvé ee dernier à 1,700 mètres au-dessus du niveau de la mer.