Terrain
sont ceux que les érables préfèrent ; mais 1ls s'accommodent très bien des terrains de moins bonne qualité, tels que ceux qui conviennent, par exemple,
Les sols profonds, frais et divisés
au hêtre, avec lequel ils croissentsouvent en mélange.
80 DES CLIMATS, L'argile compacte, les sables secs etles marais leur sont entièrement contraires.
161. Floraison et fructification. — La floraison est hermaphrodite, accidentellement et par avortement, polygame. Les fleurs de l’érable plane paraissent vers la fin d'avril, et celles du sycomore et de l’érable champêtre seulement dans le courant de mai. Les fruits sont des samares doubles, dont chacune est munie d’une large membrane en forme d'aile ; elles mürissent en octobre el se disséminent aussitôt.
162. Jeunes plants.— Le tempérament des jeunes plants est assez robuste, mais un premier abri leur est nécessaire.
163. Feuillage. — Les feuilles du sycomore el celles du plane sont fort grandes ; celles de lérable champêtre le sont beaucoup moins ; mais le feuillage destrois est abondant et procure un couvert épais.
164. Racines. — Les racines des érables tracent et pivotent à la fois. Leur extension horizontale est beaucoup moindre que celle des racines de frêne, et une profondeur de 30 à 60 centimètres leur suffit pour porter de fort beaux arbres. Il est rare qu'elles drageonnent.
165. Croissance et durée. — L'érable sycomore etle plane croissent rapidement dès leur jeunesse ; le premier l'emporte cependant sur son congénère. À l’âge de 60 à 70 ans, 1ls ont, en sol convenable, une élévation de 20 à 25 mètres, et un diamètre de
66 centimètres à la base. Ils peuvent atteindre des dimensions bien plus fortes encore; ils vivent en effet 150 à 200 ans, et même au delà.
L’érable champêtre, qui est tantôt arbre et tantôt arbrisseau, croît plus lentement. Dans le premier cas, il peut s'élever de 10 à 15 mètres au plus. Il vit, comme les deux autres, 150 à 200 ans, mais sa croissance se ralentit déjà beaucoup avant qu'il ait accompli le siècle.
166. Qualités et usages. — Les érables ne servent point à la charpente, quoiqu'ils y soient propres, lorsqu'ils sont garantis des variations de l’atmosphère. Le plane et surtout le sycomore sont extrèmement recherchés pour la menuiserie et l’ébénisterie ; ils prennent un beau poli, sont agréablement veinés et d’un beau jaune pâle. Les charrons, les tourneurs et plusieurs métiers encore, en font aussi très grand cas. L’érable a la propriété de ne point se tourmenter et de n'être pas attaqué par les vers.
Les qualités de ce bois pour le travail rendent nécessairement très rare son emploi comme chauffage ou comme charbon, quoiqu'il soit supérieur, pour ces usages, à la plupart des autres essences.
Les cendres des érables fournissent beaucoup de polasse.
Leurs feuilles peuvent servir à la nourriture des bêtes à laine; la sève du sycomore, ainsi que celle du plane, contient du sucre, mais pas assez sans doute pour que l'extraction en soit avantageuse.
S2 DES CLIMAÏS ,
AR D CIE PAIE Le Bouleau,
167. Sous le nom générique de bouleau, on réunit, en langage forestier, deux espèces : le bouleau blanc (betula alba, Linxé) et le bouleau pubescent (betula pubescens, Enrnarpr). Les caractères disünctifs de ces deux espèces sont surtout botaniques; leurs qualités, leurs tempéraments diffèrent peu, et il n'est pas nécessaire, par conséquent, de les séparer l'une de l’autre dans la pratique.
Quoique très répandu dans les forêts, le bouleau y forme rarement l'essence dominante. Ce n’est guère que sur les grandes sommités, dévolues surtout au bouleau blanc, et quelquefois dans les marais tourbeux, que recherche particulièrement le pubescent, qu'on le rencontre seul. Dans d’autres localités, s’il occupe exclusivement le terrain, ce fait est d’ordinaire le résultat d'une culture particulière, et non l'ouvrage de la nature.
168. Climat, situation, exposition. — Le bouleau supporte les chimats les plus froids; en s’élevant sur les montagnes, on le voit dépasser de beaucoup la limite extrème de loutes les autres essences, et c'est, vers le pôle du Nord, le dernier arbre que l’on
DES SOLS, DES ESSENCES. S9 rencontre. Les étés chauds et prolongés ne lui sont pas favorables, et, dans le Midi, il ne réussit que sur les grandes sommités. Dans les Pyrénées, on trouve encore des bouleaux à près de 2,000 mètres audessus du niveau de la mer. Les régions tempérées n’en sont pas moins celles qu'il préfère, et où 1l prend le plus bel accroissement. Dans ces régions, il prospère particulièrement aux expositions du Sud-Est el du Sud-Ouest, quoique les autres ne lui soient point absolument contraires.
169. Terrain. — Le sol qui convient le mieux au bouleau est un sable gras; mais cel arbre se contente d’ailleurs d’un terrain médiocre et d’une nature quelconque, pourvu qu'il ne soit pas trop compacte. Le bouleau blanc ne se plait pas dans les sols marécageux, dont le pubescent, au contraire, s'accommode très bien.
170. Floraison et fructification. — La floraison est monoïque et amentacée pour les deux sexes; les fleurs paraissent en même temps que les feuilles, vers la fin d'avril. Le fruit est un cône et mürit dans les derniers jours du mois d'août ou au commencement de septembre. Les semences se disséminent immédiatement et tombent avec les écailles qui se détachent de l’axe ; elles sont très pelites, munies d’une membrane légère, et sont répandues fort loin par les vents.
Le bouleau devient fertile à un âge peu avancé, et sa graine réussit presque ous les ans.
34 DES CLIMAIS,
171. Jeunes plants. — Les jeunes plants sont vigoureux dès leur naissance et résistent aux froids comme aux ardeurs du soleil.
172. Feuillage. — Les feuilles sont très abondantes, et ne donnent cependant qu’un couvert fort léger qui n'empêche point la végétation autour de l'arbre. Cette propriété, avantageuse quelquefois, est souvent un obstacle à la bonne croissance du bouleau, lorsqu'il forme l'essence dominante. En effet, les rayons du soleil, ayant action sur la surface du sol, en pompent l'humidité, empêchent que le terrain ne s’amende par la décomposition des feuilles mortes, et, de plus, favorisent la crue des herbes et des arbustes nuisibles.
173. Racines. — Les racines du bouleau sont nombreuses, déliées et très traçantes; lorsqu'elles sont entièrement à découvert, elles produisent assez fréquemment des drageons.
174. Croissance et durée. — La croissance du bouleau est rapide, mais elle se ralentit considérablement vers la 60° année. Sa durée ne dépasse pas ordinairement 80 à 90 ans.
175. Qualités et usages. — Le bouleau sert rarement à la bâtisse, et ce n'est qu'à couvert qu'il peut être employé à cet usage: mais il est très estimé pour le charronnage, la menuiserie, la fabrication des sabots, etc.; sa fibre est coriace, et 1l a, comme l’érable, la précieuse propriété de ne point se tourmenter et d’être à l'abri de la vermoulure.
Le bouleau produit un assez bon chauffage; il brûle avec une flamme claire et égale. Son charbon est aussi fort estimé, et ses jeunes rameaux servent à faire des balais.
L'écorce est employée au tannage dans le Nord; elle contient une huile essentielle qui communique au cuir de Russie l'odeur qui le caractérise. En Pologne et en Russie, on prépare, avec la sève du bouleau, une espèce de vin et d'assez bon vinaigre.
ARTICLE VIII
Le Robinier faux Acacia.
176. Le robinier faux acacia (robinia pseudoacacia, LINNÉ), originaire de l'Amérique septentrionale, a été introduit en France, sous Henri IV, par Robin. Il est parfaitement acclimaté et, chaque année, se propage de plus en plus. Ses précieuses qualités, la rapidité de sa croissance et la beauté de son port justifient la faveur dont il jouit parmi les arboriculteurs.
177. Climat, situation, exposition.— Les climats rigoureux ne conviennent pas au robinier;, 1l demande, pour prospérer, une température douce et égale, et les grands froids le font souvent périr entièrement. Aussi est-ce dans les pays de plaines et de coteaux que sa culture est réellement avantageuse
On doit, autant que possible, placer les bois de robiniers dans des situations abritées des grands vents, car cet arbre se casse très facilement.
Les expositions chaudes sont celles qu'il préfère.
178. Terrain. — Le robinier prospère dans les terrains légers, mais substantiels, et principalement dans les sables gras pourvus de terreau. Les sols arides, ou mouilleux, ou trop compactes lui sont contraires.
179. Floraison et fructification. — Le robinier fleurit au commencement de juin; ses fleurs sont hermaphrodites. Les semences sont petites, rondes et sans ailes; elles sont renfermées dans une gousse à laquelle elles demeurent adhérentes en tombant, ce qui donne plus de prise au vent pour les emporter. Elles müûrissent au mois d'octobre, mais la dissémination n’a lieu que pendant l'hiver ou au printemps suivant.
Le robinier devient fertile fort jeune; ses années de semence sont fréquentes.
180. Jeunes plants.— Les jeunes plants ne craignent point les ardeurs du soleil, mais ils ont besoin, “dans les premières années, d’un abri contre les froids trop vifs.
181. Feuillage. — Les feuilles du robinier sont composées; leurs folioles sont petites et légères, et ne donnent que peu de couvert.
182. Racines. — Les racines s’enfoncent jusqu'à 33 et 66 centimètres, lorsque le sol le permet; mais
elles tracent surtout et s'étendent fort lon. Elles sont nombreuses, munies d’un chevelu très abondant et très disposées à drageonner.
183. Croissance et durée. — La croissance du robinier est des plus rapides. A l’âge de 40 ans, il a souvent une hauteur de 12 et même de 18 mètres sur 66 centimètres de diamètre à la base. Sa durée ne semble pas pouvoir se prolonger au delà de 80, 90 et 100 ans au plus.
184. Qualités et usages.— Le bois de robinier résiste fort longtemps à la pourriture, et cette qualité, jointe à une grande dureté, le rend très propre à la bâtisse, dans les places où les pièces de bois sont le plus exposées aux variations de la température el aux injures de l’atmosphère.
En Amérique, on s’en sert même pour des constructions maritimes, quand on en trouve des échanüillons convenables.
Comme bois de travail, on l’estime beaucoup; il prend un très beau poli, est agréablement nuancé, et sert à la menuiserie et à l’'ébénisterie. Les échalas de vigne fournis par le robinier ont plus de durée que ceux d'aucun autre bois. En Angleterre, il est l’essence préférée pour les gournables, parce qu’il se dureit beaucoup en vieillissant.
Sa qualité, comme bois de chauffage, passe généralement pour assez médiocre; cependant, d’après les expériences de T. Harüg, il donne beaucoup de
te) DES CLIMATS ,
chaleur rayonnante, ce qui le rendrait très propre au chauffage à foyer ouvert.
Ses feuilles fournissent un fourrage excellent.
AR TICLEUMXS
Le Charme.
185. Le charme commun (carpinus betulus, Lixxx) estun des bois les plus utiles et les plus répandus de nos forêts. Ordinairement, on l’y trouve mélangé avec le chêne, le hêtre, le tilleul, le tremble, etc.; mais, souvent aussi, il occupe des étendues considérables comme essence dominante.
186. Climat, situation, exposition.— Le charme supporte les climats rigoureux, mais il prospère davantage dans les tempérés. Aussi est-ce dans les plaines, sur les coteaux et les montagnes de moyenne hauteur qu’on le rencontre le plus fréquemment et qu'il prend l'accroissement le plus beau. Il s’accommode à peu près de toutes les expositions; néanmoins, sa végétation est peu satisfaisante sur les pentes entièrement méridionales.
187. Terrain.— Les sols argileux, divisés par le sable ou par de petites pierrailles et riches en terreau, sont ceux que le charme préfère; mais il croît aussi dans les fonds de moindre qualité, fussent-ils même un peu humides. Les terrains secs et arides, ou trop compactes, ou marécageux lui sont contraires.
188. Floraison et fructification. — La floraison est monoïque et en chatons cylindriques pour les deux sexes. Les fleurs paraissent en même temps que les feuilles, au commencement de mai. Le fruit, qui mürit en octobre et se dissémine immédiatement après, est un pelit gland ovale, muni de côtes saillantes et renfermé dans une cupule foliacée. Cette cupule est assez grande pour favoriser la dispersion de la graine par les vents.
Dès l’âge de 30 ans, le charme devient fertile, et la semence réussit abondamment presque chaque année.
189. Jeunes plants.— Les jeunes charmes supportent mieux les froids rigoureux que les gelées printanières, et ils se trouvent bien d’être garantis, pendant plusieurs années, des ardeurs du soleil.
190. Feuillage. — Les feuilles sont de moyenne grandeur, d’un tissu assez serré et très abondantes ; elles donnent un couvert épais, quoique moindre que celui du hêtre.
191. Racines. — On ne remarque point chez le charme un pivot bien caractérisé; mais ses racines ont toutes une tendance à s’enfoncer obliquement dans le sol, où elles pénètrent souvent jusqu’à un mètre et plus de profondeur; elles sont nombreuses, s'étendent au loin et drageonnent facilement.
192. Croissance et durée. — Sous le rapport de la croissance, le charme égale le hêtre jusqu’à l’âge de 30 à 40 ans; mais, après cette époque, il est d’or-
dinaire dépassé par ce dernier. Ce n’est ‘toutefois qu'à 70 ou 80 ans que son accroissement commence à se ralentir, et on le voit végéter en très bon état jusqu’à 130 et même 150 ans.
193. Qualités et usages. — Le bois de charme est d’une densité très égale; 1l est très dur et sa fibre est coriace. On l’emploie peu à la charpente, parce qu'il résiste mal à l’action de l’humidiié et aux variations de la température, et que, d’ailleurs, ses dimensions en grosseur et en hauteur sont rarement convenables pour cet usage. Sous le rapport de la grosseur, le charme offre, en effet, cette particularité, que son tronc n’est presque jamais rond comme celui des autres bois; il présente des cannelures nombreuses, irrégulières, souvent très profondes, qui rendent difficile, par conséquent, son équarrissage.
C'est surtout comme bois de travail qu’il est précieux. Il est employé par les charrons; on en fait des roues d’engrenage, des leviers, différents instruments aratoires, et, en général, toutes espèces de pièces exposées à un frottement continu ou à une forte pression. son chauffage et son charbon sont de première
qualité et supérieurs à ceux du hêtre.
‘Les cendres du charme fournissent beaucoup de potasse, el son feuillage, vert ou sec, sert à la nourriture des bestiaux.
AMPR'FICLEXE L'Alisier.
194. Nos forêts présentent communément deux espèces d’alisier, que l’on trouve mélangées parmi les autres bois. Ce sont :
1° L’'alisier blanc ou allouchier (pyrus aria, EHRHARDT) ;
2° L’alisier torminal (pyrus torminalis, ExrHARDT).
195. Climat, situation, exposition. — L’alisier torminal et surtout l’alisier blanc supportent les elimats froids de nos hautes montagnes, mais leur croissance y est lente; la plupart du temps, ils y dégénèrent en arbrisseaux. Ce n'est que dans les régions tempérées qu'ils ont une belle végétation, et tous deux prospèrent principalement dans les plaines et sur les coteaux.
Les expositions entièrement méridionales ralenüssent la croissance des alisiers, qui paraissent se
plaire principalement à celles de l'Ouest, de PEst et du Sud-Est.
196. Terrain. — Les alisiers réussissent dans toutes sortes de terrains; mais 1ls semblent surtout préférer les sols calcaires ou argileux, assez profonds el mélangés de terreau. Ils ne supportent ni les sables secs, ni les fonds humides ou marécageux.