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On trouve dans nos forêts deux espèces de sorbier

Le sorbier des oiseleurs(pyrus aucuparia, GÆRTNER);

Le sorbier cormier (pyrus sorbus, GÆRTNER).

Tous deux n’y existent que mêlés avec les autres essences; le premier est bien plus répandu que le second.

204. Climat, situation, exposition. — Le climat tempéré est celui où ces deux sorbiers prospèrent le mieux; mais on trouve le sorbier des oiseleurs sur

94 DES CLIMAÏTS , les plus grandes hauteurs, où 1l finit, à la vérité, par dégénérer en arbrisseau, tandis que l’on voit le cormier rechercher les plaines et les vallées abritées. Le sorbier des oiseleurs réussit à toutes les expositions; mais le cormier préfère celles où le soleil est le moins ardent, et où la terre conserve, par conséquent, plus de fraîcheur.

205. Terrain. — Le sorbier des oiseleurs se contente de toute espèce de terrain, pourvu qu'il ne soit

point humide. Les sols siliceux mêlés de terreau, ainsi que les argiles divisées sont ceux qu'il préfère; le cormier, au contraire, bien plus difficile sous ce rapport que son congénère, se plait davantage dans les sols calcaires et dans les terres fortes. On voit souvent le sorbier des oiseleurs prendre racine et croître dans les fentes des rochers, et même sur de vieilles murailles.

206. Floraison et fructification. — Les fleurs des sorbiers sont hermaphrodites; elles paraissent vers la fin de mai ou au commencement de juin. Le fruit du sorbier des oiseleurs est une petite pomme sèche, rouge et non comestible; celui du cormier est de la grosseur d’une petite poire. Lorsqu'il a subi un commencement de fermentation, il devient blet et comestible; on l'appelle sorbe. La maturité de l’un et de l’autre à lieu vers la fin de septembre ou au commencement d'octobre, et la dissémination naturelle s'opère dans le courant de Phiver.

Le sorbier des oiseleurs devient fertile fort jeune;

DES SULS, DES ESSENCES. 95 mais 1l faut près de 60 ans au cormier pour qu'il porte des fruits en abondance.

207. Jeunes plants.— Les jeunes plants du sorbier des oiseleurs sont robustes dès leur naissance; un premier abri pourrait être utile à ceux du cormier.

208. Feuillage. — Le feuillage des sorbiers est délicat, et ne donne qu'un couvert fort léger.

206. Racines. — Ces deux sorbiers ont un pivot très prononcé qui pénètre jusqu'à 1 mètre 33 centimètres et plus, lorsque le sol le permet. Leurs racines traçantes sont nombreuses, s'étendent au loin et drageonnent facilement.

210. Croissance et durée. — Le sorbier des oiseleurs à une croissance peu rapide. A l’âge de 60 ou 10 ans, il atteint une hauteur de 8 à 10 mètres, sur 33 à 90 centimètres au plus de grosseur. Il vit 100 à 120 ans et au delà.

La végétation du cormier est plus lente encore; mais, vivant plus longtemps, il parvient à des dimensions plus considérables. Il prend jusqu’à 20 mètres de hauteur sur une grosseur de près d’un mètre à la base. Sa durée varie de 150 à 200 ans.

211. Qualités et usages.— Le bois des sorbiers est dur, pesant, coriace, et prend un beau poli. Il est recherché par les menuisiers, les ébénistes, les tourneurs et les mécaniciens. Ces derniers en fabriquent des dents de roue, des vis, des écrous, des chevilles, etc. Le chauffage et le charbon en sont fort estimés; l'écorce peut servir au tannage.

96 __ DES CLIMAIS;

Le fruit du sorbier des oiseleurs, ainsi que l’indique son nom, sert d’appât pour prendre les oiseaux. Celui du cormier, comme nous l’avons dit [206|, est bon à manger lorsqu'on le laisse fermenter sur la paille. On en fabrique une espèce de cidre, du vinaigre et de l'eau-de-vie.

ARTICLE XII

Le Micocoulier.

212. Nous n'avons qu'une seule espèce de micocoulier qui soit indigène. C’est le micocoulier de Provence (cellis australis, Linxé); on l'appelle aussi fabrecoulier, falabriquier et fabréquier. I appartient principalement (comme l'indique son nom) aux départements méridionaux.

On ne connaît aucun massif formé par le micocoulier; mais on le cultive sur différents points, et les nombreux avantages que présente cette culture doivent faire désirer qu’elle se propage le plus possible.

213. Climat, situation, exposition. — Ainsi que nous venons de le dire, le micocoulier appartient plus particulièrement aux climats chauds; malgré cela, 1l réussit fort bien dans les parties tempérées de la France, lorsqu'on a soin de le garantir, dans sa jeunesse, des froids trop vifs.

Les plaines et les élévations moyennes paraissent convenir également ‘au micocoulier, et il prospère à toutes les expositions.

214. Terrain. — Le micocoulier n'est pas difficile pour le choix des terrains ; toutefois, 1l préfère ceux qui sont profonds, légers et un peu frais. On le trouve, dit-on, en bon état de croissance dans des sols secs, rocailleux où d'autres essences ne croitraient qu'avec peine.

215. Floraison et fructification. — La floraison est polygame. Les fleurs paraissent en mai avec les feuilles. Le fruit est une petite drupe ronde, peu charnue, renfermant un novau ligneux; 1l est mür au mois de novembre et ne se dissémine ordinairement qu'au printemps suivant.

L'arbre porte fruit à un âge peu avancé.

216. Jeunes plants. — Les jeunes plants du micocoulier résistent facilement aux ardeurs du soleil; ils ont besoin d’être garantis du froid dans le centre, le nord et l’est de la France. Ordinairement, on les recouvre en hiver de feuilles mortes ou de paille, jusqu'à ce qu'ils aient atteint une hauteur de 66 centimètres à 1 mèlre, après quoi 1ls deviennent très robustes.

217. Feuillage. — Les feuilles du micocoulier sont grandes; leur couvert néanmoins n'est pas épais.

218. Racines. — Lorsque le sol le permet, le micocoulier pivote assez profondément; mais il se garnit aussi de nombreuses racines tracantes, au moyen desquelles il peut se passer de pivot dans les sols peu profonds. Il drageonne, dit-on, assez fréquemment.

219. Croissance et durée. — La croissance [du micocoulier est rapide, et sa durée est de plusieurs siècles. Dans les climats convenables, il atteint, à l’âge de 50 à 60 ans, une hauteur de 12 à 16 mètres sur D0 à 60 centimètres de diamètre à la base.

Ilexiste, dans les environs de Montpellier, un micocoulier de 3 mètres de circonférence. Celui qui se vovait il y à quelques années sur une des places de la ville d'Aix était plus gros encore.

220. Qualités et usages. — Le bois du micocoulier est plus dur, plus coriace et plus souple que la plupart des autres bois ; aussi est-1ltrès recherché pour le charronnage et pour divers autres arts, tels que la menuiserie, la marqueterie, la sculpture, etc. On en fait aussi d'excellents cereles de tonneaux, des fourches, des baguettes de fusil, et surtout des manches de fouets, que l’on connaît dans le commerce sous le nom de bois de Perpignan, etque l'on apprécie beaucoup à cause de leur souplesse.

Comme chauffage, 1l'est fort estimé.

Ses feuilles servent à nourrir les moutons el les chèvres.

ARTICLE XII

Le Cerisier.

221, On trouve trois espèces de cerisier dans nos lorèts :

1° Le cerisier merisier où des bois (cerasus avium, DE CANDOLLE) ;

DES SOLS, DES ESSENCES. 99 2° Le cerisier à grappes (cerasus padus, be Cax- DOLLE) ;

3° Le cerisier mahaleb où bois de Sainte-Lucie (cerasus mahaleb, Micer).

La première espèce est la plus répandue, quoiqu'elle n'existe jamais comme essence dominante, et, sous le rapport de ses qualités el de sa croissance, elle est aussi la plus importante. Les deux autres, qui ne se rencontrent que plus rarement el presque loujours sous forme d’arbrisseaux, ne sont que d'un intérêt très secondaire pour le forestier. Nous ne nous occuperons donc ici que du merisier.

222. Climat, situation, exposition. — Le merisier ne redoute pas les climats un peu rudes, tout en préférantles tempérés, et on le trouve abondamment, dans les pays de montagnes, à des situations même assez élevées; 1l prospère également en plaine.

Toutes les expositions lui conviennent, quoiqu'il semble se plaire particulièrement à celles du Midi el de l'Ouest.

223. Terrain. — Les terrains légers et subslantiels, quelle que soit d'ailleurs leur nature, conviennent au merisier; mais 1] vient aussi dans les fonds médiocres et sans profondeur, pourvu qu'il puisse y étendre ses racines. Les sols humides lui sontentièrement contraires, etilne prospère pas dans les argiles compactes el dans les sables secs.

224. Floraison et fructification. — Les fleurs du merisier sont hermaphrodites: elles paraissent

100 DES CLIMATS, à la fin d'avril ou au commencement de mai. Le fruit, que l’on nomme cerise des bois ou merise, est une petite drupe charnue et noire qui mürit dans le mois de juin ou de juillet, et qui tombe un mois ou six semines après.

Les merisiers portent fruit très jeunes.

Ls

225. Jeunes plants. — Le tempérament des jeunes plants est très robuste. L'ombre leur est absolument contraire.

226. Feuillage. — Quoique les feuilles de cet arbre soient grandes, elles ne procurent qu'un couvert fort léger.

227. Racines. — Les racines sont nombreuses et traçantes ; elles s'étendent fort loin et drageonnent abondamment.

228. Croissance et durée. — La croissance du merisier est très rapide, et, à l’âge de 15 ans, 1l a déjà les dimensions d’un chène de 50. Dans une période de 50 à 60 ans, il prend de 25 à 28 mètres de hau- Leur sur 1 mètre à 1 mètre 33 centimètres de grosseur au pied. Son existence ne se prolonge que jusqu'à 70 ou 80 ans au plus.

229. Qualités et usages. — Le bois du merisier n'est point employé pour les constructions, mais 1l est d'autant plus recherché, comme bois de travail, par les menuisiers, les ébénistes, les tabletiers et même les luthiers. Lorsqu'il est jeune, on l’emploie beaucoup à faire des cercles, car il est très liant. Son

chauffage et son charbon, sans être de première quulité, sont cependant assez estimés.

Les merises servent de nourriture aux oiseaux destructeurs d'insectes, et, sous ce rapport, elles sont d’une utilité réelle, quoique indirecte, pour le forester. On eu relire, par la distillation, une liqueur fort appréciée, connue sous le nom de kirsch-vasser , et qui, en France, se prépare principalement dans les départements des Vosges, de la Haute-Saône, du. Haut et du Bas-Rhin. La gomme, qui découle assez abondamment des merisiers sur le retour, est employée, dans beaucoup de cas, à l’égal de la gomme arabique.

AREIGPE "XIV:

L'Aune.

230. On connait dans nos forêts deux espèces d’aunes : l’aune commun, aune visqueux, appelé aussi verne où vergne (anus glutinosa, GÆRTNER) ; et l’aune blanc (anus incana, Wirpexow.) Ce dernier est peu répandu.

Les aunes n’admettent point les autres essences en mélange avec eux, et, dans les parties de forêts qu'ils habitent, on les trouve presque toujours maitres exclusifs du terrain. Le frêne est peut-être la seule essence qui puisse leur être adjointe avec avantage.

231. Climat, situation, exposition. — L'aune esl un des arbres les moins difficiles sous le rapport du

climat ; Desfontaines dit qu'on le trouve depuis la Laponie jusque sur les côtes septentrionales de PAfrique. Il'en est à peu près de même quant à la situalon; car, si on le rencontre dans les plaines et dans les fonds humides qu'il recherche de préférence, on le retrouve cependant aussi dans les parties fort élevées des Alpes et des autres régions montagneuses; là il finit, à la vérité, par dégénérer en buisson. C’est surtout l’aune blanc qui habite les régions froides et élevées, où cependant son congénère le suit souvent d'assez près.

Quant aux expositions, l’aune paraït préférer les moins chaudes.

232. Terrain. — C’est principalement sur le bord de l’eau, dans les terrains humides et même aquatiques, que l’aune prend un bel accroissement. 1] prospère cependant aussi dans d’autres sols, pourvu qu'ils soient substantiels, frais et divisés. Les terres glaises lui sont absolument contraires.

Dans les marais, dont il s’accommode sans toutefois les préférer, l’aune est précieux, non seulement parce qu'il utilise des terrains qui sans lui demeureraent improduetifs, mais encore parce qu'il en neutralise les émanations malfaisantes.

233. Floraison et fructification. — la floraison de l’aune est monoïque et amentacée pour les deux sexes ; les fleurs paraissent dans le mois de mars, avant les feuilles. Le fruit qui leur succède est un petl cône ligneux et brunäâtre dont les écailles per-

sistent sur l'axe et s’entr'ouvrent simplement pour laisser échapper les graines. Celles-ci, bordées d’une aile peu développée, sont müres en octobre et se disséminent à l'entrée de l'hiver ou au printemps, selon la température. Les aunes deviennent fertiles dès l’âge de 12 à 15 ans.

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