ASR IT CIE AIN
Troisième règle.
432. Dans toute forêt ou série d'exploitation, les coupes doivent être assisesde manière que celles quisont à exploiter aucommencementde la révolution, se trouvent placées du côté du Nord ou de l'Est, et les dernières du côté du Sud ou de l'Ouest.
Ce sont les vents soufflant de ces deux points de l'horizon, qui, en général, causent le plus de dégâts dans les forêts, parce que, étant d'ordinaire accompagnés de pluies et très souvent d’orages, ils détrempentlaterre et déracinent ainsi plus facilement les arbres. Les vents du Nord et de l'Est au contraire, outre qu'ils sont ordinairement moins violents, amènent presque toujours la gelée ou la sécheresse, et, dans ce cas, les racines offrent plus de résistance.
Il est donc très essentiel que les arbres réservés en plus ou moins grand nombre dans les coupes, selon le mode d'exploitation adopté, soient garantis le plus possible des vents dangereux par la masse de la forêt.
Cette direction des coupes présente un avantage de plus dans les forêts d’essences à semences légères, parce que ces semences, qui se disséminent en grande partie par les vents chauds du Sud et de l'Ouest, sont dès lors portées, des portions demeurées intactes,
dans celles que l’on exploite, et elles augmentent ainsi les chances de régénération.
Quoi qu'il soit à conseiller d'appliquer la troisième règle à toutes les essences, même au chêne qui est la plus fortement enracinée, il faut observer, cependant, qu’elle est surtout d’une haute importance dans les forêts de bois résineux qui, en: général, ont une tige plus élevée et moins de racines que les bois feuillus.
La situation des forêts peut seule amener des cas d'exception. On sait, par exemple, que sur les bords de la Méditerranée, ce sont très fréquemment les vents d’Est qui apportent les pluies, et il est également notoire que, dans les pays de montagnes, la configuration du terrain peut être telle, que les vents, quoique soufflant du Sud et de l'Ouest, viennent cependant s’engouffrer dans les vallées, où ils sont détournés de leur direction primitive. Dans de pareilles circonstances, la règle qui nous occupe doit nécessairement subir les modifications indiquées par la localité.
433. On ajoute aux avantages de la règle que nous venons d'examiner, en laissant subsister sur les lisières Ouest et Sud, lorsque les exploitations y parviennent, un rideau d'arbres en massif, d’une profondeur plus ou moins grande {de 15 à 30 mètres), selon que la situation est découverte ou abritée, l'essence traçante ou pivotante, ete. On sait que, sur les lisières, les arbres sont en général plus
branchus, moins élancés et plus enracimés que dans l'intérieur de la forêt, et que, s'étant développés sous l’action continuelle des vents, ilsrésistent mieux, par suite, à leur violence.
En n’exploitant ce rideau que 10 ou 20 ans après que la régénération des parties contiguës sera complètement assurée, on n’aura plus, alors, à se préoccuper que du faible espace sur lequel il s'étend et, au besoin, on le repeuplera artificiellement f.
ARTICLE. V
Quatrième règle.
434. Enmontagne, il faut couper d'abord les parties inférieures, et conserver les supérieures pour les dernières exploitations.
Ce sont les sommités qui sont le plus exposées aux | ravages des vents, et, lorsqu'elles sont boisées, elles en diminuent la violence. En commençant donc l'exploitation par les plateaux, on doit craindre que les parties des pentes, immédiatement contiguës, ne soient plus suffisamment garanties et que, n'étant
! Le maintien d’un rideau peut être utile encore pour garantir certaines essences contre les vents desséchants ou froids, qui souvent nuisent considérablement aux jeunes plants dans les premières années de leur existence. Dans ce cas, ce n’est pas au Midi et à l'Ouest, mais au contraire, au Nord ou à l'Est que l'abri doit être établi,
pas habituées à subir l’action entière et directe des ouragans, elles ne se trouvent compromises dans leur existence et dans leur régénération. En outre, les semences tombant naturellement du haut vers le bas des montagnes, il est utile que les hauteurs restent garnies le plus longtemps possible, dans l'intérêt du réensemencement des parties inférieures.
Tels sont les motifs qui ont dicté cette règle. Mais, que l’on commence les coupes par en haut ou par en bas, 1l est évident que si l’on ne pouvait assurer à chaque coupe quelque moyen direct de vidange, on retomberait tôt ou tard dans l'inconvénient de faire traverser aux bois de la coupe en exploitation les coupes précédemment exploitées.
On remédie à cet inconvénient en pratiquant un chemin de voiture en lacets, de manière que toutes les coupes viennent y aboutir. Parfois on établit aussi des chemins à traîneaux * et des lan-
‘ Pour établir ces chemins, on creuse dans la côte un sentier, dans une direction sinueuse et convenablement en pente, et.on le garnit de rondins ou de bois de quartier, placés parallèlement en travers du sentier, et à la distance de 45 à 60 centimètres les uns des autres ; chaque bûche est maintenue par un ou plusieurs piquets enfoncés à fleur de terre. Des deux côtés de ces bûches on adapte parfois des perches, afin d'empêcher le traîneau de sortir de la voie, et l’on a soin de graisser avec du lard, du suif ou du savon les endroits des bûches sur lesquels les membrures du traîneau doivent frotter, pour rendre la descente d’autant plus facile quand le traîneau est fortement chargé. A côté de ce chemin à traîneau on pratique un autre sentier, ou du moins on
coirs 1. Dans certains cas, cependant, aucun de ces moyens ne peul être employé, soit à cause de la pente trop escarpée de la montagne, soit parce qu'elle se
établit un nombre suffisant de places sur les côtés, pour que les traîneaux vides puissent être remontés sans rencontrer en chemin les traîneaux chargés.
(Dictionnaire des forêts de Baudrillart.)
‘ Le lançoir ou glissoir artificiel consiste dans un canal de 66 centimètres à 1 mètre d'ouverture, sur 50 centimètres de profondeur; il se compose de six à huit perches ou jeunes tiges d'arbres, longues, droites et unies, assemblées de manière à former un demi cylindre creux, que l’on dispose pour que le bois qu'on y jette glisse de lui-même et se rende au bas de la montagne.
Les glissoirs qui ne sont destinés qu’au bois de chauffage ou de travail et même aux billes de sciage, peuvent être dirigés en ligne droite, du haut en bas de la montagne; mais quand ill s’agit d'en construire pour faire glisser des pièces de longueur, on doit les diriger de manière qu'ils forment une longue courbe, afin que les pièces ne tombent pas avec trop de vitesse et n’éprouvent aucun dommage. On doit aussi diminuer la rapidité de la chute, vers l'extrémité du lançoir, en le rendant horizontal à cette extrémité, et l’on y pratique, lorsque cela est possible, un étang ou réservoir d'eau d’une profondeur suffisante pour amortir la violence de la chute et empêcher que les pièces ne se rompent.
Ordinairement, la surface du sol, dans les pentes de montagne, n’est pas telle que le lançoir puisse reposer immédiatement sur la terre dans tous ses points. On remédie à cet inconvénient par des cales ou baudets, qui donnent au glissoir le talus nécessaire.
Le lançoir est encore susceptible d’une amélioration importante, si, par un temps de gelée, on y répand de l’eau dont la congélation le revêt d’une croûte de glace, ou s’il tombe un peu de neige ou de verglas, ce qui lui procure également une sur-
trouve traversée par des banes de rochers trop considérables. Dans de telles circonstances, si, par une raison majeure on se décidait à commencer les coupes par le haut, 1l faudrait maintenir sur les plateaux unrideau d’uneépaisseur suffisante [433] pour protégerles versants. Cet expédient devrait par exemple, être, employé si, à cause del’âge des bois, 1l était indispensable de régénérer d’abord les parties supérieures.
Quant au rideau lui-mème, mis ainsi, par destination, en dehors de toute régénération régulière, il serait traité d’après le mode jardinatoire [438] afin
face polie, et diminue le frottement des bois que l’on fait glisser. Aussi dans les pays où l’on emploie ce moyen de vider les bois le pratique-t-on ordinairement pendant l'hiver.
La plupart des lançoirs ou glissoirs sont en bois ; Cependant, on en a fait en fer dans quelques pays où l'usage de transporter ainsi le bois est permanent. Dans le Vurtemberg, dit M. Hartig, il y en a un qui, n'ayant que 45 centimètres de largeur sur 27 centimètres de profondeur, est surmonté d’un toit pour que le bois ne puisse sauter en dehors.
(Dictionnaire de Baudrillart.)
Ces lançoirs sont un des moyens de vidange les mieux entendus, et l'établissement en est bien moins coûteux et plus facile que celui d’un chemin à traîneaux. En y jetant les bois, on ne risque pas d’endommager les arbres voisins ni de détériorer le sol au point de causer à la longue des ravines dangereuses, ainsi que cela arrive lorsque, comme autrefois dans les Vosges, par exemple, on lance immédiatement sur la terre. En outre, on ménage singulièrement le jeune bois et, lorsque l’opération est terminée et l'appareil enlevé, on aperçoit à peine la trace du passage des produits de la coupe.
(Note de l'Auteur.)