LIVRE TROISIÈME
DÉFINITIONS
436. On nomme futaie la forêt destinée à produire principalement des bois de fortes dimensions et à se régénérer par la semence. En général, cette régénération doit s’opérer par les graines tombant naturellement des arbres, et ce n’est que par exception qu’elle a lieu arüficiellement.
437. Une futaie est appelée régulière lorsqu'elle présente, dans toutes ses parties, un peuplement uniforme et complet, des âges convenablement gradués, et qu'elle renferme tous les éléments propres à assurer la régénération naturelle. Le plus sûr moyen d'arriver à cette régularité est l'emploi de la méthode d'exploitation connue sous le nom de méthode du réensemencement naturel et des éclaircies,
méthode qui sera développée dans le chapitre suivant.
438. On nomme irrégulière, au contraire, la futaie dont le peuplement est inégal et incomplet, où les âges sont mal gradués, et dans laquelle, par conséquent, ne se trouvent pas les conditions qui conslituent la futaie régulière. Cet état est ordinairement dû à des exploitations routinières et vicieuses. Ainsi l’on trouve communément à l’état de futaie irrégulière, les forèts soumises au mode appelé jardinage et celles qui sont traitées à tire et aire, modes dont il sera question plus tard.
439. On exprime par clairière un lieu presque dégarni de bois et qui ne peutse repeupler naturellement en raison du petit nombre d'arbres qui s’y trouvent.
440. Les places vides sont des espaces entièrement dégarnis de bois, ou tout au plus couverts de quelques petits arbrisseaux et arbustes.
441. On n'applique le nom de clairières et de places vides qu’à de faibles contenances ; lorsqu'elles sont considérables, elles prennent le nom de terres vaines et vagues.
442. Une partie de bois est en massif lorsque les branches des arbres se touchent sans être agitées par le vent.
443. Le massif est serré, quand les branches s’entrelacent ; incomplet ou clairiéré, s'il existe de nombreuses clairières ; entrecoupé, quand il y a des vides.
444. Un massif de bois tout jeune, dont les tiges sont encore garnies de leurs branches dès la base, se nomme fourré; quand, par suite de l’état très serré de ces tiges, les branches inférieures sèchent et tombent, nous l’appelons gaulis 1; enfin dès que les tiges atteignent à peu près 10 centimètres de diamètre au pied, nous qualifions le massif de perchis. Parmi les perchis, on distingue encore les hauts-perchis et les bas-perchis. Ceux-ci se composent de tiges dont le diamètre ne s'éloigne pas beaucoup de 10 centimètres, tandis que les premiers peuvent présenter des tiges d'une grosseur double. Les hauts-perchis reçoivent aussi, dans certaines localités, le nom de demi-futaies.
445. La dénomination de bois blanc, impropre, mais consacrée par l’usage, indique, parmi les essences feuillues, celles de qualité médiocre et d’une contexture molle, quelle que soit d'ailleurs la couleur interne du bois : telssontlesaunes, les tilleuls, les peupliers et les saules. On les eût mieux appelés bois tendres. Par opposition avec cette désignation de bois blancs ou bois tendres, on donne la dénomina-
tion générale de bois durs aux autres essences feuillues.
‘ Dans plusieurs départements, la dénominatien de gaulis est donnée au peuplement que nous appelons perchis. Nous avons pensé que ce dernier terme convient au mussif dont lestigesont déjà une certaine grosseur, tandis que le mot gaulis, qui dérive de gaule, nous a paru s'appliquer mieux à des sujets d’un petit diamètre.
446. On désigne par les mots morts-bois la plupart des arbrisseaux dont la présence indique ordinairement le mauvais état des forêts : tels sont le sureau, le coudrier, le cornouiller mâle, le cornouiller sanguin, le troëne, les viornes, le fusain, la bourdaine, le houæx, les épines, le genévrier, etc., etc.
447. Parles mots bois abroutis, on entendles jeunes bois broutés par les bestiaux ou par le gibier, et l’état de ces bois se nomme abroutissement. Lorsque les essences sont de nature à bien repousser de souche, on remédie à cet état de détérioration par le recépage.
448. Recéper, c’est couper à fleur de terre les jeunes tiges, dans le but de les faire rejeter de souche. Cette opération se pratique pour régénérer non seulement les bois abroutis, mais encore ceux qui ont été dégradés par de fortes gelées, des incendies, et même par la dent des mulots, qui souvent en pèlent presque entièrement l'écorce; on recèpe dans le même but les bois qui ont langui pendant trop longtemps sous le couvert de grands arbres.
449. Mettre une forêt en défends, c’est en interdire l'entrée aux bestiaux, parce que les jeunes bois nesont pas assez élevés pour échapper à l’abroutissement.
450. On appelle forêt défensable celle qu'on peut ouvrir au pâturage, parce qu'elle n’a plus rien à craindre de la dent du bétail.
451. Lorsque, dans une coupe on laisse subsister un certain nombre d’arbres, pour un temps let dans
un but quelconques, ces arbres reçoivent le nom de réserves et, pris dans leur ensemble, ils forment ce qu'on appelle la réserve de la coupe.
452. Les jeunes bois qui s'élèvent sous les réserves s'appellent le sous-bois.
453. Une coupe, exploitée sans aucune réserve, est une coupe à blanc-étoc.