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DU RÉENSEMENCEMENT NATUREL ET DES ÉCLAIRCIES

Exploitation du chêne en futaie.

481. Exploitabilité. — Dans quelques forêts de chêne, les révolutions ont été portées jusqu'à 250 et même 300 ans. De telles révolutions sont admissibles dans un sol profond et substantiel, maisil est certain que, dans le plus grand nombre des cas, on ne peut que perdre à reculer ainsi l’exploitation. En général, l’exploitabilité du chène doit être fixée à l'époque où les arbres ont acquis les dimensions et les qualités les plus convenables à tous les genres de construction

et de travail. Le chène, comme on sut, se plail dans des terrains substantiels, profonds el divisés, mais il croit bien aussi, quoique moins rapidement, dans des sols assez compactes, argileux et froids. En le laissant atteindre l’âge de 140 à 150 ans dans les premiers terrains, el.celui de 160 à 180 ans dans les autres, on obtiendra de cet arbre tout ce que l’on peut en attendre, au point de vue des dimensions et de la qualité. Que si enfin, on avait à élever une futaie de chêne dans un climat chaud et humide, il pourrait être convenable de réduire sa révolution mème jusqu'à 120 ans.

482. Coupes de régénération. — La coupe d’ensemencement, dans une futaie de chêne, doit être sombre, afin que le repeuplement complet du terrain soit assuré, ce qui ne saurait avoir lieu si les arbres étaient trop espacés, attendu le poids du gland. Cet élat sombre a encore pour but: d'abord, d'éviter qu'avant la chute des semences, le terrain ne se gazonne et ne se couvre de plantes nuisibles; ensuite, de conserver le lit de feuilles sèches qui, tout en ajoutant à la fertilité du sol, préserve les glands tombés de la gelée et favorise leur germinalion.

Malgré cette précaution, c'est chose fort ordinaire de voir, dans les coupes sombres, le terrain se gazonner ou se lasser au point de devenir impropre à la reprise du gland, lorsqu'il se passe plusieurs années sans glandée: car les chènes, surtout quand ils ont erû en massif, ne donnent qu'un faible couvert.

DES FUTAIES. 241 Dans ce cas, 1l convient, dès que la glandée à lieu, de faire remuer le terrain, soit à la houe, soit par les pores, afin de mieux assurer la germination des se mences !.

Le jeune plant du chêne ne demandant et ne supportant même que très peu d’abri, 1l faut se hâter, une fois l’ensemencement produit, de procéder à la coupe secondaire. Elle doit se faire dans l'hiver qui succède à celui de la glandée, ou, au plus tard, vers la fin de l’année suivante. Si l'on attendait plusieurs

‘ Dans plusieurs parties de la France, notamment dans le Nord et dans l'Est, ct aussi dans quelques régions montagneuses du Midi et du Centre, où les glandées ne se voient qu'à d'assez longs intervalles [71], les difficultés qu'éprouve la réussite du repeuplement naturel, dans les coupes sombres, ont rebuté certains forestiers au point de leur avoir suscité l'idée que le chène ne pouvait se régénérer sûrement que par le semis artificiel ou la plantation, l’un ou l’autre succédant immédiatement à la coupe à blanc étoc des massifs de futaie. — C'est le retour à l’enfance de l’art. — Sans nous autoriser des nombreux et magnifiques exemples de régénération naturelle que présentent les futaies de chêne de la France dans toutes les régions où les glandées sont tant soit peu fréquentes, et sans parler des dépenses considérables qu’exigerait l'emploi du mode dont il s'agit, s’il devait se pratiquer sur une grande échelle, il nous suffira de faire remarquer que, dans beaucoup de localités, — par exemple dans les sols légers, siliceux ou calcaires, sur les versants un peu rapides ou aux expositions chaudes, — il y aurait la plupart du temps de sérieux inconvénients, parfois même du danger, à déboiser complètement le terrain et à le laisser, pendant quelques années au moins, exposé à l'influence directe des météores. Non seulement tout le terreau formé à la surface du sol sous le couvert salutaire de la futaie se-

242 DE L EXPLOITATION années, on risquerait de voir périr les jeunes chênes sous le couvert de la coupe sombre f.

On doit, par le mème motif, ne pas retarder la coupe définitive : on y procèdera, au plus tard, dans la quatrième année après celle de l’ensemencement.

Comme le chène estun arbre extrêmement précieux, et qu'il faut, pour certaines constructions, surtout pour les constructions navales, des pièces de très fortes dimensions, il est à conseiller de laisser quel-

rail dans ce cas desséché par le soleil et lavé par les eaux, mais souvent la terre végétale elle-même serait entraînée des plateaux et des pentes dans le fond des vallées.

Heureusement rien, dans la culture des futaies de chène, n'oblige à courir de pareils risques.— Tout en continuant à pratiquer la méthode du réensemencement naturel dans ce qu’elle a d’excellent et de supérieur, le forestier prudent saura en modifier l'application, en faisant intervenir le repeuplement artificiel partout où les circonstances locales l’exigeront, c’est-à-dire toutes les fois que, soit la trop grande rareté des années de glandée, soit l’état du sol à la surface, feront prévoir, pour la réussite du repeuplement naturel, des retards qui seraient de nature à embarrasser la marche des exploitations et à préjudicier à la production.

Se souvenant que, pour élever des chênes de fortes dimensions, il est très avantageux de leur adjoindre en mélange certaines essences subordonnées [487], telles que le hêtre et le charme par exemple, il favorisera l'introduction spontanée de celles-ci, y aidera même artificiellement au besoin, et diminuera ainsi, à la fois, et les difficultés et les frais inhérents à la conservation de l'essence principale.

‘ Cet inconvénient est très fréquent et contribue beaucoup à

ques réserves lors de la coupe définitive !. En les plaçant, comme nous l'avons dit plus haut, sur les bords des chemins et sur les lisières de la forèt, leurs branches auront plus d'espace pour s'étendre, et pourront ainsi former les courbes recherchées pour la

augmenter les difficultés que rencontre la régénération naturelle du chêne. En effet, si les glandées complètes sont rares, les tiers ou les quarts de glandées se voient assez souvent el produisent des jeunes plants en bon nombre, mais qui, cependant, ne se rencontrent qu'épars dans la coupe et ne sauraient former, plus tard, un fourré tel qu'on voudrait l'obtenir pour effectuer en toute sécurité la coupe secondaire et la coupe détinitive. En présence d’un pareil repeuplement partiel on hésite donc, la plupart du temps, à toucher à la réserve de la coupe sombre ; on espère que, dans les années les plus prochaines, le semis naturel se complétera; — bref, on attend afin de ne rien compromettre, et — précisément on compromet tout, car en même temps que les jeunes chènes périssent sous le couvert, celui-ci augmente d'intensité par l'extension graduelle des cimes des arbres et rend ainsi d'autant plus imminent le retour du même dommage.

Mieux eût valu, — neuf fois sur dix, — faire immédiatement la coupe secondaire aussitôt après avoir obtenu les résultats de la glandée partielle. Ce qui peut arriver de pis d’une telle opération, — prématurée en principe nous le reconnaissons, — c’est de permettre l’envahissement de bois blancs qui étoufferaient les jeunes chênes ; mais rien n’est plus facile que de prévenir une telle conséquence. Quelques ouvriers soigneux, placés à propos dans la coupe, la débarrasseront en peu de jours des essences parasites et la mettront en état de recevoir fructueusement les compléments, naturels ou artificiels, nécessaires au premier repeuplement en chène pour tapisser entièrement le sol et pour permettre ainsi de passer à la coupe définitive.

! De 5 à 10 par hectare, selon les besoins de la consommation.

marine. Dans les terrains substantiels et profonds, la longévité de l'essence permettra facilement à ces réserves de parcourir une seconde révolution, surtout si, comme on doit le supposer, elles ne sont choisies que parmi les tiges parfaitement bien venantes.

Il'arrive presque toujours que les chènes, réservés el isolés après l'exploitation des coupes {les pédonculés surtout), se garnissent de menues branches au pied et le long de la tige. La cime, dans ce cas, est moins bien nourrie, et, lorsque le fonds de terre n’est pas d’une très bonne qualité, cette cime se couronne, ce qui entraine peu à peu le dépérissement de l'arbre.

I est essentiel de débarrasser les chènes de ces branches gourmandes, et de renouveler cet émondage jusqu'à ce que la jeune forèt se soit assez élevée pour entourer l'arbre et empècher les productions de sa lige et de son pied.

Ces branches, quand on les laisse subsister, nuisent en outre considérablement à la croissance du sous-bois, diminuent la qualité des arbres pour la charpente et la fente, en les rendant noueux 1, et ralentissent même l'accroissement des grosses branches qui, seules, peuvent former les courbes employées à la construction des vaisseaux.

En mème temps qu'on s’occupera de supprimer

" Buffon a prouvé, par des expériences, que les bois noueux sont d'un quart plus faibles que les autres, seus la charge.

DES FUTAIES. 245 les branches gourmandes des réserves, il sera très utile d'examiner si leur cime ne présente pas des branches sèches qui, même sur les chènes bien venants, se forment assez souvent à l'intérieur de la ramure quand l'arbre passe de l’état de massif à l'isolement.

Le retranchement de ces parties mortes soigneusement exécuté, avec un instrument bien tranchant eten donnant à la section une inclinaison qui assure le prompt écoulement des eaux pluviales, préviendra la formation des grisettes et des nœuds gâtés qui aflectent trop souvent les plus belles pièces et les rendent impropres aux emplois d'élite pour lesquels, saines, elles eussent été infiniment précieuses, soil par leur forme particulière, soit par leurs dimensions.

483. Coupes d'amélioration. — La jeune forèl obtenue par le semis naturel devra être nettoyée des bois blancs et des morts-bois, et éclareie périodiquement, conformément aux règles générales.

Comme ilest très essentiel que les chènes destinés aux constructions et aux divers ouvrages de fente, acquièrent une tige droite et eflilée, on fera bien, dans les deux premières éclaircies, de serrer le massif un peu plus qu'à l'ordinaire. Cette précaution est d'autant plus nécessaire, que les chênes ont, comme nous venons de le dire, une disposition marquée à se garnir de branches gourmandes le long du trone, dès que cette partie se trouve frappée trop

immédiatement par la lumière. Ce n’est que lorsque les arbres ont atteint à peu près la hauteur dont ils sont suceptibles, qu’il devient utile de les espacer davantage, afin de favoriser leur grossissement et de procurer à leur bois, essentiellement employé à la charpente, une texture plus solide.

À la suite de ces éclaircies plus fortes, il arrive fréquemment, attendu le couvert léger du chêne, que le sol se tapisse d’essences étrangères, telles que charmes, bouleaux, alisiers, bois blancs, etc., qui continuent, quoique rabougris, à végéter sous la jeune futaie. Cette végétation traînante n'offre point d’inconvénients; au contraire, elle s’oppose à l’enlèvement du lit de feuilles par les vents, empêche le sol de se durcir et de se gazonner, le maintient frais par conséquent, et produit, par ses propres détritus, plus de substance nutritive qu'elle n’en absorbe. Aussi, loin de la supprimer comme on croyait devoir le faire autrefois, fautal la laisser subsister jusqu’au moment d'entreprendre la coupe d'ensemencement, (Voir la note page 248.)

ARTICLE II

Exploitation du hêtre en futaie.

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