COoUPES D'AMÉLIORATION
devront s’exécuter entièrement d'après les règles générales données à cet égard, en observant toutefois que le hêtre supporte, plus que le chène, de croître en massif serré,
ARTICLE 11II
Exploitation d'une futaie mélangée de chêne et de hêtre,
487. Les racines du hôtre sont tracantes, celles du chêne, au contraire, s’enfoncent profondément. 1 en résulte que lun et l'autre, lorsqu'ils croissent en mélange, trouvent, sans se gêner réciproquement, la nourriture qui leur convient ; et l’on remarque géné- . ralement, dans les forêts où ces essences sont mélangées, un accroissement plus prompt que dans celles dont le chêne est l'essence unique.
Une autre cause du meilleur accroissement d’un pareil mélange, c'est que le hêtre, par son feuillage épais, conserve au sol plus de fraïcheur, et l'enrichit d’une couche plus abondante de terreau que ne ferait le chêne seul. Cette salutaire influence se fait surtout remarquer dans les sols légers, siliceux ou calcaires, médiocrement profonds, et elle devient particulièrement précieuse lorsqu'il s'agit d'obtenir des pièces de chêne de fortes dimensions {).
! La vaste forêt du Spessart (Bavière-Rhénane) offre un exemple remarquable des avantages que présente le mélange
488. ExprorraBiuiré, — Comme le chène est des deux essences la plus précieuse, il convient, s’il est dominant ou s'il forme seulement la moitié ou les deux cinquièmes du peuplement, d'adopter la révolution qui lui est propre, et d'y subordonner celle du hêtre. Celui-ci, comme on le sait, peut sans inconvénient rester sur pied 450 à 160 ans, lorsque le sol lui est favorable, |
Ce n’est que dans le cas où la proportion du chêne serait très faible, que l’on fixerait la révolution de 120 à 140 ans, sauf à réserver, dans les coupes définitives, un certain nombre de chênes pour croître jusqu'à la prochaine exploitation.
480. COUPES DE RÉGÉNÉRATION. — Les règles données, dans les deux articles précédents, pour espacer la coupe d’ensemencement, devront être suivies en observant néanmoins que, comme le chêne est l'essence la plus précieuse, 1l importe, avant tout, d'assurer sa reproduction par une nombreuse réserve. Par la même raison, on devra se hâter de procéder à la coupe secondaire aussitôt après l’ense-
dont il s’agit. Située dans un climat assez rude, sur le grès bigarré, elle produit des chênes de la plus belle venue et d’un âge très avancé, au moyen d'un mode particulier de traitement qui consiste principalement à éclaircir très fortement les massifs de chène dès qu'ils sont parvenus à la moitié de l’âge qu'ils doivent atteindre (200 ans en moyenne), et à y introduire artificiellement le hêtre, qui croît ainsi, en second étage, sous le couvert léger des chênes, et s'y maintient en bon état jusqu’à l’exploitabilité de ceux-ci,
mencement, quel que puisse d’ailleurs en être l’inconvénient pour le jeune hêtre. De fait, cet inconvénient est souvent moins grand qu'on ne pourrait le craindre, parce qu’en raison du poids des graines, les repeuplements de chaque essence existent, par taches, autour des arbres qui les ont produits ; on trouve donc moyen de donner du jour aux jeunes chênes tout en conservant le couvert aux hêtres. D'un autre côté, les jeunes chênes eux-mêmes qui, dans les premières années, ont ordinairement une croissance plus rapide que les jeunes hè!1 :5, peuvent quelquefois offrir à ceux-c1 un utile abri (t).
La coupe définitive devra aussi se faire à l’époque qui paraîtra la plus convenable pour assurer la bonne végétation du chêne.
Souvent, malgré les précautions avec lesquelles on conduit les coupes de régénération, 1l arrive que le hêtre empiète sur le chène dans les repeuplements et qu'il s'empare du terrain. Ordinairement, cette circonstance se présente à la suite d’une année qui, dans la localité, a été favorable à la réussite de la faîne, alors que le gland y à manqué entièrement ou en grande partie; elle tient encore à ce que les fainées partielles donnent lieu à des semis naturels qui persistent sous le couvert et envahissent ainsi
‘ Dans certains terrains, notamment dans les grès, les deux essences croissent souvent en rapport inverse. Dans ce cas, il faut rabattre le hêtre, sans hésiter, afin de protéger la végétation du chêne, (Note de M. Parade.)
252 DE L'EXPLOITATION peu à peu le Lerrain; tandis qu'il n’en n’est pas de même du chêne qui périt sous la futaie au bout de
quelques années [72]. Pour remédier à cet inconvé-
nent, et rétablir le mélange, 1l faut recourir à des moyens artificiels. Ces moyens consistent à se procurer, dans d’autres parties de la forêt où les chènes peuvent avoir été plus fertiles (!), les glands nécessaires pour repiquer les petites places non garnies, el à en répandre, en général, dans toute la coupe. Si cette opération ne pouvait se faire l'année même de la fainée, à cause d’un manque absolu de glands, elle pourrait se remettre à l’année suivante ; mais, s'il fallait laisser passer ainsi plusieurs années, on ferait mieux alors de se procurer de jeunes chênes de 3 à # ans, que l’on planterait parmi les hêtres, en les récépant au moment de la plantation, afin d’activer leur croissance et de leur permettre d'arriver plus tôt au niveau des jeunes hêtres.
490. Coupes D'AMÉLIORATION. — Les nettoiements et les éclaircies périodiques doivent se faire comme dans les forêts où le chène est l'essence unique. On peut, au moyen des éclaircies, augmenter facilement le nombre relatif des chênes, en prenant toujours de préférence les pieds à supprimer parmi les hêtres ; mais, outre qu'il faut se garder de détruire le mélange, il est essentiel d'observer que, pour se servir
" Les arbres placés sur les lisières des forêts ou sur le bord des routes, sont plus fertiles que ceux qui ont crû dans l'inté-
rieur des massifs.
DES KUTAIES. 293 de ce moyen, il faut que l’époque de l'éclauircie soit choisie très à propos, et l'opération mème exécutée avec beaucoup d'intelligence, afin de ne as faire couper des hèêtres vigoureux pour favoriser peut-être des chênes déjà maladifs.
ARTICLE TV
Exploitation du châtaignier en futaie .
491. Exploitabilité. — Les révolutions comprises entre 90 et 120 ans, selon les sols et les climats, paraissent convenir au châtaignier. Elles suffiront pour qu'on en oblienne, en raison de la prompte végétation de l'essence, tous les bois nécessaires à la consommation, et l'on ne risquera pas de voir les arbres se creuser, ce qui arrive très fréquemment au châtaignier, passé l’âge de 120 ans.
492. Coupes de régénération. — Sous ce rapport, le châtaignier pourra être entièrement traité comme le chène : Jeune, il est aussi robuste, et la châlaigne "a plus de poids encore que le gland. Quelques arbres pourront être réservés dans la coupe définitive, principalement en vue d'en obtenir des fruils.
Le châtaignier ne se voit guère en futaie qu'associé au chène et au hêtre. Il est notoire cependant qu'il croît très bien sans mélange, et, dès lors, on doit admettre que les progrès de la sylviculture amèneront la création de futaies de cette précieuse essence.
On a observé que le châtaignier est particulièrement incommodé par les mauvaises herbes et les arbustes. Lors donc que, dans les coupes sombres, le réensemencement ne se fera pas immédiatement après l’exploitation, et que le terrain se garnira d'herbes et d’autres plantes, 1l faudra, dès la première année de semence, donner au terrain une culture entière à la houe, ou bien y pratiquer des sillons d’une largeur moyenne de 16 centimètres et espacés de 22 à 33 centimètres environ. Ce dernier mode, qui est bon dans toutes les situations, devra être exelusivement mis en usage dans les terrains en pente. Les châtaignes s’arrêteront au fond des sillons, où elles seront couvertes et abritées contre les gelées par les feuilles sèches.
493. Coupes d'amélioration. — Les nettoiements de bois blancs devront être particulièrement soignés dans les jeunes châtaigneraies, attendu le tempérament du jeune plant [135|.
Quant aux éclaircies périodiques, il conviendra de les diriger comme dans les futaies de chêne, le châtaignier étant également un bois de construction et de fente; seulement, comme sa végétation est très prompte, la périodicité pourra être plus courte.
ARTICLE V
Exploitation de l’orme en futaie .
49%. Exploitabilité. — La révolution de 100 a 120 ans peut convenir pour l'exploitation de l’orme. À cet âge, il sera propre à sasfaire {ous les besoins de la consommation, et 1l aura atteint l’époque de son exploitabilité absolue.
495. Coupes de régénération. — Comme la semence de l’orme est très petite et se dissémine au loin, et que le jeune plant est robuste, on peut se dispenser d'établir une réserve abondante dans la coupe d’ensemencement ; il suffit d’espacer les arbres de telle manière que les branches soient écartées de # à 6 mètres. Un espacement même plus considérable n'empêcherait pas le repeuplement.
Il faut avoir égard cependant à la situation de la coupe que l’on exploite, et éviter, pour peu qu’elle soit exposée au vent, de trop diminuer le nombre des réserves. On conçoit que des arbres qui ont vécu 100 à 120 ans, en massif, el qui se sont élancés
‘ Quoiqu'il soit très rare de rencontrer des futaies dont l’orme soit l'essence unique, l'importance de cet arbre nous a cependant paru assez grande pour que son traitement méritat d'être décrit avec autant de détails que celui des essences qui dominent fréquemment dans nos bois.
à 30 mètres de hauteur et au delà, ne peuvent avoir une assielle bien solide, et que, sur les points les plus exposés, il serait peu prudent de leur donner tout à coup un espacément trop considérable. On pourrait craindre aussi que l’état trop clair de la coupe d’ensemencement ne provoquât le gazonnement du terrain. Toutefois, cel inconvénient se présentera rarement, attendu que l'orme produit des graines en abondance, presque tous les ans, ou au moins de deux années l’une; on peut donc espérer le repeuplement immédiat de la coupe. Mais si, par extraordinaire, la crue des mauvaises herbes avait précédé l’ensemencement, on ouvrirait dans la coupe des sillons, qui auraient le double avantage de préparer la terre à recevoir la semence et de faire naître une multitude de drageons.
Quant à la coupe secondaire, on devra y procéder, au plus tard, à la fin de la deuxième année qui suivra celle de l’ensemencement, et, deux ans après, on fera la coupe définitive. On pourrait même, dans un terrain frais, ou si l'exposition n'était pas chaude, supprimer entièrement la coupe secondaire, à cause du tempérament robuste du jeune plant, et, deux ou trois ans après l’ensemencement, passer immédiatement à la coupe définitive.
496. Coupes d'amélioration. — Les nettoiements et les éclaircies périodiques devront être dirigés d'après les règles générales ; 11 y aura lieu cependant de rapprocher les éclaircies, d'autant plus que l'orme
DES FUTAIES. 291 a une végélalion très rapide, et que, tracant et pivotant à la fois, 1l a besoin de plus d'espace pour prendre tout l'accroissement dont il est susceptible.
AR PTCGIEONIT:
Exploitation en futaie du frêne et des grands érables.
497. Le frène et les grands érables peuvent, avec beaucoup d'avantage, être élevés en futaie, attendu que, lorsqu'ils acquièrent de fortes dimensions et qu'ils sont de bonne fente, ils deviennent d’un très grand prix pour la menuiserie, l'ébénisterie, la boissellerie, etc. D’ordinaire, ces essences se trouvent mélangées au hêtre avec lequel elles végètent parfaitement et dont elles supportent très bien le régime, surtout lorsque la révolution ne dépasse pas 90 à 100 ans. Il est nécessaire aussi, dans les coupes secondaires, de découvrir plus tôt les jeunes plants, moins délicats que ceux du hêtre.