‹ Cours élémentaire de culture des bois. Complété et publiéChapitre 55 sur 147 · AND CHAN AE ES · texte numérisé non relu

AND CHAN AE ES

Exploitation du charme en futaie.

498. — Le charme n'est point une essence qui, en raison des usages auxquels elle estpropre|193|, mérile d’être élevée en futaie,maison leconsidère comme pouvant ètre utilement mélangé, dans une futaie, à

d’autres essences plus précieuses. C’est ainsi qu'on le trouve associé au chène et au châtaignier; et, quoiqu'il soit en général un peu dépassé par eux, 1l persiste assez longtemps pour leur servir d'appui jusqu'au moment où il devient possible de le faire disparaître successivement par les éclaircies périodiques. Mêlé au chêne, 1l produit des effets analogues à ceux du hêtre, en procurant au sol une couche de terreau plns abondante, et en y maintenant la fraicheur par son couvert épais. Aussi le charme pourrait-il être très utilement introduit, en second étage (voir la note page 256), dans les massifs de chène pur, situés en fonds compacts, où 1l se plaît et réussit mieux que le hêtre.

ARTICLE" NIIT:

Exploitation du bouleau en futaie.

499. Le bouleau n’acquiert les qualités recherchées par les différents métiers qui l’emploient que vers l’âge de 50 à 60 ans, et il est d’ailleurs bien plus disposé à se reproduire de semence que de souche. On peut donc avec avantage l’élever en futaie, en fixant son exploitabilité à l’âge que nous venons d'indiquer.

Quant aux coupes de régénération, l'expérience prouve qu’en les faisant à blanc étoc, où en laissant seulement quelques réserves éparses, on obtient des

DES FUTAIES. 209 repeuplements très complets par les semences venant de la partie boisée voisine. La seule précaution à prendre, c'est d'entretenir le sol dans un état convenablement meuble, en lui donnant une légère culture à la houe, lorsqu'on s’aperçoit que l’année sera fertile en semences. Cette opération est indispensable ; car sous des bouleaux, même en massif, le sol se gazonne et se couvre d’arbustes et de morts-bois, à cause du couvert trop faible de cet arbre.

Les éclaircies périodiques devront être très rapprochées, le bouleau demandant assez d'espace pour croître.

ARTICLE IX

Exploitation du robinier en futaie.

500. Le robinier, recherché comme bois de traval, est, de plus, employé avec avantage dans les constructions civiles et navales; 11 y a, par conséquent, des motifs fondés pour le traiter en futaie. Il est à observer d’ailleurs que, quand cet arbre est isolé, sa cime est très exposée à être brisée par les vents et que souvent la rupture des branches principales fait éclater le tronc; sa culture en massif de futaie, en donnant le moyen d’obvier à cet inconvénient si grave, offrirait donc un avantage de plus.

Quoique la végétation extrèmement rapide du

robinier ait fait penser qu'à #0 ans il pourrait êtré assez fort pour satisfaire à tous les besoins de la consommation, il est à conseiller cependant de ne fixer son exploitabilité qu’à l'âge de 60 à 70 ans. De celle manière, on obtiendra très probablement des produits meilleurs et plus considérables; et d’ailleurs il est à croire que sa végétation ne sera plus aussi rapide, s’il vienten massif, que lorsqu'il se trouvait isolé.

Plus que l'orme encore, le robinier est disposé à drageonner, et sa semence, quoique non ailée, se dissémine au loin; son jeune plant résiste aux chaleurs, il croit très rapidement et ses racines exigent beaucoup d'espace; le mode d'exploitation preserit pour lorme pourra donc lui ètre applicable.

ARTICLE X

Exploitation d'une futaie de sapin.

501. Exploitabilité. — L'exploitabilité du sapin tombe entre 100 et 140 ans: 120 ans est le terme le plus ordinaire et celui auquel, en général,on obtient les produits les plus utiles et les plus considérables. Dans les sols trop humides cependant ,où la végétation est rapide, la révolution de 100 ans pourrait être préférable parce que, dans ces sortes de terrains, les sapins sont plus exposés encore que les hêtres à la carie intérieure [484|. Sur les grandes hauteurs,

! Voir l'Appendice.

où la rigueur du climat ralentit la croissance, le terme de l’exploitabilité peut être reculé jusqu'à 140 ans et au-delà.

502. Coupes de régénération. — Ainsi que nous l’avons dit dans le second livre [432/, il est très important que les exploitations d’une sapinière soient dirigées du Nord et de l'Est vers le Sud et l'Ouest. Les coupes; d’ailleurs, doivent se faire à l'instar de celles des forèts de hêtre. Ces deux essences se rencontrent sur un point essentiel, celui du tempérament des jeunes plants.

Dans les trois premières années de son existence, le sapin reête très petit, très faible, et sa tige, de même que sa racine, s’allonge sans se ramifier. Pendant ce temps, 1l réclame un couvert au moins aussi épais que celui qui convient au jeune hêtre; mais, après la troisième année, lorsqu'il a formé une et parfois deux branches latérales, 1l devient utile de lui donner plus de lumière. Dès cette époque, il y à donc lieu de supprimer quelques arbres dans la réserve (un quart environ) et de continuer ainsi, de deux en deux ou de trois en trois ans, jusqu'à la coupe définitive qui ne devra être faite que quand les brins auront atteint la hauteur de 66 centimètres à 1 mètre.

On rencontre assez souvent, dans les massifs de sapin que l’on soumet à la régénération, des repeuplements partiels qui remontent déjà à un assez orand nombre d'années, et végètent, languissants

et rabougris, sous la vieille futaie. C’est à tort que certains forestiers les considèrent comme incapables de reprendre de la vigueur. Aucune essence, si ce n'est le hêtre, ne résiste autant que le sapin sous un couvert prolongé, et n’a plus que lui la propriété de se raviver dès qu’on lui donne du jour. On commet donc une faute en supprimant ces Jeunes repeuplements au moment de la coupe d’ensemencement ; il faut, au contraire, les conserver et, lors de cette coupe, éclaircir fortement la futaie qui les surmonte.

Il n’est pas sans intérêt de réserver, dans la coupe définitive, quelques beaux sapins pour parcourir une seconde révolution. Cet arbre peut parvenir à un âge très avancé, et comme 1l sert beaucoup aux constructions, on obtiendra par ce moyen les pièces de fortes dimensions qui pourraient être nécessaires dans certains cas. Il est entendu que de pareilles réserves ne peuvent être faites que dans les parties les plus abritées contre la violence des vents.

503. Coupes d’amélioration.— Onse conformera sous ce rapport à ce qui a été recommandé dans les règles générales, en observant que le sapin demande à croître en massif très serré, surtout dans sa jeunesse. Dans les climats tempérés, l’éclaircie moyenne pourra lui être appliquée, mais, dans les localités où l’on aura à craindre les dégâts de la neige et du givre, auxquels les bois résineux sont plus exposés que les feuillus, on devra se contenter d’une éclaircie faible, afin que certaines tiges dominantes venant à

être écrasées, puissent, au besoin, être remplacées par celles qu’elles surmontent. Il n’est pas rare, en effet, de voir ces dernières, lorsqu'elles sont mises à découvert, reprendre une vigueur remarquable.

ARTICLE XI

Exploitation d'une futaie mélangée de sapin et de hêtre.

904. Le mélange du sapin avec le hêtre est aussi favorable à la végétation que celui de cette dernière essence avec le chêne. La nature nous en montre de fréquents exemples, et c’est une erreur bien funeste qui a porté certains forestiers à détruire, dans ces sortes de forêts, l'essence feuillue pour ne laisser subsister que l'essence résineuse, alors que tout, au contraire, semblait commander et faciliter la conservalion de ce mélange. En effet, on observe que, dans ces forêts mélangées, le sapin a une croissance remarquablement belle, et l'on reconnait, en outre, que les dégâts des vents et des insectes y sont moins à redouter que dans les forèts purement résineuses. Quant à leur exploitation, la même révolution convient aux deux essences; les jeunes plants de l’une et de l’autre ont le même tempérament, et, par conséquent, les coupes de régénération peuvent être établies sans difficulté; dans les différentes phases de leur croissance, les deux essences marchent à peu près du même pas, ce qui facilite l’exécution des

éclaircies périodiques; et enfin, elles recherchent toutes deux, pour prospérer, même terrain, même climat, même situation et même exposition. Elles ne diffèrent essentiellement que dans leur emploi, ce qui est un avantage évident pour la consommation et pour le propriétaire, d’autant plus qu'il est toujours facile de faire dominer le sapin, lorsque sa qualité comme bois de construction doit lui mériter la préférence.

ARTICLE. XII

Exploitation d'une futaie d’épicéa.

505. Exploitabilité. — Comme la croissance de Fépicéa est un peu plus prompte que celle du sapin, la révolution à laquelle 11 est soumis peut être plus courte. C’est entre 90 et 140 ans que l’on en fixe la durée; ordinairement, le terme de 100 à 120 ans est considéré comme le plus convenable pour obtenir de cette essence les produits les plus abondants et les plus utiles. Dans les localités où 1l 1mporte de se procurer un certain nombre de pièces propres aux grandes constructions, on préfère l’âge de 120 ans, parce que, à cause du peu de résistance que l’épicéa oppose au vent, ces pièces ne pourraient être fournies par les arbres qu'on réserverait dans les coupes, pour parcourir une seconde révolution. Sur les grandes hauteurs, que souvent on le voit habiter,

on peut lisser atteindre à l’épicéa l’âge de 440 ans et au-delà, tandis que, dans un sol très humide, où cet arbre est, comme le sapin et le hêtre, exposé à la carie intérieure, ce serait le cas de l’exploiter plus tôt.

506. Coupes de régénération. — Comme l'épicéa redoute, plus que toute autre essence, les ravages des vents, et qu'il est d’ailleurs, dans sa première jeunesse, bien plus robuste et ne demande pas les mêmes soins que le sapin, tous les efforts des sylviculteurs, dans l'exploitation des forêts de cette essence, ont constamment tendu à préserver celles-ci du danger principal. Non-seulement on recommande, comme extrèmementimportante, la stricte observation de la troisième règle sur l'assiette des coupes [432}, mais on a encore imaginé, toujours dans le même but, divers modes particuliers d'exploitation, savoir: 1° le mode par bandes alternées; 2° le mode par bouquets ; 3° celui par bandes de proche en proche. Enfin, on à aussi appliqué le mode ordinaire des trois coupes de régénération.

907. Premier mode. — Le premier mode est un de ceux qui ont été le plus mis en pratique; 1l consiste à établirles coupes par bandes alternées de bois à abattre à blane étoc, et de bois à laisser en massif, les unes et les autres de 50 à 60 mètres de largeur. L'ensemencement des bandes exploitées doit venir des bandes voisines où tous les bois sont conservés, et, pour mieux préparer le terrain des premières à recevoir la semence, on conseille d’en faire extraire

les souches. Quelques années après l’ensemencement, on exploite les bandes qui étaient demeurées intactes. Ce retour, en effet, est indispensable, car si l'on continuait à alterner ainsi d’un bout à l’autre de la forêt, il est évident que l’on ne tarderait pas à tomber dans des massifs éloignés d’avoir atteint l’âge de l’exploitabilité, tandis qu'au point de départ, on en laisserait sur pied qui auraient dépassé cet âge.

Quoique, au premier abord, ce mode paraisse très avantageux, 1l présente cependant des inconvénients assez graves pour que nous n’hésitions pas à le déconseiller, comme n'étant pas propre à conduire au but que l’on se propose :

1° L'expérience a prouvé que les bandes laissées en massif, loin de résister toujours au vent, sont souvent renversées avec une grande facilité ;

2° L’ensemencement naturel des bandes mises à blanc étoc est presque toujours incomplet, les plantes nuisibles s’y jettent et rendent nécessaire un repeuplement artificiel;

3 Lorsqu'on arrive à exploiter les bandes primitivement réservées en massif que le vent a pu épargner, il est impossible d'y faire aucune réserve, et, les parties voisines étant beaucoup trop jeunes pour porter graine, il est nécessaire de recourir à un repeuplement artificiel. D'où il résulte que la moitié de la forêt, au moins, est à repeupler artificiellement ;

4° Enfin, on établit dans toute la forêt une grande inégalité d'âge entre des parties contiguës, ce qui

entraîne les inconvénients énumérés au sujet de la première règle sur l’assiette des coupes [430] et, de plus, favorise l’action des vents.

508. Deuxième mode. — Dans le second mode, dit par bouquets, au lieu de bandes alternées, on laisse cà et là, dans les parties qu'on exploite à blanc étoc, de petits bouquets ou massifs de bois, qui doivent fournir les graines nécessaires au repeuplement. Ce mode participe de tous les inconvénients du précédent, et introduit en outre une plus grande irrégularité dans les exploitations et une plus grande inégalité dans les âges des bois ; on ne peut donc que le rejeter.

509. Troisième mode. — Le troisième mode, donné par Hartig, paraît plus praticable. Voici comment cet auteur conseille de procéder.

On doit asseoir, en commencant du côté du Nord ou du Nord-Est, une coupe longue et étroite f, et l'exploiter à blanc étoc. Quand on s'apercevra que la partie voisine porte des cônes et qu'on peut en espérer des semences abondantes, on extraira toutes les souches de la coupe, et l’on comblera, au moins en partie, les excavations. Dans cet état, le terrain se trouvera bien préparé à recevoir les graines poussées par les vents du Sud et d'Ouest. Par pré-

‘ Cotta conseille de ne donner à ces coupes qu'une largeur égale à la longueur des arbres, afin de ne pas compromettre le réensemencement naturel.

268 DE L'EXPLOITATiON

caution, on fera bien de répandre, sur ce terrain fraichement remué, # à 5 kilogrammes de semences d'épicéa, par hectare; ce qui équivaut, à peu près, au üers de la quantité nécessaire pour un ensemencement complet.

Sur ce point, 1l faudra naturellement suspendre les exploitations, jusqu'à ce que la coupe soit suffisamment garnie de jeunes plants. Ce n’est qu'après le repeuplement assuré qu’on pourra asseoir, dans la partie attenante, une nouvelle coupe de même longueur et de même largeur que la première; et ainsi de suite.

Cette nécessité d'attendre que le repeuplement de la coupe exploitée soit assuré, pour mettre la hache dans la partie voisine, force d'entamer la forèt sur un autre point exploitable et même sur trois ou. quatre points différents, sur lesquels on se porte successivement, afin de laisser, dans la première partie exploitée, un intervalle de trois ou quatre années au moins entre deux coupes consécutives, el d'assurer ainsi le repeuplement. Si, cependant, il arrivait que ces {rois ou quatre années ne fussent pas suffisantes pour amener ce repeuplement, et qu'il fût d'ailleurs impossible de suspendre les exploitations, il ne resterait plus d'autre moyen que de régénérer les coupes par un semis artificiel ou par une plantation.

D10. Quatrième mode. — L'application de la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies,

DES FUTAIES. 269 forme un qualrième mode, et c’est, sans contredit, dans la plupart des cas, le plus recommandable.

Eu égard au tempérament du jeune plant d'épicéa, la coupe d'ensemencement pourrait ètre plus espacée que celle du sapin, et mème que celle du hêtre ; ce n'est qu'à cause des fables racines des épicéas, qu'ilest à conseiller de multiplier les réserves autant que dans les forêts de hètre, afin qu'elles puissent se soutenir réciproquement. Quand le repeuplement de cette coupe sera complet et aura atteint la hauteur de 16 à 22 centimètres, on pourra faire la coupe secondaire ; et lorsque les plants seront hauts de 32 à 40 centimètres, 1l sera temps de fiure la coupe définitive.

Dans les localités très exposées au vent, où lon reconnait que la réserve de la coupe secondaire ne pourrait pas résister, il est préférable de lisser la coupe sombre, sans y toucher, jusqu'à ce que le sous-bois soit parvenu à l’âge de 5 ou 6 ans, el de faire alors la coupe définitive. La coupe secondaire cependant, dont l'utilité est incontestable, ne doit être négligée que dans le cas d'urgente nécessité.

Ce mode, ainsi que nous venons de le dire plus haut, nous parait le meilleur. En l’emplovant, on ne peut au pis aller, (en cas de dégâts causés par le vent), qu'ètre obligé de recourir sur quelques points au repeuplement artificiel ; mais cet inconvénient est inévitable en suivant les trois autres modes et surtout les deux premiers. On peut d'ailleurs, en

l’appliquant, user des précautions recommandées pour le troisième : Ainsi, il est à conseiller de donner aux coupes une forme longue et étroite, et d'entamer la forèt au moins sur deux points différents, de manière à pouvoir alterner les exploitations ; afin que, si la semence manque pendant quelques années sur l’un, on ne soit pas obligé d’y continuer les coupes sombres, dont la trop grande extension finirait par donner prise aux vents. à

D11. Des quatre modes que nous venons d’examiner, les deux premiers doivent être rejetés, ainsi que nous l'avons démontré. Le troisième a sans doute l'avantage de parer, dans beaucoup de cas, aux ravages du vent; mais, aux expositions fraîches, l'herbe et divers arbustes envahissent le terrain dès qu'il est mis à nu et étouffent les épicéas naissants ; sur les pentes chaudes et escarpées, une lumière trop vive et trop de chaleur les empèchent deréussir, et en général, la régénération naturelle s'opère mal, dès qu'elle n'a pas tieu l’année même de l'exploitation. Enfin, le quatrième mode, qui mérite incontestablement la préférence, présente cependant l’inconvénient de nombreux chablis qui, dans leur chute, se rompent fréquemment ou brisent d’autres arbres restés sur pied, ce qui constitue souvent une perte considérable pour le propriétaire.

Dans les montagnes du Harz, en Saxe, et en général dans les pays où l’épicéa est très répandu, les difficultés d'exploitation, que présentent les forêts de

DES FUTAIES. 271 celle essence, ont fait adopter, dans ces derniers temps, les coupes à blanc étoc; mais au lieu de compter, comme autrefois, sur les parties voisines pour réensemencer le terrain, on à immédiatement recours à la plantation, à laquelle l’épicéa est particulièrement propre. Cette opération, dont il sera question dans le VI° livre de ce Cours, réussit parfaitement et n’occasionne qu'une faible dépense, eu égard surtout aux années qu'elle fait gagner à la végétation de la jeune forêt. Aussi peut-on considérer les coupes de régénération comme presque aban-

données aujourd’hui dans les forêts d’épicéa d’outre- Rhin.

Tout en reconnaissant l'importance des faits que nous venons de rapporter et en admettant, au point de vue économique, les conclusions pratiques que nos voisins en ont tirées, nous pensons que, en France, dans les localités peu nombreuses d’ailleurs et toujours montagneuses, où l’épicéa se rencontre comme essence dominante, on fera bien de ne recourir au repeuplement artificiel qu'après avoir reconnu les inconvénients ou l'impuissance des coupes de régénération. Découvrir et remuer le sol en montagne, surtout dans les pentes rapides, nous paraît toujours une opération qui peut avoir les plus funestes conséquences. — Nous nous arrètons d'autant plus volontiers à cetavis,qu'ilest à notre connaissance que, dans différentes forêts d'épicéa du Jura, des Vosges et des Alpes, l'application de la méthode du réense-

eTR DE L'EXPLOITATION mencement naturel a produit jusqu'à ce Jour des résullals satisfaisants.

d12. Coupes d'amélioration. — Ce qui a été dit sous ce rapport, au sujet des forêts de sapin [503], est entièrement applicable à celles d’épicéa.

ARTICLE XII

Exploitation d’une futaie mélangée de sapin et d'épicéa.

513. Le mélange du sapin et de l’épicéa, comme celui du chène et du hêtre, et par les mêmes raisons, produitles meilleurs effets sur la végétation des deux essences. L'épicéa, à la vérité, a une croissance un peu plus prompte que le sapin, mais cette différence est bien peu sensible. Cependant, on remarque assez fréquemment, dans les forêts ainsi mélangées, que l’épicéa tend peu à peu à empiéter sur le sapin et à le déposséder du terrain, ce qui est fâcheux en général, et surtout dans certaines localités où, pour divers motifs, le sapin est l'essence préférée. Selon toutes les apparences, cet inconvénient tient principalement à ce que, dans les coupes de régénération, on n’accorde pas une attention assez grande au repeuplement du sapin, qui réussit bien plus difficilement que celui de l’épicéa, c'est-à-dire que, d’abord, on ne conserve pas dans la coupe sombre un couvert assez épais, el qu'ensuite on éclaireit trop fortement la coupe secondaire.

La précaution essentielle, pour conserver le mélange si utile des deux essences, est donc de faire les coupes d’ensemencement surtout dans les années où, pour le sapin, on peut prévoir une fructification abondante, de composer la réserve dans ces coupes du plus grand nombre possible de sapins, et enfin de régler les coupes secondaires principalement en vue des exigences de cette essence.

Il pourra bien arriver ainsi que la croissance des sapineaux gagne quelque avance sur celle des jeunes épicéas, qui exigent plus de lumière dès les premières années; mais, quoique entravés momentanément, ces derniers ne tarderont pas à reprendre leur vigueur habituelle, sitôt que le couvert sera suffisamment éclairer.

ARTICLE XIV

Exploitation d’une futaie de pin sylvestre.

514. Exploitabilité. — Dans les pays où le pin sylvestre est très commun, on ne le laisse pas alteindre le siècle. Effectivement, l’accroissement des massifs de cette essence atteint son maximum entre 60 et 80 ans; puis. après s'être maintenu pendant une vingtaine d'années, il diminue en raison de l’augmentation de l’âge. Si donc, l'intérêt principal était de fournir du chauffage, on ferait bien de fixer la révo-

lution d’une forèt de pin sylvestre vers 80 ou 90 ans;

encore devrait-on réserver des parties de forêt, pour les soumettre à une révolution plus longue afin d'obtenir des arbres de service de bonne qualité.

En France, où les bois de construction sont plus rares que ceux de chauffage, l’État ne peut que gagner à reculer l’exploitation du pin sylvestre. Dans le moment de sa plus forte croissance, son bois n’a pas les meilleures qualités. Ce n’est que plus tard que son grain devient serré, qu'il se charge de résine concrète et acquiert ainsi l’élasticité et la durée qui le rendent précieux pour les grandes constructions, pour la marine surtout [301]. D’après ces motifs, on fera bien de soumettre le pin sylvestre à une révolution de 120 ans dans les terrains où sa croissance est active, et de ne l’exploiter qu'entre 140 et 160 ans! dans les sols secs et suffisamment profonds, tels que les sables siliceux où cette essence se plaît et acquiert surtout les qualités qui la rendent propre aux grands emplois.

‘ Les longues révolutions ont l'inconvénient de compromettre la fertilité du sol, parce que la futaie de pin sylvestre, une fois la période d’allongement passée, ne se constitue plus en massif clos et, parvenue à un âge avancé, devient tout à fait clairiérée. Il s'ensuit que, de bonne heure, le sol se gazonne ou se couvre d’arbustes nuisibles (myrtiles, bruyères, etc.), que le vent disperse le lit de feuilles mortes et que, à la fin de la révolution, le terrain se trouve tassé, desséché, appauvri, et dans les conditions les plus favorables à la multiplication de certains lépidoptères fort nuisibles, dont les chenilles, pour hiverner, ne se terrent que dans les sols très secs.

DES FUTAIES. Pl)

515. Coupes de régénération. — Le traitement du pin sylvestre, en ce qui concerne le réensemencement naturel, diffère sous quelques rapports de celui qu’on prescrit pour l’épicéa et le sapin; son jeune plant, comme on le sait, est plus robuste que celui des deux autres, et le couvert des arbres de réserve lui est absolument contraire dès les premières années de son existence. Aussi n'est-il pas nécessaire que la coupe d’ensemencement soit sombre, et l’on peut sans inconvénient écarter les arbres de manière que leurs branchessoient distantes les unes des autres de 5 à 6 mètres 1.

Cependant, en espaçant ainsiles réserves, on pourrait craindre les dégâts des vents, ou l’envahissement des herbes ou des plantes nuisibles. Le premier inconvénient existe beaucoup moins pour le pin sylvestre que pour l’épicéa et mème pour le sa-

Lors donc qu'on se décidera pour une révolution de 120 ans et au-dessus, on devra non-seulement conserver soigneusement tous les bois feuillus qui lèvent naturellement sous les pins, mais on pourra même recourir avec avantage à l’expédient qui a été indiqué pour le chêne (voir la note page 250), c’est-à-dire, introduire, vers le milieu de la révolution, une essence subsidiaire destinée à protéger et à améliorer le sol. Parmi les bois feuillus, le charme , le hêtre; parmi les résineux, le sapin, seront très propres à remplir ce rôle. Ce dernier surtout, placé en second étage, donne à la végétation du pin un essor magnifique.

: En faisant le choix des arbres de réserve, il ne faut pas préférer les pieds élancés et très élevés ; il vaut mieux conserver

pin, attendu que le pin sylvestre pivote et s’enracine plus fortement. Néanmoins, dans les parties très exposées au vent, etoù l’expérience a appris que cet arbre lui résiste difficilement, on fera bien de laisser plus de réserves. Le second inconvénient est fréquent dans les pineraies et, dans certains terrains, à peu près inévitable. Il peut être atténué cependant en ne faisant de coupes d’ensemencement que quand on sera assuré d’une prochaine et abondante fructification, ce qui, dans les pins, est assez fréquent, et peut être prévu dix-huit mois à l’avance. De plus, dans l'automne ou l'hiver qui précèdera la dissémination de la graine, on fera l’extraction des souches et l’on donnera au terrain une culture par rayons ou sillons étroits, au fond desquels les semences viendront s'arrêter et trouveront une terre meuble et fraiche, favorable à leur germination et à la réussite du jeune plant.

Dans la plupart des cas, ces travaux ne seront pas onéreux, car les souches du pin, par la résine qu’on en extrait, sont plus lucratives que celles des autres bois.

Après la coupe d’ensemencement, dès que le re-

ceux de hauteur moyenne, qui sont branchus, ordinairement plus fertiles en semences, et qui d’ailleurs résistent mieux aux vents. Dans l’état actuel de nos forêts de pin, ce choix peut avoir lieu; mais, plus tard, lorsqu'elles auront été traitées régulièrement, on ne trouvera plus, que sur les lisières, des arbres peu élevés et chargés de branches.

DES FUTAIES. nr:

peuplement est complet, et que les jeunes plants ont atteint à peu près la hauteur de 16 à 24 centimètres, il faut procéder à la coupe définitive. On conçoit facilement que la nature vigoureuse du jeune plant rende inutile la coupe secondaire, et qu'il faille se hâter surtout de le débarrasser du couvert qui lui est tout à fait contraire.

516. Malgré les précautions prises pour régénérer le pin sylvestre par la voie naturelle, on est forcé de reconnaitre qu'il est.extrèmement rare de rencon- trer des repeuplements complets et bienvenants dans les forêts de cette essence. Aussi beaucoup de bons forestiers sont-1ls d’avis de renoncer aux coupes d’ensemencement dans les pineraies, de couper à blanc éloc et de recourir aux semis artificiels qui réussissent facilement et très bien. À considérer la généralité des faits, cette opinion est fondée, il faut le dire. Que la réserve de la coupe d’ensemencement soit nombreuse ou non, que l’on hâte la coupe définitive ou qu'on la retarde, on voit fréquemment les réensemencements naturels les plus complets et les mieux venants péricliter au bout de quelques années, s’amoindrir et même disparaître par places au point de donner accès aux morts-bois et aux bois blancs. La cause du phénomène est assez difficile à indiquer. Certains auteurs l’attribuent à quelques insectes tels que le ver du hanneton, le pissode noté et l’hylobe, qui attaquent, les uns les tiges, les autres les racines des jeunes pins. M. de Berg pense, avec

raison, selon nous, qu'il faut la chercher le plus souvent dans la position superficielle des racines des vieux pins, dont le chevelu très abondant garnit et pénètre le sol en tous sens.

En admettant cette opinion, on doit en conclure que les repeuplements naturels n’auront chance de réussir que dans les terrains assez riches et assez profonds pour que le pin, en avançant en âge, y enfonce ses racines plus bas que la couche dans laquelle les jeunes plants étendent les leurs pendant les premières années. Mais on sait que les pineraies occupent en général les sols les moins fertiles ; on s’explique donc aisément comment il est si rare d'y rencontrer des repeuplements naturels bien venants et complets.

N'était la considération importante de la dépense qu'occasionne le repeuplement artificiel par l'achat de la graine qui est assez chère, et par les frais de labour; n’était, de plus, la chance que l’on court de ne pas obtenir toujours de bonnes graines quand on est obligé de se les procurer par le commerce, on serait conduit, d’après ce que nous venons de dire, à poser en principe que la régénération du pin sylvestre doit s’opérer par coupes à blanc étoc suivies immédiatement de semis artificiels, et que les coupes d’ensemencement ne doivent être pratiquées qu’exceptionnellement, dans les terrains en pente, par exemple. En un mot, à nos yeux, la raison culturale conseille le premier mode, mais la raison financière

pourrait, dans certains cas, justifier le second 1.

517. Coupes d'amélioration. Les pins sont, plus que les deux précédents conifères, exposés à se ployer -ou à se rompre sous le poids de la neige et du givre, à cause de leurs branches plus étalées et de leurs feuilles plus longues ?; il semblerait donc, au premier abord, qu'on ne devrait y pratiquer que l’éclaircie faible. Mais cette essence, dès qu’elle passe à l'état de gaulis, supporte mal le massif serré. Les branches qui s’entrelacent perdent leurs feuilles et ne tardent pas à périr ; la tête des arbres, au lieu de se développer circulairement, devient grêle, étriquée; et quand cet état de souffrance se prolonge, les cimes,en général, se déforment, les tiges elles-mêmes contractent des maladies et le peuplement tout entier devient parfois incapable d'atteindre un âge avancé et de belles dimensions. — Pour prévenir ce dernier et grave inconvénient, sans cependant exposer la jeune pineraie à être brisée par la neige, le moyen le plus sûr, dont l'efficacité est aujourd'hui démontrée par l'expérience, consiste : 1° à entreprendre la première éclaircie (contrairement à la théorie générale), lorsque le bois est encore à l’état de fourré, au moment où les branches les plus inférieures commencent à sécher; 2° à faire cette éclaircie forte. À la vé-

‘ Voir l’appendice.

? Cela peut tenir aussi à ce que la neige tombe en flocons plus gros et plus lourds dans les climats habités par le pin sylvestre.

rité, 1] pourra arriver ainsi que la production de terreau, si abondante surtout dans la première jeunesse des pineraies, se trouve entravée où au moins diminuée. Mais cet inconvénient ne sera que momen-. tané, attendu que les brins restants, ayant plus d’espace pour étendre leurs branches, ne tarderont pas à rendre au sol un épais couvert, tandis que, d’un autre côté, ils se formeront une tête bien conique, propre à assurer leur bonne croissance ultérieure ; en même temps, leur tige deviendra plus trapue et assez forte pour résister au poids de la neige.

Les éclaircies suivantes devront être plus rapprochées que dans les sapins et les épicéas, ce qui, sans doute, rendra chacune d’elles moins productive ; mais, prises ensemble, elles le seront davantage et exerceront, sur la végétation des tiges destinées à croître jusqu'à la fin de la révolution, l'influence salutaire qui est le but principal de ce genre d’opération.

ARTICLE XV

Exploitation d’une futaie de pin à crochets .

518. Les forêts de pin à crochets qui se trouvent dans les Alpes françaises n’ont pas été soumises, jusqu'ici, à une exploitation régulière et raisonnée.

! Cet article est tiré, en grande partie, d’un mémoire de M. du Guiny sur les futaies résineuses des Hautes-Alpes.

Ainsi que nous l'avons dit ailleurs (page 135), ce n’est que depuis peu d'années qu'elles ont été l’objet de quelques études Imtelligentes qui nous ont mis à même d'apprécier cette essence. On n’a donc pas, sur les particularités du mode de traitement à leur appliquer, de renseignements bien certains et qui soient le fruit d’une longue expérience. — Voici, toutefois, ce que l’exploration attentive des lieux, jointe aux notions acquises sur les propriétés et les exigences de l'arbre, permet d'établir à cet égard.

519. Exploitabilité. L’extrème lenteur de la végétation et les retards qu'éprouve généralement le réensemencement naturel dans les hautes régions habitées par le pin à crochets, exigent qu’il ne soit exploité qu'à un âge avancé, surtout s’il était reconnu qu'il est propre à la mâture. En vue de cette dernière éventualité, les révolutions qu'il semblerait convenable de lui appliquer seraient, selon l'altitude à laquelle se trouve la forêt, les suivantes :

de 1500 à 1800" — 160 à 180 ans, de 1800 à 3000" — 200 ans.

520. Coupes de régénération. L’abondance de la graine du pin à crochets dans les années où elle réussit, et sa légèreté, ainsi que le tempérament robuste du jeune plant, permettront de tenir assez espacées les réserves de la coupe d’ensemencement, qu'on devra d’ailleurs choisir parmi les pieds les plus vivaces et les mieux enracinés. Toutefois, dans

les parties exposées aux ouragans, il est à conseiller de les disposer par petits groupes ou bouquets, qui auront plus de chances de résister à l'effort du vent que des arbres isolés.

La coupe secondaire pourra se faire en une seule fois ; elle sera suivie de près par la coupe définitive.

Afin de diminuer les retards de la régénération naturelle, 1l sera bon, partout où l’on n'aura pas à redouter les coulées de neige etl’éboulement desterres, de procéder à l'extraction des souches et même au dégazonnement partiel du sol, d’après le mode que nous avons indiqué plus haut [492 et 495].

Aux enseignements qui précèdent, il est nécessaire d'ajouter quelques recommandations particulières relatives, surtout, à l'assiette des coupes dans les localités exceptionnelles où croît le pin à crochets.

1° La 4° règle d’assiette [434] ne pouvant que rarement être appliquée dans ces hautes montagnes, faute de voies de vidange qui permettent d’éviter les inconvénients que signale la 2° règle [431], il est d'autant plus important d'établir, dans la partie supérieure de presque tous les massifs situés en pente rapide, un rideau tel qu’il est prescrit dans les développements de cette 4° règle, mais beaucoup plus profond (150 à 200%), attendu l'extrème violence des coups de vent.

De plus, la prudence exige, dans un grand nombre de cas, que l’on mette en réserve la lisière inférieure des forêts qui dominent les villages et les cul-

tures, afin de garantir les unes et les autres contre les avalanches et contre les effets du ravinement des pentes.

2° Eu égard aux dangers qui viennent d’être signalés, il sera essentiel de ne point asseoir les coupes d’ensemencement d’un seul tenant, mais bien par coupons séparés, et d'assurer ensuite le prompt repeuplement de ces différents coupons. — Cette manière d'opérer entraînera incontestablement quelques-uns des inconvénients reprochés au mode d’exploitation appelé jardinage [438]. Toutefois, ces inconvénients seront très atténués si l'assiette des coupons, au lieu d’être abandonnée au hasard, est soumise à un certain ordre. Dès lors, les repeuplements, tout en différant d'âge, par places, ne se gêneront pas trop entre eux, et, considérés dans leur ensemble, les divers cantons composant la forêt présenteront encore une succession assez régulièrement graduée. Or, il est permis de penser que, dans les hautes régions qu'habite le pin à crochets, 1lserait difficile, sinon impossible, d’atteindre un résultat plus satisfaisant. |

521. Coupes d'amélioration. — L’essence qui nous occupe croît, ainsi que nous l’avons dit, avec une extrème lenteur, particulièrement dans sa jeunesse, et se maintient en massif très serré. Cette double circonstance doit faire différer le commencement des éclaircies au moins jusqu’à l’âge de 40 ans; de plus, ces opérations devront être très faibles

1467], afin que le massif continue sûrement à résister aux avalanches et aux éboulements, et qu'il procure au sol une couche abondante de terreau qui, souvent, forme la seule richesse de ce sol.

En raison, précisément, de ces éclaircies toujours faibles, leur périodicité semble pouvoir être fixée à

Lors de la dernière, seulement, il sera bon de desserrer le massif plus que dans les précédentes, afin d'amener, par avance, du semis naturel et d'assurer ainsi la prompte réussite des coupes de régénération. — Le tempérament du jeune plant qui résiste lontemps sous le couvert [306] jus-

15 ou 20 ans.

üfie cette recommandation.

ARTICLE. XNI:

Exploitation d'une futaie de pin maritime.

522. Exploitabilité. — Pour savoir positivement ce que cet arbre peut devenir sous le rapport de son accroissement, et à quelle époque il conviendrait de fixer son exploitabilité, il faudrait le cultiver sans tourmenter sa vegétation [319]. En attendant les lumières de l'expérience, on ne peut Juger que par analogie.

Il'est assez ordinaire que les arbres qui ont une végétation très rapide dans leur jeunesse, atteignent plus tôt que les autres leur maximum d’accroissement. Le pin maritime devrait être particulièrement dans ce cas. Cependant, dans les départements méri-

DES FUTAIES. 289 dionaux où 1l trouve le climat qui le fait prospérer, il paraît hors de doute que la période ascendante de son accroissement est assez longue, et, dès lors, on fera bien de retarder son exploitation jusqu’à 100 ou même 120 ans, suivant la nature du sol, afin que le bois puisse acquérir la solidité convenable pour les constructions et les autres emplois auxquels il il est propre.

Bien entendu qu’en adoptant cette exploitabilité, il faut se garder de permettre le gemmage.

523. Coupes de régénération. — Le pin marilime n’ayant point encore été soumis à un traitement régulier, on pourrait être incertain sur le mode à suivre; mais la nature de ses graines, le tempérament de son jeune plant et la disposition de ses racines doivent faire conclure que cet arbre peut être exploité de mème que le pin sylvestre. Ainsi, dans la coupe d’ensemencement, on pourra d'autant plus espacer les réserves, que le pin maritime résiste encore mieux aux Coups de vent. Sa semence, à la vérité, est un peu plus grosse et un peu plus lourde que celle du pin sylvestre, mais la membrane qui lui sert d’aile est d'autant plus grande, ce qui doit favoriser sa dissémination au loin. La coupe secondaire deviendra inutileen raison du tempérament robuste du jeune plant; et l'extrême rapidité avec laquelle il végète fait penser que la coupe définitive devra succéder à celle d’ensemencement le plus tôt possible, c’est-à-dire, dans l’année qui suivra la naissance du

repeuplement ou au plus tard deux années après.

524. Coupes d'amélioration. — Ce que nous avons dit à cet égard du pin sylvestre [517] s’'applique aussi au pin maritime. La rapidité de sa croissance devra nécessairement faire avancer la première éclaircie etabréger la périodicité des éclaircies suivantes.

525. Les règles d'exploitation que nous venons d'exposer ne s'appliquent qu’aux forêts de pin marilime qui ne doivent pas être soumises au gemmage. Lorsqu'on se propose au contraire de gemmer, elles doivent se modifier: d'une part, ce procédé ralentit la croissance et abrège la vie de l'arbre ; de l’autre, ce n’est plus le bois, mais bien la résine qui devient le produit principal de la forêt. La première circonstance emporte avec elle des révolutions de plus courte durée, la seconde exige un mode particulier d’éclaircies très rapprochées que nous allons décrire, tel qu'il se pratique dans le midi de la France.

L'intérêt du propriétaire étant évidemment de hâter l'époque à laquelle il pourra commencer le gemmage, 1l importe de favoriser le développement des branches et le grossissement des tiges le plus possible. A cet effet, on éclaircit les jeunes bois pour la première fois à l’âge de 7 ans, et ensuite de 6 en 6 années, jusqu'à 25 ans, époque à laquelle ils ont ordinairement atteint la grosseur convenable. Dans ces opérations, on amène par degrés l’espacement

des pins entre eux : les deux premières doivent conserver encore le massif, quoique clair, afin d'activer la croissance en hauteur, mais, dès la troisième, on réduit le nombre des tiges à 700 ou 800 par hectare, et, à la quatrième, on n’en laisse plus subsister que 500; enfin, 5 ans plus tard, c’est-à-dire, à 30 ans, on réduit ce dernier nombre à 400. Les 100 arbres destinés à tomber, dans la cinquième éclaircie, sont désignés dès la quatrième et gemmés à mort [319]; les autres le sont à vie à partir de la même époque.

Ces 400 pins restent ensuite sur pied de 30 à 60 ans et sont soumis au gemmage de 5 en 5 années. À 60 ans, on marque de nouveau 100 arbres pour être gemmés à mort, puis abattus, et les 300 pieds restants demeurent debout jusqu’à la coupe finale qui a lieu tantôt à 70 ou 80 ans, tantôt seulement à 100 ans, selon l’état des bois et la qualité du sol.

526. Nous avons indiqué plus haut comment les coupes de régénération devraient être pratiquées si l’on se proposait d'y recourir; mais il est à croire que généralement on emploiera plutôt la coupe à blanc étoc suivie du semis arlificiel. En effet, dans

! Dans l’ouest et le centre de la France, où le pin maritime occupe aujourd’hui de vastes étendues, au grand avantage des propriétaires et des populations, sa végétation est beaucoup moins belle et sa durée moindre que dans le midi. Il en résulte la nécessité de le couper au plus tard à 60 ans, et par conséquent de le gemmer moins longtemps.

l’un comme dans l’autre système, un labour devient indispensable, car, par suite du grand espacement donné aux pins, le terrain ne peut manquer d’être couvert de toutes sortes d’arbustes et de plantes nuisibles; d’un autre côté, la graine du pin maritime coûte peu à récolter et à extraire, elle est presque toujours de très bonne qualité, et les semis qu’on en fait réussissent parfaitement; tout se réunit donc pour faire donner la préférence à la voie artificielle.

ARTICLE XVII

Exploitation d'une futaie de pin Laricio.

927. Le laricio, comme le pin maritime, atteint assez vite son maximum d’accroissement. Ainsi, à l’âge de 80 à 100 ans, il a déjà d'assez fortes dimensions ; Mais, pour qu'il devienne propre à la construction et aux différents emplois qui exigent des bois de qualité supérieure, il est essentiel de le laisser vieillir bien davantage. L'âge de 160 ans pourrait être fixé pour son exploitation, et l’on fera bien de reculer ce terme jusqu’à 200 ans au moins, sur les hautes montagnes.

Le laricio a tant d’analogie avec le pin sylvestre, qu'on peut affirmer que le même traitement lui convient, tant pour les coupes de régénération que pour celles d'amélioration.

ARTICLE XVIII

Exploitation d’une futaie de pin noir.

928. Les auteurs forestiers qui ont écrit surcette essence s'accordent tous pour assimiler le traitement à lui appliquer à celui du pin sylvestre. La 8*édition de la Culture des bois de Cotta, publiée en 1856, contient, à ce sujet, les renseignements suivants :

Pour que le pin noir atteigne les dimensions et les qualités qu'il est susceptible d'acquérir, il convient de le soumettre à une révolution de 120 à 150 ans, suivant qu'il occupe des régions plus ou moins élevées. — Dans la première jeunesse, 1l supporte, un peu mieux que le pin sylvestre, le couvert des grands arbres [515], mais, dès qu'il parvient à l’âge moyen, il ne se maintient pas plus que lui en massif serré, ce qui entraîne la plupart du temps le gazonnement du sol et l'invasion de divers arbustes et morts-bois. — Les coupes de régénération doivent se faire dans les forêts de pin noir comme dans celles de pin sylvestre ; 60 à 80 réserves suffiront, par hectare, pour composer la coupe d’ensemencement. — L'essouchement des morts-bois et une culture par sillons donnée au sol, seront en général très utiles pour assurer la prompte réussite du semis naturel.

Les coupes d'amélioration, dont l'ouvrage cité ne

parle pas, pourront probablement être effectuées

d’après les règles que nous avons données plus haut [b17] pour les forèts de pin sylvestre.

ARTICLE XIX

Exploitation d’une futaie de pin d'Alep.

529. Le pin d'Alep, de mème que le pin maritime, atteint son plus fort accroissement dès l’âge de 60 à 70 ans ; mais, comme il est employé aux constructions, on doit croire qu'il serait préférable de le laisser arriver au moins à l’âge de 80 ans, afin que son bois pût acquérir plus de solidité.

Pour pouvoir donner des règles sur le mode d’exploitation qui lui convient, 1l faudrait que cet arbre eût été étudié en forêt, dans le climat qui lui est propre. On sait cependant qu'il n’est pas fortement enraciné, et, selon toute probabilité, son jeune plant, sous le soleil brûlant des contrées où 1lvégète, se trouverait bien de quelque abri dans les premières années.

ARTICLE XX

Exploitation du pin pinier, du pin cembro,et du pin du lord Weymouth.

530. Le pin pinier, en France du moins, n’est encore culüivé que comme fruitier. En attendant que la sylviculture s’en occupe à d’autres points de vue, ce qui est fort à désirer, il n’y a pas lieu de rechercher les particularités du mode d’ex-

ploitation qui. un jour, pourra lui être applicable.

9531. Quant au cembro dont il n'existe, dans notre pays, qu’une seule forêt, de faible étendue, à l'état pur [456], on pourrait presque émettre la même opinion. Toutefois, cette essence se trouve, dans les Alpes, fréquemment mélangée au mélèze, au pin à crochets et à l’épicéa, et son importance, surtout au point de vue des services qu’elle est appelée à rendre pour le reboisement des hautes sommités, est assez grande pour qu'on s'attache, non seulement à la conserver là où elle existe, mais encore à la propager autant que possible. On y parviendra en réservant les pieds de cembro partout où ils se rencontreront, dans les coupes d’ensemencement aussi bien que dans les éclaircies, et en donnant aux jeunes plants tous les soins et toute l’attention qu'ils réclament pour réussir. — D’après des observations, faites tant en Suisse que dans les Alpes françaises, il paraîtrait que le traitement indiqué plus haut pour les forêts d’épicéa [510 et 512] serait celui qui conviendrait le mieux au cembro.

Non seulement les hommes, pour le commerce qu'ils en font, détournent une grande partie des graines de cembro de leur destination naturelle, mais les casse-noix (nucifraga caryocatactes) qui, à l'arrière saison, passent en troupes considérables sur les Alpes, les recherchent, dit-on, avidement et en consomment de fortes quantités !. Il semble donc

: M. Broilliard.

tout à fait à propos de ne point abandonner entièrement à la nature la propagation de cet arbre utile, mais bien de la favoriser artificiellement, par des semis et des repiquements dont il sera question dans le VI livre de ce cours.

532. Le pin du Lord Weymouth n’est point encore un arbre des forêts d'Europe, quoique très suscepüble de le devenir. À la vérité, il en existe des essais sur différents points ; mais ils sont généralement faits sur une trop petite échelle, et trop récents d’ailleurs, pour qu'on puisse en déduire des règles d'exploitation. Toutefois, on connait la légèreté de sa semence, le tempérament assez robuste du jeune plant, la nature pivotante de la racine, etla croissance rapide de l'arbre ; on pourrait donc, si l’occasion s'en présentait, lui faire aisément l'application de la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies.

ARTICLE XXI

Exploitation d'une futaie de mélèze.

533. Les règles données plus haut (article XV du présent chap.) sur l'exploitation des forêts de pin à crochets sont entièrement applicables à celles de mélèze, croissant dans les mêmes régions. On sait d’ailleurs que ces deux essences sont très souvent associées et il est d'observation constante, tant dans les hautes montagnes que dansles situations mo-

yennes où il a été introduit artificiellement, que le mélèze s’accommode parfaitement du mélange avec d’autres arbres, résineux ou feuillus, et que cet état favorise à la fois son accroissement et la régularité de forme de sa tige. Il y a donc lieu de maintenir ledit état partout où 1l se présente naturellement et même de chercher à le créer, lorsqu'on en a les moyens.

Il est presque inutile de faire remarquer que, selon les essences avec lesquelles le mélèze se trouvera mélangé et selon le degré de ce mélange, il pourra être à propos de modifier larévolution etle traitement, surlesquels influerontnécessairementaussi,dans une certaine mesure, la qualité du sol et le climat local.

ARTICLE XXII

Exploitation du cèdre du Liban.

534. Il serait superflu de parler de l’exploitabilité et du mode d'exploitation d’un arbre à peine connu, et qui, en France, n'existe encore que dans les plantations d'agrément. Ce sont, sans doute, les soins à donner aux jeunes plants [387] qui, jusqu'à présent, ont mis obstacle à ce que le cèdre prit place dans nos forêts. Mais, si les plantations en grand présentent beaucoup de difficultés, les forestiers peuvent se borner à quelques essais dans des situations différentes. Ils prépareront ainsi à leurs successeurs le moyen de juger cet arbre remarquable, sur lequel l'opinion est encore incertaine.

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