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MÉTHODE DU TAILLIS SIMPLE

ARTICLE PREMIER

Généralités.

510. Dans la méthode du tallis simple, les rejets et les drageons sont considérés comme le produit principal. On évite avec soin tout ce qui peut nuire à leur accroissement et, à cet effet, on n’établit que peu et souvent même point de réserves dans les coupes. Lorsqu'on choisit quelques baliveaux, ce n’est que dans le but de procurer un peu d’ombrage aux expositions chaudes et d'obtenir les semences nécessaires pour régénérer le taillis. Ces baliveaux ne doivent jamais devenir des arbres anciens, et leur nombre doit être réglé de manière qu'en aucun cas ils ne recouvrent au delà du vingtième au seixième de la surface totale.

Toutefois, dans les forêts de l'État, il sera souvent convenable de faire une exception à cette règle, afin de procurer des courbes et des courbants pour la marine. Lorsque le sol et l’essence le permettront, on pourra, sur les lisières des bois et sur les bords des routes, élever des arbres bordiers destinés à atteindre un âge avancé.

571. Les taillis ne peuvent avoir de durée indéfinie que si les souches, que l’âge ou une maladie fait périr, sont remplacées par de nouveaux pieds. Or, il est certain que ces souches ne vivent point aussi longtemps que l'arbre dont on n'aurait pas entravé la croissance naturelle; car les exploitations répétées fatiguent et altèrent les racines 1.

! Voici l'explication physiologique de ce fait :

La relation intime ou l'équilibre qui existe entre les organes aériens (branches) et les organes souterrains (racines) détermine, comme on le sait, la vie végétale.

Les racines, en pompant la séve ascendante, produisent le développement des feuilles, et celles-ci, à leur tour, par le travail qu’elles accomplissent dans l'atmosphère , fournissent la sève descendante qui assure l'extension des racines.

Or, quand on coupe la cépée d’une souche, on détruit évidemment cet équilibre. A la vérité, de nouveaux rejets apparaissent, mais ils sont minimes, comparés aux tiges qu'ils remplacent, et ne peuvent envoyer, par conséquent, qu’une nourriture tout à fait insuffisante aux racines dont une partie par suite, ne fonctionne plus, et ne tarde pas à pourrir.

Cependant, les racines étant diminuées, et les rejets s’accroissant chaque année, l'équilibre se rétablit au bout d'un certain

Pour que l'existence des taillis soit assurée, il faut donc qu'il s’y opère une régénération graduelle, soit par des graines provenant des arbres réservés, soit par des drageons, ou par des rejets qui, nés très près de terre, s’enracinent et forment des pieds indépendants, alors que le centre de la souche pourrit, soit enfin par des semis artificiels ou par des plantations. En général, on doit admettre que plus une essence à de propension à drageonner, mieux elle convient au régime du taillis.

ARTICLE II

Essences propres aux taillis.

572. Tous les arbres feuillus peuvent être traités en taillis." Le hêtre est le seul auquel ce régime semble ne point convenir. On a observé que si, dans quelques régions, les souches produisent des rejets, cette faculté leur est enlevée dès la seconde, ou au plus tard à la troisième révolution, à moins qu’on ne

temps. Mais bientôt une nouvelle exploitation survient, les mêmes phénomènes se reproduisent, et la souche, troublée périodiquement ainsi dans ses fonctions, finit par contracter des tares, la pourriture se loge dans celles de ses parties où la séve cesse de pénétrer, sa vitalité s’altère de plus en plus et s'éteint, en définitive, bien plus tôt que cela ne fût arrivé si l'arbre eut obéi, dans son développement , aux lois naturelles de la végétation.

coupe au-dessus du nœud de lexploitation précédente; et, dans d’autres régions, on a reconnu que les souches ne repoussent pas, mème dans l’âge le plus tendre.

Parmi les arbrisseaux, il en est quelques-uns qui méritent l'attention du forestier, quoique à un moindre degré que les arbres, ce sont:

Le coudrier, les petits saules, le merisier à grappes, le cornouiller mäle, les viornes, etc.

Les taillis, ordinairement, se composent d’un mélange de diverses essences. L'art du forestier consiste à favoriser les plus importantes, à assurer leur durée, leur bonne croissance et à en obtenir les pro-

duits les plus utiles.

ARTICLE IIT.

Fixation de l’exploitabilité dans les taillis.

573. L'expérience a prouvé que, pour fournir d’abondants rejets, 1l ne faut pas que les bois soient coupés à un âge trop avancé. Toutes les essences, en général, sont moins disposées à ce genre de reproduction, lorsqu'elles ont dépassé la période où elles croissent surtout en hauteur, pour entrer plus parüculièrement dans celle du grossissement, et il en est même qui alors’s’y refusent". D'un autre côté,

‘ Ce refus tient à la fois à la dureté de l’écorce et aux causes qui viennent d'être indiquées plus haut (Note de la page 340).

il est incontestable qu’en coupant à des époques trop rapprochées , on affaiblit les souches t et on diminue considérablement les produits en matière [#06].

D'après les observations des meilleurs forestiers, ilest convenable de ne pas prolonger les révolutions de nos principales essences au delà de 40 ans, et de ne les fixer qu’exceptionnellement au-dessous de 15 ans. C’est entre ces deux limites qu'il convient généralement de renfermer la fixation de l’exploitabilté des taillis simples, afin d'assurer le mieux possible leur reproduction.

Pour les forêts de l'État et des communes, l’exploitabilité absolue, renfermée dans les limites que nous venons de poser, devra, la plupart du temps, ètre préférée. Elle dépend, comme on le sait, des circonstances plus ou moins favorables à la végétation, c'est-à-dire du climat, de la situation, de l'exposition et du sol. Ainsi, tandis que, dans les meilleures conditions, on pourrait n’exploiter le chêne qu'à 40 ans, on devra le couper dès l’âge de 20 ans, et même plus tôt, lorsque ces conditions seront défavorables. [l convient, au surplus, de ne fixer la durée de la révolution qu'après s'être assuré, par quelques observations, de l’âge au delà duquel les essences, dans une localité donnée, ne repoussent plus de souche ou repoussent mal.

! Voir la même note, page 340.

574. Lorsqu'on a adopté l'eæploitabilité absolue, ainsi entendue, pour déterminer la révolution des taillis, les données suivantes pourront être considérées, sinon comme règles, du moins à titre d’mdications utiles.

Dans un bon fonds, le chêne, le hêtre. l’orme, le frêne, les grands érables et le charme pourront s’exploiter de 30 à 40 ans. Les révolutions plus longues ne sont que des exceptions rares.

La révolution de 20 à 25 ans conviendra aux mêmes essences, quand les conditions seront moins favorables, et elle pourra être considérée comme le plus long terme pour l’aune, le tilleul, le bouleau, le petit érable, les alisiers, les sorbiers, le merisier, et le micocoulier, à raison surtout des usages auxquels ces essences sont propres.

Toutes ces essences pourront mème s’exploiter de 15 à 20 ans, dans certains cas. Cet âge devra être préféré pour les trembles et les grands saules ainsi que pour le chätaignier qui, par exception, n’est jamais conduit jusqu'à son exploitabilité absolue, parce que, élant employé exclusivement à faire des cereles et des échaias, 1l atteint son maximum d'utilité bien avant celle époque. Le tremble, toutefois, ne se coupe, dans certaines contrées, qu'à 25 ou 30 ans, quand on l’emploie à la menue charpente.

Les révolutions de 5 à 10 ans doivent être réservées pour les petits saules, les coudriers et autres arbrisseaux. Le robinier, cependant, peut s’exploiter

vers 10 ane, parce qu’à cet âge déjà, sa végétation rapide et la dureté précoce de son bois le rendent propre à fournir de bons échalas pour la vigne. Comme cette essence drageonne plus que toute autre, les courtes révolutions présentent moins d’inconvénients !.

ARTICLE IV

Fixation de la possibilité dans les taillis.

575. La possibilité dans les taillis doit être réglée par” contenance [#18]. Cette base, ainsi que nous l'avons dit, est préférable en général à cause de sa simplicité et de la régularité qu’elle imprime à la marche des coupes. Or, cette régularité, c'est surtout dans les bois exploités en taillis qu'on peut la réa-

‘ Les besoins de cercles pour futailles et de petits paisseaux de vigne, ont, dans divers départements, fait soumettre les taillis des essences les plus importantes à des révolutions aussi courtes. Un tel régime est évidemment vicieux. Sans diminuer ainsi la révolution, on peut satisfaire à ces besoins par des éclaircies, possibles à tout âge, qui produiront des bois de quelque petite dimension qu'on les demande. C'est ainsi qu'on délivre, aux adjudicataires de coupes, des milliers de harts, qui servent aux bûcherons pour lier des fagots et aux flotteurs pour rassembler les trains. Ils sont extraits, sans aucun dommage, des taillis de l’âge de 6 ans et au-dessous ; mais ces extractions peuventavoirlieu de même dans des peuplements plus âgés, et fournir aux différents besoins de laconsommation. Les forêts traitées en futaie offrent la même ressource.

liser, parce que, en raison des courtes révolutions auxquelles ces forêts sont soumises, 1l devient plus facile d'y établir une gradation convenable dans l’âge des bois et d’asseoir les coupes de proche en proche.

Différents auteurs ont prescrit de rendre les contenances des coupes, dans les taillis, inversement proportionnelles au bon état du peuplement et à la fertilité du sol. IT est incontestable que cette mesure, bien exécutée, rendrait les produits annuels moins variables; mais, comme on réussit ordinairement à créer un rapport soutenu par les moyens plus simples que nous connaissons [420|, on à généralement accordé peu d’attention à cette idée, et, en France, par-

üculièrement, tous les taillis sont partagés en coupes d’égale contenance.

ARTICLE N

Saison la plus convenable pour la coupe des taillis.

576. Il est généralement à désirer que les taillis ne soient coupés ni en automne ni en hiver, parce que l'intensité du froid, dans cette dernière saison, peut altérer les souches. L'écorce quelquefois même s’en détache, lorsque, gonflée par les pluies, elle éprouve l'effet d’une forte gelée. Dans ce cas, toute production de rejets devient impossible, et on ne peut plus compter que sur celle des drageons.

I ne convient pas non plus de couper les taillis en

temps de séve; les souches s’affaiblissent, dit-on, par l'écoulement trop abondant du suc séveux. Un inconvénient plus réel, c’est la perte de la première et plus forte repousse du taillis qui est due à la séve du printemps, tandis que, par la séve d'été, on n'obtient que des rejets qui sont toujours moms vigoureux et ont plus de peine à se défendre contre les froids de l'hiver.

La coupe en temps de séve ne doit être tolérée que pour les taillis dont l'écorce est indispensable aux tanneries.

577. Les mois de février, mars, et quelquefois le commencement d'avril, sont, dans les cas ordinaires, et dans le climat d’une grande partie de la France, les époques les plus favorables à la coupe des taillis. D’autres époques pourront mieux convenir pour les départements méridionaux où la végétation est très précoce. La température doit endé cider. En règle générale, on évitera de couper avant et pendant les grands froids et au moment de la séve.

Quelques parties du Midi de la France et celles qui sont voisines de l'Océan, n’ont guère à craindre les fortes gelées d'hiver; dans ces régions 1l sera préférable de commencer à couper aussitôt après la chute des feuilles, et, pour les chènes à feuilles persistantes, aussitôt que le mouvement de la deuxième séve sera arrêté.

ARTICLE VI

Mode d’abatage des taillis.

578. On doit procéder à l’abatage des taillis avec des instruments bien tranchants, afin de ne pas faire éclater la souche et l’écorce qui la recouvre. Les perches avant 0", 05 de diamètre et au-dessus doivent être coupées à la hache; pour les brins plus fables, il est préférable d’emplover la serpe, afin d'éviter l’ébranlement et souvent la rupture des racines que le choc de lahache occasionne aisément. On peut même se servir, pour les tiges les plus minces, de la scie, en prenant la précaution de faire la section oblique à l'horizon; pratiquée sur des rejets aussi petits, cette opération n’a aucun inconvénient.

En général, la souche, quelle que soït sa dimension, doit recevoir par l’abatage une forme telle que les eaux pluviales ne puissent y séjourner; de plus, la coupe doit se faire le plus près possible de terre, afin que les rejets, naissant à fleur du sol, soient rapprochés des racines et se trouvent ainsi plus solidement assis pour résister aux intempéries. Cependant, lorsque le taillis provient de souches déjà très vieilles, ou lorsque l'essence est peu disposée à se reproduire par rejets (comme le hêtre, par exemple, et même le charme dans certains terrains froids et humides), on fera bien de couper dans le jeune bois,

immédiatement au-dessus du nœud de la précédente exploitation, parce que les pousses nouvelles seront plus abondantes et se développeront avec plus de facilité que si elles avaient à traverser l'écorce épaisse et dure de la vieille souche 1. Enfin, l’abatage à une certaine hauteur de terre sera convenable dans les sols marécageux ou sujets aux imondations, afin d'éviter que l’eau, pénétrant entre l'écorce et le bois, puis s’y congelant, ne les sépare l’un de l’autre et n’empêche-ainsi les bourgeons de se former.

Quand les essences ont la propriété de drageonner, le moyen à employer, pour assurer la perpétuité du taullis, est très simple. Lorsqu'on s'aperçoit que la faculté reproductive des souches commence à diminuer, on les coupe entre deux terres, c’est-à-dire, au-dessous du collet de la racine. En détruisant ainsi le centre vers lequel se portait la séve, celle-ci agit plus énergiquement sur les racines et donne naissance à une grande quantité de drageons qui remplacent les souches surannées.

ARTICLE VII

Façonnage et vidange dans les taillis.

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