MÉTHODE DU TAILLIS COMPOSÉ OU SOUS FUTAIE
ARTICLE PREMIER
Généralités.
583. La méthode du taillis sous futaie a pour objet caractéristique d'élever, sur les taillis, des arbres propres au service; les rejets ne sont plus alors considérés comme le produit le plus important. On veut ici obtenir, à la fois, les avantages du taillis et une partie de ceux de la futaie, c'est-à-dire régénération prompte et facile, et production de pièces de fortes dimensions. Dans cette vue, on conserve, à chaque coupe du taillis, un certain nombre d'arbres auxquels on laisse parcourir plusieurs révolutions.
584. Toutes les essences propres au tallis simple (les arbrisseaux exceptés) peuvent aussi être
traitées en taillis sous futaie, et les mêmes principes d'exploitation s'appliquent à l’un et à l’autre modes. Toutefois, dans celui du taillis sous futaie, il faut considérer non seulement l’exploitabilité du sousbois, mais aussi celle de la réserve, et donner une attention particulière au choix, au nombre et à la distribution des baliveaux, trois choses qui sont de la plus haute importance. Car, s’il est incontestable que des réserves saines, en nombre modéré et réparties avec intelligence sur le taillis, sont le plus souvent un moyen d'augmenter la quantité et l'utilité des produits en matière, il n’est pas moins vrai aussi qu'un balivage surabondant, fait sans égard aux conditions d’une bonne végétation, amène des résultats opposés. En effet, ilne faut point perdre de vue que le taillis sous futaie réunit deux éléments qui, parleur nature, s’entravent et se contrarient réciproquement : d’une part, les arbres réservés qui deviennent branchus, et s'élèvent peu, parce que chaque exploitation du taillis les isole et provoque leur végétation latérale aux dépens de leur croissance en hauteur ; de l’autre, le sous-bois qui est gêné dans son développement par le couvert des réserves qui le surmontent.
Accorder ces deux éléments qui sont en opposition, en réglant le nombre et la distribution des réserves, de manière que la croissance du taillis soit entravée le moins possible, tel est le problème à résoudre dans l'exploitation du taillis sous futaie.
ARITAC ME: TIe Exploitabilité des taillis sous futaie.
585. L'exploitabilité des sous-bois, dans les taillis sous futaie, doit être réglée d’après les mêmes considérations que celle des tailhs simples, sauf, toutefois, que, comme il s'agit ici d'élever des arbres sur le tuillis, 1l n’est plus possible de soumettre celui-ci à des révolutions de courte durée.
En effet, si l’on exploitait le taillis de 10 à 20 ans, la réserve d'arbres, destinés à atteindre un âge avancé, manquerait en grande partie son but.
D'abord, la plupart de ces arbres, trop grêles pour résister aux intempéries, en seraient inévitablement victimes ; en second lieu, on ne peut espérer atteindre le but que l’on se propose, avec des baliveaux n'ayant que l'élévation ordinaire des taillis de cet âge, c’està-dire, # à 7 mètres. On sait que, d'ordinaire, le fût de l'arbre crû en massif, une fois isolé, ne s’allonge plus, bien que la cime continue à gagner en hauteur; la raison en est, que, dans cet état d'isolement, n'étant plus serré par des voisins qui le forçaient à s'élever, l'arbre conserve et développe ses branches. ILest donc évident que pour obtenir, dans un taillis sous futaie, des arbres ayant la longueur de fût qu'exigent les différentes constructions, il faut, en
général, leur permettre d'acquérir cette longueur avant de passer à l'état de baliveaux.
D'après ces considérations, on fera bien de fixer la révolution des taillis sous futaie de 30 à 40 ans. Dès lors, on pourra faire choix de baliveaux ayant 10 à 14 mètres de hauteur et un diamètre proportionné, et qui, par conséquent, supporteront mieux les injures de l'atmosphère, en même temps qu'ils deviendront propres à leur destination.
586. Plusieurs auteurs allemands, entre autres Pfeil, sont d'avis d'exploiter le sous-bois des taillis sous futaie à courte révolution. Les bois, disent-ils, qui croissent sous le couvert, perdent la faculté de repousser bien plus tôt que ceux qui végètent en plein soleil; d'où il suit que, dans les taillis composés soumis à une exploitabilité reculée, un grand nombre de souches, quoique jeunes, périssent soit immédiatement après l'exploitation, soit quelques années plus tard !.
‘ Voici en effet ce qui se passe dans ce cas: lorsqu'un brin ou: une cépée vient d’être coupé et que la souche fournit des rejets, la végétation, ainsi que nous l'avons fait voir plus haut (note de la page 340), passe par un état transitoire, pendant lequel elle s'efforce de rétablir l'équilibre entre les tiges et les racines. Or, quand les nouveaux rejets croissent sous le couvert, ou des réserves ou des bois blanes, ils languissent, et ne peuvent, faute de lumière, se développer de manière à rétablir promptement l'équilibre en question. Par suite, les racines, imparfaitement nourries par une séve descendante insuffisante, ne parviennent ni à se raviver elles-mêmes, ni à raviver la
Nous reconnaissons la vérité de cette observation, sans cependant adopter le remède proposé, parce qu'il a l'inconvénient très grave aussi, que nous venons de signaler, concernant l’éducation de la réserve. Mais, par contre, il nous paraît d'autant plus indispensable de ne pas négliger les travaux d'entretien (repeuplements artificiels, nettoiements, élagages), dont traite ci-après le chapitre IIT, et sans lesquels les produits des taillis sous futaie ne peuvent que s’amoindrir de révolution en révolution, tant en quantité qu’en qualité. Cet amoindrissement graduel, dont les exemples sont malheureusement trop fréquents en France, suit une marche d’autant plus rapide que le sol et le climat sont moins propices, et parfois même il aboutit à la stérilité.
587. Quant à l’exploitabilité de la réserve, on conçoit qu’elle dépendra d’abord de l'essence et de la qualité du fonds de terre, et surtout du but que le propriétaire se proposera d'atteindre. Ainsi, tandis que, dans un taillis situé en bon fonds, l'Etat et les communes peuvent avoir intérêt à prolonger le maintien de certaines réserves jusqu’au moment où elles auront acquis les dimensions et les qualités qui les rendent propres aux grandes constructions, un parüculier, possédant une forêt placée dans les mêmes
souche ; la pourriture souterraine y continue ses ravages et finit par amener la mort du pied, tantôt dans le cours de la révolution, tantôt, et le plus souvent, à la prochaine exploitation.
DES TAILIIS. 363
conditions de végétation, doit arrêter la vie de ses baliveaux à l’âge au-delà duquel la plus-value qu’ils acquerraient, s’il leur laissait parcourir une nouvelle révolution, cesserait de le dédommager du sacrifice pécuniaire qu’il ferait en ne les exploitant pas. En un mot, les principes de l’exploitabilité relative, de 4" et de 2° sorte [410 et 411}, trouvent ici leur application !. | Le terme extrême de l’exploitabilité étant fixé, pour la réserve, d’après ce principe, 1l devient nécessairement le régulateur du balivage, en ce qui concerne du moins les catégories de baliveaux à établir sur le taillis. Ainsi, s’il s’agit, par exemple, d'élever des arbres ayant un âge quintuple de la révolution du taillis, la réserve comprendra cinq catégories de baliveaux dont le nombre variera d’après diverses considérations qui seront développées plus bas [591!.
ARTICLE III
Choix des baliveaux.
588. Les baliveaux doivent être choisis parmi les pieds les plus vifs et de la plus belle venue. En donnant la préférence aux brins de semences, qui sont
! Voir, pour plus de détails sur cette question, le Cours d'exploitation, de débit et d'estimation des bois, par M. Nanquette, page 29% et suivantes, et les Études d'aménagement de M. Tassy.
généralement mieux venants et plus durables que les rejets, il faut éviter de réserver des baliveaux de l’âge trop grèles, parce qu'ils sont facilement ployés ou rompus par les vents, la neige et le givre.