DEUX MÉTHODES D EXPLOITATION
ARTICLE PREMIER
Exploitation du chêne en taillis.
608. Le chêne, l'arbre le plus intéressant pour la futaie, est en même temps l’un des plus propres à croître en taillis. Sa souche produit des rejets pendant près de deux siècles, lorsque le sol lui est favorable ; elle donne des cépées abondantes et d’une croissance prompte, qui fournissent un bon bois de chauffage, de charbon et d'ouvrage.
L'écorce du chêne, qui est particulièrement recherchée pour les tanneries, est d'autant meilleure
pour cet usage, que le bois est plus jeune et qu'il a crû plus rapidement. Cette circonstance rend les lullis de chêne très précieux et leur donne une valeur qu'aucune autre essence ne peut attendre.
Il importe de remarquer que, sous le double rapport de la faculté de reproduction des souches et de la qualité des écorces, le chêne rouvre est préférable au pédonculé. De plus, son feuillage étant plus abondant, il couvre et améliore mieux le sol que ce dernier.
Si l’on veut traiter le chène en taillis sous futaie, on en obtiendra des bois de travail et de service d’une utilité générale, et particulièrement des courbes de marine, attendu le développement que peuvent prendre, dans ce genre de forêt, les branches des arbres qui composent la réserve.
Le seul inconvénient des tuillis de cette essence, déjà signalé plus haut [597}, est que les brins de semence y réussissent trop rarement. Lors donc que les souches périssent, il devient indispensable de les remplacer au moyen du semis ou de la plantation.
609. Quand il y a lieu d’écorcer les tullis de chêne, îl faut attendre que le bois soit en pleine séve, c'est-à-dire que les bourgeons commencent à s’épanouir, car ce n’est qu'alors qu'on peut procéder à cette opération. Le mieux est d’écorcer les arbres etles perches sur pied, après que tous les menus bois non susceptibles d’écorcement auront été coupés et enlevés.
Les bücherons chargés de l’écorcement doivent
d’abord faire, au pied des arbres et des perches, une entaille circulaire assez profonde pour arriver jusqu'à l’aubier. Ils fendent ensuite l'écorce, longitudinalement et par bandes, avec la pointe d’une serpe ou avec une lame quelconque, et la lèvent avec un outil en fer, en bois dur ou en os, qui a la forme d’une spatule. Cette écorce, qui se détache sans peme lorsque la température est douce et un peu humide, s'arrache depuis la coupure circulaire au bas du tronc, jusqu’au point le plus élevé où le bücheron puisse atteindre. Il arrive souvent que les ouvriers arrachent l'écorce du haut en bas, ce qui rend d’autant plus indispensable la coupure cireulaire au pied des chênes ; cette coupure empêche que la souche el les racines ne soient dépouillées de leur écorce dont l’adhérence complète au bois est, comme on le sait, une condition indispensable de la production des rejets.
Ce premier travail fait, on coupe les chènes à fleur de terre pour en écorcer les parties supérieures qui n'avaient pu être alteintes. On expose pendant quelque temps les écorces au soleil, pour les sécher, puis on les lie en bottes. IT faut se hâter de les mettre à couvert; car si elles étaient exposées à la pluie, elles perdraient de leur qualité.
L'écorcement diminue de quelque chose le volume du bois ; on calcule cette diminution au huitième à peu près. Mais cette perte est largement compensée par la valeur de l’écorce, et il est même arrivé que le
prix de l'écorce d’une coupe à dépassé celui du bois dont elle provenait. La perte la plus réelle est celle de la séve du printemps, qui s'écoule sans résultat et remet à la séve d’été la production de rejets moins robustes alors pour résister aux fortes gelées [576].
La température de la France étant généralement issez douce, cet inconvénient n’est que peu à craindre dans un grand nombre de départements ; et les besoins des tanneries, ainsi que les grands avantages pécuniaires que présente l’écorcement, ne permettent pas d’hésiter à pratiquer cette opération !.
L'expérience prouve d’ailleurs que lécorcement ne compromet pas l'existence des taillis de chêne. Ce qui'est très probable, néanmoins, c’est que les souches des arbres coupés toujours en temps de séve ne sauraient avoir la durée de celles des arbres dont la coupe ne s'effectue, au contraire, qu’en saison convenable.
ARTICLE II
Exploitation du hêtre en taillis.