Il est incontestable que le hêtre n’est pas
‘ L'écorçage à la vapeur, dont M. Maître est l'inventeur, permet d'enlever et d'utiliser l’écorce des chênes abattus en toute saison; son emploi éviterait les inconvénients des procédés actuels, ‘au point de vue de la reproduction des taillis.
DES TAILLIS. 397 disposé à repousser de souche; une écorce trop adhérente au bois et d’un tissu trop serré, semble s'opposer au développement facile des rejets. Quelle que soit au surplus l’organisation particulière de cet arbre, il est de fait qu’en le traitant en taillis, et surtout en le coupant à fleur de terre, on s'expose à voir mourir les souches.
Nous avons dit ailleurs [578] qu'un moyen de soutenir plus longtemps le hêtre en taillis, consiste à couper toujours au-dessus du nœud de l'exploitation précédente, afin que la séve, circulant sous une écorce plus jeune et plus tendre, ait plus de facilité à produire de nouvelles pousses. Mais, outre que ce moyen n’est pas infaillible dans certaines localités !, surtout dans les situations hautes et froides, les souches d’un taillis ainsi exploité présenteraient, au bout de quelques révolutions, des espèces de chi-
Des expériences, qui ne sont pas encore décisives, tendent d’ailleurs à établir que l’on obtiendrait ainsi, à moins de frais, une écorce d’aussi bonne qualité que celle faite au printemps.
‘ De nombreuses observations ont constaté que le hêtre repoussait mieux de souche dans les terrains maigres que dans les bons fonds. Hartig avait cherché à expliquer cette particularité de la manière suivante, sans toutefois prétendre que son explication fût la vraie. « Dans un sol substantiel, dit-il, l’affluence très forte de la séve donne lieu à des bourgeons d’une grande vigueur. Mais l'écorce dure du hêtre, faisant obstacle à ce qu’ils paraissent promptement à la surface extérieure, il arrive qu'ils se crispent et prennent une croissance contournée qui alors ne leur permet plus de percer. Lorsque le sol est médiocre, au contraire, la séve est peu abondante, la
cots qui, s’élevant toujours davantage, finiraient par devenir de petits têtards, sur lesquels les rejets n'auraient plus une assiette assez solide pour résister aux coups de vent ou au poids de la neige et du givre.
611. Hartig, dont l'expérience est d’un grand poids dans toutes les questions forestières, à reconnu l'impossibilité de maintenir les taillis de hêtre, en suivant les règles ordinaires de l'exploitation des taillis; 1l propose, en conséquence ,un mode par- Uüculier dont voici les détails.
Supposant la forêt de hêtre soumise à une révolulon de 30 ans, 1l conseille de réserver ,à la première exploitation, 100 baliveaux par hectare; à la deuxième, lorsque les souches auront 60 ans, 1l veut que l’on réserve, par hectare , 2,000 baliveaux. Trente ans plus tard, les souches ayant 90 ans, on doit interrompre le régime du taillis et exploiter d'après la méthode du réensemencement naturel. Les 100 premières réserves étant âgées de 90 ans, et les 2,000 autres de 60 ans, on peut en espérer la semence nécessaire au repeuplement du terrain. On doit alors effectuer les trois coupes de régénération, dont l'effet sera de créer une jeune forêt qui rem-
végétation moins promple, et les bourgeons trouvent moyen de perforer lentement l'écorce. » Ce qui confirmait Hartig dans son opinion, c'est qu'il avait remarqué que, dans les bons sols, le hêtre repousse mieux lorsqu'il est coupé en temps de séve, c’est-à-dire, lorsque les souches ont perdu une partie de la séve surabondante,
DES TAILLIS. 399 placera les anciennes souches et qui pourra de nouveau être traitée en taillis, sauf à être régénérée comme il vient d’être dit.
Hartig ne fait mention que d’un taillis de hêtre qui n’a jamais été exploité, et qui, à la première coupe, ne présente que des souches de 30 ans. Une pareille forêt se rencontre rarement; 1l est plus ordinaire d’en trouver qui ont déjà été exploitées pendant quelques révolutions et où les souches sont d'âges très différents. Dans ce cas, il faudra donc réserver de suite 2000 perches par hectare. Ce nombre, toutefois, ne doit pas être considéré comme invariable ; il dépend de la grosseur des perches et de la quantité d'arbres antérieurement réservés. Il ne s’agit, en effet, que d'établir un massif convenable, qui puisse produire le repeuplement naturel aussitôt que les perches seront assez âgées pour porter semence.
612. En réfléchissant aux moyens jugés indispensables pour assurer la durée du hêtre en taillis, on est nécessairement amené à conclure que ce mode d'exploitation ne lui convient pas et qu’on lui fait violence en l'y soumettant.
Si l’on examine avec attention les taillis de hêtre, surtout ceux dont les souches sont un peu anciennes, on y trouvera toujours des clairières plus ou moins considérables, causées par la mort d’une partie de ces souches ; si les clairières se remplissent, ce sera par des essences à semences légères, le plus souvent
par les bois blancs, à moins que des repeuplements artificiels n'y mettent obstacle. C’est ainsi que le
hêtre est peu à peu dépossédé du terrain où antérieurement il dominait.
Les moyens proposés par Hartig sont sans doute suffisants pour prévenir un tel résultat; mais 1ls manquent de simplicité et sont peu avantageux, à cause de la suppression presque totale des produits de la deuxième révolution. En effet : couper d’abord afin d'obtenir des rejets ; puis, dès la seconde révolution, laisser sur pied la plus grande partie de ces rejets pour en former des arbres à semence; exploiter ensuite d’après la méthode du réensemencement naturel, et ne reprendre enfin le régime du taillis que lorsque la semence aura créé de nouveau une jeune forêt, tels sont ces moyens. Il suffit de les résumer pour montrer que ce n’est qu'à l’aide d'opérations compliquées et en sacrifiant le rapport soutenu, que l’on parvient à exploiter d’une manière intermittente le hêtre en taillis, tandis qu’on perpétue facilement cette essence par la méthode du réensemencement naturel, méthode dont les règles sont faciles à suivre, et par laquelle on obtient d’ailleurs, dans un temps donné, des produits en matière plus considérables et plus utiles. Toutefois, lorsque les circonslances ne permettront point de traiter les forêts de hêtre en futaie, le mode du taillis composé devra toujours être préféré, comme favorisant davantage la reproduction par la semence.
613. Dans l’ancien Morvan (départements de la Nièvre et de Saône-et-Loire) et dans plusieurs autres contrées de la France, on a adopté, très anciennement, dans les taillis de hêtre, un mode d’exploitation particulier, dont l'efficacité, en ce qui concerne du moins la reproduction des souches, est démontrée par une longue expérience. Ce mode, connu sous le nom de furetage, consiste à n’abattre, de chaque cépée, que les plus grosses perches propres à être converties en bois de corde, et à réserver soigneusement les autres. A la place des perches coupées, naissent de nouveaux rejets qui prospèrent sous le couvert des tiges conservées, jusqu'au moment où celles-ci, ayant atteint la grosseur qui les rend exploitables, sont coupées et remplacées à leur tour. Les souches des taillis furetés présentent ainsi des bois de deux et même de trois âges; jamais elles ne sont entièrement dépouillées, et c'est, à ce qu'il paraît, cette dernière circonstance qui assure leur reproduction jusqu’à un âge très avancé.
Ordinairement ces taillis sont soumis à une révolution de 24 à 30 ans, et, selon que les souches portent des rejets de deux ou de trois âges, les coupes viennent deux ou trois fois en tour d'exploitation dans la même révolution; ainsi, par exemple, un taillis exploité à 30 ans peut être fureté tous les 10 ans, de manière qu'il y ait sur les souches des rejets de 10, de 20 et de 30 ans.
Comme on n'a pas l'habitude de réserver des
baliveaux, et que les perches du taillis sont abattues l'op jeunes pour porter graine, les essences parasites et les plantes nuisibles gagnent peu à peu sur le hêtre. Aussi estal indispensable, pour entretenir ces forèls, de remplacer les souches dépérissantes par des repeuplements artificiels.
il parait qu'un très grand inconvénient de ce mode consiste dans les dégâts considérables que labatage et le façonnage des perches exploitables causent à celles qui, ne l'élant pas encore, doivent rester sur pied. Peul-êlre y aurait-il moyen de remédier au mal, au moins partiellement.
Quoi qu'il en soit, nous pensons, d'après lous les renseignements que nous avons recueillis, que, si le furetage peut se justifier dans les taillis simples de hêtre, en raison de la difficulté d'obtenir une reproduction assurée par la coupe à blanc étoc, ce mode d'exploitation ne présente cependant pas assez d’avantages, et offre trop d’inconvénients, pour qu'on l’applique à d'autres essences.
ARTICLE III
Exploitation du chäâtaignier en taillis.
61%. La souche du chätaugnier a une longue durée, et les cépées qu'elle produit sont bien fournies el d’une croissance vigoureuse et rapide. C’est sur- Lout dans les pavs de vignobles que les taillis de cette
essence sont avantageux, à cause des cercles de futaille et des échalas qu'ils fournissent et qui sont de première qualité.
Les baliveaux sont d'autant moins à conseiller. dans les tullis de châtaignier, que leur couvert est épais et que les rejets supportent difficilement d'être dominés. Les perches de 10 à 15 ans fournissent d'ailleurs déjà des fruits ; les réserves, sous le rapport du repeuplement naturel, ne sont donc pas nécessaires. On peut, toutefois, en conserver sur les lisières du taillis, afin d'obtenir quelques fortes pièces et d'augmenter la récolte des châtaignes.
Dans les anciens départements du Rhin, où ilexiste beaucoup de’taillis de châtaignier, on a l'habitude, après l'exploitation, de cultiver le terrain, entre les souches, pendant un ou deux ans. Ordinairement on y plante des pommes de terre. Outre la récolte que cette opération produit, elle à le grand avanlage d'activer considérablement la végétation des cépées en débarrassant le châtaignier des arbustes el des morts-bois qui, comme on le sait, lui nuisent beaucoup.
ARTICLE LV
Exploitation de l’aune en taillis.