APPLICATION DE LA MÉTHODE
DU
RÉENSEUrENCBMENT NATUREL ET DES ÉCLAIRCIES.
ÀRT1CLB PRIUI8R.
Exploitation du chêne en futaie.
445. ExpLoiTABiLiTÉ. — Dans quelques forêts, les révolutions du chêne ont été portées jusqu^à 250 et même 300 ans. On ne saurait contester la possibilité d^une telle fixation dans un sol profond et substantiel, maïs il est certain qu'en général on ne peut queper* dre à reculer ainsi Fexploitation, et que les cas où de pareils termes doivent être admis, ne peuvent être considérés que comme des exceptions. En général, Texploitabilit^ du chêne doit être fixée à l'époque où les bois ont acquis les dimensions et les qualités les plus convenables à tous les genres de
construction et de travail. Cette époque d^ailleurs coïncide à peu de chose près avec celle de son exploitabilité absolue^ car le chêne est de toutes nos essences forestières, celle dont Paccrolssement moyen se soutient le plus longtemps au même niveau, après être parvenu à son maximum. En lui laissant atteindre Fâge de 160 à 180 ans dans les bons sols, et celui de 120 à 140, dans les terrains de moindre qualité, on obtiendra de cet arbre tout ce que Ton peut en attendre.
446. Coupes de nÉGÈjrÉRATioK. — r-La coupe d'ensepiencement, dans une futaie de chêne, doit être sombre, afin d'assurer le repeuplement complet du terrain, qui ne saurait avoir lieu si les arbres étaient trop espacés, attendu le poids du gland. Cet état sombre a encore pour but d'éviter qu'avant la chute des semences, le terrain se gazonne et se couvre de plantes nuisibles, et de conserver aux glands le lit de feuilles sèches qui les préserve de la gelée et favorise leur germination.
Malgré cette précaution, x^'est chose fort ordinaire de voir, dans les coupes sombres, lé terrain se gazonner au point de devenir impropre à la reprise du gland, lorsqu'il se passe plusieurs années sansg^landée; car les chênes, surtout quand ils ont crû en massif, ne donnent qu'un faible couvert. Dans ce cas, il convient, dès que la glandée a lieu, de faire remuer le terrain, soit à la houe, soit par l'introduction des porcs, afin de le rendre apte à favoriser la germination des semences.
Le jeune plant de chêne ne demandant et ne supportant même que très-peu d'abri , il faut se hâter, une fois rensemencement produit , de procéder à la coupe secondaire. Elle doit se faire dans Phiver qui succède à la glandée, ou, au plus tard, vers la fin de Tannée suivante. Si Ton attendait plusieurs années , on risquerait de voir périr les jeunes chênes sous le* couvert de la coupe sombre.
On doit, par le même motif, ne pas retarder la coupe définitive ; on y procédera^ au plus tard, dans la quatrième année après celle de Fensemencement.
Gomme le chêne est un arbre extrêmement précieux, et qu'il faut, pour certaines constructions, surtout pour les constructions navales, des pièces de très-fortes dimensions, il est à conseiller de faire quelques réserves lors de la coupe définitive (1). En les plaçant, comme nous Pavons dit plus haut, sur les bords des chemins et sur les lisières de la forêt, leurs branches auront plus de latitude pour s'étendre, et pourront ainsi former les courbes recherchées pour la marine. Dans les terrains substantiels et profonds, la longévité de Pessence permettra facilement aux réserves de cette nature de parcourir une seconde révolution.
(1) De 5 à 10 par hectare^ selon Les besoins de la consoni' maiion.
2i6 DE L^BXPLOITATION
Il arrive presque toujours que les chênes réservés et isolés après Texploitation des coupes, se garnissent de menues branches au pied et le long de la lige* La cime, dans ce cas, est moins bien nourrie, et lorsque le fonds de terre n^est pas d^une très-» bonne qualité, cette cime se couronne, ce qui entraine le dépérissement insensible deParbre.
II est essentiel de débarrasser les chênes de ces branches gourmandes, et de renouveler cet émqndage jusqu^à ce que la jeune forêt se soit assez élevée pour entourer Tarbre et empêchei; les productions de sa tige 'et de son pied*
Ces branches, quand on les laisse subsister, nuisent oonsidérablement à la croissance du sous-bois, diminuent la qualité des s^rbres pour la charpente en les rendant noueux (!}, et ralentissent même Facc];oissement des grosses brai;ii,ches, .qui seules peuvent former les courbes en^ployées à la construction des vaisseaux.
447. Coupes D^AVjBUORATioif. — La jeune forêt obtenue par le semis naturel devra être nettoyée des bois blancs et des morts-bois , et éclaircie périodiquement, conformément aux règles générales.
Comme il est très-essentiel que les chênes destinés
(1) Boffon a prouvé, par des expériences, que les bois noueux sont d'un quart plus faibles, que les autres, sous la charge.
DKS 90TAIES. 217
âtix constructions et aux divers ouvrages de fente, acquièrent une tige droite et bien filée, on fera bien, dans les deux première^'éclaircies, de serrer le massif un peu plus qu^à Fordînaire. Cette précaution . sera d'autant plus nécessaire^ que les chênes ont, comme nous venons de le dire, une disposition marquée à se garnir de branches gourmandes le long du tronc, dès (fxe cette partie se trouve frappée trop immédiatement par la lumière. Ce n'est que lorsque les arbres auront atteint à peu près la hauteur dont ib sont susceptibles, qu'il devient utile de les es* pacer davantage» afin de procurer à leur bois, essentiellement employé & la charpente, une texture plus solide.
A la suite de ces éclaîrcies* plus fortes, il arrive fréquemment, attendu le couvert léger du chêne, que le sol se tapisse d'essences étrangères telles que charmes> bouleaux, alisiers, bois blancs, etc%, qui conlînuent> quoique rabougris, à végéter sous la jeun« futaie. Cette végétation traînante n'offre point d'inconvénients ; au contraire. Elle s'oppose à l'enlèvement du lit de f evîUes par les vents > empêche le sol de se durcir et de se gazonner, le maintient frais par eonséquent, et produit par ses propres détritus plus de substance nutritive qu'elle n'en absorbe. Aussi 9 loin de la supprimer, comme on croyait devoir le faire autrefois, faut-il la laisser subsister jusqn att moment d'entreprendre la coupe d'ense* mencement.
2!8 DE L^JtXPLOITATION
▲nncLs if.
Exploitation du hêtre èo folaie.
448. SxFLoiTABiLiTé. — L'époçuc la plus oonvenable pour Pexploif ation d^ane futaie de hêtre tombe entre 80 et 140 ans. Le plus ordinairement) oo choisit Page de 120 ans> à moins que la forêt ne soit située dans un terrain très-riche et dans un climat très-doux. Dans ce cas, les bois acquièrent plus tôt les dimensions utiles, et comme, d'un autre côté, ils sont aussi plus exposés à se carier intérieurement (i)j il est prudent de réduire la rérolutî^n i 100 et même à 90 ans.
Un sol maigre et superficiel qui abrège la TÎe végétative, doit nécessairement au$si faire abréger la révolution.
44^. Coupes de RéGÂNéRATiON* — La coupe d'ensemencement doit présenter une résenre nombreuse, composée des arbres les plus forts et les plus sains. LMtat sombre de cette coupe est doublement néces* saire dans une futaie de hêtre >d'abord & cause de la semence qui, comme le gland, est lourde, et
(4) Les essences les plus eiposées à la carie intérieure, dans les sols substantiels, parsiisseni être celles dont le coutort trèsépais mainiient une grande frakbeur ei faiFerise b^Micotip la formation de l'humus.
DES FUTAIBS. 219
en second lieu^ parce que le jeune plant est trèsdéKcat et a besoia d'être protégé par un couvert épais.
Il ne faudrait pas^ toutefois^ conclure de là que sous un massif complet le repeuplement réussirait* La faine à la Vérité y germerait et les jeunes plants lèTeraieiit, mais pour disparaître dès la 2^ ou la 3* aimée au plus tard^ faulede lumière [420]. Aussi locsque, après la coupe sombre^' la faînée se fait trop longtemps attendre et que le massif s'est reformé par suite du déyeloppement des cimes des réserves^, il devient nécessaire de remédier à cet état de cbçse» par quelques nouvelles extractions d'arbres ^ auxquelles il est bon néanmoins de ne procéder que. dans le printemps de Tannée même où la faîne sera abondante^ ce dont on peut juger aussitôt après la floraison.
La coupe d'ensemencement doit rester intacte jus*, qu'à ce qu'elle soit complètement ensemencée/ et jusqu'à ce que l'on juge que les plants ont acquis un peu de force. Il faut, à cet effet, leur laisser atteindre de 22 à 33 centimètres de hauteur, à peu près ; c'est alors seulement qu'il est temps de procéder à la coupe secondaire. Cette opération doit être faite avec beaucoup de précaution* Dans les sols et wx expositions favorables, elle pourra supprimer à peu près la moitié du couvert ; ms^ si le terrain était sec et l'exposition chaude, il faudrSit n'enlever que très^ pm d'arbres dans une même année, et revenir ainsi
à plusieurs reprises, afin d'habituer insensiblement le jeune hêtre aux influences atmosphériques [428].
Lorsque, à Taide d'une ou de plusieurs coiipe» secondaires, le sous-bois est parvenu à une hauteur moyenne de 50 à 66 centimètres et même jusqu'à un mètre, le moment est arrivé de faire la coupe définitive. En général, il n^est d'aucune utilité, lors de cette coupe, de réserver quelques arbres pour parcourir une secodde révolution, le h^tre n'étant point employé à la charpente, et pouvant à l'âge de 90, 1 00 et 1 30 ans, convenir à tous les usages auxquels il est propre.
4S0. CocPBs d'ahéltoration. — Les nettoiements de bois blancs, ainsi que les éclaircies périodiques, devront s'exécuter entièrement d'après les règles générales données à cet égard, en observant toutefois que le «hêtre supporte, plus que le chêne, de croître en massif serré et qu'un sol riche en humus lui convient particulièrement.
ARTICLE m.
Exploitation cTune futaie mélangée de chêne et de hêtre.
451. Les racines du hêtre sont traçantes, celles du chêne, au contraire, s'enfoncent profondément. Lé premier pompe les §u]^ de k terre plus près de la» surfa€e> le second va les puiser dans le fond dusoK Il en résulte que l'un et l'autre, lorsqu'ils croissent
en mélange, trouvent, sans se gêner réciproquement, une nourriture abondante ; et Pon remarque généralement, dans ces sortes de forêts, un accroissement plus prompt que lorsque le chêne en est Pessence unique. Une autre cause du meilleur accroissement d'un pareil mélange, c^est que le hêtre, par son feuillage épais, conserve au sol plus de fraîcheur, et Penrichit d^une couche plus abondante d^humus que ne ferait le chêne seul. Cette salutaire influence se fait surtout remarquer dans les sols légers, siliceux ou calcaires, médiocrement profonds, et elle devient particulièrement précieuse lorsquMl s^agit d'élever des pièces de chêne de forte dimension (1).
4S2. ExFiiOrrABiLiTÉ. -^ Gomme le chêne est des
(4) La Yssie forêt da Spessart (Bavière Rhénane) offre un exemple remarquable des avantages que présente le mélange dont il s'agit. Située dans un climat assez rude, sur le gré bigarré, elle produit des chênes de la plus belle venue et d'un âge très-avancé, an moyen de la combinaison suivante :
On cherche à établir le mélange par groupe ou bouquets, ainsi qu'il se produit d'ailleurs naturellement la plupart du temps. Les bouquets de hêtre sont soumis à une révolution qui varie de 90 à 150 ans, selon la fertilité des sols, tandis que les bouquets de chêne parcourent une révolution double. Dans ces derniers, sitôt qu'ils atteignent la qualité de demi" futoUy on introduit artificiellement le hêtre, qui croit ain&i, en neeand étage, sous le couvert léger des chênes, et s'y maintient jusqu'à rexploitabilité de ceux-ci et à leur grand avantage.
deux essences la pins précieuse y il convient ^ s'il est dominant OU s'il forme seulement moitié ou les deux cinquièmes du peuplement , d'adopter la révolution qui Jùi est propre , et d'y subordonner celle du hêtre. Celui-ci, comme on le sait , peut sans inconvénient rester sur pied jusqu'à 1 HO et 160 ans, lorsque le sol lui est favorable.
Ce n^est que dans le cas où le mélange du chêne serait très-faible , que l'on fixerait la révolution à 120 ou à 140 ans, sauf à réserver dans les coupes définitives un certain nombre de chênes pour croître jusqu'à la prochaine exploitation.
455. Coupes ds bécexération. — Les règles. données, dans les deux articles précédents, pour espacer la coupe d'ensemencement, devront être suivies} en observant néanmoins , que comme le chêne est l'essence la plus précieuse , il importe , avant tout , d'assurer sa reproduction par une nom1)rense réserve. Par la même raison , on devra se hâter de procéder à la coupe secondaire aussitôt après l'ensemencement , quel que puisse d'ailleurs en être l'inconvénient pour le jeune hêtre. De fait, cet inconvénient est bien souvent moins grand qu'on ne pourrait le craindre , parce qu'en raison du poids des graines, les repeuplements de chaque. essence existent , par taches , autour des arbres qui les ont produits; on trouve donc mojren de donner du jour aux jeunes chênes tout en conservant le couvert aux hêtres. D'un autre côté, les jeunes chênes eux-mêmes
D8S FUTAI£S. 22$
qui, dans les premières années y oiit ordinaire* ment une croissance plus rapide que les Jeunes hêtres y peurent quelquefois offrir à ceux«ci un utile abri«
JLa coupe définitive devra aussi se faire à Tépoque qui paraîtra la plus convenable , pour assurer la bonne végétation du chêne.
Souvent , malgré les précautions avec lesquelles on conduit les coupes de régénération^ il arrive quv le hêtre empiète sur le chêne dans les repeuplements et qu^il s^empare du terrain» Ordinairement cette circonstance se présente à la suite d^une année qui^ dans la localité^ a été favorable à la réussite de la faîne > alors que le gland y a manqué entièrement ou en grande partie ; elle tient encore à ce que les faînées partielles donnent lieu à des semis naturels qui persistent sous le couvert et envahissent ainsi peu à peu le terrain , tandis qu'il n'en est pas de même du chêne qui périt sous la futaie au bout de quelques années [72]. Pour remédier à cet inconvé'* nient^ et rétablir le mélange y il faut recourir à des moyens artificiels. Ces moyens consistent à se procurer, dans d'autres parties de la forêt où les chêneis peuvent avoir été plus fertiles (1) y les glands néces-*
(i) Les arbres places sur les lisières des forêts ou sur le bord des routes, sont plus fertiles que ceux qui ont cru dans rimérieur des massifs.
saires pour repiquar les petites places non garnies^ et à en répandre y en général, dans tonte la coupe. Si cette opération ne pouvait se faire Pannée même de la faînée, à cause d^un manque absolu de glands, elle pourrait se remettre à Tannée suivante ; mais s'il fallait laisser passer ainsi plusieurs années , on ferait mieux alors de se procurer de jeunes chênes de 3 à 4 ans, que Ton planterait parmi les hêtres, en les recépant au moment de la planfatîon, afin d'activer leur croissance et de les élever par là tout de suite au nivean des jeunes hêtres.
454. Coupes D'ÂMéiioBATioN. — Les nettoiements et les éclaircies périodiques doivent se faire comme dans les forêts où le diéne est Fessence unique. On peut, au moyen des éclaircies, augmenter facilement le nombre relatif des chênes , en prenant toujours de préférence le^ pieds à supprimer parmi les hêtres; mais il est essentiel d'observer que, pour se servir de ce moyen , il faut que Pépoque de Péclaircie soit choisie très-à-propos, et Popération même exécutée avec beaucoup d'intelligence , afin de ne pas faire couper des hêtres vigoureux pour favoriser peut-être des chênes d'une organisation déjà maladiye et incapables d'acquérir des dimensions et des qualités utiles.
t>BS FUTAIES. 22a
ARTICLE IT
ExplaitaliOQ du châtaignier en futaie (t).
455. ExPKOiTABiLiTÂ. — Les réyolutions de 90 ^ de 100 et de 120 ans , selon les sols et les climats , paraissent convenir au châtaignier. A cet âge , on en obtiendra , en raison de la prompte végétation de F<essence , tous les bois nécessaires à la consom* mation, et Ton ne risquera pas de voir les arbres se creuser, ce qui arrive très-fréquemment au châtaignier lorsqu'il devient un peu vieux.
456. Coupes de régénération. — Sous ce rapport, le châtaignier pourra être entièrement traité comme le chêne ; jeune, il est aussi robuste, et la châtaigne a plus de poids encore que le gland. Quelques arbres pourront être réservés dans la coupe définitive, principalement dans la vue d'en obtenir des fruits.
On a observé que le châtaignier est particulière^ment incommodé par les mauvaises herbes et les arbustes; aussi, dans les pays où il est cultivé avec soin, a-t-on une attention particulière de le débarrasser de tout ce qui peut entraver sa croissance.
(1) Le châtaignier ne se voit guère en futaie qu'associé au chêne et au hêtre. Il est notoire cependant qu'il croît très-bien sans roélange, et dès lors on doit ad meure que les perfectionnements de la sylviculture amèneront la création de futaiies de cette précieuse essence.
226 DE l'exploitation
Lors donc que^ dans les coupes sombres > on n'obtiendra pas de semences immédiatement après l'exploitation f et que le terrain se garnira d'herbes et d'autres plantes» il faudra, à la première année où la châtaigne réussira» donner au terrain une culture entière à la houe , ou bien y pratiquer des sillons d'une largeur moyenne de 16 centimètres et espacés de 22 à 53 centimètres environ. Ce dernier mode, qui est bon dans toutes les situations, devra être exclusivement mis en usage dans les terrains en pente. Les châtaignes s'arrêteront au fond des sillons , où elles seront couvertes et abritées contre les gelées par les feuilles sèches.
457. CouPBS d'amélioiution. — Les nettoiements de bois blancs devront être particulièrement soignés dans Içs jeunes châtaigneraies, attendu le tempérament du jeune plant [126].
Quant aux éclaircies périodiques , il conviendra de les diriger comme dans les futaies de chêne , le châtaigùier étant également un bois de construction et de fente ; seulement , comme sa végétation est très-prompte , on pourra les rapprocher davantage.
ARTICLI T.
Exploitation de Tornie en futaie (1).
4o8. ExPLOiTABiLiri. — La révolution de 100 à
(1) Quoiqu'il soit très-rare de rencontrer des futaies dont
420 aos peut convenir pour Pexploilation de Forme. A cet âge, il sera propre à satisfaire à tous les besoins de la consommation, et il aura généralement atteint l'époque de son exploitabilité absolue.
kb9. Coupes de régénération. — Gomme la se^ menée de Forme est très-petite et se dissémine au loin, et que le jeune plant est robuste , on peut se dispenser d'établir nne réserve abondante dans la coupe d'ensemencement j il suffit d'espacer les arbres de telle manière que les branches soient écar-^ tées de 4 à 6 mètres» Un espacement même plus considérable n'empêcherait pas le repeuplement*
Il faut avoir égard cependant à la situation de la coupe que Pon exploite, et éviter, pour peu qu'elle soit exposée au vent , de trop diminuer le nombre des réserves. On conçoit que des arbres qui ont vécu pendant 100 ou 120 ans, en massif, et qui se sont élancés à 50 métrés de hauteur et au delà , ne peuvent avoir une assiette bien solide , et que , sur les points les plus exposés, il serait peu prudent de leur donner tout à coup un espacement trop considérable. On pourrait craindre aussi que l'état trop clair de la coupe d'ensemencement ne provoquât le
rorme soit l'essence unique, Timportance de cet arbre nous a cependant paru assez grande pour décrire spn traitement avec autant de détails que celui des essences qui dominent le plus fréquemment dans nos bois.
228 DE L^BXPLOITATIOIf
gazonnement da ferraih et la crae d'autres plantes nuisibles. Toutefois^ cet inconvénient se présentera rarement ^ attendu que Porme produit des graines en abondance» presque tous les ans» ou au moins de deux années Fune ; on peut donc espérer le repeuplement immédiat de la coupe. Mais si, par extraordinaire, la crue des mauvaises herbes avait prévenu Pensemencement y on ouvrirait dans la coupe des sillons, qui auraient le double avantage de préparer la terre à recevoir la semence et de faire naître une multitude de drageons.
Quant à la coupe secondaire, on devra y procé^ der, au plus tard, à la fin de la deuxième année qui suivra celle de Pensemencement, et deux ans après on fera la coupe définitive. On pourrait même, dans un terrain frais, ou, si Pexposition n'est pas chaude, supprimer entièrement la coupe secondaire, à cause du tempérament robuste du jeune plant, et, deux ou trois ans après Pensemencement y passer immédiatement à la coupe définitive.
460. Coupes d'améliora^tion. "^ Les nettoiements et les éclaircies périodiques devront être . dirigés d'après les règles générales ; il y aura lieu de rapprocher les éclaircies d'autant plus, quePorme a une végétation très-rapide, et que , traçant et pivotant à la fois, il a besoin de plus d'espace pour prendre tout l'accroissement dont il est susceptible.
DKS I^UTAIBS. 229
ARTICLE Yl.
Exploitation en futaie du frêne et des grands érables.
461. Les frênes et les grands érables peuvent, avec beaucoup d'avantage , élre élevés en futaie , attendu que lorsqu'ils acquièrent de fortes dimensions et qu'ils sont de bonne fente , ils deviennent d'un très-grand prix pour la menuiserie, l'ébénisterie, la boissellerie, etc. D'ordinaire, ces essences se trouvent mélangées au hêtre , avec lequel elles végètent parfaitement et dont elles supportent trèsbien le régime, surtout lorsque la révolution ne dé • passe pas 90 ou 100 ans. Il est nécessaire aussi, dans les coupes secondaires , de découvrir plus tôt les jeunes plants , moins délicats que ceux du hêtre, quoiqu'ils supportent et exigent même quelque ombrage dans les premières années.
▲RnCLB Ytl.
Expk)itaUon du charme en futaie.
462. Le charme n'est point un bois qui, en raison des usages auxquels il est propre [184], mérite d'être élevé en futaie, mais on le considère comme pouvant y être utilement mélangé à d'autres essences plus précieuses. C'est ainsi qu'on le trouve associé au
hêtre, au chêne et au châtaignier ; et quoiqu'il soit
230 DE L^BXPLOl'CATION
en général un pea dépassé par eux , il vient cepen<dant assez bien pour pouvoir leur servir d^appui tant que cela est nécessaire , et jusqu^au moment où il devient possible de le faire disparaître successivement par les éclaircies périodiques. Sfélé au chêne, il produit des effets analogues h ceux du hêtre, en procurant au sol une couche d^humus plus abondante, et en y maintenant la fraîcheur par son couvert épaia.
ARTICt9 TIU.
Exploitation du bouleau en futaie.
463. Le bouleau n'acquiert les qualités recherchées par les différents métiers qui remploient, que vers l'âge de 50 à 60 ans , et il est d'ailleurs bien plus disposé à se reproduire de semence que de souche. On peut donc avec avantage l'élever en futaie , en fixant son exploitabilité à l'âge que nous venons d^indiquer.
Quant aux coupes de régénération , l'expérience prouve qu'en les mettant à blanc étoc, ou en laissant seulement quelques réserves éparses , on obtient des repeuplements très-complets par les semwces venant de la partie boisée voisine* La seule précaution. 4t prendre, c'est d'entretenir le sol dans un état convenablement meuble, en lui donnant une légère eut ture à lahoue^ lorsqu'on s'aperçoit que l'année sera fertib' en semences; Cette opération est indispema-
ble ; car sou$ des bouleaux , même en massif, le sol se gazonne et se couvre d'arbustes et de morts-bois^ à cause du feuillage trop léger de cet arbre.
Les éclaircies périodiques devront être très-rapprochées> le bauleau demandant assez d'espace pour croître.
ARTICLE IX
Exploitation du robinier en futaie.
464. Le robinier, recherché comme bois de travail, est, de plus , employé avec avantage dans les constructions civiles et navales ; il existe, par conséquent, des motifs fondés pour le traiter en futaie. Il est à observer d'ailleurs , que quand cet arbre est isolé, sa cime est très-exposée à être brise'e par les vents, et que souvent la rupture des branches principales fait éclater le tronc ; sa culture en massif de futaie , en donnant le moyen d^obvier à cet inconvénient si grave , offrirait donc un avantage de plus.
Quoique la végétation extrêmement rapide du robinier ait fait penser qu'à 40 ans il pourrait être assez fort pour satisfaire à tous les besoins de la consommation, il est à conseiller cependant de ne fixer son exploitabilité qu^à 60 ou 70 ans. De cette manière, on obtiendra très-probablement des produits meilleurs et plus considérables ; et d'ailleurs il est à croire que sa végétation ne sera plus aussi rapide , venant en massif , quç lorsqu'il se trouvait isolé.
252 DE l'bxploitatioîc
Plus que Forme encore^ le robinier est disposé à drageonner> et sa semence > quoique non ailée , se dissémine au loin ; son jeune plant résiste aux cha-^ leurs, il croit très-rapidement et ses racines exigent beaucoup d'espace ; le mode d'exploitation prescrit pour Porme pourra donc lui être applicable.
ARTICLE X
ExploitalîoD d une fuuie de sapio.
465. Exploit ABiLiTÉ. — L^exploitabîlité du sapin tombe entre 100 et 140 ans ; 120 ans est le terme le plus ordinaire et celui qui , en général y procure les produits les plus .utiles et les plus considérables. Dans les sols très-substantiels cependant , où la végétation est rapide et vigoureuse, la révolution de 100 ans peut être préférable, afin d'éviter la carie intérieure à laquelle, dans ces sortes de terrains, les sapins sont plus exposés encore que les hêtres [448]. Sur les grandes hauteurs, où la rigueur du climat ralentit la croissance , Texploitabilité peut être reculée jusqu'à 140 ans.
466. Coupes ob hégénkration. — Ainsi que nous Pavons dit dans le second livre [396], il est très-important que les exploitations d'une sapinière soient dirigées du Nord et de l'Est vers le Sud et l'Ouest. Les coupes, d'ailleurs, doivent se faire à l'instar de celles des forêts de hêtre. Ces deux essences, qui
DBS FUTAIES. 233
semblent avoir peu d'analogie^ se rencontrent néanmoins sur un point essentiel» celui du tempérament des jeunes plants.
Dans les deux premières années de son exist<3ace> le sapin reste très-petit et faible, et sa tige, de même que sa racine, s'allonge sans se ramifier. Pendant cette période, il réclame un couvert au moins aussi épais que celui qui convient au jeune hêtre ; mais, après la troisième année, lorsqu'il a formé une et parfois deux branches latérales, il devient nécessaire de lui donner plus de lumière. Dès cette époque, donc, il y a lieu de supprimer quelques arbres dans la réserve (un quart environ) et de continuer ainsi, de deux en deux ou de trois en trois ans,' jusqu'à la coupe définitive qui ne devra être faite que quand les brins auront atteint la hauteur de 66 centimètres à 1 mètre.
On rencontre assez souvent, dans les massifs de sapin que l'on soumet à la régénérsftion, des réensemencements partiels qui remontent déjà à un assez grand nombre d'années, et végètent, languissants et rabougris, sous la vieille futaie. G^est à tort que certains forestiers les considèrent comme impropres à reprendre de la vigueur. Aucune essence, si ce n'est le hêtre , ne résiste autant que le sapin sous un couvert prolongé et n'a plus que lui la propriété de se raviver dès qu'on lui donne du jour. On commet donc une faute en supprimant ces bouquets au moment de la coupe d'ensemencement ; il faut,
rVv,
254 DE L^EXPlOITATIOIf
au coiltraire^ les conserver et^ lors de cette coiipe^ éélaircir fortement la futaie qui les surmonte.
Il n^est pas sans intérêt de réserver, dans la coupe définitive^ qoelc^ues beaux sapins pour parcourir une seconde révolulion. Cet arbre peut parvenir à un âge très-avancé, et comme il sert beaucoup aux constructions, on obtiendra parlée moyen les pièces de forte dimension qui pourraient être nécessaires dans certains «as. Il est entendu que de pareilles réserves ne peuvent être faites que dans les pavtîes >les plus abritées contre la violence des vents.
467. Coupes b^mhslioration. — On se conformera sous ce rapport à «e qui a été recommandé dans les règles générales, en observant que lesapin demande à croître en massif très-serré, surtout dans sa jeunesse. Dans les cUmâts tempérés, réclaircie moyefmfi pourra lui être appliquée, mais dans les localités où Ton aura à craindre les bris de la neige et du gîvre, auxquels les bois résineux sont plus exposés que les feuillus, on devra 9e contenter d'une éclaircîe /m'6/^, afin que certaines tiges dominantes iv«nont à être écrasées, puissent, au besoin, être remplacées par celles qu'elles surmontent. Il n'est pas rare, en effe^ de voir ces dernières, lorsqu'elles sont mises à découvert, se former une nouvelle eîœe ettcroitreavec une vigueur remarquable.
DBS FIKTAIES. 235
ARTICLE XI
Exploitation d^une futaie mélimg^ de sapin et de hêtre.
468. Le mélange dil sapin avec le hêtre est aussi favorable à la végétation que celai de cette dernière essence avec le chêne» La nature nous en montre de fréquents exemples^ et c^est une erreur bien funeste qui a porté certains forestiers à détruire, dans ces sortes de forêts, Pessence feuillue pour ne laisser subsister que le bois résineux, alors que tout, au contraire, semble commander et faciliter la conservation de ce mélange. En effet, on observe que, dans ces bois mélangés, le sapin a une croissance remarquablement belle, et Ton reconnaît, en outre^ que les dégâts^ des vents et des insectes y sont moins à redouter que dans les forêts purement résineuses. Quant à leur exploitation, la même révolution convient aux deux essences ; les jeunes plants de Pune et de l'autre ont le même tempéramment, et, par conséquent, les coupes de régénération peuvent être établies sans difficulté ; dans, les différentes phases de leur croissance, les deux essences marchent à peu près du n^ême pas, ce qui facilite Popération des éçlaircies périodiques; et enfin, elles recherchent toutes deux, pour prospérer, même terrain, même clin^at, même situation et même exposition. Elles ne diffèrent essentiellement que dans leur emploi, ce qui est un avantage évident pour la consommatiofi
236 DK l'exploitation
et pour le propriétaire, d'autant plus qu'il est toujours facile de faire dominer le sapin, lorsque sa qualité de bois de construction doit lui mériter la préférence.
AETICLB XII.
Ëj^ploitalîon d'une fuuie d*é(>icéa.
i69. ExPLOiTABJLiTÉ, — Commc la croissance de Tépicéa est un peu plus prompte que celle du sapin, sa révolution peut, dans certains cas, être plus courte. C'est entre 90 et 140 ans que l'on fixe son exploitabilité ; ordinairement le terme de 100 à 120 ans est considéré comme le plus convenable pour en obtenir les produits les plus abondants et les plus utiles. Dans les localités où il importe d'élever un certain nombre de pièces propres aux grandes constructions , on préfère le dernier terme, parce qu'il est impossible de réserver des arbres de cette esseiice pour parcourir une seconde révolution, attendu le peu de résistance que leurs racines opposent aux vents. Sur les grandes hauteurs, que souvent on le voit habiter, on peut laisser atteindre à l'épicéa l'âge de 1 40 ans , tandis que, dans une localité très-fertile , où cet arbre est , comme le sapin et le hétfe, exposé à la carie intérieure, ce serait le cas de réduire la révolution.
470. Coupes de régénébation. — Comme l'épicéa redoute, plus que toute autre essence, les ravages
des veots , et quUl est d'ailleurs ^ dans sa première jeunesse, bien plus robuste et ne demande pas les mêmes soins que le sapin, tous les efforts des forestiers, dans Pexploitation des forêts de celle essence, ont constamment tendu à préserver celles-ci dudanger principal. Non-seulement on recommande comme extrêmement importante la stricte observance de la troisième règle sur Passiette des coupes [396], mais on a encore imaginé, tdujours dans le même but, divers modes particuliers d'exploitation, savoir : 1® le mode par bandes alternées; 2° le mode par bouquets; 3** celui par- bandes de proche en proche. Enfin, on a aussi appliqué le mode ordinaire des trois cpupes de régénération.
471. Premier mode. — Le premier mode est un de ceux qui ont été le plus mis en pratique ; il consiste à établir les coupes par bandes alternées de bois à abattre à blanc étoc, et de bois à laisser en massif, les unes et les autres de 50 à 60 mètres de large. L'ensemencement des bandes exploitées doit venir des bandes voisines où tous les bois sont conservés, et, pour mieux préparer le terrain des premières à recevoir la semence, on conseille d'en faire
extraire les souches. Quelques années après Pense-
mencement, on revient abattre les bandes qui étaient
demeurées intactes. Ce retour, en effet, est indispensable, car si Pon continuait à alterner ainsi d'un bout à l'autre de la forêt, il est évident que Pon ne tarderait pas à tomber dans des bois fort au-dessous
240 DE l'exploitatioxX
Sur ce point, il faudra naturellement suspendre les exploitations, jusqu^à ce que la coupe soit suffisamment garnie de jeunes plants. Ce n^est qu^après le repeuplement assuré, qu'on pourra asseoir, dans la partie attenante, une nouvelle coupe de même longueur et de même largeur que la première; et ainsi de suite.
Cette nécessité d'attendre l'ensemencement de la coupe exploitée, avant de pouvoir mettre la hache dans la partie voisine, force d'entamer la forêt sur un autre point exploitable et même sur trois ou quatre points différents, sur lesquels on se porte successivement, afin de laisser, dans la partie où l'on a commencé à exploiter, un intervalle* de trois ou quatre années au moins entre deux coupes consécutives, et d'assurer ainsi le repeuplement. Si, cependant, il arrivait que ces trois ou quatre années ne fussent pas suffisantes pour amener ce repeuplement, et qu'il fût d'ailleurs impossible de suspendre les exploitations, il ne resterait plus d'autre moyen que de régénérer les coupes par un semis artificiel ou par une plantation.
474. Qtmtrième mode. — L'application de la méthode du réensemencement naturel, forme un quatrième mode, et c'est, sans contredit, dans la plupart des cas, le plus recommandable.
Eu égard au tempérament du jeune plant de l'épicéa, la coupe d'ensemencement pourrait être plus espacée que celle du sapin, et même que celle
BBS FUTAIES. 241
du hêtre; ce n'est qu'à cause des faibles racines des épicéas, qu'il est à conseiller de multiplier les réservés autant que dans les forêts de hêtre , afin qu^elles puissent se soutenir réciproquement. Quand le repeuplement de cette coupe sera complet et aura atteint la hauteur de 16 à 22 centimètres, on pourra faire la coupe secondaire ; et lorsque les plants seront hauts de 52 à 40 centimètres, il sera temps de faire la coupe défînitîvef
Dans les localités très--exposées au vent , où l'on reconnaît que la résenre de la coupe secondaire ne pourrait pas résister, il est préférable de laisser la coupe sombre, sans y toucher, jusqu'à ce que le sous-bois soit parvenu à l'âge de 5 ou 6 ans, et défaire alors la coupe définitive. La coupe secondaire cependant, dont l'utilité est incontestable, ne doit être négligée que dans le cas d'urgente nécessité.
Ce mode, ainài que nous venons de le dire plus haut, nous parait le meilleur. En l'employant, on ne peut au pis aller (en cas de dégâts causés par Iç vent), qu'être obligé de recourir sur quelques points au repeuplement artificiel ; mais cet inconvénient est inévitable en suivant les trois autres modes et surtout les deux premiers. Toutefois, on ne peut en le combinant avec le troisième, lui faire subir quelques modifications utiles. Ainsi, il est à conseiller de donner aux coupes une forme longue et étroite, et d'entamer la forêt au moins sur deux points différents , de manière à pouvoir alterner
242 DE t'fiXPLOITATlOÎI
les exploitatioûs ; afin que m la semence manque péndd^ttt qt^ques années suif Pnn^ on ne soit pas obligé d^y continaer leê coi^s nombres , dont la trop grande est cnsidn finirait pm* donner prise aux
47Sé Bes qvi^tre modes que nous t^eci^ocis d'examiner, tes deur premiers doîvenf être rejetés^ ainsi que nous FaYons démontré. Le froisiëme » sans doute Pavantage de parer, dans bAïucoup de cas, aux ravages durent. Mais, aux expositions fraîches, Fherbe et diverse arbustes envahissent le terrain dès qu'il est mis à nu et étouffent les épicéas naissants ; dans les peûtes chaudes et escarpées, une lumière trop vive et trop de chaleur les empêchent de réussir , et en général, la régénération naturelle s'opère mal, dès qa^elte na pas lieu P'amnée même de fexphttaiion. Enfîn^ le quatrième mode, qui mérite incontestablement la préférence, présente cependant Pîneonvénient de donner lieu à de nombreux chablis qui , dans leur diûte, se rompent fréquemment ou brisent d'autres arbres restés sur pied, ce qui constitue souvent une perte considérable pour le propriétaire.
Dans les montagnes du Harz, en Saxe, et en général dans les pays où Pépîcéa est très-répandu, les difficultés d'exploitation que présentent les forêts de cette essence ont fait adopter, dans ces derniers temps, les coupes à blanc étoe. Mais au lieu de compter, comme autrefois, sur les parties voisines pour réensemencer le terrain, on a immédiatement
DBS FUTAIES. 345
recours à la plantation, à laquelle Pépicéa est particulièrement propre. Cette opêt'ation, dont il sera question dans le YP liyre de ce Gours^réussit parfaitement et n'occasionne qu'une faible dépense, eu égard surtout aux années (pa'elle ùit gagner à la végétation de la jeune forêté Aà^si piôut^n considérer les cou-pes de régénération comme ^resqut abandonnées aujourd'hui dans les forêts d'épicéa d'outre^Rhin.
Tout ^Bk reconnaissant l'importance des faits que nous valons de rapporter et ea admettant les conclusions pratiques que nos voisins en ont tiré, nous pensons qae> en France, dan^ les localités peu nombteuses d'aiU^ura où l'épicéa se rencontre comme essence d(Hninante, on fera biien de commencer par tenter le troisième mode, si les années de semence sont fréquentes, ou, si non, le quatrième, et de ne recourir m repeuplement artificiel qu'après avoir constaté l'impuissance ou les dangers des coupes de régénértition. — Notis nous arrétoitô d'autant plus volontiers à cet avîs^ qu'il est à notre connaissance que dans différentes forêts d'épicéa du Jura, des Vosges et des Alpes, l'application de la méthode du Iréensemencement naturel a produit jusqu'à ce jour des résultats sati&feiisants.
476. Goo^pEs ft'AîiiÉucmAïfoïï. — Ge qui a été dit sous ce rapport, au sujet des forêts de sapin [467], est entièrement apjdîcahle à celles d'épicéa.
244 DE l'exploitation
ARTICLB XIII.
Ëxploitalion d'une futaie mélaugée de sapin et d*épicéa.
477. Le mélange du sapin et de Pépicéa» comme celui du chêne et du hêtre, et par les mêmes raisons> produit les meilleurs effets sur la végétation des deux essences. L^épicéa , à la vérité, a une croissance un peu plus prompte que le sapin, mais lorsqu'ils sont réunis dans un même massif, cette différence est bien peu sensible et, en tout cas, ne se fait point sentir défavorablement. Cependant, on remarque assez fréquemment, dans les forêts ainsi mélangées, que Pépicéa tend peu à peu à empiéter sur le sapin et à le déposséder du terrain,, ce qui est fâcheux en général, et surtout dans certaines localités où, pour divers motifs, le sapin est l'essence préférée. Selon toutes les apparences, cet inconvénient tient principalement à ce que, dans les coupes dé régénération , on n'accorde pas une attention assez grande au repeuplement du sapin, qui réussit bien plus difficilement que celui de l'épicéa; c'est-à-dire que, de prime abord, on ne conserve pas dans la coupe sombre un couvert assez épais, et qu'ensuite on éclaircit trop fortement la coupe secondaire.
La précaution essentielle, pour conserver le mélange si utile des deux essences, est donc de faire les coupes d'ensemencement surtout dans les années où
DES FUTAIBS. 245
la graine de sapin est abondante, de composer la réserve dans ces coupes du plus grand nombre possible de sapins, et enfin de régler les coupes secondaires principalement en vue des exigences de cette essence.
Il pourra bien arriver ainsi que la croissance des jeunes sapineaux gagne quelque avance sur celle des épicéas, qui exigent plus de lumière dès les premières années ; mais, quoique entravés momentanément, ces derniers ne tarderont pas à reprendre leur vigueur habituelle, sitôt que le couvert sera suffisamment éclairci.
ARTICLB XI ▼.
Exploitation d*one futaie de pin sylvestre.
478. ExPLoiTABiLiTÉ. — Daus les pays où le pin sylvestre est très-commun, on ne lui laisse pas atteindre le siècle. Effectivement, Paccroisement des massifs de cette essence atteint son maximum vers 60, 70 ou 80 ans, puis, après s'être maintenu pendant une vingtaine d'années, il diminue en raison de l'augmentation de l'âge. Si donc, l'intérêt principal était de fournir du chauffage, on ferait bien de fixer la révolution du pin sylvestre à 80 ou 90 ans. Cet intérêt peut exister dans les pays où ce pin est dominant ; encore devrait-on y réserver des parties de forêt, et les soumettre à une révolution plus longue pour obtenir des arbres de service de bonne qualité.
246 DE t'EX^I.QITA'nON
En France, où les fyns de constraction sont plus rares que ceux de cbaufiage , PEtat ne peut qtie gagner à reculer Pexploitabilité du pin sylvestre. Dans le moment de sa plus forte croissance, son bois u^a pas les meilleures qualités. Ce n'est que plus tard que son grain devient sçrré et qu^il prend rélasticitc conrenable aux différante^ constructions auxqueliet^ il est employé, à la mâture surtout, pour laquelle cet arbre est très-rediercbé [283].
D'apr^ ces motifs, oq fera hiea de soumettre le pin sylvestre à une révolution de 100 ans au moins. On pourra même choisir quelques parties situées dans les meilleurs fonds et aux expositions les plus avantageuses, et les laisser croître jusqu'à l'âge de 120 à 140 ans (1). Cette espèce de réserve sera des-
(1) Les longues révolations ont rinconvënient de compromeure la fertilité du sol, parce que la futaie de pin sylvestre, uoe fois la période d'allongement passée, ne se constitue plus en «passif clos et, parvenue à un âge avaniîé, devient tout à fait elairiérée. 11 s'ensuil que, de bonnp heur^, le Bol se gazonne ou se copvr^î d'arbnstes nuisibles (mjrtile;^» bruyères, etc.), que le vent disperse le lit de feuilles mortes et que, à la fin de la révolution^ le terrain se trouve tassé, desséché et appauvri.
Lors donc qu'on se décidera pour rexploitabilité de 420 ou i 40 ans, on devra non-seulement conserver soigneusement tous les bois feuillus qui lèvent natuiseU^sient sous les pins, maïs on pourra même recourir avec avantage à l'expédient qui
DBS :Fl}TAIB$. 247
tinée aux bois de grandes ^îm^^ions. En.preQanl ces diapcÀitions^ il devieiït superflu de réserver, dans les coupes. définitives ^ quelques arbres pour parcourir «ne secoadie révolution. On trouvera dans les forêts de 120 à 140 ans, toutes les qualités de bois nécessaires aux di£Eérents besoins de la consommatioji.
47 9> iGoypgs m Rpc^KéRATioir* ^ — Le traitemeat du pin sylv^tre» pour •€& opérer le repeuplemeiit naturel, diffère sous quelques rapports de celui qu'ion .prescrijt pour P^épieéa et le sapin; son jeune plant> 4;Qinme on le sait, esi plus robuste que cdui des deux auttres, et Fambrage des arbres de réserve liû est absolument contraire dès les premières années d«/Son exist^nœ. Aassi n^est-fl pas nécessaire que la coupe d'ensemencement soit âambre^ et Ton peut sans inconvénÂenl écarter les arbres de manière que leurs brancbes ^soient distantes les unes des autres de S ài6 mètres (1). <Gependant;en espaçant ainsi
a été indique pour le chêne (voir la note page 22t) Vest-àdire, introduire, vers le milieu de la révolution, une essence subsidiaire destinée à protéger et à améliorer le sol. Parmi les bois feuillus, .ie ehacme, le bétre, parmi les résinevx, le sapin, seront jtrès^pto^res à remplir ce rèle. Ce dernier smr*iouf^, «[plftoé .en aeoood iétage, donne à k végétation du pin un essoBt magnifique.
(f) £n -faisant le choix dos arbres de réserve, il ne fout pas préférer les pieds élancés et 4f ès-iélevés ; il va ui mieux eonser-
248 DE l'exploitation
la réserve ou pourrait craindre les dégâts des yen Is, ou Penvahissement des herbes ou des plantes nuisibles. Le premier inconvénient existe beaucoup moins pour le pin sylvestre que pour Pépi'céâ et même pour le sapin, attendu que le pin sylvestre pivote et s'enracine plus fortement. Néanmoins, dans les parties très-exposées au vent , et où rexpérience a appris que cet arbre lui résiste difficilement, on f^a bien de laisser une réserve un peu plus serrée.
Le second inconvénient est fréquent dans les pineraies et dans certains terrains à peu près inévitable. Il peut être atténué cependant en ne faisant de coupe d'ensemencement que quand on sera assuré d'une prochaine et abondante fructification qui, dans les pins, est assez fréquente, et peut être prévue dixhuit mois à l'avance. De plus, dans l'automne ou l'hiver qui précède la dissémination de la graine, on procédera à l'extraction des souches et Fon donnera au terrain une culture par rayons ou sillons étroits, au fond desquels les semences viendront s'arrêter et trouveront une terre meuble et fraîche, favorable à leur germination et à la réussite du jeune plant.
ver cettx de hauteur raoyenue, qui soilt branchus, ordinairemeut plus fertiles en semencesy et qui d'ailleurs rësisteiot mieux aux vents. Dans l'état actuel de nos forêts de pin, ce choix peut avoir lieu ; mais, plus tard, lorsqu'elles auront été traitées régulièrement, on ne trouvera plus que sur les lisières, des arbres peu élevés et chargés de branches.
pES rUTAIBS. 249
Dans la plupart des cas, ces travaux ne seront pas onéreux, car les souches du pin, par la résine qu'on en extrait, sont d^un produit plus lucratif que celles des autres bois.
Après la coupe d'ensemencement, dès que le re« peuplement est complet, et que les jeunes plants ont atteint à peu près la hauteur de 16 à 24 centimètres, il faut procéder à la coupe définitive. On conçoit facilement que la nature vigoureuse du jeune plant rende inutile la coupe secondaire, et qu'il faut se hanter surtout de le débarrasser du couvert qui lui est tout à fait contraire.
480. Malgré les précautions prises pour régénérer le pin sylvestre par la voie naturelle, on est forcé de . reconnaître qu'il est extrêmement rare de rencontrer des repeuplements complets et bienvenants dans les forêts de cette essence. Aussi beaucoup de bons forestiers sont-ils d'avis de renoncer aux coupes d'en*semencement dans les pineraies, de couper à blanc étoc et de recourir aux semis artificiels qui réussissent facilement et très^bien. A considérer la généralité des faits, cette opinion est fondée , il faut le dire. Que la réserve de la coupe d'ensemencement soit nombreuse ou non, que Ton hâte la coupe définitive ou qu'on la retarde, on voit fréquemment les réensemencements naturels les plus complets et les mieux venants péricliter au bout de quelques années^ s'amoindrir et même disparaître par places au point de donner accès aux morts-bois et aux bois
blancs. La cause du phénomène est assez difficile à indiquer. Certains auteurs Fattribuent à quelques insectes tels que le ver du hanneton, le pissode noté et rhylobe, qui attaquent, les uns les tiges, les autres les racines des jeunes pins. M. de Berg, pense, avec raison, selon nous, qu'il faut la chercher le plus souvent dans la position superficielle des racines des vieux pins, dont le chevelu, très-abondant, garnit et pénètre le sol en tous sens, et absorbe ainsi en totalité les sucs nourriciers, étant évidemment beaucoup plus vigoureux que les faibles radicelles des jeunes plants.
En admettant cette opinion,on doit en conclure que les repeuplements naturels n^auront chance de réussir que dans les terrains assez riches et assez profonds pour .que le pin, en avançant en âge, y enfonce ses racines plus bas que la couche dans laquelle les jeunes plants étendent les leurs pendant les premières années. Mais on sait que les pineraies occupent en général les sols les moins fertiles; on s'explique donc aisément comment il est si rare d^y rencontrer des repeuplements naturels bien venants et complets.
N'était la considération importante de la dépense qu'occasionne le repeuplement artificiel par l'achat de la graine qui est assez chère et par les frais de labour; n'était, de plus, la chance que l'on court de ne pas obtenir toujours de bonnes graines quand on est obligé de se les procurer par le commerce, on serait conduit, d'après ce que nous venons de dire.
à poser en principe que la régénération du pin sylvestre doit s'opérer par coupes à blanc étoc suivies immédiatement de semis artificiels^ et que les coupes d'ensemencement ne doivent être pratiquées qu'exceptionnellement. En un mot, la raison culturale conseille le premier mode, mais la raison financière oblige la plupart du temps à employer le second.
481. Coupes d'amélioration. Les pins sont, plus que les deux précédents cooifères^exposés à se ployer ou à se rompre sous le poids de la neige et du givre , à cause de leurs branches plus étalées et de leurs feuilles plus longues ; il semblerait donc, au premier abord, qu'on ne devrait y pratiquer que l'éclaircie faible. Mais cette essence, dès qu'elle passe à l'état de gaulis, supporte mal le massif serré. Les branches qui s'entrelacent perdent leurs feuilles et ne tardent pas à périr ; la tète des arbres, au lieu de se développer circulairement, devient grêle, étriquée ; et quand cet état de souffrance se prolonge, la généralité des cimes se déforme, les tiges elles-mêmes contractent des maladies et le peuplement tout entier devient parfois impropre à atteindre un âge avancé et de belles dimensions. — Pour prévenir ce dernier etgrave inconvénient, sans cependant exposer la jeune pineraie aux bris de neige, le moyen le plus sûr, dont l'efficacité est aujourd'hui démontrée par l'expérience, consiste : 1® à entreprendre la première éclairciefcontrairement à la théorie générale), lorsque le bois est encore à l'état de fourré, au mo-
.ment où les branches les plus inférieures commencent à sécher; 2^ à faire cette éclaircie forie. A la vérité , il pourra arriver ainsi que la production d'humus, si abondante surtout dans la première jeunesse des pineraies, se trouve entravée ou au moins diminuée. Mais cet inconvénient ne sera que momentané, attendu que les tiges restantes, ayant plus d^espace pour étendre leurs branches, ne tarderont pas à rendre au sol son épais couvert, tandis que d'un autre côté, elles se formeront une tête bien conique , propre à assurer leur bonne croissance ultérieure, et en même temps une tige plus trapue et assez forte pour résister au poids de la neige.
Les éclaircies suivantes devront être plus rapprochées que dans les sapins et les épicéas, ce qui, sans doute, rendra chacune d'elles moins productive ; mais prises ensemble, elles le seront davantage et exerceront sur la végétation des tiges destinées à croître jusqu'à la fin de la révolution l'influence salutaire qui est le but principal de ce genre d'opération.
ARTICLE XV
EiploiUlîoq d'une futaie de pin maritime.
U&%. E)(Pi:.oiTABiUTé. -^Pour savoir positivement ce que cet arbre peut devenir sous le rapport de son accroissement, et à quelle époque il conviendrait de fixer son exploitabilité , il faudrait le cultiver sans
DBS FUTAIES. 255
tourmenter sa végétation [292]. En attendant les lumières dé Pexpérience^ on ne peut juger que par analogie.
Il edt assesE ordinaire que les arbres qui ont une végétation très-rapide dans leur jeunesse, atteignent plus tôt que les autres leur maximum d'accroissement. Le pin maritime est particulièrement dans ce cas. Cependant dans les départements méridionaux où il trouve le climat qui le fait prospérer, il parait hors de doute que la période ascendante de son ac*croissement y est assez longue, et à cet égard on fera bien de retarder son exploitation jusqu'à lOOou 130 ans, suivant la nature du sol, afin que le bois puisse acquérir la solidité convenable aux ôonstrûctions et aux autres emplois auxquels il est ptopi^é.
Bien entendu qu'en adoptant cette l'évolution, il faut se garder de permettre le gemmage.
483. Goul^Bs DE néGiNÂBAïioiv. ~- Le pin mari^ time n'ayant ^oint encore été Soumis à un traitement régulier, on pourrait être incertaiti sûr le mode à suivre. Mais la nature de ses graines, le tempérament de son jeune plant et la disposition de ses racines, doivent faire conclure que cet arbre peut être exploité à l'instar dii pin sylvestre. Ainsi, dans la coupe d'ensemencement, on pourra d^autant plus espacer les réserves, que le pin maritime résiste encore mieux aux coups de vent. Sa semence, à la vérité, est un peu plus grosse et un peu plus lourde que celle du pin sylvestre, mais la membrane qui
2S4 DE L'ÉXPLOITànON
lui sert d'aile est d'autant plus grande^ ee qui doit favoriser sa dissémination au loin. La coupe claire deviendra inutile en raison du tempérament robuste du jeune plant; et Pextréme rapidité^ avec laquelle il végète, fait penser que la coupe définitive devra succéder à celle d'ensemencement le plus tôt possible, c'est-à-dire, dans l'année qui suivra la naissance du repeuplement ou au plus tard deux années après.
484. Coupes d' amélioration. — Ce que nous avons dit à cet égard du pin sylvestre [481] s'applique aussi au pin maritime. La rapidité de sa croissance devra nécessairement faire avancer la première éclaircie et abréger la périodicité des éclaircies suivantes.
485. Les règles d'exploitation que nous venons d'exposer ne s'appliquent qu'aux forêts de' pin maritime qui ne doivent pas être soumises au gemmage. Lorsqu'on se propose, au contraire, de gemmer, elles doivent se modifier : d'une part ce procédé ralentit la croissance et abrège la vie de l'arbre, de l'autre, ce n'est plus le bois, mais bien la résine qui devient le produit principal de la forêt. La première circonstance emporte avec elle des révolutions de plus courte durée, la seconde exige un mode particulier d'éclaircies très-rapprochées que nous allons décrire, tel qu'il se pratique dans le midi de la France.
L'intérêt du propriétaire étant évidemment de hâter l'époque à laquelle il pourra commencer le gemmage, il importe de favoriser le développement
des cimes et le grossissemeat des tiges le plus possible. A cet effet oa éclaircit les jeunes bois pour la première fois à Page de 7 ans, et ensuite de 6 en 6 années > jusqu^à 25 ans, époque à laquelle fls ont ordinairement atteint la grosseur convenable. Dans ces opérations on amène par degrés Pespacement des pins entre eux : les deux premières doivent conserver encore le massif, quoique clair, afin d^activer la croissance en hauteur, mais dès la troisième on réduit Je nombre des tiges à 7 ou 8 cents par hectare, et à la quatrième on n'en laisse plus subsister que 500 ; enfin, 5 ans plus tard, c'est-à-dire^ h 50 ans, on réduit ce dernier nombre à 400. Les 100 arbres destinés à tomber, dans la cinquième éclaircie sont désignés dès la quatrième et gemmés à mort ; les autres le sont à vie à partir de la même époque. Ces 400 pins restent ensuite sur pied de 30 à 60 ans et sont soumis au gemmage de 5 en 5 années. A 60 ans on marque de nouveau 100 arbres pour être gemmés à mort y puis abattus, et les 300 pieds restants demeurent debout jusqu'à la coupe finale qui a lieu tantôt à 70 ou 80 ans, tantôt seulement à 100 ans, selon Pétat des bois et la qualité du sol (1).
(4) Dans l'ouest et le centre de la France où le pin maritime occupe aujourd'hui de vastes étendues au grand avantage des propriétaires et des populations, sa végétation est beaucoup moins belle et sa durée moindre que dans le midi. Il en ré-
256 DE l'exploitation
486. Noas avons indiqué plus haut commeort les coupes de régénération devraient être pratiquées si l'on se proposait d'y recourir* Mais il est à croire que généralement on emploiera plutôt la coupe à blanc étoc suivie du senôs artifîcieL En effet, dans l'un comme dans l'autre système, un labour devient indispensable, car, par suite du grand espa*cement donné aux pins, le terrain ne peut manquer d'être couvert de toutes sortes d'arbustes et de plantes nuisibles ; d'un autre côté la graine du pin maritime coûte peu à récolter et à extraire, elle est presque toujours de très-bonne qualité, et les semis qu'on en fait réussissent parfaitement ; tout se réunit donc pour donner la préférence à la voie artificielle.
AATICLK XYI.
ExpIoîuUon d*Qne futaie de pin laricio.
487. Le laricio, comme le pin maritime, atteint assez vite son maximum d'accroissement. Ainsi, à l'âge de 60 à 70 ans, il a déjà des dimensions assez fortes pour satisfaire à différents besoins de construction. Mais comme les emplois de cette nature exigent des bois de très-bonne qualité, il est essen-
suhe la néeesâité de le couper au plus tard à 60 ans, et par coaséquent de le gemmer moins longtemps.
0l£S FUTAIES. 257
tiel de le laisser vieillir davantage. V&ge de 100 ans pourrait être ûx,é pour son exploitabilité, et l'on fera bien de la reculer même jusqu^à 120 ans sur les hautes montagnes et dans les terrains profonds où Ton a le projet d'élever des bois de mâture.
Le laricio a tant d'analogie avec le pin sylvestre, qu'on peut affirmer que le même traitement lui convient^ tant pour les coupes de régénération que pour celles d'amélioration. «
ABTICLS XTIl.
Exploitation d'une futaie ié pin d'Âlep.
488* Le pin d'AIep^ comme les deux précédents^ est à mettre dans la catégorie des pins qui ont terminé leur plus fort accroissement à l'âge de 60 ou 70 ans. Mais, comme il est employé aux constructions, on doit croire qu'il serait préférable de le laisser arriver au moins à l'âge de 80 ans, afin que son bois pût acquérir plus de solidité.
Pour pouvoir donner des règles sur le mode d'exploitation qui lui convient, il faudrait que cet arbre eût été étudié en forêt, dans le climat qui lui est propre. On sait cependant qu'il n'est pas fortement enraciné, et^ selon toute probabilité, son jeune plant, sous le soleil brûlant où il végète se trouverait bien de quelque abri dans les premières années* Il sem<« ble donc que l'on pourrait lui appliquer im traitement analogue à celui de l'épicéa.
258 DB l'exploitation
ARTIGLB XTIII.
Exploitation du pin pinier, du pin cembro» et du pin du lord
Weymouth.
489. Ce serait beaucoup anticiper sur Pavenir, que de vouloir fixer et Pexploitabilité et le mode d'exploitation du pin pinier et du cembro ; tous les deux, l'un dans les plaines du Midi, l'autre sur le sommet des Alpes, n'existent qu'isolés, et cultivés comme arbres fruitiers. On ne peut que faire des vœux pour que ces ^sences soient aussi propagées dans nos forêts, et c'est à quoi doivent tendre les efforts des forestiers d'aujourd'hui.
Le pin du lord Weymouth n'est point encore un arbre des forêts d'Europe, quoique très- susceptible de le devenir. A la vérité, il en existe des essais sur différents points; mais ils sont généralement faits sur une trop petite échelle, et ils sont d'ailleurs, encore trop récents, pour qu'on puisse en déduire des règles d'exploitation. Toutefois, on connaît la légèreté de sa semence, le tempérament assez robuste du jeune plant, la nature pivotante de la racine, et la croissance rapide de l'arbre ; on pourrait donc, si l'occasion l'exigeait, lui faire aisément l'application de la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies.
ARTICUC SIX.
Exploitation da mélèze.
490. Dans les régions élevées où le mélèze a son habitation naturelle^ et où il en existe des forêts, son exploitabilité ne paraît pas devoir être fixée au-dessous de 120 à 140 ans.Mais dans les climats plus doux, où il a été importé, et où il paraît constant que son accroissement se ralentit et s^arréte bien avant ce terme, il semble nécessaire de le couper vers Page de 50 à 70 ans. Le mode d^exploitation qui convient au pin sylvestre, pourra être appliqué au mélèze, dans les pays où il croît spontanément ; mais si Ton trouvait un jour des forêts de cette essence dans des localités plus tempérées, il serait prudent, sans doute, d^augmenter le nombre des réserves dans la coupe d^ensemencement, et de ne procéder à la coupe définitive qu'après avoir acclimaté le jeune plant par la coupe secondaire.
ARTICLB XX.
Exploitation do cèdre du Liban.
491 . Il serait superflu de parler de Pexploitabilité et du mode d'exploitation d'un arbre à peine connu, et qui, en France, n'existe encore que dans les plantations d'agrément. Le cèdre qui paraît se perdre en Asie, a trouvé en Europe une patrie nouvelle, mais
260 DE L^KXPLOITATIOIf DES FUTAIES.
jusqu'à présent on ne Pa pas cultivé en forêt; les soins à donner aux jeunes plants [348] y ont probablement mis obstacle. Si les plantations en grand présentent beaucoup de diî|Scultés, les forestiers peuvent se borner k quelques essais dans des situations différentes. Ils prépareront ainsi à leurs successeurs le moyen de juger cet arbre remarquable^ sur lequel Popinion est encore incertaine.