CHAPITRE CINQUIÈME
APPLICATION toÉs e£UX MÉTHODES D'EXPLOITATIDII DU TAILLIS.
AHTICLV PBBaitBR.
Exploitation du cbène en taillis.
668* Le chéne^ Târbre la pluâ intéressant pour la futaie, eàt en même temps Pun des plus propres à croître en taillis* Sa souche produit des rejets pen* dant près de deux siècles» lorsque le sol lui est favorable ; elle donne de& cépées abondantes et d^une croîssam^e prompte^ qui fournissent un bon bois de chauffage, de charbon et d'ouvrage.
L^écorcê du chêne, qui est particulièrement recherchée pour les tanneries, est à^autant meilleure poulr cet usage, que le bois est plus jeune et qu'il a crû plus rapidelnent« Cette circonstance rend les
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taillis de chêne infiniment précieux et leur donne une valeur qu^aucune autre essence ne peut atteindreé
Si Ton veut traiter le chêne en taillis sous futaie, on en obtiendra des bois de travail et de service d^une utilité générale.
Le seul inconvénient ^es taillis de cette essence^ et nous l'avons déjà signalé [557], est que les brins de semence y réussissent trop rarement. Lors donc que les souches périssent, il devient indispensable de les remplacer par le semis ou la plantation.
569. Quand il y a lieu d'écorcer les taillis de chêne, il faut attendre que le bois soit en pleine sève, c'est-à-dire que les bourgeons commencent à s'épanouir, car ce n'est qu'alors qu'on peut procéder à cette opération. Le mieux est d'écorcer les arbres et les perches sur pied, après que tous les menus bois non susceptibles d'écorcement auront été coupés et enlevés.
Les bûcherons chargés de l'écorcement doivent d'abord faire, au pied des arbres et des perches, une entaille circulaire assez profonde pour arriver jusqu'à l'aubier. Ils fendent ensuite l'écorce en longueur et par bandes, avec la pointe d'une serpe ou avec une lame quelconque, et la lèvent avec un outil en fer, en bois dur ou en os, qui a la forme d^une spatule. Cette écorce, qui se détache sans peine lorsque la température est douce et un peu humide, s'arrache, depuis la coupure circulaire au bas du tronc, jusqu'au point le plus élevé où le bûcheron puisse
atteindre. Il arrive souvent que les ouvriers arrachent Pécorce du haut en bas^ ce qui rend d'autant plus indispensable la coupure circulaire au pied des chênes ; cette coupure empêche que la souche et les racines ne soient dépouillées de leur écorce dont Padhérence complète au bois est, comme on le sait^ une condition indispensable de la production du rejet.
Ce premier travail fait^ on coupe les chênes à fleur de terre pour en écorcer les paUies supérieures qui n'avaient pu être atteintes. On expose pendant quelque temps les écorces au soleil, pour les sécher, puis on les lie en bottes. Il faut se hâter de les mettre à couvert ; car, si elles étaient exposées à la pluie, elles perdraient de leur qualité.
L'écorcement diminue de quelque chose le volume du bois ; on calcule cette diminution au huitième à peu près. Mais cette perte est largement compensée par la valeur de Pécorce, et il est arrivé déjà que le prix de Pécorce d'une coupe a dépassé celui du bois dont elle provenait. La perte la plus réelle est celle de la sève du printemps , qui s'écoule sans résultat et remet à la sève d'été la production de rejets moins robustes alors pour résister aux fortes gelées [533].
La température de la France étant généralement assez douce, cet inconvénient n'est que peu à craindre dans un grand nombre de départements ; et les besoins des tanneries, ainsi que les grands- avantages
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n^aaraient plus une insertion et une assiette assez solides, pour résister aux coups de vents ou à la pression de la neige et du givre.
571. Hartig, dont PexpériencG est d'un grand poids dans toutes les questions forestières^ a reconnu Pimpossibilité de maintenir les taillis de hêtre, en suivant les règles ordinaires de Pexploitation des taillis ; il propose, en conséquence, un mode particulier dont voici les détails.
Supposant la forêt de hêtre soumise à une révolution de 30 ans, il conseille de réserver à la première exploitation, 100 baliveaux par hectare;, à la deuxième, lorsque les souches auront 60 ans, il veut que Ton réserve, par hectare, 2000 baliveaux.^ Trente ans plus tard, les souches ayant 90 ans, on doit interrompre le régime du taillis ; et exploiter d'après la méthode du réensemencement naturel. Les 400 premières réserves étant âgées de 90 ans et les 2000 autres de 60 ans, on peut espérer la semence nécessaire au repeuplement du terrain. On doit alors effectuer les trois coupes de régénération, dont TefFet sera de créer une jeune forêt qui remplacera les anciennes souches et qui jpourra de nouveau être traitée en taillis, sauf, toutefois, à lui appliquer le même mode.
Hartig ne fait mention que d'un taillis de hêtre qui n'a jamais été exploité, et qui, à la première coupe, ne présente que des souches de 30 ans. Une pareUle forêt se rencontre rarement; il est plu&
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ordinaire d'en trouver qui ont déjà été exploitées pendant quelques révolutions et où les souches sont d'âges trèsHlifférents. Dans ce cas, il faudra donc réserver de suite 2000 perches par hectare. Ce nombre, toutefois, ne doit pas être considéré comme invariable, il dépend de la grosseur des perches et de la quantité d'arbres antérieurement réservés. Il ne s'agit, en effet, que d'établir un massif convenable, qui puisse produire le repeuplement naturel aussitôt que les perches seront assez âgées pour porter semence.
572. En réfléchissant aux moyens jugés indispensables pour assurer la durée du hêtre en taillis, on est nécessairement amené à conclure que ce mode d'exploitation ne lui convient pas et; qu'on lui fait violence en l'y soumettant.
Si l'on examine avec attention les taillis de hêtre, surtout ceux dont les souches sont un peu anciennes, on y trouvera toujours des clairières plus ou moins considérables, causées par la mort d'une partie de ces souches ; si les clairières sont remplies, ce sera par des essences à semences légères, le plus souvent par les bois blancs, à moins que des repeuplements artificiels n'y mettent obstacle. C'est ainsi que le hêtre est peu à peu dépossédé du terrain où antérieurement il dominait. ^
Les moyens proposés par Hartig sont sans doute suffisants pour prévenir un tel résultat ; mais ils sont compliqués et peu avantageux au propriétaire,
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à cause de la suppression presque totale des prodoits de la deuxième révolution. En effet : couper d'abord aBn d'obtenir des rejets ; puis, dès la seconde révolution, laisser sur pied la plus grande partie de ces rejets pour en former des arbres à semence ; exploiter ensuite d'après la méthode du réensemencement naturel, et ne reprendre enfin le régime du taillis que lorsque la semence aura créé de nouveau une jeune forêt; tels sont ces moyens.
Ce n'est donc qu'avec beaucoup de soins, et à Taide d'opérations difficiles et même onéreuses, que Ton parvient à conserver le hêtre en taillis, tandis qu'on perpétue facilement cette essence par la méthode du réensemencement naturel, mode uniforme, dont lés règles sont faciles à suivre, et par lequel on obtient d'ailleurs, dans un temps donné, des pro^ duits en matière plus considérables et plus utiles [578]. Toutefois, lorsque les circonstances ne permettront point de traiter les forêts de hêtre en futaie, le mode du taillis composé devra toujours être préféré, comme favorisant davantage la reproduction par la semence.
573. Dans l'ancien Morvan (départements de la Nièvre et de Saône-et-Loire) et dans plusieurs autres contrées de la France, on a adopté, très-anciennement, dans les taillis de hêtre, un mode d'exploitation parlicnlier, dont l'efficadlé, en ce qui concerne du moins la reproduction des souches, est démontrée par une longue expérience. Ce mode.
I>£S TAlLLfS. ?7{
emiDQ SOUS le nom de furetagcy consiste à n'abattre^ de chaque cépée> que les plus grosses perches propre^ à être eonyerties en bcHs de eorde, et à réserver so^neusement les autres. En place des perches eonpées^ naissent de nouveaux rejets qoî prospèrent sous le couvert des X\geè conservées, jttsqu\tu moment où celles-ci, ayant atteint )a grosseur qui les rend exploitaJ>)es, sont coupées et rem«< placées à leur tour. Les souches des faillis furetés présentent ainsi des bois de deux et même de trois âges ; jamais elles ne sont entièrement déponilées,. et c'est, à ce qu'il paraît, cette dernière circonstance qui assure leur reproduction jasqu'à un âge très-avancé.
Ordinairement ces taillis sont soumfs à une révolution de 24 à 30 ans, et, selon que les souches portent des bois de deux ou de trois âges, les coupes viennent deux ou trois fois en tour d'exploitation dans la même révolution : ainsi, par exemple, un taillis exploité à 30 ans peut être fureté chaque décennie, de manière q^Ui^y ait sur les souches des bois de 10, de 20 et de 30 ans.
Gomme on n'a pas Phabitude de réserver des baliveaux, et que les perches du tailKs sont abattues trop jeunes pour porter graine, les essences parasites et les plantes nuisibles gagnent peu i peu sur le hêtre. Aussi est-il indispensable, pour entretenir ces forêts, de remplacer les souches dépérissantes par des repeuplements artificiels»
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Il paraît qu^un très*grand inconvénient de ce mode, consiste dans les dégâts considérables que Pabatage et le façonnage des perches exploitables causent à celles qui, ne Tétant pas encore, doivent rester sur pied. Au dire de tous ceux qui ont vu ces sortes d'exploitations, elles portent la plus grave atteinte à la production des taillis furetés. Peut-être y aurait^il moyen de remédier au mal, au moins partiellement.
Quoi qu'il en soit, nous pensons, d'après tous les renseignements que nous avons recueillis, que si le furetage peut se justifier dans les taillis simples de hêtre, en raison de la difficulté d'obtenir une reproduction assurée par la coupe à blanc étoc, ce mode d'exploitation ne présente cependant pas assez dV vantages,'et offre trop d'inconvénients, pour que l'on cherche à le répandre dans d'aufres localités que celles où il a pris naissance, sans doute dans des circonstances exceptionnelles.
ARTICLE III
Exploitation da châlaîgDier en taillis.
574. La souche du châtaignier a une extrême durée, et les cépées qu'elle produit sont bien fournies et d'une croissance vigoureuse et rapide. C'est surtout dans les pays vignobles que les taillis de cette essence sont avantageux, à cause des cercles de futaille et des échalas qu'ils fournissent et qui sont de première qualité.
Les bafiveaux sfont d^aulant moins à conseiller^ dans les taillis de châtaignier, que leur couvert est épais et que les rejets supportent difficilement d'être dominés. Les perches de 10 à 15 ans fournissent d'ailleurs déjà des fruits ; les réserves, sous le rapport du repeuplement naturel, ne sont donc pas nécessaires. On peut, toutefois, en conserver sur les lisières du taillis, afin d'obtenir quelques fortes pièces et d'augmenter la récolte des châtaignes.
Dans les départements du Rhin, où il existe beaucoup de taillis de châtaignier, on a l'habitude, après chaque exploitation, de cultiver le terrain, entre les souches, pendant un ou deux ans. Ordinairement on y plante des pommes de terre. Outre la récolte que cette opération produit, elle a le grand avantage d'activer considérablement la végétation des cépées en débarrassant le châtaignier des arbustes et des morts-bois qui, comme on le sait, lui nuisent beaucoup.
ARTICLE IV
Exploitation de Taune en taillis.
575. Le régime du taillis est celui qui convient le mieux à l'aune. Ses souches fournissent, pendant près d'un siècle, des rejets abondants et d'une croissance rapide, et l'aune blanc drageonne même beaucoup.
En général, les baliveaux qu'on réserve dans les
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articles qui précèdent, tous les autres arbres feuillus se trouvent ordinairement mélangés dans les taillis et y dominent plus ou moins, suivant que le climat et le sol conviennent davantage aux unes ou aux autres. Le chêne ^ et le hêtre même se rencontrent rarement sans mélange d'autres bois.
Les ormes, les frênes, les érables, les charmes et les tilleuls, se reproduisent très-abondamment de souche, pendant 100 à 150 ans; les deux premiers ont une disposition marquée à drageonner, et les charmes et les tilleuls, qui poussent de nombreux traînants [528], se perpétuent facilement de cette manière, lorsque la souche-mère vient à mourir.
Les bouleaux, les alisiers, les sorbiers, les merisiers et les micocouliers fournissent des rejets jusqu'à 60 et 80 ans, et les saules et les trembles dont le pied est de moindre durée, drageonnent considérablement.
Mais, quoique ces essences soient d'ordinaire mélangées dans les taillis, leur réunion n'est cependant pas toujours sans inconvénient, les unes ayant une végétation rapide, les autres, au contraire, une croissance assez lente. Ainsi, les trembles, les saules et quelquefois les tilleuls, sont, comme on sait, d'un voisinage nuisible pour les
souvent dès la première année à 5 et même à 4 mètres de haut, et, à l'âge de 5 ou 6 ans, les perches mesurent jusqu'à 8 à iO centimètres de diamètre à un mètre de terre.
QBS TAIIXIS. 377
essences dures qaUls surmontent et dépossèdent peu à peu du terraûiji par suite de la grande al^ondance de graines ou de drageons qu^iis produisent; aussi ne devraitron les cultiver que séparément ou réunis à celles qui ont la même force de végétation.
En ce qui concerne le balivage dans les taillis mélangés^ simples ou composés^ foutes les indi-» cations nécessaires ont été données plus haut [521 ^ 549 à 554].
ARTICLB T||. .
Exploitation des taîllU d*arbrî$fie»ux.
578/11 faut éviter de mêler les arbrisseaux avec les arbreSé Dans les premières années, leur crois*sance pourrait être égale, mais plus tard les arbrisseaux seraient immanquablement surmontés ; il ne peut être convenable d^ailleurs de soumettre les uns et les autres à la même révolution.
Ceux des arbrisseaux qui, par la qualité de leur bois et par les usages auxquels ils sont propres, méritent plus particulièrement Fattention du forestier, sont : le cornouiller mâle, le coudrier et le meri* sier à grappes. Les deux derniers peuvent avec avantage croître en mélange. Quant au cornouiller mâle, il n^existe guère d^espèce feuillue d'une végétation aussi lente ; on ne peut donc le cultiver que seul. Ordinairement on Texclut des forêts, parce que, mêléà d^autres essences, ilen est écrasé et, ne
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pouvant s'élever, il s'étale. Cependant, l'excellente qualité de son bois, sa souplesse, sa dureté, devraient lui faire accorder, dans les forêts, une place petite mais exclusive, puisqu'il ne peut s'allier à aucune autre essence.
Gomme nous l'avons dît [551]j c'est aux arbrisseaux qu'il convient d'adapter les révolutions de 5 à 10 ans ; le cornouiller, toutefois, pourrait être coupé à un âge un peu plus avancé, vu la lenteur de sa croissance. Exploités ainsi, on les nomme mentis-taillis. Il est inutile d'ajouter que ces essences ne sont traitées qu'en taillis simple et^ la plupart du temps, sans aucune réserve.
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