‹ Cours élémentaire de culture des boisChapitre 68 sur 108 · Les hautes tiges ne peuvent être traitées par · texte numérisé non relu

Les hautes tiges ne peuvent être traitées par

(1) Pour fdire les trous avec les bêches dont il est question ici, l'ouvrier enfonce rinstrumenl en le tournant^et le retournant horizontalement à l'aide de la traverse qui se trouve adaptée à rextrémiié de la tige verticale. Il n'a pas besoin^, chaque /ois qu'un trou vient d'être fiût, de s'occuper à faire sortir la motte de terre de la bêche qui la retient. Cette opération se fait d'elle*même par la confection du trou suivant : la nouvelle motte chasse Tancienne. Cette circonstance est bonne à connaître, car elle est de nature à procurer une notable économie de temps, lorsqu'il s'agit de grands travaux de repeuplement.

S70 DBS REPBUPtBIlBIfTS

aucun des moyens que nous venons d'indiquer* Pour les extraire, il faut d'abord creuser une petite fosse autour de Tarbre, à une distance convenable pour lui laisser les racines nécessaires } puis, avec une bêche bien tranchante (voy. fîg. 6), on coupe les racines latérales^ et, après avoir élargi la fosse, on finit par atteindre obliquement le pivot. II faut se garder da pencher Parbre avant d'en avoir détaché toutes les racines» ou de Parracher avec effort.

AHTici^i ru.

Da iraDsport des plants.

75S. A mesure que les ouvriers arrachent les plants de basse tige» ils doivent les mettre dans des paniers, sans secouer la terre qui entoure les racines, et les faire transporter de suite sur le terrain où l'on plante. On emploie aussi, pour le transport des plants, surtout de ceux qui sont en motte, des brouettes de jardin ou de petits tombereaux ; il n'y a que les très-fortes tiges qu'il soit nécessaire de placer sur des voitures.

Quelle que soit la dimension des plants, il faut avoir soin que les tiges ne soient point endommagées, et, à cet effet, les garnir de bouchons de mousse ou de paille, partout où il y aurait quelque frottement à craindre pendant le transport. Les racines doivent surtout être garanties du contact de Pair ; il ne faut souvent que quelques heures de hâle, ou un

AnTiFICIELS. S 71

coup de soleil un peu vif pour tes priver de leur vitalité*

Quand le lieu où Ton arrache les plants est éloigné du terrain à planter^ les tiges doivent être réunies par bottes et les racines empaquetées dans de la mousse fraîche ou dans du foin humide. Rendues à destination, il faut les laisser ainsi en paquets jusqu^au moment de les planter ou de les. mettre en jauge (1).

ARTICLE YIII.

De la taille des plants.

756. L^éxtraction des plants^ quelque bien qu'elle soit exécutée lèse toujours un certain nombre de racines, et, à moins que le sujet ne soit tout à fait petit, une partie de ces racines, détachées par la bêche ou la pioche, demeurent en terre. Or, dans

(1) Pour mettre les plants en jauge, on ouvre une trancliëe dans laquelle on les place par ballots ; on recouvre ensuite les racines de terre bien meuble, de manière à empécber le contact de Tair. Par ce procédé, les plants peuvent être conservés assez longtemps avant de les planter, sans qu'ils aient aucun risque à courir; toutefois, si le séjour en jauge devait se prolonger beaucoup, il faudrait délier les ballots, de crainte que les ra« cines, surtout le chevelu, ne soient atteintes par la moisissure; On peut aussi mettre les plants dans Teau, mais pour peu de jours seulement.

S72 DES RBPBDPLBHBNTS

toute plante oraissant librement, il existe un rapport direct entre les racines et la tige ; et ce rapport nécessaire, Pextraction Pinterrompt plus ou moins, comme on le voit, selon les précautions avec lesquelles on procède et selon la dimension des arbres.

La taille des plants a donc pour but : 1^ de restaurer les racines qui ont été lésées ; 2^ de rétablir Féquilibre entre les racines et les branches.

757. La première de ces opérations consiste & amputer, avec une serpette, toutes les parties des racines qui présentent un déchirement, une contusion ou une blessure quelconque. Il est essentiel que la tranche soit bien nette ; elle doit être faite en biseau, et, autant que possible, de manière qu^elle pose à plat sur la terre.

Quand les plants sont arrachés déjà depuis quelque temps, et que le chevelu des racines n'a plus toute sa fraîcheur, on le ravive en en coupant les extrémités ; les racines trop longues, qu'on ne pourrait placer dans le trou sans les contourner, doivent aussi être retranchées, ainsi que le pivot. Mais, en général, il faut éviter de supprimer des racines saines; un plant n'en a jamais trop.

758. La perte de racines que le plant a subie par l'extraction et par la taille dont nous venons de parler, rend nécessaire la suppression d'une partie des branches, afin de rétablir l'équilibre détruit. Cette taille de la tige est d'autant plus in-

AKTIFIGIE];.S. S73

dispensable que, par la transplantation, les racines sont, pendant quelque temps, entravées dans leurs fonctions, et qu^elles amènent, par conséquent, moins de substances nourricières à Parbre.

Plus le plant est fort, plus il a perdu de racines par Pextraefian, plus le sol où il doit être planté est ingrat ; moins il faut lui laisser de branches. Ces principes, très-simples en théorie et les seuls qui se puissent donner sur la taille des plants, laissent néanmoins, il faut Pavouer, beaucoup à désirer quand on en vient à Fexécufion.

Quel est, en général, le rapport des branches aux racines ? Est-il le même pour toutes les essences ou varie-t-il pour chacune, et comment? Dans quelle proportion l'ensemble des racines a-t*il été diminué par Pextraction ? est-ce du tiers> du quart, etc.? On sait que la reprise est favorisée par les années pluvieuses, entravée au contraire par les années de sécheresse; il faudrait donc supprimer plus de branches dans ce dernier cas ; mais sur 'quelle température doit-on compter? Telle est la série de questions auxquelles la taille des plants peut donner lieu, et qui, cependant, n'admettent aucune solution positive. Aussi cette opération n'est-elle en réalité qu'un tâtonnement, dans lequel on réussit plus ou moins, selon l'expérience que l'on a acquise de la localité et des essences que l'on plante.

C'est^ sans nul doute^ à Pincertitude qui règne

57& DBS RXPBOPLRMfiNTS

sur cet objets qu'il faut attribuer, en grande partie» l'insuccès de tant de plantations faites dans les forêts; surtout, lorsque le^ plants n'ont pu être préparés en pépinière et qu'ils sont déjà de forte dimension .

7S9. II existe, pour la plantation des bois feuillus, un procédé qui lève toutes les difficultés que nous venons de signaler. Ce procédé, c'est le recépage du plant, à 3 centimètres environ du collet de la radne, au moment même de le mettre en terre.

Si Ton examine les conditions de végétation du plant rccépé et de celui qui n'a été que taillé, on ne peut conserver aucun doute sur les avantages marqués dont jouit le premier. En effets la grande difficulté, pour le plant taillé, c'est de rétablir l'équilibre entre la tige et les racines ; tant que ce résultat n'est pas atteint, la végétation souffre, et trop souvent les racines s'épuisent eu efforts inu^ tiles, parce que la tige est trop considérable» ou parce que le sol ou la température est contraire. Aussi est -il très-fréquent de voir des plantations languir pendant cinq ou six ans ; après quoi elles finissent, quelquefois, par prendre leur essor, mais non sans que bon nombre dé plants aient péri, en même temps que d'autres, par le de^ sèchement de leur cime, ont contracté des formes vicieuses. Quand, au contraire^ le plant est recépé en le mettant en terre, il se présente, sur la petite souche, un certain nombre de rejets, qui.

ARTIFICifiLS* S75

évidemment^ sont le produit de la force végétatîre des racines ; si cette force est grande, les rejets seront vigoureux, sinon, ils seront faibles. Mais en tout cas, ils seront en rapport direct avec les racines, car ils en sont le produit ; et, par consé-^ quent, la végétation se trouvera, de prime abord, rétablie dans son état normal*

760. Sous le rapport des chances de reprise, la plantation de brins recépés est donc incontesta-* blement supérieure à celle de brins taillés. Ce fait, clairement établi en théorie, nous est d^ailleurs confirmé par une pratique qui n^admet plus aucuO doute. Cependant une objection se présente : par le recépage, chaque plant repousse plusieurs rejets qui 'forment une petite cépée ; il semble doûc qat ce procédé ne puisse convenir que pour créer des taillis, et non des futaies; à moins que l'on ne prenne la peine, au bout de quelques années, de couper, avec une serpette, tous les jets faibles, afin de ne laisser croître, sur chaque souche, que le plus vigoureux (!)•

Si une telle opération était nécessaire, il faudrait, en effet, renoncer au recépage, pour planter des futaies en grand, ou du moins, on pourrait rencontrer des difficultés réelles d^exécution. Mais il

{{) C'était ropînion d« Duhatteh Yoy. Traité des semU et plantatioDS des arbres, page 540.

S76 DBS nBPEOPLBMKMTS

n^en est rien; la pratique^ sur ce point, a rectifié les inductions de la théorie.

Dans la forêt de Gomplègne, que nous ayons déjà en Poccasion de clter^ on voit des plantations, de la plus grande beauté, exécutées sur une échelle immense (1)» d^année en année depuis plus de qualre-yingts ans, et qui toutes ont été traitées par le procédé du recépage. Nous avons pu y étudier toutes les phases de la végétation 'des plants recépés.

Ces plantations se font avec des sujets de basse tige> et l'espacement ordinaire quVn leur donne est .d'un mètre. Comme nous Pavons dit, il se présente d'abord, sur chaque souche, plusieurs rejets dont l'un cependant, est plus vigoureux que les autres. Dès que ce maître jet commence à former une tête, les autres, au lieu de continuer à monter, s'étalent et buissonnent au pied du plant ; ce qui conserve aux racines plus de fraîcheur et favorise visiblement le développement du maître jet. Peu d'années suffisent, dès lors, pour que le massif de toutes les tiges montantes soit formé; quant aux rejets traînants, ne recevant plus les rayons du soleil, ils languissent de plus en plus, s'étiolent, sèchent, et le maître jet finit par se trouver seul

(1) Il existe plas de 5,000 hectares de plantaitons dans cette forêt.

AnTlFIGI£LS. 577

sur la souche. Aussi de telles plantations, lorsqu'elles sont parvenues à Pétat de gaulis, ne laissentelles plus apercevoir la moindre trace de ces rejets traînants; toutes les tiges sont parfaitement assises, droites, nues et bien filées, sans qu'il soit possible de les distinguer, en quoi que ce soit, de brins de semence.

La plantation avec recépage peut donc convenir pout créer des futaies, aussi bien que des taillis; seulement il faut, pour les premières, se servir de basses tiges et planter assez serré, afin que le massif se forme à temps, tandis qu'au contraire, pour établir un taillis, on pourra employer avec avantage des tiges plus fortes, parce qu'on obtiendra, par là, plus promptement des cépées.

761. Le recépage, on le conçoit, ne peut être appliqué aux bois résineux ; il est même d'expé^ rience que la taille des branches leur est souvent plus nuisible qu'avantageuse. Ces essences, effecti- Tcment, paraissent, plus que les feuillues, puiser leur nourriture dans l'atmosphère ; il semble donc nécessaire de leur ménager plus particulièrement les organes destinés à assurer cette nutrition. Cependant, il n'est pas moins utile, lorsqu'on plante des sujets un peu forts, de leur enlever quelques branches; mais il faut éviter de tailler rez- tronc et laisser, au contraire, un chicot de plusieurs centimètres, car les plaies des bois résineux se recouvrent généralement très-mal, ce qui occasionne à

578 DES BBPECPLEMEIITS

Parbre des écoulements séreux qui Paffaiblissent et sourent même donnent lieu & des ulcères* Aussi est-il à conseiller de préférer^ pour les plantations de bois résineux^ des plants de basse tige qui soient assez jeunes pour pouvoir se passer de la taîile.

Diaprés les expériences de plusieurs planteurs distingués, notamment de M. Marsaux (Y. Annales forestières, tome 1"^, page 699) le plant de hêtre supporte mal le recépage. On fera donc bien de s^abstenir de cette pratique pour cette essence et de la traiter, en ce qui concerne la plantation, comme les bois résineux, à moins que des essais faits dans la localité où l'on opère, n'aient démontré que le jeune plant de hêtre y fournit sûrement des rejets^ après amputation.

AUTICLB IX.

De la mise en terre des plants on plantation proprement dite.

762. En général, on peut poser en principe qu'un arbre doit, après la transplantation, se trouver enterré à la même profondeur qu'avant cette opération. Cependant, il est convenable de planter un peu plus profondément lorsqu'on peut prévok* que la terre s'affaissera, ou bien lorsque le sol est très-léger et sec; d'autant plus que, dans ce dernier cas, il faut ménager, autour des tiges, u|i petit creux où Peau des neiges et des pluies puisse s'amasser. Daos les sols humides, au contraire.

ARTlFf CIELS. 579

on plante plus près de la superficie, et au lieu de laisser subsister un renfoncement autour de la tige, on y fait une petite butte pour faciliter Pécou- ]emênt des eaux. Les liges recépées doivent être plantées de manière à affleurer entièrement la sur perficie.

763. Pour mettre le plant enterre, on procède de la manière suivante :

On place le plant dans le milieu du trou sur une couche de bonne terre de 5 ou 6 centimètres d^épaisseur environ, ou bien sur les mottes de gazon provenant du trou et que Pon a pris soin de briser menu au préalable ; puis, avec la main, on étend les racines de façon à laisser à chacune sa direction naturelle ; il est essentiel qu^elles posent toutes d^aplomb et que la tige se tienne bien droite* Gela fait, on répand la bonne terre végétale, qui a été mise à part en creusant le trou [750], de manière que les racines en soient entièrement couvertes ; en même temps, on remue un peu la tige en la soulevant et en la rabaissant légèrement, afin que les parcelles de terre s'insinuent de toutes parts entre les racines. Enfin, pour lîe négliger aucune précaution, on introduit la main sous les racines pour remplir toutes les cavités qui pourraient encore exister. Après que la couche de bonne terre est employée comme nous venons de l'expliquer, on achève dé remplir le trou avec les couches de moindre qualité. Tout en répandant ainsi la terre sur les

K80 DES RBPEUPIEIIBMTS

racines^ on la raffermit de temps en temps avec la paume de la main ou avec le pied ; légèrement dV bord^ puis» de plus en plus fortement.

Quand on plante de&ibles tiges, recépées ou non, on facilite l'opération sans compromettre la reprise du plant, en Fappuyant contre une des parois du trou par son côté le moins pourvu de racines. La paroi doit, dans ce caSj être parfaitement verticale. L'ouvrier, tenant le plant de la main gauche, conserve la droite libre pour étendre les racines en avant du plant, les garnir de terre et remplir le trou, avec les précautions que nous venons d'indiquer.

Pour ces sortes de plantations, on emploie utilement, soit une truelle de maçon, soit une petite houe à manche très-court, à l'aide de laquelle le planteur, agenouillé devant le trou pour plus de facilité dans ses mouvements , accommode celui-ci et y ramène la terre, sans se déranger, selon que l'exige la conformation du plant dont il s'occupe.

764. Souvent, au lieu d'an seul plant, on en réunit deux, trois, et quelquefois jusqu'à cinq et six, dans le même trou. Ce mode, appelé plantation par touffesy réussit parfaitement pour les bois résineux, surtout lorsqu'ils sont très-jeunes (i et 2 ans); on l'a aussi appliqué avec succès au hêtre.

Les plants sont élevés en pépinière, de la façon que nous avons décrite plus haut [739], seulement les sillons sont très-étroits (4 à 6 centimètres). Au moment de la plantation on coupe les sillons, avec

une bêche, par plaques ayant, à peu près la dimension d'une brique. Ces plaques sont transportées, dans des paniers, sur le tenrain à planter, et là divisées à la main, par touffes contenant le nombre de brins que nous venons d^indiquer«

Les trous se font & la boue ou avec la petite bêche demi-circulaire [753].

Les principaux avantages que présente la plantation par touffes sur celle faite avec des sujets séparés, sont :

1^ Plusieurs brins réunis en une touffe permettent plus difficilement à la terre de se détacher des racines, soit dans Fextraction, soit dans le transport;

2® Les touffes couvrent plus tôt leur pied qu^un plant isolé, et la reprise d'un des brins, au moins^ est à peu près assurée ;

3^ Dans une même touffe, le brin le plus vigoureux ne tarde pas à s'élever au-dessus des autres ; après quelques années, ces tiges dominantes forment seules le massif de la jeune forêt, et les autres tombent dans la première éclaircie.

Ce mode de plantation, que nous avons nous-même pratiqué sur une assez grande échelle et avec différentes essences (pin sylvestre, épicéa, sapin), nous a toujours très-bien réussi, même dans les sols et aux expositions les plus défavorables. Nous pouvons donc le recommander avec confiance, en renvoyant le lecteur, pour plus amples détails, à Particle que nous

582 DBS BBPBUPLBIIKr«TS

avons publié siir ce sujel dans les Annales forestières, tome ly, année iSkb, page 329 .

765. Lorsqu'on en aura la faciliié» on fera bien d'arroser les plants immédiatement après les avoir mis en terre ; mais on conçoit qu'une telle opération I

n'est praticable que quand les travaux se font en petit. Ce qui l'est davantage, dans la plupart des cas, c'est de placer à droite et à gauche du plant, une ou plusieurs pierres qui maintiennent la fraîcheur et raffermissent la terre autour des racines, en même temps qu'elles procurent à la tige, quand elle est très-petite, quelque abri contre les ardeurs du soleil •

Pour les plantations en motte, il faut avoir la précaution de remplir de bonne terre les petits iot^s- j lices qui existent presque toujours entre la motte et la paroi du trou.

Page 1