CHAPITRE QUATRIÈME
DES BOIS FEUILIiUS.
I^ATJCLB PREUlBft.
Les Chênes.
67, Le genre des chênes comprend les essences qui , sous le rapport de la longévité , de la force et des différents emplois auxquels leur bois est propre, occupent le premier rang parmi les végétaux forestiers. Les espèces principales indigènes sont les sui«
Vantés :
A. CaêKBS À ^FEUILLES CADUQUES.
1® Chêne romre (quercus robur, Duhamel , sessiliflora, Smith).
2® Chêne pédoncule (quercus pedunculata, Duhamei.; Racemosa, Lamark), connu aussi sous le nom de chêne à grappes, chêne blanc, gravelin.
3® Chêne tauzin (quercus toza , Bosc) , chêne doux^ chêne brosse, chêne noir, chêne Angoumois .
B. CHÈi>(ËS A FEUILLES PERSISTANTES.
4^ Chêne yeuse (quercus ilex, Liknb), chêne vert.
5® Chêne liège (quercus suber, Linné).
6® Chêne kermès (quercus coccifera, Linné).
/** eî 2^ Chêne rouvre et Chêne pédonc^ilé,
68. Ces deux espèces sont les plus généralement répandues en France et composent à elles seules des forêts considérables* ^
69. Climat, situation, exposition. — Ces deux chênes appartiennent aux climats tempérés. On les rencontre quelquefois , le rouvre surtout , sur des montagnes élevées où la température est froide ; mais ils n'y prennent que de faibles dimensions, et tout annonce que ce lieu d'habitation ne leur convient pas. Les vallées étroites et humides, fréquemment couvertes de brouillards, sont très-contraîres à cet arbre, parce qu'il y souffre beaucoup des gelées printanières dans la jeunesse. C'est dans les plaines et à des hauteurs moyennes qu'il acquiert tout son développement.
Les pentes méridionales ne sont pas celles où il prospère le plus ;. quand le sol y est sec et chaud, il n'y prend qu'une chétive croissance , mais son bois gagne en solidité [59]. Les autres expositions favorisent davantage sa végétation, qui y est plus rapide et plus prolongée, lorsque le sol est d'ailleurs de bonne qualité*
DES SOLS9 DES ESSENf.BS. 57
70. Terrain. — Le chêne est celui de tous les arbres qui s^accommode le mieux des terres très* ar^Ieuses , mais sa croissance est plus belle dans celles qui sont plus divisées ; le chêne pédoncule surtout préfère ces dernières* On le trouve en bon état de croissance dans les terrains de grés , et en général dans ceux dont la base minéralogique se décompose facilement, lorsqu'ils contiennent d^ailleurs une certaine quantité d'humus. Les sables secs et les fonds marécageux lui sont contraires. Ce qu'il exige surtout, c'est un sol profond, attendu sa racine pivotante : cependant on le voit prospérer quelquefois, quoîqu'avec très-peu de pivot. 11 est probable que cette modification , dans sa constitution , est produite, soit par une terre végétale très-fertile qui dispense le chêne de chercher sa nourriture plus avant dans le sol, soit par un sous-sbl imperméable ou de mauvaise qualité.
71. Floraison et fhuctification. — La floraison iest monoïque, et amentacée (1) pour les mâles ; les fleurs paraissent en avril avec les feuilles. Les gelées prîntanicres qui se font sentir à cette saison , les détruisent souvent, et sont une des causes de la rareté des fruits dans certaines contrées où l'on observe des intervalles de 5, 6 et même 8 ans entre deux glan*dées consécutives. C'est surtout dans le Nord et l'Edt
(t) En Chatons.
de la France que celle rareté des années de semence se présente ; dans les autres parties, les glandées sont généralement bis ou trisannuelles, et, chaque année même, il se produit quelques fruits qui contribuent à la régénération des bois.
Le gland mûrît et tombe au mofe d-octobre de Tannée même de la floraison ; il est lourd et s'écarte peu, dans sa chute, de Parbre qui le produit.
Le chêne de brin ne devient fertile en semence qu'à l'âge de SO à 80 ans, selon les climats> et selon qu'il est plus ou moins isolé, tandis que le rejet porte fruit souvent dès l'âge de 25 ou 50 ans. Un sol sec hâte la fructification.
72. Jeunes plants. — Les chênes 5ont robustes dès leur naissance et demandent, le plus tôf possible, un état découvert". On peut même, excepté dans les pentes au Midi, les élever sans abri, mais il est uffle, ïorsqu^on le peut, de les garantir contre les vents froids et desséchants du Nord et de TEst.
75. Feuillage. ■— Bien que les feuilles du chêne soient grandes et épaisses, elles ne procurent cependant , dans leur ensemble, qu'uu couvert assez incomplet , qui permet fabilenient aux rayons solaires de pénélrer jusqu'à la surface du sol. Cette circonstance favorise la végétation deâ herbes et des arbustes dans les forêts de chêne avancées en âge, et, lorsqu'elle n'est pas combattue par le forestier, elïe exerce une influence très-grande sur la conservation de l'essence , en' ce qu^elle rend souvent difficile la reproduction par la graine.
DBS SOLSy DES ESSBRCBS. 39
74. Racijkes. — Le chêne est généralement pivotant, et à quelques exceptions près, dont nous avons cherché à, expliquer les causes [69], ses racines s'enfoncent profondément dans le soK On en voit qui pénètrent jusqu'à 2 et même 3 mètres, quoique Par^ ire se contente, pour prospérer de 1 n^ètre à 1 mètre 33 centimètres de fond.
Dans la jeunesse de Parbre, le pivot forme la racine principale, les racines latérales sont rares et peu prononcées* A un âge plus avancé , celles-ci se développent au cijntraire avec vigueur, tendant toujours plutôt à descendre qu'à s'étaler, et le pivot reste à peu près slationnaire. C'est à cette tendance des racines M s'enfoncer que le chéne^oit de résister, mieux que toute autre essence, aux ouragans et aux tempêtes.
Les racines du .<^êne n'ont aucune disposition à drageonner ; leur abevelu est peu abondant. <
75. Gboissài^ge et durée. — La croissance du chêne est assea lente, mats assez égale, jusqu'à I âge de 180 .et même 2C0 ans, Jiarbre vit quatre ^ cinq et SIX Siècles; il, s'élève à 33 mètres et au delà, et parvient à une grosseur considérable. On en cite plitôieur^ qui ont atteint jusqu'à 3 mètres de diamètre au pied.
76. Qualités et usages* — Le chêne est l'arbre le plus estimé pour les différentes constructions;, son bois est delà plus grande durée et résiste, mieux que tout autre, aux intempéries de l'air. Garanti de l'humidité , il se conserve des siècles , et acquiert
mâine , avec le temps , uae dureté presque égale à celle du fer. Il esl surtout employé dans les chaotiers de la marine, et, à l'exoeplioD de» mâts, il sert à peu près k toutes les parties dont un vaisseau est composé.
L$ chêne est aussi un excellent bois de fente. Il fournit le merrain le plus généralement en usage , de très-bons échalas de vigne, du treillage » des cercles de futailles, et des bois propres k la boissellerie.
Différents métiers en tirent un grand parti ; mais plus particulièrement la menuiserie, .le charroanage et la tonnellerie.
Comme bois de cbaufbge > le cbène vieux n'est pas d'un bon usage, du mmns'sur les foyers. Il y brûle sans flamme , pétille et éclate souvent, et dégage son calorique avec trop de lenleor , quoigu^il en fournisse beaucoup ; dans les appareib à fort tirage (calorifères), à l'aide desquels en vent obtenir une température égale et soutenue , il est employé plus avantageusement, te jeune chône (ronéin) est uieilleor : lorsqu'il a cru sur un terrain sec et que sa dessicalion est avancée, il brûle bien, donne beaucoup de chaleur et un beau brasier. Le charbon de chêne est très-employé, surtout dans les usines métallurgiques ; et, pour cet usage, on préfère généralement le charbon de bois jeunes ou d'âge moyen à celui qui )rovîent d'arbres mûrs.
L^écorce du chêne fournit le tan nécessaire h la )réparation des peaux. Le meilleur est celui qu'on
DBS SOLS, DBS ESSENCES. *4l
retire des jeunes chênes dont Pécorce esl lisse et briUante.
Le fruit du chêne est particulièrement utile à Fengraissement des porcs.
Bien que les deux chênes que nous décrivons ici aient les mêmes qualités et soient propres aux mêmes usages f on reconnaît cependant au rouvre une plus grande force, et sa pesanteur spécifique surpasse celle du pédoncule. Celuî-cî se distingue par une végétation plus prompte et, s'il est en sol convenable, par unepltts grande élévation ; il fend plus aisément et prend un poli plus net. On peut donc préférer le roavre pour Ie& constructions qui demandent de la fcMrce et une grande durée , le pédoncule pour les ouvrages de fente.
%5° Chêne tmmn.
77. Cet arbre est très-répandu dans les terrains sablonneux de POu^t de la France, depuis les Pyrénées jusqu^à Nantes, etméme jusqu^au Mans.
78. Climat , SITUATION , exposition. — D'après ce que nous venons de dire> eet arbre se plait plus particulièrement dans les climats doux et même chauds, pourvu qu'ils soient humides» toutefois* il résiste encore aux hivers des régions tempérées ; il parait rechercher les plaines plutôt que les montagnes , et ne montre pas une préférence prononcée pour une exposition plutôt que pour une autre.
/|2', DES CLUiTS,
79. Tbruir. — Les sols légers et frais sont ceux qne le tauzin préfère -, on le voit réussir dans les dunes et dans d'autres teiraios d'une nature assez aride.
80. Floraison bt FSucTiFiciTiON. — La floraison est monoïque et amentacée pour les mâles. Les fleurs paraissent au printemps , et les glands sont mûrs et tombent à Taulomne de l'année de la floraison.
81. Jbdnbs plants. — Les jeu nés plants paraissent avoir le même tempéramment et les mêmes exigences que ceux des deux espèces précédemment décrites.
83. FB01LLAGB — Les feuilles du chêne tauzin sont profondément découpées et disposées sur les rameaux, de manière à donner un couvert plus léger encore que celui du rouvre et du pédoncule.
85. Racines. — Ses racines , Sont en ayant la même structure que celles des chênes en général , raissent cependant disposées à tracer davantage, r.on assure qu'il drageonne facilement.
84. Croissance kt duréb. — La croissance de cet bre est assez rapide , mais il ne s'élève guère au là de 20 à 24 mètres, et n'alleini qu'une grosseur dinaire. Il vil plusieurs siècles.
8S.', Qualités et usages. — Quoique le chêne iau- 1 soit estimé comme bois de construction , on lui proche cependant d'avoir trop d'aubier, d'être jp noueux, de résisler mal aux alternatives d'huidilé et de sécheresse , et enfin de se tourmenter is que les autres chênes.
DES SOLS, DES ESSENCES. kù
Ces défauts le rendent peu propre aussi à la fente et aux autres ouvrages, mais , jeune , il fournit des cercles de futailles très-recherchés, car il a la fibre coriace et beaucoup de liant.
Gomme bois de feu il est bien préférable au rouvre et au pédoncule. L'écorce sert au tannage , et les glands sont particulièrement estimés pour Pengraissement des porcs.
4^ Chêne yeuse.
86. Le chêne yeuse ou chêne vert ne se rencontre en France que dans les départements méridionaux. Dans la Provence et le Languedoc, ainsi qu'en Corse, il forme de nombreuses et vastes forêts.
87, Climat , situation , exposition . — Il a besoin d'une température chaude ; il se plaît sur les coteaux et sur les montagnes de moyenne hauteur, et réussit à toutes les expositions.
88.. Terrain. — Cet arbre parait préférer les sols calcaires ; c'est là du moins qu'on le rencontre le plus habituellement , quoiqu'il croisse aussi dans d'autres terrains, même les plus arides. A la vérité, il végète très-faiblement dans ces derniers, mais avec persistance, et Ton peut le regarder, forestièrement, comme le sauveur des montagnes du Midi.
89. Floraison et fructification. — La floraison est monoïque et amentacée pour les mâles ; les fleurs paraissent au printemps , quelquefois seulement en
mai. Le gland mûrit dans Pété de Pa&née, et tombe avant Thiver. Quelques chênes yeuses donnent des glands assez doux et mangeables, sans qu'il soit posr sible de reconnaître aucune différence entre les pieds qui produisent ces glands et ceux qui ne portent que des glanda amers ; on prétend même que les uns et les autres se trouvent parfois sur le même arbre. Il paraît probable que c'est surtout dans les expositions très-chaudes que le gland devient comestible.
90. Jeunes plants. — * Quoique très-robustes , et supportant bien les chaleurs, il est à conseiller cependant de leur procurer, dans les deux premières années de leur naissance, un abri contre les ardeurs du soleil.
91. Fbui^laub. — Les feuilles persistent pendant 2 et 5 ans sur les rameaux ; elles sont beaucoup plus petites que qelles des espèces à feuilles caduques, entières ou dentées et garnies de piquants , selon que le sol est plus ou moins fertile. Le couvert qu'elles donnent est très^épais.