‹ Cours élémentaire de dessin appliqué a l'architecture, a la sculpture, a la peinture ainsi qu'a tous les arts industrielsChapitre 3 sur 13 · AVANT -PROPOS. VII · texte numérisé non relu

AVANT -PROPOS. VII

années précédentes. Les concours dénotent chez plusieurs élèves des qualités précieuses, chez presque tous ce vif désir de bien faire, qui est un des éléments du succès. C'est pour seconder ce désir, pour le diriger utilement, que je vous engage à éviter un écueil dans lequel on est trop disposé à tomber de nos jours. On néglige la synihèse de l'art. Chacun s'isole dans son travail, s'applique à acquérir l'habileté pratique, fuit la pensée, et n'a nulle préoccupation de ce qui n'est pas exclusivement du domaine de sa spécialité. C'est là, messieurs, une des tendances les plus lâcheuses de l'art, car elle s'oppose à ce que les œuvres de notre époque présentent un caractère d'ensemble et d'harmonie.

» Sans confondre le peintre avec le statuaire ou l'architecte, je voudrais vous voir généraliser davantage vos éludes, et vous renfermer moins dans ce qui vous agrée le plus. J'aimerais qu'un bon architecte pût, sinon exécuter, du moins juger avec autorité les œuvres du statuaire ou du peintre qu'il appelle à orner ses édifices. Je voudrais qu'à leur tour le peintre et le sculpteur, initiés aux règles de l'architecture, sussent approprier aux lieux qui doivent les recevoir des travaux dont l'effet à leur place définitive est souvent bien différent de celui qu'ils produisent à l'atelier. On atteindrait ainsi, dans nos monuments, l'harmonie et l'unité qui sont la vraie beauté et la vraie grandeur. Il n'en est pas des arts comme de l'industrie, où la division du travail opère des prodiges. Dans les arts, la perfection d'un ensemble ne résulte pas de la perfection de chacune de ses parties. Une œuvre d'art n'est pas tout à fait une chose inanimée, la vie y existe réellement ; c'est ce sentiment qui procède de l'inspiration et qui se retrouve partout, sans qu'on puisse le préciser nulle part. Les anciens n'ont brillé par l'art d'animer leurs œuvres que parce qu'ils possédaient cette instruction générale et complèteque donnent de fortes études. Pour ne vous rappeler que les plus éclatants modèles, Léonard de Vinci était aussi excellent sculpteur que grand peintre, et joignait à la pratique de ces deux arts des connaissances presque universelles. Michel-Ange, le peintre du Jugement dernier, a édifié Saint-Pierre de Rome et décoré de sculptures incomparables celte chapelle des Princes, dont il avait dirigé la construction. Raphaël lui-même, le premier des peintres, donl les jours peuvent se compter par des chefs-d'œuvre, a laissé, comme architecte, plusieurs monuments qui aujourd'hui servent encore de modèles.

» Je souhaite que ces illustres exemples restent présents à la mémoire de ceux d'entre vous qui vont aller compléter leurs études dans notre Académie de Rome. Ils puiseront, dans la contemplation des chefs-d'œuvre que renferme l'antique métropole des arts, ce sentiment du goût, de l'ensemble et de l'harmonie, sans lequel il n'y a pas de véritable artiste. »

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