I. On crée les piincipes pour le besoin de la cause
Les législateurs de la révolution, en ordonnant de codifier le droit, voulaient lui donner la certitude qui lui manquait dans Tancienne jurisprudence. Le droit coutumier est essentiellement incertain, puisqu'il n*est pas fixé. Il est vrai que le droit romain a des textes et des textes admirables, mais incohérents et contradictoires, ce qui en Mi une source intarissable de controverses. Or, rien n'est plus funeste que Tincertitude du droit; les justiciables n'ont plus aucune garantie, puisqu'ils ne savent point par quel droit leurs différends seront décidés, et l'arbitraire du juge est le pire des régimes. Le code civil, rédigé en articles clairs et précis, semblait donner au droit une base fixe et inébranlable. Cependant les interprètes se plaignent que tout est incertain : croirait-on que Ton ne sait point où le mariage doit être célébré, quoiqu'il y ait un texte formel qui le dit (art. 74)? Les interprètes ont tort de se plaindre, car si le droit est devenu une mer de doutes, c'est à eux qu*il faut s'en prendre. S'ils avaient plus de respect pour le texte du code, il n'y aurait guère de controverses. Le texte nous offre des principes certains; dès que l'on s'en écarte, tout devient nécessairement incertain. Vainement a*t-on établi une cour de cassation pour maintenir l'autorité de la loi et l'unité dans son application; la cour, qui devrait plus que toute autre rester attachée à la loi, a de brusques revirements dans sa jurisprudence, preuve évidente que notre science n'a pas de principes certains, et elle n'en aura que lorsque le respect de la loi deviendra la règle invariable de ses décisions. Jusque-là on verra les principes changer d'après les caprices de chaque auteur, et les tribunaux juger diaprés la faveur de la cause.
Je vais en citer un exemple mémorable. L article 299 porte que