‹ Cours élémentaire de droit civil (volume 3)Chapitre 2 sur 289 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

modernes. Quant à la jurisprudence, ce serait folie que d'en contester l'autorité. Sur quoi porte donc ma critique, et pourquoi ai-je osé entreprendre une œuvre que Toullier, Duranton, Troplong et Demolombe paraissaient avoir achevée, sans parler de l'excellent ouvrage de Zachariae, commenté par deux jurisconsultes éminents, MM. Aubry et Rau? C'est qu'un enseignement de plus de quarante ans m'a donné la profonde conviction que les interprètes du code sont engagés dans une fausse voie : ils négligent le texte de la loi, ou s'en écartent à tout instant, pour ^' rechercher ce qu'ils appellent l'esprit de la loi, que les uns / croient trouver dans la tradition, les autres dans les travaux pré- j paratoires, d'autres encore dans l'équité naturelle, et, en définitive, I ce prétendu esprit de la loi n'est autre chose que l'opinion indi- j viduelle de chaque interprète. Faut-il s'étonner de l'incertitude i de notre science, et du nombre croissant des controverses? Cependant le législateur a codifié le droit pour mettre fin à l'incertitude funeste qui régnait dans l'ancienne jurisprudence. Comment se fait-il que l'incertitude ait reparu et qu'elle devienne plus grande que jamais, à ce point que rien ne paraît stable dans une science qui devrait avoir la stabilité des sciences exactes, puisqu'elle repose sur des textes authentiques? C'est que les interprètes ont oublié qu'il y a un texte qui les lie, dont ils sont les esclaves. J'ai écrit trente-deux volumes pour le leur rappeler. On me permettra de transcrire ce qu'un critique trop bienveillant a dit de mon ouvrage. On lit dans le Bulletin bibliographique du Journal du Palais : « M. Laurent continue à interpréter notre « code civil d'après une méthode qui est bien ancienne et dont « il a pourtant fait une nouveauté par la constance et la fidélité c( scrupuleuse avec lesquelles il l'applique, à savoir le respect du « texte de la loi. La réputation du savant professeur belge se répand (c en France ; son autorité grandit. 11 était impossible que, dans un « pays attaché comme le nôtre au principe de la codification, un « ouvrage conçu dans celte tendance, d'ailleurs admirablement

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