IMPORTANCE DES PRINCIPES. H
il est enchaîné dans les limites étroites du débat. Il n'a donc pas cette liberté d'action, cette indépendance d'appréciation qui sont nécessaires au législateur. C'est dire que le juge est forcément conduit h faire de mauvaises lois. Tout en faisant de mauvaises lois, il donne aux citoyens un exemple plus mauvais encore : lui qui est le gardien de la loi, il leur apprend à se mettre au-dessus de la loi, à l'éluder, ce qui veut dire la violer. Que deviendra le respect de la loi? Et que deviennent les sociétés où le respect de la loi n'existe plus?
On me demandera : Où est le remède au mal? Quand on veut guérir une maladie, il ne faut pas attendre qu'elle soit enracinée. J'ai écrit trente-deux volumes pour ramener aux vrais principes la science et la pratique du droit. Est-ce à dire que je nourris l'espoir que la jurisprudence et la doctrine vont changer à ma voix? Je n'ai pas cette outrecuidance. Les praticiens continueront à faire ce qu'ils ont fait ; et si on leur oppose mes Principes, ils diront (cela a été dit) que j'ai pris à tâche de contredire tout le monde, et qu'ils préfèrent s'en tenir à la tradition. J'avoue qu'en commençant à écrire, je n'ai pas même pensé à la pratique; je voulais donner h mes élèves et aux jeunes avocats, en général, un guide pour poursuivre leurs études au sortir de l'université. D'instinct, je m'adressai aux jeunes générations, et non aux hommes faits, dont le pli est pris. Mais pour que les études se poursuivent dans la voie que j'ai tracée, il faut que les premières leçons soient données dans le même esprit. L'influence de l'enseignement univer- ^ sitaire est plus grande qu'on ne le croit. Rien n'est tenace comme les premières impressions que reçoit l'intelligence, h un âge où l'élève est encore une cire molle que le maître habile pétrit à sa guise. Je puis me citer comme exemple. C'est dans les excellentes leçons des frères Ernst, à l'université de Liège, que j'ai été imbu de ce respect de la loi, que je prêche à mon tour comme profcs seur et comme écrivain. Voilà le remède au mal, que je cherche. Enseigner aux jeunes générations les principes dans toute leur
simplicité, en même temps que le respect le plus absolu de la loi, tel est mon but. Quand il y a une innovation à introduire, il faut toujours s'adresser aux générations naissantes : à un certain âge, on y répugne. Je voudrais donc, c'est une grande ambition, que l'enseignement du droit fût donné dans l'esprit que je viens de dire : les principes avec les motifs qui les justifient, et comme règle d'interprétation, le respect de la loi. Car c'est dans la loi que les principes ont leur fondement ; ils ne sont autre chose que les dispositions du code, ou les règles qui en découlent. Tel est l'objet de cette préface : je terminerai par la méthode que je me permets de recommander, comme fruit d'un enseignement de plus de quarante ans. Le livre que je publie sous le titre de Cours élémentaire de droit civil servira de base à l'enseignement, tel que je le conçois. Quant à mes Principes de droit civil, ils contiennent les témoignages à l'appui de mon système et la réponse aux objections, ainsi que la critique des opinions contraires.
LE TEXTE ET l'eSPRIT DE LA LOI.
Je prêche le respect de la loi. Il faut donc voir, avant tout, quelle est l'autorité qui s'attache au texte. On demande d'ordinaire si le texte doit l'emporter sur l'esprit de la loi, ou si l'esprit l'emporte sur le texte. La question est mal posée, et c'est peutêtre pour cela que l'on est tenté de répondre, en termes absolus, que l'esprit doit toujours prévaloir sur la lettre. Non, le débat n'est point entre une interprétation rationnelle et une interprétation dite judaïque. On ne doit jamais séparer l'esprit de la loi de son texte, en ce sens que le texte et l'esprit ne sont pas deux choses différentes, c'est une seule et même chose, la volonté du législateur. Comment connaissons-nous cette volonté? Lui-même a pris soin de nous la dire, dans un texte authentique, le phis solennel des actes : le texte est donc la manifestation de la volonté