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CHAPITRE III

Idée générale. — Le contrat de travail nous a montré l'ouvrier isolé, traitant avec le patron , et n'ayant pas encore au début de ce siècle l'égalité de droit, qui doit s'ajouter à la liberté, pour être le juste fondement des rapports contractuels. Mais avec la puissance industrielle de notre époque, il n'y a vraiment que deux unités en présence, le travail et le capital; le patron ou le directeur de la société anonyme représente bien la seconde unité, mais la première ne peut l'être, d'une façon efficace, que par les ouvriers coalisés.

La coalition suppose un accord volontaire, un plan concerté poar atteindre un but commun. Les ouvriers s'entendent pour obtenir uoe augmentation de salaire et, s'ils n'obtiennent pas satisfaction, se mettent en grève, rompent le contrat et cessent tout travail; coalitions et grèves sont deux choses distinctes, comme la canse et l'effet. La grève n'est même pas la conséquence nécessaire de la coalition, si les

1 Croozel , Les coalitions et les grèves. TarqaaD , Les grèves. Ch. Renault , Ilist,

des grèves, Drioux , Les coalitions d*ouvriers. Daubv, Les grèves ourrières. Paal

Leroy-Beau lieu , £.<;« grèves (Mémoire de TAcad. de Caen, 1874). Malapert« Étude

histor. sur la coalition (Journ. des économ., l. 26, p. 347). L&wtLin , Étude histor»

sur les coalitions [Rev. prat. de dr. franc., l. 56, p. 12t, i42).

DROIT DK COALITION ET DE OREVR. 207

prétentions des coalisés sont admises sans qu'ils aient besoin de recourir à la cessation du travail, comme à uue déclaratioD de guerre. Mais OD confond souvent ces deux mots, parce qu*en fait, la grève est la suite ordinaire de la coalition.

Les patrons peuvent, d*ailleurs, également se coaliser, afin d'obliger les ouvriers à subir certaines conditions ; ils ferment leurs établissements et refusent tout travail jusqu'à Inacceptation des mesures proposées; c'est la grève des patrons, le Lock-out, d'après le terme anglais.

Il peut y avoir encore la grève des producteurs qui cessent de fabri« quer, pour protester contre une décision de Tautorité publique , comme la grève des boulangers à raison de la taxe du pain , et même la grève des consommateurs qui refusent d'acheter une marchandise dont le prix est exorbitant. Mais ce sont les rapports des ouvriers avec leurs patrons qu'il faut étudier ici , pour connaître les conflits que peut susciter le travail industriel.

Section l. — Aperçu historique.

À. Les coalitions dans l'antigaité. — Le travail servile ne peut comporter l'idée de coalition et de grève qui ne se comprend que sous Tempire de la liberté. Le refus de travail d'une troupe d'esclaves serait une sédition qui n*aurait, pas plus que l'émeute, le caractère d'une grève véritable.

La concurrence servile mettait les travailleurs libres dans une telle condition d'infériorité, qu'ils ne pouvaient songer sérieusement à se coaliser. Les associations d'ouvriers, dont l'existence en Grèce est douteuse \ qui ont existé à Rome dès l'origine mais comprennent à la fois des patrons, des ouvriers libres et même des esclaves, ne se coalisent guère que contre le public ou l'autorité. Au iv^ siècle de Rome, les joueurs de flûte, mécontents de se voir interdire, par les censeurs, les banquets sacrés du temple de Jupiter, se retirent à Tibur. La retraite de la plèbe sur TAventin ne peut être assimilée à une grève industrielle.

A l'époque du Bas-Empire, la corporation ouvrière, débarrassée de la concurrence servile, que des conquêtes n'alimentent plus, devient plus entreprenante. Une constitution de Zenon défend alors les coalitions qui ont pour but de faire hausser le prix de certaines marchandises et le taux des salaires '.

B. Les coalitions au Moyen-Age. — La coalition ne peut se comprendre, au début de cette époque, avec le servage, les guerres, l'isolement et l'absence totale d'industries , avec toutes les causes qui main-

* CaHleiner, Rev. critique, 1874, p. 357.

*L. 1, De monopolis. G, (IV, 59). Humbert, La condit. des ouvr, libres chez lea Rom, Rec. de TAcsd. de législ. de Toulouse , t. 17, p. 445.

iiennenl Touvrier dans uDe silualioo misérable. La corporation , à sa naissance, ne nous montre pas d*antagonisme entre le patron et Tonvrier qui aspire à la maîtrise.

C'est au xni** siècle, alors que les compagnons se séparent des maîtres, que les luttes industrielles vont surgir et donner lieu à des répressions sévères.

En France, on les punit de Tamende; on dérend même parfois, dans certaines villes, aux ouvriers sans travail de se réunir sur les places publiques. On sait que la place actuelle de THôtel-de- Ville, à Pans, sur laquelle s'amoncelaient autrefois des graviers, avait reçu de ce fait le nom de place de grève. C'est là que les patrons venaient embaucher les ouvriers sans travail. Il est facile de comprendre comment les expressions : faire grève , se mettre en grève sont venus de ce rassemblement d'ouvriers qui attendent , pour accepter le travail , les offres de l'entrepreneur.

En Angleteire , VAct d'Edouard !•' punit tout concert {combination) qui a pour but de modiQer le taux des salaires, la durée du travail et l'organisation de l'industrie.

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