‹ Cours élémentaire de législation industrielleChapitre 7 sur 63 · NOTIONS PRÉLIMINAIRES : CAPITAL ET TRAVAIL · texte numérisé non relu

NOTIONS PRÉLIMINAIRES : CAPITAL ET TRAVAIL

négation que réclame toute union collective, et, à Tinverse, dans l*é- Dergie des natures d'élite qui se sentent la force de tenter elles-mêmes les grandes entreprises avec leur initiative et leur responsabilité. L'ouvrier peut, en outre, préférer aux bénéfices éventuels de l'association , no salaire fixé à l'avance, payé chaque semaine, et qui lui laisse la liberté de ses actions et de sa volonté.

M. Gide, en montrant, avec l'originalité d'esprit qui le distingue, qoe la coopération ne doit pas dévier de son but d'émancipation sociale, pour devenir, dès le début, un moyen de constituer des caisses de retraite ou d'assurance, ajoute : « La coopération n'est pas une chaise pour s'asseoir; elle est une épée pour combattre et pour vaincre : ne la détournons pas de cet emploi sacré. »

Il montre bien par là le caractère que doit avoir la coopération ; mais on entrevoit, en même temps , que la masse paresseuse ou indifférente D anra pas le courage de tenir vaillamment l'épée de combat et de satisfaire à toutes les exigences du travail en commun.

Quoi qu'il en soit, la coopération peut devenir, pour un grand nombre, avec une meilleure éducation économique, un moyen de lutter contre tOQtes les combinaisons que présente le capital dans notre société moderne.

Je n'ai donc aucune répugnance à souscrire aux vœux et aux doctrines de recelé coopérative , puisque ses chefs nous disent : « ce n'est pas de l'intervention de l'État ni d'un pouvoir coercitif quelconque que «ous attendons la réalisation de Tordre social que je viens de vous décrire, mais seulement des libres initiatives individuelles s' exerçant par la voie d'associations volontaires et agissant sur le marché conformément au droit commun » (M. Gide, loc. cit.)

Les socialistes ne veulent plus de la coopération ou ne la considèrent tout au moins que comme un acheminement au collectivisme. Au congrès ouvrier international , réuni à Paris en 1889, le citoyen Borrows, délégué américain , en parlant des monopoles de fait , conséquence de l'évolution capitaliste, disait : « les ouvriers n'ont que deux moyens pour s'affranchir, l'un transitoire, la coopération, l'autre définitif, dernier terme de l'évolution sociale, le service public, autrement dit le collectivisme ^ »

Accord nécessaire entre le capital et le travail.

Les dernières théories, que je viens d'examiner, celles de l'école libérale, celles qui se rattachent à l'école historique, contiennent toutes uoe part de vérité et de justice. L'école éclectique me paraît toutefois

^ U parti <mvrier da 22 juillet 18S9.

plus propre à réaliser les progrès qu'on espère , en sauvegardant les intérêts et les droits de tous ceux qui participent à la coopération sociale. Mais les théories communistes bouleversent Tordre complet de la société, poursuivent un but irréalisable et ne font qu'accroître Tantagonisme et la haine des classes , en dénaturant le vrai rôle du travail et du capital, en affirmant la supériorité du labeur manuel, et l'exploitation de Touvrier par le patron. Voyons, en quelques mots, quel est le rôle de chacun de ces facteurs de la production, et Tutilité que présente leur entente, afin d'éclairer notre marche dans l'étude des lois industrielles.

Le travail, c'est refifort intellectuel et physique, la peine prise et voulue pour produire un résultat utile; il est la source de toute production, il développe la richesse publique et la prospérité sociale, et donne à l'homme, qui en connaît la pratique régulière, la volonté et l'énergie, une plus grande puissance d'économie , de discipline et de soumission au devoir. Tel est, en deux mots , le caractère économique et social du travail. Sa puissance s'affirme et s'accroît par la liberté qui ajoute à la productivité et suscite les efforts individuels; ç^vIol division des forces, des opérati(Mis et des aptitudes, procurant l'adresse de l'ouvrier, l'économie du temps , la connaissance approfondie des procédés de fabrication, allant au delà de l'enceinte d'une usine pour s'étendjne aux diverses industries et même à toutes les nations du monde qui comptent les unes sur les autres pour ce qui constitue leurs richesses distinctives ; par Vinstt^uction professionnelle et l'éducation morale du travailleur, par l'économie de ses forces et le repos nécessaire pour les réparer, et encore par l'institution de tous les moyens qui encouragent le travail et rendent le salaire plus rémunérateur.

Le capital, l'auxiliaire puissant et indispensable du travail, est le produit d'un travail antérieur; il se forme, et s'accroît par l'intelligeDce de l'homme appliquée aux ressources naturelles, par le savoir scientifique et l'art industriel se développant à travers les âges, par l'épargne qui le destine à la production de nouvelles richesses. Le capital accumulé facilite l'esprit d'entreprise, donne des emplois au travail, permet l'application des découvertes scientifiques, le perfectionnement de l'outillage industriel, le travail à perte pendant un certain temps, aux époques de crises , afin de garder ses ouvriers et l'ensemble de tout ce qui constitue l'organisation et le patrimoine d'une usine. Il est vrai que cette concentration des capitaux a aussi ses dangers et ses inconvénients, au nombre desquels je me borne à signaler l'agiotage et les accaparements commerciaux que les législations pénales répriment, mais qui trouvent une sanction plus certaine et plus efficace dans les lois économiques elles-mêmes.

Séparés l'un de l'autre , le travail et le capital sont impuissants. Ils sont loin cependant de se trouver réunis dans les mêmes mains; Tou-

Page 1