T) E DESBOIS DE ROCHEFORT
Louis Desbois de Rochefort , écuyer , naquit à Paris le 9 octobre 1750, de Louis- René Desbois , docteur en médecine de cette Faculté, et de Marie-Thérèse Syrand.
Ce n’est point dans les premières années qui suivent l’époque , heureuse ou malheureuse , de la naissance que nous irons chercher à deviner ce que l’enfant doit être un jour. L’intelligence et la pensée , ensevelies encore sous le chaos de la matière, ne rendent pas, à ce terme , l’éducation intéressante. La frêle organisation de l’homme est alors si peu développée, quelle ne permet aux ressorts de son esprit d’agir que pour ses besoins , de ne se mouvoir que dans la sphère de ses appétits.
Mais lorsque le développement marche d’un pas plus rapide ; lorsque l’équilibre de notre étonnante machine , et l’harmonie de nos organes vont ouvrir à l’âme l’espace du génie ; lorsque la nature a préparé , si l’on peut s’expiimer ainsi , le grand œtivre j quand sa créature va deviner la science du bien et du mal , quand l’enfant va devenir homme, et qu’il laut qu il soit homme de bien^ c’est alors que 1 éducation lui est précieuse, et qu’elle doit décider, presque irrévocablement, de son existence civile et morale.
A 1 époque de ce passage, environné d^écueils,
le choix des instituteurs devient la pierre de touche de l’intelligence des parens ; et les efforts pénibles de ces guides, trop souvent infidèles, doivent diriger leur élève, à travers les agitations tumultueuses et les orages de la première jeunesse, au port de la raison.
Doués d’un tact sûr, les par en s de M. Desbois n’hésitèrent pas sur le choix : ils le conduisirent à la communauté de Sainte-Barbe pour y faire sa philosophie. C’est de cette école de la sagesse et du goût , qui donne à la société tant d’hommes recommandables par leur savoir , estimables par leurs mœurs , et respectables par leur vertu , que M. Desbois emporta le germe des talens qu’il développa si avantageusement depuis ; c’est dans les conseils et dans l’exemple, qu’il y puisa ces heureuses qualités, qui firent toujours triompher son cœur des erreurs de ses passions.
Une jeunesse ardente , un esprit actif, une imagination bouillante ne laissèrent pas toujours apercevoir à M. Desbois les bornes audelà desquelles tout est excès ; et l’étude fut aussi chez lui un excès. Né, pour ainsi dire, au sein de la médecine , il: fit sa passion de cette science ; et des progrès aussi rapides que surprenans , furent le fruit d’un travail trop peu modéré ; il avait a peine vingt- deux ans
lorsqu’il se présenta au concours de la Faculté de Médecine de Paris.
L’esprit humain a des limites que ses efforts les plus puissans ne peuvent franchir- la nature elle-même les a posées d’une manière immuable. Les années donnent aux fruits de l’esprit une maturité qu’on s’efforce en vain de leur acquérir sans elles : l’âge a cette prérogative, qui serait inappréciable, s’il n’en exigeait un trop dur intérêt. M. Desbois descendit dans l’arène avec un athlète qui joignait à cet avantage de l’âge , un mérite qui aurait tenu du prodige, si celui du jeune combattant n’en eût diminué l’éclat : M. Desbois succomba ; mais sa défait fut brillante , et la Faculté de Médecine lui donna des éloges distingués, dont les expressions flatteuses sont consignées dans ses registres. La mort , qui vint enlever le vainqueur à son triomphe, au commencement de la licence , permit à la Faculté de faire passer sur la tête de M. Desbois une couronne à laquelle il avait tant de droits.
Il fut bien facile à la Compagnie qui couronnait les talens du jeune candidat, de prévoir loute l’étendue du développement qu’ils devaient acquérir; mais qu’étranger aux connaissances de la médecine, on puisse pressentir à quel degré doit s’élever rapidement un jeune
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homme pour lequel s’ouvre la carrière de cette science, c’est là le propre d’une pénétration rare , et l’effet d’un jugement sûr ; c’est ce que fit le supérieur de la maison de Sainte-Barbe , lorsqu’il créa pour M. Desbois , encore en licence , la place de médecin de cette Communauté.
Le témoignage d’une si grande confiance , imposa un grand devoir à M. Desbois : les travaux de sa licence finis , il s’appliqua à l’étude de la médecine-pratique avec toute l’ardeur dont il était capable, c’est-à-dire, au-delà de ce qu’il aurait dû , s’il avait permis à sa raison de consulter ses forces. Aucun des bons ouvrages de médecine n’échappa à ses recherches ; mais il ne les regarda que comme la table incomplète, quelquefois même infidèle, du grand livre de la nature.
Les hôpitaux sont ce livre fidèle et terrible où se trouve tracée en caractères de sang , la série affligeante des maux qui désolent l’humanité. C’est au milieu des mourans qu’il faut aller chercher la médecine vivifiante, c’est du sein même de la mort qu’il faut arracher le secret de lui dérober quelques victimes. C’est là que M. Desbois se hâta d’aller dissiper , par le flambeau de l’observation , l’obscurité et les erreurs que fait presque nécessairement naître