DE LA MATIÈRE MÉDICALE
Cela est encore faux ; car les acides minéraux , l'alkali volatil, et en général les spiritueux, qui sont essentiellement fluides, agissent en donnant plus d’action. L’esprit de vin , à cause de cela, est un des plus grands ennemis de l’économie animale , parce qu’il resserre, racornit, et cause beaucoup d’obstructions des viscères du bas-ventre, du pylore, du cardia et du corps de restomac. Le camphre , qui est un médicament sec , divise, atténue , et porte fortement à la peau. Ainsi ce système est faux dans toutes ses parties , et on a eu raison de le rejeter. . . .
2°. On a cru ensuite que la chimie pourrait rendre de grands services à la médecine , c est pourquoi l’académie des siennes chargea AIM. lournefort, Boulduc, de Jussieu, etc. de s occuper de l analyse des médicamens. Mais , soit que les substances qu’ils soumettaient à leur examen lussent des alimens , des médicamens ou des poisons , ils retiraient toujours les mêmes produits ; la raison en est qu’ils décomposaient toutes ces substances par le feu. On lut donc obligé d’abandonner celte méthode d analyser , et on procéda par les réactifs. C’est par ce moyen que 1 on apprit si la vertu d’un médicament résidait dans un principe fixe ou volatil ; sd agissait par un principe résineux ou gommeux , etc. On apprit aussi par-là à ré- ( une les médicamens sous un moindre volume, a es dépouiller d une partie trop active, et à es (;onner (1 une manière plus convenable. - msi , par exemple , sachant que les purgatifs ( mastiques agissaient par un principe résineux, on a pu les concentrer en ne donnant que les
extraits résineux ; ou au contraire les affaiblir, en ne donnant que les extraits gommeux, ou les fortes décoctions. La chimie procédant ainsi par les réactifs , est souvent utile et nécessaire, mais elle ne l’est pas toujours ; car il y a des substances dont elle ne peut distinguer tes principes actifs. C’est ainsi qu elle n’a pu encore expliquer la manière d’agir des spécifiques : ces médicamens sont hors les bornes de la chimie. Il paraît donc que la manière d’agir des médicamens , dépend de leur organisation intime qui , si elle vient à être changée, leur fait perdre en même teins leur vertu. C’est ainsi que les purgatifs , après de fortes décoctions, ne sont plus purgatifs. Il paraît que la nature a imprimé sur ces substances un caractère médicamenteux, qui échappe à toutes les recherches , et dont nous n’aurons jamais le secret.
3°. On a pensé encore que les ordres établis par les botanistes pourraient éclairer sur les vertus des plantes. En effet, il y a des classes dont presque tous les individus ont les mêmes vertus. C’est ainsi que les chicoracées sont légèrement incisives , apéritives , rafraîchissantes, calmantes ; que les crucifères sont antiscorbutiques; que les ésules, les tithymales , les euphorbes , sont de violens purgatifs , et même vénéneux ; que les graminées sont alimentaires. Mais il ne faut pas trop croire à cet ordre , souvent trompeur : car dans la classe des chicoracées, il y a une plante perfide , qui , à petite dose , est un apéritif actif, mais qui à une dose un peu forte serait dangereuse ; c’est la laitue vireuse ; tandis que les
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mitres chicoracées peuvent se donner à une forte dose sans inconvénient. Toutes les substances papavéraeées ne sontpoint narcotiques; car le pavot qui fournit l’opium même, contient dans ses semences une huile qui n’est point calmante, et qu’on emploie journellement dans l’économie domestique ; huile que l’on a improprement appelée huile cC œillet.
Parmi les solanées , qui sont presque toutes dangereuses , il y en a d’innocentes et même d’utiles ; savoir, la pomme de terre, le melongène , la pommé d’amour. Parmi les crucifères , il y en a qui ne sont point anti-scorbutiques , et il y a des anti-scorbutiques qui ne sont point crucifères , comme l’oseille , utile surtout quand le scorbut marche avec une fièvre un peu
aiguë Parmi lesésules, il y en a quelques-
unes qui ne sont point dangereuses. Parmi les cucurbitacées , d’où on tire les semences émulsives , regardées comme d’excellens rafraîchis-
sans et caïmans, on trouve la fève de S. Ignace, qui est dangereuse. Enfin il y a des substances vénéneuses qui , après certaines préparations, deviennent alimens , comme le manioc, les racines de bryone et d’arum.
4°. Enfin on a cru que l’analogie serait utile. Il y a trois espèces d’analogie: i°. l’analogie animale ; a°. l’analogie chimique ; 3°. l’analogie pratique.
i . E analogie animale est la comparaison des effets des substances sur les animaux , avec es effets de ces mêmes substances sur l’homme. Eette analogie a été souvent utile ; car ce sont es animaux qui nous ont appris l’usage du soufre et du mercure. Leur instinct, plus sûr