DE L A MATIÈRE MÉDICALE
miné : i°. les substances qui nous servent dans leur totalité; 1°. celles qui ne servent que dans quelques-unes de leurs parties. Mais avant tout, nous nous occuperons de certaines substances impondérables bien étudiées par les physiciens et les chimistes qui , plus ou moins universellement répandues parmi les corps de la nature, exercent sur eux , ou sur quelques-uns d’eux , une influence plus ou moins générale , plus ou moins constante , et dont l’action , spécialement dirigée sur l’homme malade et convenablement appliquée, est devenue un moyen, souvent efficace, deguérison. Tels sont: l’électricité, le galvanisme, l’aimant ou magnétisme minéral, le magnétisme animal , le calorique, etc. Nous nous occuperons aussi de l’air et des gaz.
Nous omettons les généralités, parce que les grands principes sont appuyés sur les détails. Nous omettons aussi l’éloge de la partie que nous allons traiter , parce que cela est inutile , quoiqu’on ait coutume de le faire au commencement des cours.
DE L’ÉLECTRICITÉ (i).
Les anciens n’avaient pas d’idée de l’électricité : c’est une des branches des connaissances humaines que les physiciens modernes ont cultivées avec leplus d assiduité et de succès. On observa d’abord que le frottement exercé sur certains corps , tels que lesuccin , les ré-
(0 Electricité vient du grec fat* Ipov , et du latin tla<sirurn , qui signifie ambre jaune ou succin.
4 1) Be l’électricité.
sines, le verre, etc. etc., leur donnait la propriété d’attirer ou de repousser certains corps légers près desquels on les exposait, ou avait pour effet de dégager de ces substances une faible lueur. Ces premiers faits ne furent longtemps regardés que comme curieux et singuliers ; niais dans le cours du siècle dernier on a voulu en découvrir la cause , et nombre > de recherches et d’expériences , toutes plus ingénieuses les unes que les autres , ont amené à la connaissance d’un fluide d’une nature trèssubtile , d’une pesanteur non appréciable , répandue dans l'atmosphère, qui pénètre tous les corps, qui paraît se mouvoir avec une trèsgrande vitesse suivant des lois particulières, et qui produit dans ses mouvemens des phénomènes très-singuliers auxquels se lient , se rattachent les phénomènes les plus extraordinaires et les plus surprenans de la météorologie. Enfin, on a reconnu ou admis que le fluide électrique était composé de deux fluides ( r ) di fférensqui, dans l’état naturel, étaient combinés ensemble et avec des proportions exactes (2) ; qu’il n’y avait de phénomènes sensibles , ou d’électricité, ou d’état électrique, que lorsqu’il s’établissait dans un corps accumulation d’un des deux fluides au-delà des proportions né-
(1) Le professeur Hallé se sert du mot principe .
(2) On avait admis auparavant deux électricités : l’une positive ou vitrée , l’autre négative ou résineuse , et ou avait remàrqué que les substances animées (selon l’expression de M. Haüy) d’une même espèce d’électricité se repoussaient , et attiraient celle qui possédaient l’autre espèce d’électricité.
DF l’ F L E C T 11 I C I T É. 4 :
cessaires à une combinaison complexe , ou lorsque la dissolution de cette combinaison était déterminée par une force extérieure , qu’on peut apeler électro -motrice , suffisante
pour opérer, soitlçdégagementdes deux fluides,
soit le dégagement de chacun deux séparément ; que l’un ou l’autre fluide devenu libre , jouissait d’une force expansive qui tendait à en écarter les parties , les portait à la surface des corps et était cause delà répulsion mutuelle des corps revêtus ou charges d’un fluide de même nature , ou ( les deux fluides ayant une tendance extrême à se combiner ) était cause de l’attraction mutuelle des corps revêtus ou chargés de fluides différens ; (i) que certains corps étaient idio-électriques ou électriques par eux-mêmes, et les autres seulement électriques par communication ou anélectriques (2) ; que 1 électricité de quelque nature quelle fût, tendait continuellement à se porter vers ces derniers , et tendait aussi par leur moyen à se perdre dans le sol, (3) qui est le foyer ou le réservoir commun du fluide électrique; que les corps anélectriques ou conducteurs séparés du vSol ou des corps qui leur sont semblables par des corps idio-électriques ou non conducteurs
, Hallt et Nysten , art. Électricité du Dictionnaire
tics sciences médicales.
(■'*) On les nomme aussi conducteurs ,
(3) Le fluide électrique, dit Haüy, est répandu dans
: U& • ^ terrestre en est comme une source
puisa > e , ce qui a fait donner à ce globe le nom de
tla»?!T<r com/n/i/l ’ lorsque l’on parle de son interventiou -«ns lea phénomènes électriques.
4$ DK l’kLECTII I C I TÉ.
( on dit alors qu’ils sont isoles ), étaient aptes à conserver le fluide électrique, ou, ce qui est la même chose, acquéraient la propriété électrique ; que les corps anélectriques isolés ne s’électrisent que par le frottement avec un corps idio- électrique , etc. etc.
C’est sur le fait bien reconnu du frottement des corps idio-électriques sur les corps analectriques isolés , ayant pour effet l’accumulation du fluide électrique dans ces derniers, que se base la construction des machines électriques qui ont servi à exécuter tant de si belles expériences , et qui ont permis l’application de l’électricité au traitement des maladies. Dans celle qui est aujourd’hui (1) le plus en usage , l’électricité est produite par le frottement qu’exercent plusieurs coussins sur les deux surfaces d’un plateau de verre fixé sur un axe auquel une manivelle que l’on fait jouer imprime un mouvement de rotation. Le fluide électrique , à mesure qu’il se dégage , est attiré par des pointes de fer situées horisontalement à une petite distance d’une des faces du plateau, et de là se répand sur la surface d’un cylindre de cuivre; auquel on a donné plus spécialement le nom de conducteur. Ce cylindre est porté par deux colonnes de verre, qui étant d’une nature non conductrice, s’oppose à la dissipation du fluide dont le conducteur est chargé ; et ledluide ne pouvant d’ailleurs s’échapper à travers l’air environnant ,
(x) Haüy. — Traite élémentaire de physique, toux. 1 , pag. 366.
qui , par sa nature, refuse aussi de le transmettre , s’accumule jusqu’à un certain degré autour du conducteur ; en sorte que , si on en approche le doigt ou un corps quelconque qui soit lui-même conducteur, la présence du fluide électrique s’annonce par une étincelle.
A peine cette partie de la physique, l’électricité, a-t elle été découverte, que la médecine se l est appropriée : mais comme ceux qui l’appliquaient ne connaissaient pas les cas où elle pouvait convenir, ni la manière de l’appliquer , elle eut d’abord peu de succès, et fut longtemps négligée. Aujourd hui elle est redevenue l’objet d’experiences suivies , et on en fait un grand usage en Suède, en Italie, en Angleterre , en Allemagne et en France. Fiiez nous, ce sont MM. de Sauvages et Mauduyt qui Font, d abord , le plus employée.
Effets de ï' électricité . Elle excite le développement et l’élévation du pouls, une turgescence sanguine bien décidée et telle, qu’il survient souvent des hémorrhagies nasales, des hémoptysies chez les sujets qui y sont disposés , des irritations et des faiblesses de poitrine. Les femmes électrisées pendant un peu de temps éprouvent le flux menstruel , et c est le plus puissant emménagogue que l’on connaisse. Ainsi le fluide électrique, en s’insinuant dans l intérieur , augmente la sensibilité , occasionne la turgescence, donne du développement à la circulation. C’est donc un moyen qui peut être utile dans quelques circonstances.
L électricité ne convient jamais dans les ma- Tome I. O
ÔO DE i/lÜLEC TRI CITÉ.
ladies inflammatoires, chez les gens pléthoriques, parce qu’alors le sang se portant à la tète, occasionne des accidens graves : on en a •vu tomber en apoplexiesousle coup électrique. Elle ne convient point dans le cas de faiblesse et de délicatesse de poitrine, lorsque les vaisseaux pulmonaires ne peuvent résister à une certaine impétuosité du sang. Si elle élait nécessaire dans ces cas, il faudrait faire précéder quelques précautions. Elle peut convenir dans quelques circonstances de maladieschroniques, mais non dans lep suppurations intérieures , comme la phthisie pulmonaire et autres : elle augmenterait alors les accidens, Elle ne convient point non plus dans les maladies d’engorgement, conyne les obstructions du foie, de la rate, des autres viscères , qui dépendent de l’action d’un virus, telles que la vérole, les dartres , etc. etc. MM. de Haèn et Mauduyt l’ont essayée sur des écrouelleux qui avaient clés engorgemens à l’intérieur et à l’extérieur, et l’ont toujours trouvée inefficace. Mais elle convient dans quelques maladies provenantes de spasme, d’ataxie nerveuse, dans quelques paralysies. Ce fut dans cette maladie qu'on y essaya d’abord, parce qu’on avait vu que le fluide électrique hâtait la marche des liquides dans les tubes capillaires; mais c’est moins par cet effet qu’en augmentant la sensibilité, l’irritabilité et le ton des organes, qu’elle a quelques succès. Dans les paralysies très - anciennes et invétérées, l’électricité est inefficace ; aussi MM. Lassône ,. Morand, Nollet , qui 1 employèrent d’abord sur de vieux invalides depuis long-temps paralytiques, n en retirèicnt
pe l’électricité. 5l
aucun avantage. Mais dans les paralysies nouvelles qui n’ont point une cause mécanique, comme une tumeur, etc., ni une désorganisation de muscles, qui dépendent seulement d’un, défaut de ton et de sensibilité momentanée, le fluide électrique est alors d'un grand secours. M. de Haën rapporte beaucoup de guérisons de paralysiesqui dépendaient de la répercussion de la petite vérole, de la rougeole, de la gale, etc., M. Maudnyt assure en avoir vu de bons effets quand il l appliquait de bonne heure dans les paralysies métalliques, les tremblemens des doreurs, des plombiers, de ceux qui manient le cuivre. Elle est bonne encore dans les paralysies qui ont lieu par répercussion de transpiration; comme aussi dans la paralysie qui uit l'apoplexie séreuse, et dans les apoplexies purement nerveuses. L'électricité appliquée sur le raphé a guéri une incontinence d'urine due à la faiblesse de la vessie et à la paralysie de son sphincter On vante beau-
coup l’électricité dans l’épilepsie; quelques demi succès ont fait crier victoire , et on les a publiés avec l’enthousiasme du charlatanisme. Quelques épilepsies ont éprouvé de la diminution par ce moyen; quelques-unes ont été guéries, je l’ai vu; mais d’autres ont été rebelles, et même plusieurs rendues plus rapprochées et plus fortes. Il y a des épilepsies trèsanciennes qui sont identifiées avec le sujet; cette habitude nerveuse tient, pour ainsi dire, à son existence : telles sont les épilepsies héréditaires, celles qui existent depuis lenfance; elles sont absolument incurables. Il en est de même pour celles qui dépendent d’une cause
$2 de l’ électricité.
organique dans l’intérieur du crâne, qui excite une pression sur le cerveau et les nerfs. L’électricité ne convient pas, ou au moins demande beaucoup de précautions et de remèdes accessoires, dans les épilepsies qui dépendent d’un afflux du sang vers la tête ; on voit en effet que les épileptiques éprouvent des accès plus rapprochés et plus forts vers le printemps et l’été par l’expansion du sang. Dans les épilepsies qui ne sont point anciennes, qui sont purement nerveuses, suite de frayeur, l’électricité peut quelquefois réussir; j’en ai vu quelquesunes de ce genre ainsi guéries. Il faut que les accidens ne soient pas revenus depuis plusieurs années, pour être sûr de la guérison; car on a souvent été trompé, parce que les accès revenaient à des intervalles plus éloignés, étaient plus faibles, et même discontinu aient tou t-à-fait: on les croyait guéris; mais au bout d'un certain temps ils revenaient avec la même intensité;, c’est ce qui prouve qu’il faut insister long-tempssurce moyen (1). Dans la catalepsie, j’ai vu réussir une fois l’électricité. Une malade avait eu plusieurs maladies aiguës , dont la dernière s’était terminée parla catalepsie, qui
* ( i ) Il faut insister long-temps sur ce moyen, non-seulement à cause des intervalles irréguliers et plus ou moins longs des accidens, mais encore parce qu’il est difficile de savoir , dans ces cas-là , si la cure est opérée , ou bien si la cessation actuelle des accès n’est pas un intervalle plus prolongé que les autres. C’est ce qui doit rendre dans certaines circonstances l’application de ce remède bien fastidieuse , eu égard à la longueur de son usage , et à l’incertitude éternelle r et du malade , et de celui qui le traite.