Tome I
conductrice du calorique. De même , en rappelant un cas déjà cité , lorsque dans les hémorrhagies on conseille les boissons froides ou glacées , ou les médicamens astringens ou styptiques , on a soin de vêtir le malade avec les étoffes les plus légères et les plus conductrices du calorique (i).
C’est surtout à l’extérieur que le calorique s’applique utilement comme moyen thérapeu~ tique. Pour exciter une forte transpiration, on expose le corps à une atmosphère surchargée de calorique dans les étuves , ou on le plonge dans un bain très-chaud. Est-on amené par des indications bien précises à exciter dans l’organe cutané le système capillaire sanguin, on expose le malade aux rayons solaires ou à l’ardeur d’un feu alimenté par des substances propres à produire une grande flamme ; ou bien, si l’on veut agir sur une surface limitée, circonscrite, sur un point donné, on présente devant la partie un charbon allumé, ou un morceau de fer ou de platine chauffé au blanc : c’est ce qu’on appelle le cautère objectif. On s'e sert de l’eau bouillante lorsqu’il s’agit d’établir une prompte vésication. Pour- cautériser au moyen du calorique , on emploie 1# cautère actuel ou le feu (2).
(1) Les toiles tissues de fil de chanvre ou de lin sont plus conductrices du calorique que les toiles tissues de fil de coton. Les étoffes de laine sont peu conductrices du calorique. Les étoffes fines et serrées sont aussi moins conductrices du calorique que celle qui sont grosses et lâches.
(a) On peut aussi cautériser au moyen des rayons solaires réunis, concentrés par un verre lenticulaire*
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Les anciens faisaient un grand usage du feu. Hippocrate le regardait comme un moyen trèspuissant dans beaucoup de circonstances; quæ mediccunenta non semant, dit- il, ferum sanat , quæ ignis non sanat , ea insanabilia dici possunt. Paul d’Egine , Ætius , etc. , Font beaucoup recommande, et on en a fait pendant long-temps un usage non interrompu. Cependant , dans les derniers siècles , l’usage en devint plus rare , et on le regarda même comme dangereux ; aujourd’hui on le regarde comme très-utile dans quelques circonstances. Hippocrate Fa présenté comme un moyen sûr dans beaucoup d’anciennes migraines, de céphalées invétérées, de gouttes sereines. Tous les médecins qui sont venus après lui ont répété la même chose; ce qui a engagé les modernes à en faire alors usage.
Le feu (i) est utile dans le cas de tumeurs molles et indolentes, d’anciens* ulcères invétérés et rebelles. Il est bon encore dansquelques tumeurs cancéreuses non très-considérables, mais peu volumineuses. M. Faure en rapporte plusieurs observations dans les Mémoires de l’Académie de chirurgie ; et M. Le Comte , maître en chirurgie à Arcueil, dit (dans le premier volume des Mémoires de la Société de médecine) , avoir guéri ainsi une tumeur cancéreuse située à la commissure des lèvres.
La chirurgie actuelle emploie beaucoup
(1) On ne peut parler du feu appliqué au traitement des maladies externes sans citer la pyrothecuie du professeur Perey. C’est l’ouvrage le plus complet, peut-être, qui existe sur cette matière.
le feu dans les maladies des os, surtout dans les caries des os spongieux, et c’est un des meilleurs moyens. De même aussi dans les tophus osseux ; et M. Petit rapporte des observationsd’exostoses siphilitiques qui n’ont cédé qu’au feu, quoique les moyens spécifiques eussent été auparavant mis en usage , et eussent guéri les autres symptômes. Le feu est encore bon pour arrêter la gangrène et borner ses progrès. Appliqué dans le charbon dès le commencement, il arrête le développement de la pustule gangréneuse , empêche la résorption à l’intérieur, et la mort. Employé dès le commencement pour brûler les anthrax pestilentiels, il arrête et étouffe la peste dans son commencement. 11 est utile dans les érysipèles gangréneux ; et des panaris commençans sont guéris comme spécifiquement par ce moyen. On l’applique avec succès dans le moment de la morsure des animaux enragés ou venimeux ; il semble alors neutraliser le virus. Le cautère actuel mérite la préférence sur le potentiel , dans le cas de tumeurs cancéreuses , qui s’attaquent dangereusement par le cautère potentiel (i), parce que celui-ci agit lentement, laisse un principe d’irritation qui favorise le développement du cancer. Le cautère potentiel n’est à préférer au cautère actuel que lorsque le mal siège dans des parties où l’actuel ne peut être appliqué, comme dans les
(i) Le cautère potentiel est l’application sur la peau des substances escharotiques , telles que la potasse caustique, ]g nitrate d’argent tondu , etc. Le cautere actuel est 1 application du fer rouge.
aphthes cîu fond de la bouche , dans 1 angine gangréneuse , dans l’ozène , le polype des narines ., dans les ulcères de l’orifice de la matrice. Le cautère actuel peut être appliqué sur les petites tumeurs cancéreuses du vagin. J’ai, connu une femme qui était attaquée de cette maladie, et qui en moins de trois applications fut guérie , et s'est bien portée depuis. Malgré tous les avantages mentionnés du cautère actuel , on emploie plus souvent le potentiel , par la crainte des douleurs que le premier inspire aux malades.
Le feu proprement dit, ou le moxa (i) , s’applique au moyen d’un cylindre de coton roulé dans une bande de linge fin et serré avec du fil- Le cylindre a ordinairement un pouce de hauteur sur un peu moins de diamètre. On met le feu à la partie du cylindre opposée à celle qui est posée sur la partie qu’on veut brûler , et on entretient la combustion en soufflant légèrement avec un écran, un éventail, ou mieux encore avec un petit soufflet construit exclusivement pour cet usage.