‹ Cours élémentaire de matière médicale, suivi d'un précis de l'art de formuler de Desbois de RochefortChapitre 41 sur 94 · DE L’AIR · texte numérisé non relu

DE L’AIR

L’air est un fluide élastique, permanent, incolore, et d’une transparence parfaite, et constitue en partie l’atmosphère au milieu de laquelle nous vivons. A quelques variations près, sa pesanteur est à celle de l’eau comme 12 est à 1000.

(i) Le moxa nous vient des Egyptiens et des Indiens. L est , chez eux , un cône fait avec une espèce de substance cotonneuse que fournit une armoise. Au défaut de celte substance , les Européens emploient le coton.

L’air n’est point une substance simple ou élémentaire, comme on l’a cru long-temps; mais un composé de trois gaz qui y sont dans des proportions bien différentes. Les dernières analyses ont montré qu’il contenoit sur 100 parties environ 77 parties de gaz azote, 22 de gaz oxygène (1), et une de gaz acide carbonique (2).

Les usages que remplit l’air par rapport à nous sont les suivans : i°. il sert, par sa pesanteur, à comprimer la surface des corps, a maintenir les fluides dans leurs cavités , et à donner plus d’action aux solides ; 20. par sa transparence et sa densité , il transmet la lumière en lui faisant subir certaines réflexions et réfractions qui la disséminent dans l’atmosphère ; 5°. son élasticité le rend propre à partager les vibrations des corps sonores , et à en porter l’impression sur l’organe de l’ouïe ; 4°. il se charge des émanations odorantes qui traversent avec lui les fosses nasales, et vient agir sur la membrane pituitaire ; 5°. il entretient l’évaporation des fluides exhalés ; 6°. comme mauvais conducteur du calorique, il favorise la conservation de la température du corps : 70. enfin , par les élémens qui le composent , il entretient la vie en entretenant la respiration.

Ce que nous venons de dire sur les proprié t és physiques et sur les principaux usages de l’air

(1) Autrement dit air vital. C’est Y air déphlogistiquë des anciens chimistes.

(2) Air méphitique ou air fixe de l’ancienne nomenclature.

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ne s’applique qu’à l’air considéré dans son état de pureté. L’air que nous respirons, au milieu duquel nous vivons, ou l’air atmosphérique, est essentiellement composé de l’air pur dont nous venons de parler, plus , du calorique 5 des fluides électrique et magnétique, de lumière , d’eau vaporisée, et d’exhalaisons diverses.

Les considérations sur la température , l’humidité ou la sécheresse de l’atmosphère , et sur les qualités quedoivent lui imprimer les fluides divers qui le traversent , ou les exhalaisons dont il est le véhicule , rentrent bien en grande partie dans le domaine de l’hygiène ; cependant elles reçoivent quelques applications à la thérapeutique. Qui ne reconnaît l heureuse influence que peut avoir l’atmosphère natale? Elle seule, dans certains cas désespérés, a ramené à la vie , sans autres secours, des malheureux que consumaient la langueur, le marasme. L’air sec, ou peu chargé d’eau vaporisée , convient peu aux phthisiques; tandis que l’air surchargé d’exhalaisons animales (l’air des étables) semble leur convenir. L’atmosphère, plus ou moins surchargée d’électricité, a aussi une action évidente sur les malades, et peut déterminer des crises ou des accidens. L’air des montagnes a des qualités différentes de celui des plaines basses, des prairies et des bois; et, sous ce rapport, le séjour des malades dans un lieu élevé ou bas, près des bois , ou au milieu des plaines, n’est souvent pas une chose indifférente pour le rétablissement plus ou moins

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prompt, plus ou moins complet de la santé (1). On peut établir, d’une manière générale, que l’air a une influence réelle sur la santé , et permet des applications au traitement des maladies, non-seulement par les différens fluides qui le traversent , et par les diverses substances dont il est le véhicule ; mais encore par ses élémens, qui peuvent varier dans leurs proportions, et par certaines qualités qui lui sont propres , et qui sont aussi variables, selon l’élévation , les climats, les saisons, etc.

Les gaz, ou fluides aériformes ou fluides élastiques permanens, sont des dissolutions de différens corps dans le calorique. Ils conservent leur élasticité sous les plus fortes pressions , et aux degrés les plus bas de température qu’on puisse leur faire subir. C’est en cela qu’ils diffèrent d’un aütrç ordre de fluides , appelés fluides élastiques non -permanens, ou vapeurs , et qui proviennent de la vaporisation de l’eau, de l’alkool, de 1 éther, etc. Parmi les gaz que la nature fournit (tels .sont ceux qui entrent dans la composition de l’air)

(1) On a parlé des bains d’air, ou de l’exposition dans des étuves sèclies, dont la température peut être élevée à un très-haut degré; mais il semble plus naturel de regarder ces sortes de bains comme autant d’applications du calorique. L’air n’est ici que véhicule du principe employé ou mis en action.

et que la chimie a composés, il y en a quatorze qui exercent une action sensible sur l’économie animale, en opérant des changemens notables dans l’ordre ou l’harmonie des fonctions, et qui dès-lors font partie du domaine de la matière médicale : mais parmi eux , il ne faut citer que l’oxygène , l’azote , le gaz acide carbonique , le gaz hydrogène carboné, le gaz oxyde de carbone, le gaz hydrogène sulfuré, De tous les gaz, l’oxygène seul est respirable; les autres sont éminemment irritans et délétères (i).

Gaz oxygéné (2). Ce gaz est sans couleur, sans odeur et sans saveur. Plus pesant que l’air atmosphérique , il possède, à un plus haut

(r) C’est sur cette considération que le docteur Savary, dans l’article Asphyxie du Dictionnaire des Sciences médicales , a établi ses trois dernières classes d’asphyxies : l'asphyxie par gaz non respirables , 1’aspltyxie par gaz irritans , et l'asphyxie par gaz délétères.

(2) Air déphlogistiqué , air vital , etc. ; principe sorbile, 0 xigine de Lavoisier. Il faut distinguer le gaz oxygène de son radical , qu’on n’a pas encore obtenu dans l’état solide ou concret, mais auquel cependanton a pu reconnaîtrequelques propriétés particulières. « Quant aux propriétés que fait » naître l’oxygène en le fixant , dit Fourcroy ( Syst . des 'Con- » naissances chimiques ) , à l’état liquide ou solide dans les

• différens corps avec lesquels il a de l’attraction , il est

* bien évident que celles que les composés oxygénés ac— » quièrent par la Ji.r.ation de ce principe, qu’ils n’avaient » pas auparavant , et qu’ils perdent lorsque ce principe » s en sépare, peuvent être regardées comme lui appar- » tenant , ou au moins comme produites par 'sa présence , " f propres à le caractériser jusqu’à ce que l’on puisse

1 examiner seul et pur ». Ces principales propriétés sont :

0° n R S GAZ.

degré que lui et les autres fluides élasliques, la propriété de s’échauffer ou de dégager de la lumière. Comme ou l’a vu plus haut, il entre à peu près pour un cinquième dans la composition de l’air atmosphérique , dont il est la seule partie respirable, et qui, par lui , entretient la vie des animaux , fait brûler le bois, le charbon et tous les corps combustibles , altère ou rouille les métaux. Le gaz oxygène est aussi 1 un des élémens de l’eau.

Beaucoup d’auteurs se sont occupés de recherches, d’expériences, d’observations sur l’application thérapeutique du gaz oxygène. On a proposé d’employer ce gaz pour combattre l’asthme, la coqueluche, le scorbut, la chlorose les scrophules , le carreau, le rachitis, l'hydrothorax , certaines fièvres endémiques de la classe des intermittentes et des adynamiques(i).

i°. la sayeur aigre, acide, qu’il communique aux substances avec lesquelles il se combine; 2°. la coloration des matières minérales ou végétales , auxquelles il s’unit ; 3°. l’épaississement, la coagulation, la concrétion et la force concrescible qu’il développe ou fait naître dans les matières organisées. — De la saveur , procurée par l’oxygène, dit encore Fourcroy, découle un genre bien remarquable de propriétés ; c’est la puissance médicamenteuse d’une part , et l'âcreté caustique bu vénéneuse de l’autre. La première est le minimum de la seconde ; et , dans l’action des caustiques , l’oxygène quitte manifestement ces corps pour se porter sur les organes animaux qu’il brûle et qu’il détruit.

(i) C’est ici le cas de parler d’une heureuse application que le professeur Hallé a faite, sur l’éditeur, de l’oxygène saturant par excès l’acide muriatique , autrement dit , de

Mais c’est principalement contre la phthisie pulmonaire que l’oxygène a été préconisé. Malheureusement les succès qu’on a cru obtenir ont été souvent et puissamment contredits. Quand l’oxygène, sous le nom de gaz dé phlogistiqué , a dit un très-célèbre praticien (i), parut , alors on l’appliqua à la phthisie pulmonaire et on vanta ses bons effets. Ils étaient, prétendait-on, fondés sur l’observation : c’est la pierre de touche de tous remèdes nouveaux. Aujourd’hui que la théorie nouvelle voit dans le phénomène de la respiration ce qu’on n’y voyait pas alors, les bons effets de l’oxygène dans les maladies du poumon ont disparu , et l’observation , toujours docile , le prouve aussi. En supposant tous les hommes véridiques, que penser ou des théories, ou des observations ?

L’oxygène, considéré comme substance mé-

l’acide muriatique oxygéné. Le fait en question est trèsprobablement celui rapporté dans l’ouvrage de Guy ton de Morveau ( Traite des moyens de désinfecter l'air , 1801 , §. 126, p. 196.) «Des douleurs de tête, et des douleurs opiniâtres , en apparence rhumatismales , accompagnées d'une grande faiblesse et d'une sorte de fièvre erratique , qui paraissaient être la suite d’un travail anatomique long-temps continué sur des cadavres infects, et qui avaient été inutilement combattus par les moyens les plus efficaces que semblaient indiquer les circonstances , ont disparu promptement par l’usage d’une demionce d’acide muriatique oxygéné , étendue dans un litre d eau. Celte dose a été prise en moins de huit jours. Dès lé second jour, on put remarquer une amélioration sensible , qui fut toujours croissante. La dose indiquée fut cependant renouvelée une seconde fois.

(0 L’éditeur de la première édition de cet ouvrage.

dicamenleuse , est donc actuellement presque entièrement abandonné ; et si , dans quelques cas extraordinaires , et principalement dans ceux où on pourrait croire que la cause matérielle d’une maladie peut dépendre d’une atonie générale ou d’une atonie particulière à l’organe pulmonaire, on se permet encore d’employer l’oxygène, du moins est-il bien reconnu que, pourlaphthisiepulmonairenommément, l’insufflation de ce gaz est non-seulement inutile, mais encore souvent nuisible. Quelle que soit l’excellence d’une méthode curative, dit le docteur Alibert (Elémens de Thérapeutique') , dans la phthisie pulmonaire, il devient absolument impossible de remédier à la destruction du poumon , et une cause aussi matérielle est au-dessus de tous les moyens.

Azôte. — Le gaz azote est aussi nommé gaz nitrogène , air phlogis tiqué , air vicié , gaz ou mofette atmosphérique , gaz alkaligéne , etc.

L’azote est un des principes constituans de l’air atmosphérique; c’est une substance jusqu’ici indécomposée. Plus léger que l’air atmosphérique , il n’est point respirable , et éteint les bougies allumées : il est insoluble dans l’eau.

C’est principalement en raison de sa propriété non respirable que le gaz azote exerce une mauvaise influence sur l’économie animale : cependant quelques observateurs ont cru être autorisés à attribuer à ce gaz une action débilitante sur les organes, et, en particulier, sur le système musculaire, dont il

diminue la contractilité. Le professeur Halle a cru observer que les muscles , chez ceux qui sont asphyxiés par l’azote, étaient peu susceptibles de se contracter par l’action galvanique; ce que n’admet point le docteur Nysten.

Le docteur Mare a entrepris des expériences sur l’application du gaz azote, dans le traitement de la phthisie pulmonaire; il pensait que ce gaz, par ses propriétés négatives, était moins propre que l’oxygène à accélérer la décomposition , la destruction du poumon ; mais ses recherches n’ont pas eu des résultats aussi heureux qu’il pouvait le désirer.

Des recherches faites par M. Dupuytren ont prouvé que le gaz azote est une des causes de plomb ou asphyxie des fosses d’aisance. Le principal remède à opposer à cette espèce d’asphyxie, est l’exposition à l’air atmosphérique. Les asphyxiés reviennent alors promptement à la vie, lorsque l’asphyxie n’est que commençante. On a employé avec succès les stimulans, par frictions principalement , lorsque l’asphyxie très-pro longée laissait à peine un souffle de vie.

Gaz acide carbonique. — Ce gaz était autrefois appelé gaz méphitique , air fixe , acide aérien , acide crayeux , etc. Il est invisible , do une une saveur aigrelette et une odeur légèrement piquante; il éteint les corps en combustion : il est plus pesant que l’air atmosphérique. Il se mêle assez facilement avec l’eau ; plusieurs eaux minérales, naturelles ou artificielles en contiennent. Il asphyxie les animaux seulement par sa qualité non respi-

rable , et c’est à tort qu’on avait imaginé, le confondant, soit avec les gaz asphyxians qui s’exhalent des fosses d’aisance et des égouts , soit avec les gaz produits par la combustion du charbon , qu il charriait avec lui une matière vénéneuse délétère ( i ) .

Cet air a été regardé comme très utile dans les maladies putrides , pour arrêter les maladies cancéreuses , et dissoudre la pierre. Il y a trente-cinq ans que c’était la manie en Angleterre d’employer le gaz acide carbonique, alors connu comme gaz méphitique dans les fièvres putrides ; on le donnait en boissons, étendu dans de l’eau , et en lavement. MM. Percival et Hunter ont vanté l’ air fixe dans quelques maladies des reins pour dissoudre les matières visqueuses , graveleuses y et même la pierre. Ils faisaient prendre des eaux chargées d'air jixe , des potions salines avalées dans le moment de l’effervescence ; mais la pratique n’a pas soutenu ces opinions, et X air jixe est aujourd’hui abandonné comme lithontriptique.

MM. Targioni, Maret, etc. , ont vanté X air fixe comme anticancéreux. On l’a éprouvé à Paris, j’en ai été témoin; mais ce remède n’a eu que des succès momentanés, et point de constans.

Le gaz acide carbonique dissous dans l’eau , soit naturellement dans certaines eaux minérales , soit artificiellement dans les eaux gazeuses factices, est rafraîchissant, diurétique, antiseptique, et, selon quelques-uns, antispas-

(1) Telle était l’opinion de Desbois de Rocbefort lui même.

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