‹ Cours élémentaire de matière médicale, suivi d'un précis de l'art de formuler de Desbois de RochefortChapitre 58 sur 94 · Tome. T · texte numérisé non relu

Tome. T

L’alkali volatil ne se trouve point tout forme clans aucun règne de la nature : si le sel ammoniac (1) en fournit, ce n’est qu’après quelques préparations.

Pour extraire (2) le gaz ammoniac du muriate d’ammoniaque , on pulvérise séparément parties égales de ce sel et de chaux vive ; on les mêle ensemble , et on en remplit presque entièrement une petite cornue de verre , au col de laquelle on adapte un tube recourbé. On place cette cornue dans un fourneau , muni seulement de son laboratoire , et on le chauffe graduellement ; bientôt la chaux s’empare de l’acide muriatique du muriate d’ammoniaque , fait du muriate de chaux qui est fixe, et met en liberté l’ammoniaque qui se dégage sous forme de gaz. Ce gaz est recueilli dans des flacons aux trois quarts remplis d’eau distillée, qui le dissout très-facilement, et s’en sature.

Les végétaux n’en fournissent pas , même les crucifères, comme on l’avait dit. Le règne animal n’en fournit pas non plus de tout formé , mais il résulte de la putréfaction des substances animales. On a donné à l’alkali volatil différens noms : on l’a appelé esprit de sel ammoniac, de sang humain , d’urine , de corne de cerf; alkaii fluor.

Propriétés de V Alkaii volatil. — Il est stimulant, irritant, mais d’une manière moins forte , moins fixe et moins dangereuse que l’alkali fixe. Il est sudorifique , à raison de sa volati-

(1) Muriate d’ammoniaque.

(2) Voyez Thénard , ouvrage cité. ]

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îité : les alkalis fixes ne le sont pas. Ceux-ci sont diurétiques; l’alkali volatil ne l’est pas. On l’a employé dans quelques maladies aiguës ; il ne convient pas dans celles qui sont inflammatoires ; mais il est utile, par exemple, dans les fièvres putrides qui existent sans caractère inflammatoire , et qui sont accompagnées d affaissement , quand la peau paraît manquer d’action , et que la crise ne peut avoir lieu par les sueurs, voie qu’affecte souvent la nature dans cette maladie. Il est utile aussi dans quelques fièvres malignes lentes , dans la petite vérole et autres fièvres éruptives, quand le sujet est sans force, que la peau est molle et inactive, que l’éruption est difficile par cette faiblesse, qu’elle a de la peine à se compléter, que la suppuration tombe, que les boulons s’affaissent, et que l’éruption est rentrée. Alors l’alkali volatil agit en stimulant', sans trop échauffer. C’est un excellent sudorifique prompt, tel qu’il le faut dans ces maladies éruptives rentrées. L’alkali volatil est encore utile quand il y a une matière mobile qu’il est bon de déloger par la peau, comme dans les affections rhumatisantes un peu lentes. Van- Swieten s’en servait pour rappeler la goutte aux pieds. Dans ce cas, il faisait prendre un pédiluve chaud, et de demi-heure en demiheure, 8 ou 10 gouttes d’alkali volatil dans une potion sudorifique. On l’a aussi employé dans les maladies ecrouelleuses ; mais comme la matière de ces maladies est tenace et visqueuse, et comme c’est un remède très-prompt et très-passager, à cause de sa grande volatilité , il réussit moins dans ce cas que les al-

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kalis fixes. On l’a employé comme antiseptique à l’intérieur, dans quelques fièvres putrides avec dissolution ; mais l’esprit de mindèrèrus , qui est l’alkali volatil uni à l’acide du vinaigre, est alors un meilleur antiseptique. On met en usage l’alkali volatil dans les maux de gorge gangréneux , aphtheux , quand le mal attaque des parties profondes, où les gargarismes ordinaires ne peuvent parvenir.

Dans une solution de sel ammoniac, on jette de la solution ééalkali fixe végétal, ou de chaux ; alors l’alkali volatil se dégage et s’échappe en vapeurs : ce sont ces vapeurs que l’on reçoit dans la bouche ; elles sont trèspénétrantes, et excitent une prompte cicatrisation. Comme antispasmodique , on l’a employé à l’intérieur et à l’extérieur. Il peut être bon pour les femmes, chez lesquelles les odeurs les plus fortes conviennent dans ce cas.

L’alkali volatil est le spécifique de la piqûre de quelques insectes, et surtout de la vipère. Ce remède est dû à M. Bernard de Jussieu : il l’essaya sur un étudiant qui fut mordu par une vipère, à une herborisation de Montmorenei. Il lui en fit prendre à l’intérieur, et en lava la partie mordue, ce qui guérit le malade. Ce ne fut pas l’alkali volatil pur qu’il employa alors, mais Veau de Luce , qui est un mélange d’alkali volatil et d’huile essentielle de succin. Elle réussit mieux que l’alkali volatil pur, parce que les symptômes qui suivent la morsure de la vipère sont spasmodiques, et que l’huile essentielle de succin est antispasmodique : cependant, au besoin, il peut suffire seul. On avait cru que, dans ce cas de morsure de ta

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vipère, l'alkaîi volatil agissait comme sudorifique; mais à tort, puisque les autres sudorifiques n’ont pas eu le meme succès : de plus, donné à des personnes dont la morsure datait de trois à quatre jours, il les a retirées en peu de temps des portes de la mort.

Sa manière d’agir est jusqu’ici inexplicable. L’alkaîi volatil est aussi très-utile dans les piqûres de guêpes et d’autres insectes ; alors il suffit à l’extérieur , et il n’est pas nécessaire d’en prendre à l’intérieur ; l’alkaîi volatil a encore passé pour spécifique dans les maladies vénériennes : le docteur Sanchès a eu le premier cette idée, et M. Peyrilhe a fait sur le même sujet une fort belle dissertation. Mais 1 observation pratique n’a point répondu à cette théorie ; je l’ai employé sans succès.

A 1 extérieur, 1 alkali volatil est donc mis en usage contre la morsure de la vipère , les piqûres d’insectes.

On l’emploie aussi comme discussif et résolutif dans les affections rhumatisantes lentes et anciennes, il est alors très-utile. On peut former avec lui un Irès-bon litus de la manière suivante :

% Huile d’olive 3 onces.

Alkali volatil r gros.

Eau thériacale .... demi-gros.

Camphre <20 grains.

que 1 on fait fondre dans l’eau thériacale.

Ce remède réussit, non dans les rhumatismes aigus et inflammatoires, mais dans le rhumatisme chronique ; dans les engorgement laiteux nouveaux (non dans les anciens), au

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sein on ailleurs. Ce litus est dû à Fuller, don! la pharmacopée est très-bonne.

L’alkali volatil , appliqué par le moyen d’un linge qu’on en imbibe , sur les brûlures, avant que l'inflammation et les vésicules aient eu lieu , empêche l’un et l’autre de ces accidens , de même que les linges trempés dans l’espritde-vin.

Il y a près de trente ans qu’il parut dans le public une brochure qui annonça l’alkali volatil comme spécifique dans les apoplexies et les asphyxies. Comme les autres stimulans, il est dangereux dans l’apoplexie sanguine : il suffirait pour la produire dans un sujet qui serait sur le point d’en avoir une attaque , et il augmenterait l’effort du sang vers la tête, quand l’apoplexie a lieu. Au lieu de ce moyen , il faut employer la saignée du pied, les lavemens, les émolliens , éloigner tous les irritans et les échauffans. Dans l’apoplexie séreuse , il ne convient pas dans le moment même, mais après les vomitifs et les forts purgatifs, il peut être bon comme sudorifique et stimulant.

Dans l’asphyxie où il y a langueur générale, même des fonctions vitales, qui oublient, pour ainsi dire, de se faire, où il n’y a point de pouls ni de respiration , maladie qui est une véritable image de la mort , l’alkali volatil peut être d’un grand secours , non comme spécifique , mais comme stimulant et irritant; de sorte que d’autres moyens peuvent aussi bien remplir ces indications , comme l’acide sulfureux, les stimulans mécaniques , l’air libre et pur, comme stimulant , etc.

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Manière cT employer VAlkali volatil. — L’ai- Jkali volatil se prescrit le plus souvent étendu dans une potion, et mieux dans de larges véhicules, qui augmentent sa propriété sudorifique, comme dans une forte infusion de fleurs de sureau, de scordium , dans le cas de maladies éruptives rentrées. Si la déglutition était empêchée (i), on donnerait l’aifeali volatil en potion, par exemple, 20 ou 3o gouttes sur 5 ou 6 onces de potion , dont on prend une cuillerée d’heure en heure. Comme ce remède est très-volatil , on ne le mêle dans la potion qu’au moment où le malade va la prendre : alors on en met chaque fois 8 ou 1 o gouttes. Quand on le donne comme antiputride , c’est dans une forte décoction de quinquina ou d’autres aromatiques forts. A l’extérieur, l’alkali volatil s’applique rarement seul , mais uni aux huiles grasses, comme dans le litus ci-dessus. On peut i’appliqtier seul dans le cas de piqûre d’insectes et de morsure de vipère ; cependant il réussit mieux quand il est uni à quelque huile essentielle.

* (1) Sans doute l’auteur n’a pas entendu ici la déglutition impossible, puisque dans ce cas , la potion même ne serait pas avalée par le malade. Peut-être l’auteur penset-il que dans cette circonstance, l’alkali volatil serait absorbé par tous les pores de la cavité de la bouche et des organes qui s’y rencontrent , et que la potion que le malade ne peut avaler 11’est qu’un moyen de lui donner 1 alkali volatil sous une forme qui empêche sa causticité , étant ainsi étendu et masqué dans un véhicule quelconque.

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