SAVONS
Le savon (i) est un compose qui résulté île la combinaison d'une des bases salifiables alkalines avec une huile grasse végétale ou animale, ou avec la graisse. On nomme savonnule la combinaison d’une de ces mêmes bases salifiables avec une huile essentielle. — Parmi les savons, il n’y en a que trois qui soient solubles dans l’eau, et qui, utiles aux arts, soient mis en usage par les médecins: ce sont les savons à base de soude, à base de potasse , et à base d’ammoniaque. Le premier est toujours solide, le second toujours mou; le troisième a reçu le nom de savon volatil, en raison de la qualité pénétrante et ammoniacale qu’il possède.
Le savon employé en médecine est blanc. Il se fait avec de l'huile d olives ou d’amandes douces : on appelle ce savon , savon de Venise , d* Alicante , de Provence , d’ Espagne. Il y en a aussi de noir, fait avec les huiles les plus communes, commede noix, de chenevis, de navet, de colza , etc. Ce savon est appelé savon vert , savon de Flandre , de Bruxelles , de Picardie : il ne s’emploie qu’à l’extérieur.
Le savon médicinal doit être très- blanc, point fait dans les vaisseaux de métal , surtout de cuivre, parce que l’alkali décomposant une partie dè ce dernier métal, le savon acquiert une qualité vénéneuse , et excite des envies de vomir, des coliques : c’est de que produit surtout le savon du commerce. Le savon médici-
(0 Y oyez Thénard, Traité de Chimie élément, tome 3.
nal doit , de plus, être fait depuis un certain temps, pour que le mélange des ingrédiens soit parfait. La preuve que ce mélange est tel qu’il le faut, c’est la dureté et la fermeté du savon.
Propriétés du Savon médicinal. — Le savon est regardé comme un excellent fondant et dissolvant de la lymphe et de la hile ; c’est pourquoi il convient dans la langueur, la faiblesse de l’estomac et des intestins , le défaut d’appétit, les coliques, les douleurs abdominales considérables , les affections dysentériques muqueuses. 11 convient aussi dans le carreau. On a vu des carreaux anciens, rebelles à d autres moyens , céder au savon.
Le savon convient encore dans les jaunisses lentes , causées par le défaut d’action du foie ; mais il ne convient pas dans les jaunisses aiguës, ni dans celles qui sont occasionnées par la dissolution , ou qui existent avec fièvre. On a observé que des calculs biliaires, renfermés dans des bocaux, s’y fondaient (j). Lors donc que l’ensemble des symptômes indiquera les calculs biliaires commençans , on pourra employer le savon avec confiance. Le savon convient encore dans certains engorgemens de la rate. Dans les catarrhes chroniques de la vessie, le savon est aussi très-bon ; mais dans les suppurations des voies urinaires il serait dangereux. On a beaucoup vanté le savon comme lithontriptique ; mais les expériences chimi-
(i) Les concrétions biliaires ne sont qu’en partie dissolubles dans l’eau j elles se dissolvent mieux dans 1 alkool. Les alkalis les amollissent et les dissolvent , ainsi que l’buile de térébenthine , et même les huiles fixes.
DES ALKAL1S. ' 1 8ÿ
ques ont prouve que, quoiqu’il dissolve les calculs biliaires, il ne dissout point les pierres urinaires ; il n’en diminue point le volume; seulement il forme autour de ces pierres des couches huileuses, qui, en diminuant leurs aspérités, diminuent aussi les douleurs qu’elles produisent. Il est très -bon quand il n’existe encore que les élémcns de la pierre, c’est-àdire, cette matière muqueuse qui y donne lieu. Le remède de mademoiselle Stéphens, autrefois si vanté , est composé , pour la plus grande partie , desavon. Celle composition ne dissout pas la pierre une fois formée ; mais comme elle augmente le cours des urinés, en agaçant les voies urinaires , elle peut aussi entraîner au -dehors les petits graviers, dont l’amas pourrait produire la pierre. On recommande encore beaucoup le savon dans l’asthme. Celte maladie reconnaît pour cause un type nerveux qui peut être mis en action par plusieurs causes. Quand cette cause est une matière glaireuse , pituiteuse , qui embarrasse le poumon, alors le savon est très -utile, surtout dans les asthmes goutteux, dans lesquels le poumon est chargé d’une matière tophacée et calcaire, ce qui n’est pas très-rare. Le savon est encore utile dans les gouttes anciennes , avec amas de matière calcaire aux articulations, ce qu’on nomme nodus. Il faut alors le continuer long-temps, et l’on peut dire que l'usage du savon est le plus sûr préservatif de cette maladie. Le savon doit être aussi recommandé dans l’hypocondrie due à l’engorgement froid des viscères du bas-ventre : mais il ne convient pas dans celle qui est occasionnée
igO RÈGNE MINÉRAL.
par une sorte de stase du sang dans les mêmesviscères.
On l’a recommandé dans les fièvres intermittentes; il serait dangereux dans les tierces et les quotidiennes ; mais il est bon , continué un certain temps, dans les quartes qui durent depuis long-temps, et qui ont amené l’engorgement du mésentère, du foie ou de la rate.
Le savon ne convient dans aucune maladie aiguë, soit bilieuse, soit inflammatoire, soit putride. Il serait dangereux dans les maladies de dissolution , comme le scorbut. MM. Morand et Dehaëri ont remarqué que les pierreux qui faisaient un usage continu du remède de Stéphens tombaient dans une dissolution scorbutique. Ainsi , quand on fait faire un usage journalier du savon, il faut toujours l’unir aux antiscorbutiques.
Pour résumer, le savon est un excellent fondant , apéritif, désobstruant. Il est aussi antiacide , et plus propre qu’aucun autre médicament pour absorber les acides des premières voies: il n’a point la causticité des alîalispurs, et ne charge point l'estomac par son poids, comme les absorbans terreux. A l’extérieur, le savon est un bon fondant des tumeurs écrouelleuses , graisseuses, laiteuses; mais il en faut faire prendre en même temps à l’intérieur. C’est un moyen très-puissant, surtout dans les tumeurs laiteuses avec engorgement de quelques glandes, ainsi que dans le cas de graisse amassée dans quelque partie, ou de quelque engorgement du bas-ventre.
Manière d'employer lé Savon. — On le donne
DES ALKALIS.. IQl
rarement en dissolution, parce que ces boissons sont dégoûtantes et désagréables ; mais sous forme sèche , en bol , en extrait , en opiat, etc. Il faut d’abord commencer par une petite dose , comme 4 grains par jour , ensuite monter graduellement jusqu’à 12 ou ’2l\ grains , ou demi-gros , quelquefois 2 scrupules, et même 1 gros. Il entre seul dans les pilules savonneuses faites avec la réglisse et la farine de graine de lin ; mais ces pilules simples , continuées un certain temps, fatiguent l’estomac et donnent des angoisses : c’est pourquoi on unit le savon à quelque substance propre à en faciliter l’usage et à augmenter sa vertu : telles sont les gommes-résines , comme l’assa- fœtida , l’oppoponax, le bdellium , le sagapenum , le galbanum , la myrrhe , et surtout i’aloès ; c’est ce qu’on appelle pilules de savon composées. Ces moyens font que l’on supporte plus long-temps l’usagfe du savon ; ils augmentent même ses vertus en le rendant légèrement purgatif. On peut faire ces pilules de la manière suivante :
Savon blanc médic 24 grains.
Aloès 6 grains.
Faites du tout six pilules. La dose au commencement est de deux par jour pour les adultes ; la moitié seulement pour l’enfance.
Après un certain temps de l’usage du savon, les gencives se tuméfient , deviennent saignantes ; il survient bouffissure , fatigue géné- * raie, etc. ; ce qui indique qu’il faut combiner le savon avec les sucs végétaux , surtout ceux qui sont antiscorbutiques. Ces moyens s’opposent aux mauvais effets du savon , et en font prolonger long-temps l’usage.
1 Qi RÈGNE MINERAL.
A l'extérieur, le savon est un excellent fon^ dant, résolutif pour les tumeurs lymphatiques, laiteuses, graisseuses, etc. , ainsi que pour les engorgemens du bas-ventre, les tumeurs œdémateuses, les contusions, etc. On l’emploie dissous dans l’eau-de-vie, ou sous forme de lotion , de cataplasme , ou d’emplâtre. A l’intérieur, le savon ne convient pas quand il y a beaucoup de sensibilité et d’irritabilité , comme chez les enfans très-irritables, chez les femmes qui sont en couche depuis peu de temps , dans les affections hystériques , hypocondriaques, dues au genre nerveux trèsagité.
On a proposé de bassiner quelques anciens ulcères avec des lotions de savon , mais les lotions alkalines sont alors préférables.
Savon de Starkey. — Le savon de Starkey , que l’on nomme aussi savon tartareux , est une combinaison du carbonate de potasse avec l’huile essentielle de térébenthine. C’est un savon demi-volatil très-recommandé autrefois, aujourd’hui abandonné , parce qu’il n’est pas aussi fondant que le savon ordinaire : c’est d’ailleurs un mauvais médicament; car, ou il est nouveau , et alors la combinaison de i’alkali avec l’huile de térébenthine est imparfaite ; ou il est ancien , et alors’ l’huile s’évapore, et l’alkali reste à nu.
Savons volatils. — Les savons volatils sont l’eau de Luce , qui est l’union de l’alkali volatil avec l’huile de succin, l’esprit volatil aromatique de Sylvius, etc.
DES ACIDES MINÉRAUX
ACIDES MINÉRAUX
Les acides , en general, sont caractérise's par une impression aigre ou acide qu’ils laissent sur la langue ; de plus , ils rougissent les couleurs bleues des végétaux (notamment la teinture de tournesol), et ont une grande tendance à s’unir aux bases salifiables , c’est-àdire, aux alkaliset aux oxides métalliques. Ils s'unissent avec l’esprit-de-vin , pour former avec lui les liqueurs dites èthérées. Les acides les plus forts se trouvent dans le règne minéral ; ceux des végétaux sont plus faibles, et ceux des animaux davantage encore. Quelques chimistes ont prétendu que tous ces acides ne sont que des modifications d’un seul acide répandu dans les trois règnes de la nature.
La division des acides en minéraux, végétaux et animaux n’est pas uniquement empruntée de l’histoire naturelle ; elle est fondée sur des considérations à la fois chimiques et médicales. Les premiers nous offrent une combinaison de l’oxygène avec un radical simple; les seconds ont pour base un composé binaire; dans les troisièmes enfin le radical est formé de trois substances réunies. Cette différence dans la composition en apporte d’autres nécessairement dans les propriétés.
Les acides minéraux peuvent être solides, liquides ou gazeux. Dans ce dernier état. Tome I. N
ils agissent plus particulièrement sur la respira tion , et leurs effets se rapprochent de ceux qui appartiennent aux autres fluides aériformes (1). Il faut cependant observer ici que la limite entre ces trois états des corps n’est pas bien tranchée ; qu’elle dépend en grande partie de la température, en sorte que plusieurs acides passent successivement de l’un à l’autre; qu’enfin, même à l’état gazeux , ils sont toujours plus ou moins solubles dans l’eau, et peuvent être administrés ainsi en solution. L’acide carbonique , par exemple , existe dans toutes les eaux minérales, gazeuses ou acidulés, dont l’usage et les propriétés sont fort analogues à ceux des acides faibles. La solution très-étendue d’acide sulfureux est regardée comme très-propre à faciliter l’expectoration. On croit cet acide très-puissant pour s’opposer à la putridité. Les essais qu’on a faits, sur l’acide muriatique oxygéné (il n’a encore été administré que très-rarement sous l’état liquide) portent à croire qu’il jouit, préférablement aux autres, de ce qu’on appelle la vertu antiseptique (2). Des détails plus étendus se trouvent à l’article Gaz.
Propriétés médicales. — Les acides minéraux ont tous les mêmes propriétés médicales générales. Ils en ont deux grandes à l’intérieur; ils sont antiputrides et astringens.
1°. Comme antiputrides , on les a conseillés*
(1) Voyez le chapitre qui traite des Gaz, pag. 88 et suiv* (a) Voyez la note , pages 90 et gi .
DES AGI DES MINERAUX. ig5
dans les maladies putrides; mais il faut distinguer les cas où ils conviennent. Quand ces maladies sont compliquées d’un état inflammatoire , les acides minéraux ne conviennent pas, parce qu’étant resserrais et coagùlcins , ils augmenteraient l’inflammation. C’est par la même raison qu’ils sont dangereux dans toutes les maladies inflammatoires , surtout lorsqu’elles attaquent les organes de la respiration. Mais quand la putridité est accompagnée de dissolution humorale et sanguine , les acides minéraux sont très-bien indiqués; comme dans les fièvres bilieuses, qui, ayant duré un cer-r tain temps , menacent de dissolution , dans les fièvres putrides accompagnées de dissolution , soit que cette dissolution ait lieu au commencement ou à la fin , avec faiblesse, devoiement considérable, pouls mou et misérable, gencives saignantes, avec la peau d’une chaleur acrimonieuse , et en même temps molle et flasque. Ils conviennent dans la fièvre catarrhale de mauvais caractère, en les unissant avec les moyens indiqués par les symptômes particuliers. On les emploie aussi dans les fièvres putrides qui suivent les asphyxies, Sydenham et Huxham les ont recommandés dans certaines petites véroles, accompagnées de dissolution, quand les boulons ont peu d’élévation , que la suppuration est peu animée, qu’elle est d’un mauvais caractère , et que l'intervalle des boutons est rempli de pétéchies: ils sont, dans ces cas, très utiles, lissont contraires au commencement de la phthisie pulmonaire ; ils resserrent et s’opposent à l’expectoration ; le pus séjourne et est résorbé ;
IÇ)^ RÈGNE MINÉRAL.
mais ils sont bons quand il y a colliquation , sueurs, diarrhée , etc.
On les a beaucoup recommandés dans le scorbut; mais les végétaux, comme le suc de citron, d’oseille, et même le’vinaigre, etc., sont plus efficaces. Cependant , quand le scorbut est accompagné de dévoiement et de dysenterie considérables, avec grande faiblesse , ce qui exige en même temps les astringens et les acides , il faut préférer les acides minéraux , comme réunissant ces deux propriétés.
2°. Comme astringens , on emploie avec avantage les acides minéraux dans les diarrhées bilieuses très- considérables , qui pourraient amener une faiblesse mortelle ; dans les diarrhées anciennes quelconques , quand elles sont dues à la faiblesse et au relâchement des intestins : alors on se sert de l'eau de Rabel , qui résulte de l’acide sulfurique (esprit de vitriol) mis en digestion dans l’esprit-de-vin ; et qui est un excellent astringent.
On se sert aussi des acides minéraux dans l’hémoptysie, quand elle est abondante et continue 3 qu’on craint pour la vie du malade ; mais s’il y a toux , poitrine trop faible , ces acides ne conviennent point * on leur substitue Veau de Rabel .
A l'extérieur , les acides minéraux sont employés comme escharrotiques, astringens, antihémorrhagiques et répercussifs.-
i°. Comme escharrotiques , on emploie les acides minéraux pour détruire les poireaux, les verrues, certaines tumeurs de mauvais caractère, quand elles n’ont acquis qu’un petit
DES ACIDES MINÉRAUX. ' 197
volume. Dans les maux de gorge gangreneux , aphtheux et putrides, qui ont une marche prompte, on fait prendre des gargarismes fortement acidulés avec les acides minéraux, et quelquefois même on les applique à nu , par le moyen d’un pinceau, sur les parties ulcérées et gangréneuses.
20. Comme as tr ingens , on en fait usage dans quelques hémorrhagies peu considérables , et même dans celles qui le sont un peu. On les «applique alors par le moyen d’une éponge , d’une compresse, sur les vaisseaux coupés; mais cependant on peut leur préférer d’autres moyens, parce qu’étant corrosifs, et la partie sur laquelle on les applique pouvant se mortifier et tomber, l’hémorrhagie recommencerait.
3°. Comme anti-hémoiThagiques , les acides minéraux conviennent mieux à l’intérieur , comme dans quelques dysenteries considérables, qui ne sont pas accompagnées de beaucoup de douleurs; dans les pissemens de sang abondans sans douleur, l’hémoptysie, les hémorrhagies nazales très-considérables :'dans tous ces cas, on donne avec avantage l’eau de Rabelü. l’intérieuretà l’extérieur. On l’applique parle moyen d’éponges , etc. ; on en introduit dans le nez , etc. Mais il faut que ces hémorrhagies soient accompagnées de faiblesse , de relâchement ou de dissolution ; car, si elles étaient dues à la pléthore, à la turgescence sanguine, les acides minéraux les arrêteraient bien; mais alors le sang se concentrerait sur quelque organe particulier, et il en naîtrait
I 98 R K GNE M 1 N ÉK A. L.
des accidens très-graves. Il faut donc, dans ce cas, leur préférer la saignée, les antiphlogistiques , etc.
4°. Comme reperdis s ifs , on emploie les acides minéraux en lotions légèrement acides, dans beaucoup d’éruptions cutanées. Mais il faut être très-circonspect sur leur usage dans ces cas ; car la répercussion qu'ils occasionnent pourrait devenir dangereuse.
Ainsi , pour résumer sur les propriétés générales des acides, on peut dire qu’ils sont trèsutiles comme antiputrides et comme escharrotiques;on peut dire aussi qu’ils ne conviennent point dans le cas de constriction , de constipation , de sécheresse , d’irritabilité , de pléthore. En général , ils ne conviennent point aux enfans, ni aux femmes, surtout si elles sont enceintes, en couches, ou nourrices; ils conviennent peu aux tempéramens lymphatiques.
Maladies de ceux qui travaillent aux acides minéraux. -i— Les acides minéraux, réduits en vapeurs , sont très-dangereux , surtout l'acide nitreux, comme on le voit chez les distillateurs des esprits minéraux, les graveurs à l’eau forte, les chapeliers surtout, etc. Ces ouvriers éprouvent souvent des ophthalmies, des maux de tête opiniâtres , des éternuemens très-considérables , des crachemens de sang, des toux actives et convulsives, des coliques, des douleurs d’estomac, des diarrhées, des dysenteries, et quelquefois des constipations trèsrebelles. Il V R aussi des tremblemens , des paralysies qui en sont les effets. L extéiieur du
DES ACIDES MINÉRAUX. 1 C
à>orps esl aussi très-desséché par les vapeurs des acides minéraux.
Le traitement actif dans ce cas augmenterait les accidens, et produirait la mort. Il faut au contraire employer une diète très émolliente, très-adoucissante, s’opposer à l’irritation et au dessèchement que produisent les vapeurs de ces acides. Il faut insister soigneusement sur les moyens mucilagirieux , les potions huileuses, les décoctions de gomme arabique à très-haute dose, les lavemensémolliens, et les très-légers narcotiques. Lorsque ces ouvriers éprouvent de l’oppression accompagnée de crachement de sang plus ou moins abondant, de douleur aiguë, etc. , il ne faut point employer les saignées, car le tissu pulmonaire est très-affaibli : on l’affaiblirait encore plus, et la continuité des saignées produirait une hémoptysie plus considérable. Si la saignée est absolument nécessaire, il faut la faire légère et très-peu répétée. Il faut de plus insister sur les émolliens, etc. ; parleur moyen, on calme la douleur, l’oppression et l’irritation.
Propriétés médicales particulières des acides minéraux. — Outre les propriétés médicales générales des acides minéraux, chaque acide' a encore des vertus qui lui sont particulières, qu’il s’agit d’examiner.
Les acides employés par la médecine sont : i°. le muriatique, 20. le nitrique, 3°. le sulfurique, 4°. le phosphorique, et 5°. le boracique.
i°. Acide muriatique (î). — Pouvant exister
’(i) Acide bydro-niu viatique de Theward.
sous forme gazeuse, mais attirant l’humidité , et se dissolvant promptement dans l’eau , dont il augmente un peu la pesanteur spécifique en lui laissant sa transparence: cette dissolution, lorsqu’elle est concentrée, exhale des vapeurs blanches d’une odeur forte et pénétrante , ayant quelque chose de celle du safran , n’agit point sur les corps combustibles’, enlève, au contraire , l’oxygène à quelques oxydes métalliques, précipite l’argent de sa dissolution dans l’acide nitrique , etc.
Les principes constituans de cet acide sont encore inconnus (i). Il n’existe point pur dans la nature ; on le trouve combiné avec la magnésie, la chaux, et surtout avec la soude, formant ainsi des sels qui se rencontrent accidentellement dans les êtres organisés, mais qui existent constamment dans l’eau de la mer. On l’obtient en décomposant le sel marin par l’acide sulfurique , à l’aide de la distillation a la cornue avec l’appareil de Woolf.
On se sert de cet acide très concentré pour toucher les aphthes gangréneuses. A cet effet , on forme un mélange de deux parties de miel
(i) On n’est point encore parvenu, dit Thénard, à décomposer l’acide muriatique pur. Cependant nous le nommons acide hydro-muriatique , parce que (en état de gaz ) il résulte de la combinaison de parties égales en volume de gaz hydrogène et de gaz muriatique oxygéné ; et qu’en regardant celui-ci comme une combinaison d’acide muriatique et d’oxygène, le gaz hydro-muriatique contient-dès-lors le quart de son poids d’hydrogène et d’oxygène , daus les proportions nécessaires pour faire l’eau.
Voyez Traité de Chimie élémentaire , tome i , pag. 585
DES ACIDES MINÉRAUX
et d une partie d’acide. On y trempe un pinceau fait avec du linge effile ; puis , après l’avoir essuyé de manière à ce qu il ne soit, qu’humecté , on le porte dans la bouche avec précaution, et on en touche les parties affectées de gangrène, afin de hâter leur séparation. Le même acide étendu d’eau est employé en gargarismes dans la même circonstance. On en fait aussi des pédiluves irritans pour rappeler la goutte déplacée. Il ne paraît pas qu’il ait alors aucun avantage sur la moutarde , qu’on préfère ordinairement. Fourcroy et Vauquelin l’ont conseillé , soit en boisson , soit en injection dans la vessie, pour détruire certains calculs. Enfin le docteur Plenck en a fait un onguent, en l’unissant à l’axonge : il dit s’en être servi avec succès contre la teigne.
Un autre médecin allemand (Reich) a publié depuis peu, comme une découverte, les résultats , en quelque sorte merveilleux , qu’il a obtenus par l’emploi des acides minéraux, et en particulier du muriatique, dans le traitement de toutes les espèces de fièvres. Il est fâcheux qu’au lieu de faits bien constatés, cet auteur ne présente que de vaines théories sur l’action de son remède, et malgré les essais multipliés qu’il dit en avoir faits àRerlin, sous 1 inspection du Collège royal de Médecine, iL serait encore nécessaire de procéder sur ce point à de nouvelles recherches. Il a administré ces acides en boisson , en bain et en lavement à des doses considérables, mais seulement, à ce qu’il paraît, dans des cas où il y avait une débilité générale très-prononcée.
2°. Acide nitrique . — Liquide, pesant à peu
HEGTîF. MINERAL.
près line fois et demie autant que l’eau , incolore lorsqu’il est bien pur, se décomposant facilement par le contact des corps combustibles, qui en dégagent pour la plupart des vapeurs rouges et suffoquantes, enflammant les huiles, jaunissant lessubstancesanimales avant de détruire leur tissu. — Beaucoup moins concentré , et mêlé avec d’autres acides et quelques oxydes métalliques qui lui donnent une teinte jaune plus ou moins foncée, il estconnu dans le commerce sous le nom d 'eau-forte.
Cavendish a, le premier , composé cet acide, en faisant traverser l’étincelle électrique dans un mélange de quatre parties de gaz oxygène sur une d’azote, il paraît se former naturellement par la putréfaction des matières animales et végétales. Cependant on ne le rencontre jamais pur, à cause de la grande tendance qu’il a à se combiner. C’est du nitrate de por tasse que les chimistes le retirent , par un procédé analogue à celui qui est employé pour obtenir l’acide muriatique. La fabrication de Veau forte se fait en grand par la distillation du salpêtre, avec trois parties de terre bolaire rouge.
Comme cette substance est très-employée dans les arts, c’est à elle qu’ont le plus souvent recours les malheureux qui veulent s’empoisonner.
Eu médecine, on ne se sert que de l’acide nitrique rectifié et marquant 32 degrés à l’aréomètre de Baumé. On l’étend ensuite dans une plus ou moins grande quantité d’eau. Il a été fort préconisé en Angleterre, et depuis «il France, par Alyou, comme un anti-sypln-
DES ACIDES MINÉRAUX
1 i tique très-puissant. Il agit à la manière des stimulans : pris à l’intérieur, il produit une chaleur locale, augmente l’appétit , accélère la circulation, favorise l’excrétion des urines et la transpiration insensible, etc. On en donne d’abord par jour un gros dans une pinte d’eau ; ou augmente successivement la dose jusqu’à quatre gros, à moins qu’il n’occasionne des coliques. En général, son usage prolongé est dangereux. Il détermine souvent des embarras gastriques, et peut occasionner le squirrhe de l’ estomac.
Extérieurement, onl’emploiecomme escharrotique : son action est assez prompte et douloureuse. Ou l’unit aussi à l’axonge pour en faire une pommade anti-vénérienne, connue sous le nom de pommade oxygénée Mais cette opération le décompose : il se dégage beaucoup de gaz nitreux ; en sorte que l’oxygène reste seul combiné avec l’axonge -, et c’est à ce principe qu’elle doit ses propriétés.
Ce qu’on nomme esprit de nitre dulcifié n’est qu’un mélange d’acide nitrique et d’aicool.
5°. Acide sulfurique. — Connu autrefois sous le nom d’acide vitriolique, parce qu’on le retirait du vitriol vert, ou sulfate de fer. Obtenu aujourd’hui par la combustion du soufre avec un huitième de salpêtre, dans des chambres de plomb. Ayant pour l’ordinaire une pesanteur spécifique double de l’eau distillée ; agissant fortement sur les substances animales et végétales, qu’il réduit en une espèce de charbon , prenant une couleur foncée
2 o/j. RÈGNE MINÉRAL.
par les poussières organiques don t il se charge ; composé de sept parties de soufre et de trois d’oxygène.
Dans son état de concentration , c’est-à-dire à 66 degrés, l’acide sulfurique est escharrotique comme les précédens, mais il agit avec plus d’énergie , et ne doit être appliqué que sur la peau. Plus étendu, il est résolutif, et s’emploie dans les cas d’ecchymoses , et dans les gales chroniques. Les Anglais font aussi une pommade qui contient un dixième de cet acide. On doit le regarder comme un des meilleurs astringens, soit qu’on en fasse usage localement ou à l’intérieur. Une injection faite dans la matrice, avec une eau chargée de cet acide, a souvent suffi pour arrêter des hémorrhagies utérines. Il communique cette propriété à plusieurs composés dans lesquels il entre , tels que Valun , l’acide sulfurique dulcifié, Veau de Rabel, etc. Il convient, comme stimulant, dans les fièvres adynamiques, les débilités de l’estomac, etc. On en forme une boisson assez agréable , nommé limonade minérale, en le versant à la dose de quelques gouttes dans de l’eau et du sucre. On peut également en composer des gargarismes.
4°. Acide phosphorique. — Acre, non caustique, colorant fortement en rouge la teinture de tournesol ; ordinairement sous la forme d’un liquide épais, visqueux; non volatil, passant à l’état vitreux par l'action d’un feu vif et brusque ; attirant alors l’humidité de l’air , et reprenant bientôt sa première forme : coin-
ao5
DES ACIDES MI NÉE AUX
pose de quatre parties de phosphore et de six d’oxygène.
Il n’existe point libre dans la nature ; se trouve combiné avec la chaux en grandes masses dans certaines montagnes de l’Estramadure ; uni à différens principes dans quelques plantes : à la soude, à la magnésie, et surtout à la chaux , dans les fluides et les solides des animaux. On le retire des os calcinés par le moyen de l’acide sulfurique, ou, ce qui vaut mieux (quand on veut l’avoir bien pur), en brûlant le phosphore par l’acide nitrique aidé de la chaleur.
D’après des vues purement chimiques , le docteur Lentin l’a cru propre à régénérer les os affectés de carie , en l’appliquant localement, étendu dans neuf parties d’eau. Il dit en avoir obtenu de grands succès, et le vante particulièrement pour la carie vénérienne. Le meme auteur l’a administré aussi» intérieurement dans la phthisie pulmonaire : il en faisait prendre vingt-cinq gouttes par jour dans un verre d’eau sucrée. On cite aussi l’observation d’un jeune homme, que l’abus des plaisirs vénériens avait jeté dans le dernier degré d épuisement , et qui recouvra ses forces en très-peu de temps par le seul usage d’une limonade préparée avec l’acide phosphorique et le miel. Mais ces faits épars sont trop peu concîuans pour qu’ori puisse ajouter foi aux propriétés merveilleuses attribuées par quelques auteurs à ce médicament. Tout ce que nous en pouvons conclure, c’est qu’il jouit, à un degré plus marqué que les autres acides y de la vertu stimulante.
206 règne minéral.
5°. udcicle boracique . — Concret , cristallise en petites paillettes brillantes ; fusible en verre qui devient opaque à l’air, attire I humidité, et prend line apparence gélatineuse; devenant volatil par son union avec l’eau , qui n en dissout que la cinquantième partie de son poids quand elle est bouillante , moins encore quand elle est froide : cette solution est légèrement acide, n’a aucune action sur les muriates nitrates, etc. INon encore analysé.
Cet acide se rencontre libre dans les eaux de certains lacs , mais le plus communément il est combiné avec la soude en excès, matière saline qui porte le nom de borax . On l’en retire à l’aide de l’acide sulfurique , soit à chaud par sublimation , soit à froid par précipitation.
On le nommait autrefois sel sédatif, parce qu’on le croyait doué de cette propriété. Il paraît que si on a obtenu quelquefois des effets caïmans par l’usage de cet acide, il faut les attribuer aux substances avec lesquelles on l’unissait ordinairement. Il n est plus employé aujourd’hui.