‹ Cours élémentaire de matière médicale, suivi d'un précis de l'art de formuler de Desbois de RochefortChapitre 78 sur 94 · PLOMB · texte numérisé non relu

PLOMB

Le plomb est un métal d’une couleur blanche , plus sombre que celle de l’étain : il est plus mou , moins ductile, moins sonore et moins élastique que les autres métaux. Après l’or, le platine et le mercure , c’est le plus pesant des métaux. Le plomb est un métal très commun,

que l’on relire du sein de la terre, où il est uni avec d’autres substances , surtout avec le soufre. Il est alors nommé galène. Le plomb , par l’action du feu, forme un oxyde gris de plomb. En soutenant l’action du feu , on obtient différentes préparations ; savoir : la litharge , qui ressemble à de petites paillettes jaunâtres ; le massicot, qui est d'une couleur jaune ; le minium , dont la couleur est rouge ; et enfin le verre de plomb. Tous les acides dissolvent le plomb. L’acide sulfurique le dissout bien , mais l'acide nitrique le dissout plus promptement et plus complètement , et le sel qui en résulte se nomme, nitrate de plomb * Cependant l’acide muriatique, et l’acide sulfurique précipitent les dissolutions de nitrate de plomb. Quand c’est l’acide sulfurique , il en résulte un précipité nommé sulfate de plomb , ou vitriol de Saturne ; quand c’est l’acide muriatique, le précipité se nomme muriate de plomb , ou plomb corné , parce qu’il a quelque ressemblance avec la lune cornée. Les acides végétaux dissolvent aussi le plomb, surtout l’acide du vinaigre. Lorsque la combinaison de ces deux substances est incomplète, le résultat est nommé céruse ou blanc de plomb (i); si l’on fait digérer cette céruse dans du vinaigre distillé , elle s’y dissout, et le vinaigre prend alors le nom de vinaigre de Sa-

(i) Acélite de plomb. La céruse , selon Fourcroy , se fait en broyant l’acétite de plomb avec un tiers de craie ou carbonate de chaux. On la reconnaît actuellement comme un carbonate de plomb : elle se compose de i5 parties d’acide carbonique, et de 85 d’oxyde jaune de plomb.

iurne. Lorsque la combinaison cîe l’acide du vinaigre avec le plomb est parfaite , ,i en résulte une substance saline, nommée cristaux de plomb , sel ou sucre de Saturne , parce que es differentes préparations de plomb, et surtout le sel dont il est question , ont un goût sucre , agréable et perfide.

Propriétés des préparations du plomb. — On a cru pouvoir transporter l’usage du plomb en médecine, quoiqu’.l soit vraiment un poison

lent, astnngent et desséchant. Plusieurs praticiens d un grand nom l’ont conseillé à l'intérieur dans la phthisie, comme la teinture de Garmann pour laquelle Boerhaave et Van- Sw.eten nom pas témoigné beaucoup de répugnance. Cette teinture estle sulfatede plomb étendu dans une certaine quantité d'eau On en faisait prendre quelques gouttes dans une boisson appropriée ; mais l’usage de ce remède a 1 intérieur serait très -dangereux. On a encore employé le plomb à l'intérieur, comme un excellent rafraîchissant dans les fièvres m

amm, noires, le priapisme , etc. ; mais il est trop dangereux.

ba solution du sel de Saturne forme ce qu’on

appelle eauvegetommérale , qu’on a conseillée

rhées les'"’ T'"" les diar-

s, les ecoulemens vénériens anciens les

fleurs blanches Plusieurs médecins dirent

tiqùe'bdT'1 V" de l,lan v,l's effets de cette praq J 31 7l,„un seigneur anglais qui avait avale pour de I orgeat un verre d'eau végéto-

mmerale tres-chargée ; il ne s’en trouva point incommode ne sonffr!» ^ > point

e ’ “e sou*int aucune espece de cotOME I. y

lique ni de resserrement de la gorge ; trois semaines ou un mois après cet événement , il n’avait encore rien ressenti. Ainsi l’eau végétominérale, prise à une certaine dose, n’est point dangereuse , mais il est probable que sa continuité serait très-nuisible. On a encore conseillé l’eau végéto-minérale à l’intérieur contre les dartres; mais comme il y faut insister longtemps , cette méthode est dangereuse. Ainsi on doit regarder comme dangereuses les préparations de plomb à l'intérieur. Nous avons de quoi les remplacer par des moyens qui sont aussi utiles, et qui n’ont pas les mêmes inconvéniens.

A l’extérieur, le plomb est souvent utile, parce qu’il est engourdissant, calmant , dessiccatif et répercussif. Le vinaigre et le sucre de Saturne , de même que tous les onguens et emplâtres dans lesquels entrent la céruse , le minium ou la litharge, possèdent aussi ces qualités. On regarde ce métal comme propre à diminuer les douleurs cancéreuses; pour cela, on enduit de plomb des lames de fer trèsminces , qu’on applique sur le cancer ouvert, et le plus souventavec mitigation desdouleurs.

Le sel de Saturne a été employé contre les inflammations érysipélateuses, beaucoup d’affections cutanées, quelques inflammations, surtout des glandes et des parties très-nerveuses, contre quelques tumeurs particulières. Ce n’est point alors le sel de Saturne sous forme sèche que l’on emploie, mais Veau végéto-minérale. Pour la faire, on prend de V extrait de Saturne de Goulard , qui est une dissolution de litharge par le vinaigre rouge, évaporé jusqu a

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consistance de sirop clair : on prend donc de l’extrait deSaturne liquide une once et demie, d’eau distillée line livre et demie, et d’eau-de-vie une once et demie; on agite le tout pour le bien mêler : ce mélange a une couleur laiteuse qui ressemble assez à de l’orgeat. Quant à l’extrait de Saturne pur, il n’est jamais employé ni à l’intérieur ni à l’extérieur.

L’eau végéto - minérale est un moyen trop employé dans la toilette des femmes. Ont-elles quelques rougeurs, quelques petits boutons, quelques légères dartres ou rougeurs érysipélateuses, elles emploient aussitôt l’eau végétominérale en lotion. Ce moyen redonne de la blancheur et de la netteté, mais ce n’est qpe par une répercussion souvent dangereuse , et il n est pas absolument rare de voir desphthisies produites par cette cause. On conseille beaucoup l’eau végéto - minérale .contre les érysipèles; mais il faut distinguer : il y a des érysipèles qui existent avec fièvre, ce qu’on nomme fièvre êijsipèlateuse ; dans ce cas, il y a une très - grande inflammation, de grandes douleurs; c’est une maladie très - dangereuse en général , et souvent mortelle, surtout quand l’érysipèle attaque le visage, qui devient alors enflé et très-rouge ; quand les yeux se ferment, les paupières se bouffissent ; quand lalangueest très-sèche, quand il y a délire, saignement de nez ha bi fuel . Quelquefois cet erysipele se charge de vésicules noirâtres, d’où sort une sanie gangreneuse qui corrode les parties voisines, et ces accidens se terminent par la mort. Il est donc bon de s’opposer à la marche de la tumeur érysipélateuse, et à la naissance de ces vési-

cules, par des saignées répétées et abondantes, surtout le premier jour , par les délayans, les rafraîchissans, les évacuans, comme les vomitifs, qui arrêtent les progrès et le danger de la maladie, ce que fait aussi la liberté du ventre. Cependant les vomitifs ne conviennent pas quand la sécheresse est très-forte, que la fièvre est ardente; il faut alors insister sur les saignées, les étnolliens , les lavemens très-répétés. Au bout de quelques jours, on met en usage les lotions légères de fleurs de sureau, et alors quelques gouttes d’eau végéto-minérale étendues dans ces lotions, sont très -utiles : elles diminuent la rougeur, arrêtent l’inflammation et s’opposent à la naissance des vésicules : ici ï’eau végéto-minérale agit comme rafraîchissante, diminuant la phlogose extérieure, et non comme répercussive. Mais dans les érysipél es chroniques, les plus légères lotions d’eau végéto-minérale seraient nuisibles. Il en est de même pour les dartres; il surviendrait une répercussion dangereuse. Il y a pourtant des érysipèles qui doivent leur naissance à des piqûres d’insectes, à l’application du garou, etc. Alors, comme c’est une maladie locale , et que l’humeur n’est point susceptible de répercussion , les légères lotions dans lesquelles entre l’eau végéto-minérale sont très-utiles.

L’eau végéto-minérale s’emploie encore dans les tumeurs inflammatoires des parties glanduleuses et nerveuses, comme dans f inflammation du sein, des testicules, quand elle commence et qu’elle n’est point portée à un certain point : on fait précéder la saignée ; et les lotions en partie saturnines s’opposent à la

r> r s métaux. 3 /j r

suppuration, qui est dangereuse dans Tes glandes nerveuses, lesquelles tournent alors souvent en cancer.

Il y a des tumeurs lymphatiques qui cèdent a des douches et à des lotions faites avec l’eau vègèto - minérale , et il y a d’anciens ulcères avec démangeaison qui se dessèchent par les légères lotions de là même eau.

Le plomb est on ne peut pas plus nécessaire dans les arts. 11 est très-employé dans la peinture à l’huile, comme couleur et siccatif; il 1 est aussi dans celle en émail et en porcelaine , comme fondant; il fait la base de tout vernis ou émail pour les poteries, etc. , etc. Mais il a le grand inconvénient d’occasionner des maladies particulières , dont la plus commune est la colique de plomb, dont nous allons nous entretenir.

Maladie de ceux qui travaillent ou qui emploient le Plomb. — La maladie la plus commune chez les artisans est celle qui attaque ceux qui manient le plomb; et cela n’est point étonnant, puisque cette substance métallique est employée dans beaucoup d’arts. On a donné à la maladie qu’elle produit le nom de colique de plomb, ou saturnine, colica satumina, colique des peintres , colica pictorum ; colique des plombiers, colica plumbariorum : on l'appelle aussi colica Pictonum , c’est-à-dire, colique des habitans du Poitou , colique de Poitiers ou de Poitou. Quelques-uns la connaissent aussi sous le nom de colique figuline, colica figuhna ou figlina , parce que les potiers de terre se servent du verre de plomb pour ver-

nisser leurs poteries ; d’autres , sous celui de colique rhachialgique , parce qu’on a prétendu qu’elle attaquait particulièrement l’origine des nerfs à l’épine. Enfin , comme les douleurs produites par le plomb et les autres substances métalliques peuvent attaquer d’autres parties que le canal intestinal , il vaudrait mieux les appeler maladies métalliques , coliques métalliques, morbi metallici .

Cette maladie n’était point inconnue aux anciens : on en trouve des traces çà et là dans leurs écrits; mais ils n’en fournissent aucune observation bien faite. Hippocrate et ceux qui l’ont suivi n’en font qu’une mention trèslégère. C’est vers le seizième siècle queCitois, médecin de Poitiers, a décrit celte maladie sous le nom de morbus Pictonum . Huxham en a aussi parlé sous le nom de colique de Devonshire , colica Damnoniarum . Mais aucun n’en a parlé plus parfaitement et plus complètement que Stochusen , et Henckel , qui l’a à peu près copié. Tous deux, à portée de voir cette maladie, comme pratiquant la médecine dans des lieux où l’on travaille beaucoup les minéraux, en ont donné une bonne description. Elle a aussi été bien décrite par plusieurs médecins de la Charité, comme Chirac, Sylva, Houvart, Lalouette, etc.

La maladie saturnine est produite par le plomb avalé : c’est ainsi que les peintres , qui n’ont pas soin de se nettoyer les mains avant de manger, y sont exposés, de même que ceux qui avalent du vin lithargyrisé, ce qui est commun, surtout dans les grandes villes. Mais c’est surtout lorsqu’il est réduit en vapeurs que le

plomb produit l’ensemble de symptômes le plus effrayant; aussi ceux qui exploilent la mine, ceux qui dégagent le plomb des matières étrangères, ceux qui le fondent, les plombiers, sont très- tourmentés de cette maladie.

Quelques médecins croient que ces effets ne sont point dus au plomb, mais aux substances étrangères avec lesquelles il peut être uni. i°. Les uns les attribuent à l’arsenic , mais à tort ; car il y a très-peu d’arsenic dans la mine de plomb, qui en est d’ailleurs très- purifiée ; d ailleurs la maladie du plomb ne ressemble point a la maladie de l’arsenic. 2°. Les autres ont attribué ces effets à un gaz , à un acide volatil contenu dans le plomb; mais cela est encore faux ; car les maladies produites par les acides sont très-différentes de celles du plomb; d ailleurs la chimie ne trouve dans ce métal aucun acide minéral développé. Quelquesuns ont cru qu’il fallait les attribuer aux parties antimoniales ; mais le plomb n’en contient pas , et d’ailleurs l’antimoine même en vapeurs n’est pas dangereux. 4°. D’autres les ont attribués au cuivre ; il est vrai que celui-ci est souvent uni avec le plomb; mais on l’en sépare par la coupelle et le départ : ces deux métaux produisent à peu près les mêmes accidens , et le plomb pur y donne lieu aussi. 5°. Plusieurs les ont attribues au mercure. Il est vrai que très - souvent le plomb contient du mercure , ou , pour mieux dire, très-souvent le mercure contient du plomb; et c’est la raison pour laquelle nous avons vu que les doreurs , les metteurs-en-œuvre , etc., éprouvent quelquefois ues symptômes particuliers au plomb, et que

le mercure n’occasionne pas. Ainsi c’est le plomb lui - meme qui est vénéneux ; c’est lui qui produit les accidens dont on va parler, quand il est avale, surtout en dissolution, accidens beaucoup plus graves et rebelles quand ce métal est réduit en vapeurs.

Il n’y a point d’organe qui ne soit exposé à quelque affection par la présence du plomb, surtout en vapeurs; ainsi ténu , ce poison s’insinue par la surface du corps, et par les voies de la respiration et de la déglutition, jusque dans l'intérieur du corps. Aussi les plombiers, fondeurs de plomb, etc. , sont très -sujets à des maux de gorge, de trachée-artère, de poumon ; il survient aussi des accidens à l’oesopha ge, à l’estomac et aux intestins, qui sont ordinairement le foyer principal des affections saturnines, surtout quand le plomb est pris en petites masses, et non en vapeurs; c’est alors qu’on lui donne le nom de colique saturnine .

— Symptômes. — Il est très-rare que cette colique parvienne sur le-champà un très-haut degré ; quelquefois cependant cela arrive. Ordinairement on éprouve pendant quelque temps de légères nausées , des coliques non suivies, et une constipation quiaugmente avec le temps. On reste ainsi pendant plusieus jours, et meme pendant plusieurs mois, quelquefois avec de légères tranchées, de petites coliques assez vagues , et une constipation qui devient opiniâtre. Mais au bout d’un certain temps, le ventre se tend , et dans sa tension , il ne devient pas plus volumineux ; il s’aplatit au contraire : ce qui est un caractère essentiel; au lieu que dans les autres coliques, surtout

inflammatoires, le ventre se tend en prenant plus de volume. Dans la colique de plomb, il s’aplatit quelquefois au point de n’avoir plus qu’un pouce ou deux de diamètre : il est très-douloureux ; mais la pression extérieure n’augmente pas ces douleurs; quelques malades meme se couchent à plat-ventre , et. se pressent ainsi la région abdominale , parce qu’ils y trouvent du soulagement ; ce qui est encore un signe caractéristique : au lieu que, dans les autre coliques, surtout inflammatoires, la moindre pression augmente beaucoup les douleurs. L’ombilic secret ire quelquefois trèssensiblement ; il rentre pour ainsi dire dans le ventre ; ce qui est aussi un signe comme pathognomonique. Il y a des nausées très-fréquentes qui se terminent très-souvent par un vomissement de bile , laquelle est quelquefois très-verdâtre. Il y a des coliques affreuses , quelquefois fixes à l’ombilic, souvent vagues dans tout le pourtour du bas-ventre : ces points douloureux sont dus en grande partie aux vents qui passent difficilement , ainsi que les excrémens ; car il n’y a point de selles depuis plusieurs jours ou depuis plusieurs semaines. Cette constipation, qui est encore un caractère décisif, est telle , que les lavemens purgatifs les plus forts peuvent quelquefois à peine la vaincre. Lorsque, par des moyens très-forts, les malades vont à la selle , ils rendent les excrémens moulés en petite masse sur les parois du colon ; ce sont comme de petites crottes de brebis , preuve d’un resserrement très-fort de 1 estomac , des intestins , surtout des gros, irès-souvent il y a jaunisse , parce que la bile,

ne pouvant se répandre que difficilement dans le duodénum, qui est resserré, ainsique le canal cholédoque, est obligé de rester dans l’économie : aussi la plupart des malades sont jaunes ; ils ont les yeux très-jaunes ; quelquefois même cette jaunisse est très-foncée. La langue offre aussi un caractère bilieux trèsépais; ce qui produit les nausées et les vomisseniens de bile. Il y a une espèce de rétraction du fondement, qui semble remonter. La vessie se resserre et se tend ; elle semble éprouver une espèce de rétraction, d’où vient la difficulté et quelquefois la véritable suppression d’urine. Mais l’estomac et les premières voies ne sont pas les seuls organes affectés dans les maladies de plomb; tous les autres peuvent aussi l’être très-gravement : quelquefois alors le ventre ne souflre pas. J’ai vu des jaunisses très-fortes causées par les particules de plomb portées sur le foie, les canaux cystique et cholédoque, des rétentions d’urine trèsfortes. Entre autres, un malade vint à l’hôpilal avec une rétention d urine complète depuis trois jours; l’urètre, très-contracté, ne permettait pas l’introduction de la sonde : en moins de vingt-quatre heures le traitement des peintres lui fit recouvrer la liberté des urines. Quelquefois les particules de plomb se portent sur les uretères et les reins : alors il y a suppression d’urine. Il y a aussi des difficultés de respirer qui augmentent l’asthme , par les particules saturnines portées sur les vésicules pulmonaires, ou les membranes du poumon; j’en ai vu plusieurs exemples. Un cordonnier pour femmes avait depuis long-temps une dif-

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ficulté de respirer rebelle à tous les moyens: le traitement des peintres l a guéri.

La trachée-artère est quelquefois très-resserrée ; alors la respiration est très-difficile , et les malades sont sur le point d’étouffer. La déglutition est quelquefois très-empêchée ; il y a mai de gorge qui n’offre aucun caractère inflammatoire ; c’est comme une constriction spasmodique : les malades ont la plus grande peine à avaler. Il y a encore quelquefois des extinctions de voix, des faiblesses de vue, des gouttes sereines, des difficultés de l’ouïe , et quelquefois des surdités qui dépendent de l’action des particules de plomb sur ces organes.

Ainsi tous les organes peuvent être pris , par cette cause , des accidens les plus graves et les plus rebelles, à moins qu’on n’emploie le traitement approprié. Il faut encore observer que tous les accidens qui appartiennent aux maladies métalliques peuvent avoir lieu sans que le venin se soit manifesté sur les premières voies : c’est ainsi qu’il y a des jaunisses sans que la colique ait précédé. J’ai vu des rétentions d’urine, des difficultés de la vue, des gouttes sereines et des surdités sans colique.

' C est ainsi encore qu’il y a quelquefois des douleurs rhumatisantes qui paraissent aiguës , des sciatiques, des tremblement, des pesanteurs dans les membres , des paralysies , des attaques d épilepsie, des convulsions; tout i cela sans colique , parce que les particules saturnines ne sont portées que sur le genre nerveux. Cependant il faut tenir pour certain que fe plomb agit le plus souvent sur les intestins ,

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étant souvent respiré et introduit dans la bouche de différentes manières. Enfin il n’y a point de maladie qui ne puisse être imitée par les effets du plomb.

— Étiologie . ■ — Beaucoup d’auteurs ont cru que le plomb produisait de l'inflammation , et que tous les symptômes qu’il produisait tenaient à un état inflammatoire. D’autres , plus instruits par le grand nombre de malades , par les ouvertures des cadavres et par le traitement, ont prétendu que les symptômes n’étaient point inflammatoires , qu’ils avaient au contraire quelque chose de lent et de chronique.

Un sait en médecine que le plomb , donné à l'intérieur, et encore plus à l’extérieur, est desséchant, resserrant , astringent , rafraîchissant et calmant. Ces propriétés font voir que son usage trop continué, et à trop hautes doses, peut produire tous les aceidens ci-dessus. En effet , le plomb , porté en petites masses ou en vapeurs sur les fibres de l’estomac et des intestins, les resserre, les crispe, dessèche les humeurs gastriques, émousse la sensibilité des premières voies. Par ce dessèchement des solides et des humeurs gastriques, l’estomac et les intestins se raccourcissent et se rétrécissent dans leur diamètre ; ce qui produit l’aplatissement du ventre , la rétraction de l’ombilic et du fondement; les excrémens ont la plus grande peine à filtrer le long de leur canal; ils séjournent et se moulent dans les interstices très-resserrés du colon, d’où vient la constipation la plus rebelle, qui reconnaît encore une autre cause : la bile ne filant plus dans lé

B E S MÉTAUX. 3/jg

canal intestinal , ce cly stère naturel ne sollicite plus les évacuations • aussi les excrémens sont blanchâtres, et non bilieux.

La bile ne file pas aisément, parce que le canal intestinal est très-resserré, parce que son cours est aussi empêché par le resserrement du canal cholédoque à son insertion dans le duodénum ; ce qui produit la jaunisse. La bile, ne pouvant passer dans les intestins , reflue dans l’estomac , d’où viennent les nausées, les vomissemens de bile verdâtre et porracée, et le limon jaunâtre très-épais qui couvre la langue. L’ouverture des cadavres confirme cette étiologie : on trouve l’estomac très-rétréci , racorni, ainsi que les intestins; quelquefois le canal intestinal est tellement rétréci , que tous les intestins pourraient tenir dans la paume de la main ; quelquefois leur diamètre est si resserré, qu’un tuyau de plume, et même une épingle un peu forte n’y peuvent entrer : on trouve le canal très-sec, et sans aucune trace de mucosité.

Quand les particules de plomb se portent sur d autres organes , elles agissent de la même manière, et produisent le resserrement de la gorge, la difficulté de déglutition et de respiration , une extinction de voix, des espèces d asthmes , etc. Portées sur les reins, les uretères, la vessie et 1 urètre , elles occasionnent ia suppression , ia rétention d’urine. Portées sur le nerf optique et acoustique , elles produisent 1 insensibilité ou lésion de ces organes par leurs propriétés resserrantes , desséchantes et calmantes.

Cependant la colique de plomb est accom-

55o IV T? G NE MINÉRAL.

pagnée de douleurs considérables ; comment dériver ces symptômes de la propriété stupéfiante du plomb? L’air qui se dégage naturellement des alimens et des sucs gastriques, se trouvant intercepté dans son passage, s’accumule dans quelques parties du canal, les distend; et c’est là ce qui produit des coliques considérables. Le rétrécissement des intestins s’opposant à l’égale distribution de l’air, celuici s’accumule dans quelques parties, a beaucoup de peine à les distendre; et de ce contreeffet viennent des douleurs et des coliques cruelles, qui vont quelquefois jusqu’aux convulsions, et forcent les malades à se rouler par terre.

Les tremblemens et la paralysie sont trèscommuns dans la plupart des maladies abdominales. Dans les coliques, quelle qu’en soit la cause, les extrémités supérieures et inférieures souffrent beaucoup , tombent dans une espèce de faiblesse, et quelquefois dans la paralysie. Un malade de la Charité a éprouvé une inflammation du diaphragme, dont il a été guéri; après avoir respiré aisément, il lui est survenu aux extrémités une faiblesse qui l’inquiéta ; cependant cette faiblesse, suite de la douleur qui a tourmenté la région épigastrique , n’a pas dû être longue. Quand la colique de plomb se dissipe , il survient pesanteur dans les membres, et quelquefois paralysie. Mais il V a encore une autre paralysie qui n’a point été précédée de coliques, et qui est quelquefois l’unique symptôme de la maladie de plomb: elle a lieu par les particules saturnines qui se sont insinuées dans les secondes voies , et se

sont portées sur les nerfs des extrémités , ou par les vapeurs du plomb entrées par l’extérieur , et portées sur les membranes et sur les nerfs. Ainsi il y a une paralysie improprement appelée critique , qui a lieu quand la colique de plomb commence à se dissiper, et une paralysie primitive , c’est-à-dire, qui n’a point été précédée de coliques.

Quel est donc le caractère des maladies de plomb? Est-il inflammatoire ou non? Ce n’est plus une question à Paris, surtout à l’hôpital de laCharité. A la vérité, cette maladie a quelques symptômes comme inflammatoires , savoir , la douleur très-aiguë ; mais cela ne suffit pas pour constituer une maladie inflammatoire; il faut encore que le pouls , la terminaison de la maladie et le traitement en déterminent le caractère. Or , dans les maladies de plomb , le visage est plutôt jaune que rouge , les yeux ne sont point inflammés, la tète ne souffre pas (cependant il y a quelquefois des douleurs cruelles de tète, par la présence des parties de plomb sur la membrane pituitaire, les sinus, et quelquefois sur le péricrâne); la langue n’est point sèche ni rouge; beaucoup ont des coliques affreuses , et cependant le pouls est: dans l’état naturel ; il est quelquefois un peu tendu , resserré , quelquefois même fréquent, mais pas assez pour constituer une maladie inflammatoire; enfin , il n'y a point très-souvent de fièvre, qui cependant accompagne essentiellement toutes les maladies inflammatoires ; les urines ne sont ni rouges ni blanches, mais naturelles ; il n’y a point de chaleur générale et acrimonieuse. Or, ce n’est pas là l’en-

semble des maladies inflammatoires ; celles ci se terminent quelquefois par résolution , souvent par suppuration et gangrène ; mais il est très rare qu’on trouve chez les personnes mortes de la maladie de plomb des signes de phlogose, de suppuration et de gangrène. La saignée, les délayans , les bains ne conviennent point dans cette maladie ; il faut au contraire un traitement drastique. Il n’y a donc rien d’inflammatoire dans les maladies de plomb; cependant il y a quelques restrictions à cette règle très-générale : chez quelques cadavres, on trouve les intestins phlogosés, et quelques traces gangréneuses çà et là. La maladie est quelquefois accompagnée de symptômes inflammatoires , surtout quand le plomb , passé dans les secondes voies, affecte les nerfs chez les gens robustes ; mais, sur cent malades, il n’y en a que quatre ou cinq au plus qui offrent ces caractères inflammatoires.

— Diagnostic. — Pour avoir un caractère certain et pathognomonique de cette maladie , il faut connaître la profession du malade , savoir s’il a été exposé aux vapeurs du plomb, etc. Cependant la constipation invincible , le rétrécissement de l’ombilic, l’aplatissement du ventre, dénotent évidemment la colique de plomb. Mais pour les autres maladies de plomb sans colique, comme la pesanteur dans les membres, la difficulté de respirer, etc. ,il n’y a pas d’autre manière d’avoir un bon diagnostic que de connaître l'état du malade et ce qui a précédé. Il faut lui demander s’il est malade depuis long-temps, s'iL a été assujetti à un traitement inutile , etc.

Prognostic. Le prognoslic des maladies deplomb roule surces trois chefs: r°. Sont-elles souvent curables? 2». Sont-elles quelquefois mortelles. o°. Laissent-elles après elles des suites longues, et qui éludent l’art?

1 °. La colique de plomb est presque touiours curable, ainsi que les autres affections sâturmnes , quand on a été appelé à temps. On reçoit tous les ans à la Charité ,40 , ,60 20o

J. rf ^ ’ et k PluPart guérissent ; il

ou fi Ma 6’1 VQI j m°Urir Sur cette quantité 4 ou 6. Mais quand cette maladie est invétérée

elle est très-difficile et très-len te à gS •

quand elle a été palliée et manquée , fa cure

est aussi plus difficile et plus longue: quand

elle est prise à temps, on la guérit radmai!

u.ent de l5jours AiLi,engeS

elle est facile et prompte à guérir. S

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