‹ Cours élémentaire de pathologie chirurgicaleChapitre 3 sur 31 · CHAPITRE DEUXIKME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIKME

DOMAINK HP. I.A PATiroi 0(;iK Cllini IIMCAI F. (iP.yiinXt.P.. — DKS

MALAi>ii:s cilinL'itGicAi.KS ; i)<-; *,A PATiioi.ociiK r.iiiuinaic.M.K ; ui.sTuinE DK I.A oiiiiU'Rr;iH ; nAPPORTS i>k la ciiinriicii; avec

LKS At'TRES SCIKNCES MÉDICALES.

Si les objets dont les sciences s'occupent élaicnl parfaitement connus , rien ne serait plus facile que d'en donner une notion abrégée , une dénuiiion exacte. i'\Iais c'est parce qu'elles supposent la connaissance entière du sujet, (jue les définitions sont si rares dans les ouvrages doginali(iues , et si fréqucuunent défectueuses cliez les auteurs les plus estimés. En outre , si les maladies avaient un caractère bien tranché et constant , si ce caractère était seul et facile à saisir, nul doute que nous éprouverions peu d'embarras à désigner chaque lésion pathologique et à la différencier de toutes les autres. Mallieurcuscmont il n'eu est pas ainsi; la maladie a rarement un symptùiiic puthocjnomonique , c'est-à-dire suffisant pour la faire distinguer en tous les cas; les blessures elles-mêmes qui semblent offrir des caractères permanents, en manquent bien des fois. Ainsi, une fracture ne donne pas toujours de la crépitation , une luxation ne permet pas constamment de constater le déplacement des surfaces articulaires ; à plus forte raison les diverses tumeurs laissent-elles trop souvent le plus grand vague sur leur constitution et sur leur nature.

La définition d'une maladie devrait donc comprendre ordinairement la plupart des caractères de la lésion pathologique, et ressembler à celle que Tournefort et les botanistes antérieurs à Linné donnaient des plantes; c'e.st aussi ce qua fait notre illii.^tre Sauvages dans sa célèbre Nosologie mélliodiquc. Mais celte manière de donner uno

notion des objets dont on s'occupe a de graves inconvénients, dont le moindre est de fatiguer la mémoire la plus heureuse. Elle suppose, d'ailleurs, l'appréciation possible de tous les éléments des objets : et comme la connaissance entière des parties constitutives d'une maladie nous est souvent refusée, et que, d'un autre côté, l'on est loin d'accorder la même importance à toutes les manifestations pathologiques, il s'ensuit qu'une définition irréprochable d'un objet quelconque est à peu près impossible.

Ajoutez à cela que les caractères des maladies sont trèsdivers pour celles qui sont rangées dans la même classe et dans le même genre, et qu'il existe entre elles de nombreux points de contact, à côté de beaucoup de différences. Ce rapprochement entre les questions les plus opposées en apparence, cette ressemblance des objets divers , établit entre eux une chaîne difficilement segmentée par l'artifice du langage.

II en est des maladies , en général , comme des corps multipliés du monde où nous vivons: nous y voyons des êtres infinis, des minéraux extrêmement divers, et pour soulager la faiblesse de notre inteUigence , nous y établissons des groupes d'objets , des rapprochements et des séparations; nous caractérisons même les espèces. Mais le peu de rigueur de ces résultats de notre esprit , le peu de solidité de ces coupes artificielles, nous prouvent assez ce que l'observation philosophique apprend bien vite : c'est-à-dire, que tous ces artifices de notre science ne sont pas dans la nature des choses, et qu'il existe dans l'univers non des classes, des genres, ni des espèces, mais des individualités infiniment variées et d'une mobilité incessante.

Ne vous étonnez donc pas si beaucoup de médecins

altachont pou d'impnrfnnce aux classifications , aux nomenclalurcs, aux (liWinitions les plus vanlces; ils savent leur peu de solidité absolue , et l'histoire do notre art atteste suffisamment combien les prétentions de leurs auteurs sont mal fondées. Loin de moi la pensée de repousser tous ces efforts de l'esprit humain! L'utilité de ces ressources de la science est incontestable; elles nous permettent d'embrasser une plus grande quantité de sujets en même temps, et d'en retirer des conséquences pratiques et parfois nouvelles. Mais, persuadé du vice essentiel de tous ces procédés théoriques, l'homme de l'art ne doit pas accorder une valeur absolue, et penser que les maladies sont invariablement déterminées, groupées, dénommées. Les sciences physiques et métaphysiques elles-mêmes ne sont fondées que dans l'abstraction et dans la rigueur métaphysique.

Nous devons donc nous contenter de définitions, de nomenclatures et de classifications générales, qui, désignant les principaux caractères des maladies, réveillent dans notre esprit une idée incomplète , mais suffisante pour nos besoins habituels. Je pourrais vous dire que la justification des principes précédents se trouve dans la définition même des maladies chirurgicales; car, après de nombreuses recherches infructueuses, je me vois obligé de vous eu composer une moi-même. Il en est du reste des uuiiadies réputées chirurgicales comme de toutes celles dont l'économie peut être atteinte, et la liaison déjà établie entre les diverses branches de la pathologie vous en jnonlre suffisauimcnt la raison.

Les maladies réputées chirurgicahs , dirons-nous, sont celles dont le traitement demande ordinairement l'emploi de moyens manuels. Les lésions sont du domaine do la chilurgio, quand elles réclament immédiatement ou peu-

dant leur durée l'applicalioTi de la main armée ou non d'un instrument. Tantôt les remèdes mécaniques sont indiqués au moment même de l'accident, comme à la suite de l'atlrilion d'un membre pour laquelle l'amputation est indispensable; tantôt ces moyens conviennent seulement vers l'époque la plus grave d'une lésion pathologique. Il ne faut pas croire toutefois que les maladies méritent la qualification de chirurgicales , seulement lorsqu'il y aura manifestement nécessité de topiques ou d'opérations sanglantes, et nullement si ces agents thérapeutiques ne deviennent pas utiles. 11 suffit que communément une lésion du corps exige l'emploi d'un moyen manuel, pour qu'elle soit appelée chirurgicale. Ainsi , la syphilis et tous ses désordres sont considérés comme du ressort de la chirurgie, quoique fréquemment on en obtienne la guérison par des médicaments seuls.

Néanmoins, il ne peut exister ici, pas plus qu'en toute autre question, comme je l'ai dit, une définition fixe: tous les jours le rhumatisme articulaire est soumis à l'action de la matière médicale , et réclame cependant parfois les opérations les plus graves, lorsque l'affeclion morbide a produit de profonds désordres articulaires.

Cl La chirurgie, dit notre célèbre Guy deChauliac(l), est une science qui apprend le motif et la manière de traiter, principalement en réunissant , divisant , ou exerçant d'autres opérations manuelles , et qui guérit les hommes autant que possible. Elle n'est pas seulement un art , comme on l'a prétendu quelquefois, mais une véritable science, dans le sens le plus large de ce mot. » Telle est, en effet , l'idée que l'on doit se faire de la pathologie externe; celle que A. Paré, Heister, Callisen, Delpech et

(1) Grande Chirurgie , chap. uniq., pag. 2 , 13G3.

les plus j^rands mailres orjl juslifiéc cl par leurs leçons el [)ar leur pratique ; colle enfin «pii ressort !o mieux des principes de notre Kcole.

Tous les médecins n'ont pas accordé à la chirurgie un doMiaine aussi étendu ni aussi élevé. Guidé sans doute par l'élymologic plus que par la considéialion du but léel de celte partie de la science médicale , Galicn (1) l'appelait une opération manuelle; et cette fausse idée a été reprcnluite dans les temps modernes par Vigo, qui la délinil qiiod in thevupeià mecanicnm, opinion adoptée encore par le professeur Richerand , selon lequel la chirurgie n'est que l'emploi des moyens mécaniques dans le traiieincnt dos maladies (2). D'après celle manière de voir, il faudrait appeler la pathologie interne l'administration des médicaments! C'est évidemment prendre une partie de l'objet seulement, au lieu de l'étudier sous ses différenlos faces.

La considération trop exclusive de ra[)plication des moyens méoaniciuos dont se serl le médecin opérant, a sans doute conduit à définir la chirurgie: ce qu'il y a de certain en médecine, quod in inedicinà cerlum. Cette idée est tout aussi fausse (jue la prérédenle ; car si l'on considère l'effet éloigné d'un topique ou d'un instrument tranchant, on n'y reconnaîtra souvent pas plus de sûreté ni do certitude que dans celui d'un vomitif, d'un purgatif, dîi (piincpiina, de l'opium ou de beaucoup d'autres médicaments.

Kn chirurgie, il est vrai, on peut, plus facilement qu'en médecine, juger, par les résultats, do l'ulililé du remède employé et de Ihabiloté du [)raticien ; et, sous ce rap-

(I) Ulelh. me./., Ub. (î , ca/i. li.

('.') Uicl. scicnc. iiiéti., toni. V, pas- bo.

port , on serait autorisé à admettre des bases plus solides pour le jugement de l'observateur. On doit même avouer que, les caractères des maladies chirurgicales tombant plus immédiatement sous les sens, il paraît plus aisé d'en établir le diagnostic; et, sous ce rapport encore, la chirurgie semble avoir une certitude plus manifeste que la pathologie médicale. Mais si l'on veut prétendre par-là que la science chirurgicale possède une certitude absolue, qui serait refusée à l'autre face de la même science ; si l'on veut insinuer que la chirurgie a seule en partage des principes arrêtés et sûrement applicables, tandis que la médecine serait pleine d'incertitudes, nous serons dans la nécessité de combattre un aussi étrange paradoxe. Nous l'avons démontré déjà, les mêmes lois, les mêmes principes dirigent toute la science des maladies; l'emploi des remèdes manuels pendant le traitement , auquel l'hygiène , la diététique , la matière médicale concourent aussi, distingue seulement le médecin opérant.

On comprend, au point de vue du pur solidisme, comment on a pu se persuader que la chirurgie était ce qu'il y avait de certain dans la science que nous cultivons. D'un côté , des lésions dont les principaux caractères et le fond échappent le plus souvent aux sens , dont les symptômes demandent constamment d'être transformés en signes (fièvres essentielles, diathèses, cachexies); d'un autre côté, des désordres organiques dont les caractères frappent ordinairement la vue et le toucher: il semble, au premier abord, que la certitude est en faveur de ces dernières altérations morbides et non des premières.

Tout en reconnaissant que le point de départ habituel dans l'exploration des maladies chirurgicales en facilite fréquemment la connaissance , nous ne saurions penser

qiio tle-là résulte une certitude ordinaire. D'abord on se convaincra sans peine des erreurs nombreuses que les sens nous procurent souvent, de sorte ([ue les notions dont ils sont les instruments ne sont pas aussi claires qu'on se l'imagine généralement. l'alpcz une tumeur molle, et vous verrez combien de méprises vous eoiiimctlrez louchant la mobilité de la matière contenue; allez au lit du malade, et vous vous assurerez par vous-mêmes combien la sensation de fluctuation, par exemple, est mensongère, rermettez-moi de vous rapporter à cet égard le fait suivant, que je liens de mon habile maître le professeur Serre : Une jeune personne portail au sein une tumeur que le célèbre Delpceh examina attentivement. Après avoir discuté dans ses savantes leçons les raisons en faveur de son opinion, rilluslre professeur, persuadé de Texistenee d'un kyste, se disposa à enlever la prétendue poche séreuse, avec tout le soin nécessaire pour ne point l'ouvrir. Inutile lie vous dire que l'opération fut faite avec toute la dextérité possible, le nom de Delpech suffit. La tumeur est entre les mains de celui-ci , qui regardant à travers s'assure de sa transparence ; tout annonce donc l'existence d'un kyste séreux : on l'ouvre , c'était un lipome !

Ai-je raison de vous dire ()ue la chirurgie n'est pas certaine, qu'elle a des incertitudes souvent aussi grandes que la médecine, et <[ue la vue, le toucher et tous les sens causent de fréquentes méprises. Et ne croyez pas que ce soit là un exemple choisi parce que l'erreur est bien remarquable et que l'auteur est très-haut placé; les praticiens les plus liai)iles se trompent plus d'une fois et dans des cas tout aussi frappants: Dupuytren disait n'être sûr de la composition d'une tumeur cpie lorstpi'il l'avait enlevée. Si la chirurgie a des incertitudes quand on a

égard aux altérations organiques circonscrites , à plus forte raison sont-elles plus grandes encore lorsque Ion est bien persuadé de la nécessité de connaître toutes les conditions du problème pathologique , c'est-à-dire l'état de l'économie entière et la nature du mal.

On a dit encore que la chirurgie était cette partie de la science médicale qui s'occupe des maladies externes. 11 semble, en effet, au premier abord , que les maladies chirurgicales apparaissent toutes à la surface du corps, et tombent immédiatement sous les sens; mais quand on examine cette assertion , on ne tarde pas à reconnaître son peu de fondement. D'abord , toutes les maladies réputées chirurgicales sont loin d'être extérieures; beaucoup se trouvant situées au sein des parties molles sont soustraites à la vue, ou sont placées dans les cavités splanchniques : ainsi, la plupart des désordres pathologiques qui atteignent le tronc sont cachés plus ou moins profondément. Les anévrysmes de l'aorte ou de ses principales divisions, le mal de Polt, les abcès par congestion , les plaies pénétrantes , les épanchements sanguins , les kystes de l'ovaire , les altérations du système utérin , les maladies des reins, de la vessie, du rectum, elc , se trouvent renfermés au sein des cavités viscérales , et se soustraient à la vue et souvent au toucher ou aux autres sens.

Les lésions qui atteignent les membres ou les organes périphériques du corps , sont loin d'être toujours placées au-dessous des téguments ; car les tumeurs blanches de la hanche , la carie ou la nécrose des os correspondants , les abcès profonds des membres , les fongus médullaires ou hémalodes , les corps fibreux des articulations , les projectiles, et un grand nombre d'autres lésions, sont loin d'être constamment à la portée de l'œil ou de la main.

Prétendrail-oii par rexprossion de pathologie cxlerne r|uc les symptômes des maladies réputées chirurgicales sont ap])arents et sensibles, tandis que ceux des maladies médicales seraient cachés aux sensV il nous serait aisé de démontrer la fausseté d'une telle allégation , en vous prouvant que la connaissance de toutes les maladies internes ou externes nous vient par les mêmes voies. Sur quoi se fonde d'abord le diagnostic d'une lésion quelconque? ^'est-ce pas sur les données fournies par la vue, l'ouïe ou le toucher? Les affections exanthématiques ne sontelles pas reconnues surtout par l'éruption cutanée; les lièvres essentielles par les changements du pouls, delà chaleur et des autres fonctions du corps; la pneumonie, la pleurésie, les palpitations par le trouble sensible de la circulation et de la respiration ?

Sans doute les données immédiates des sens sont plus importantes directement à la détermination des maladies chirurgicales; mais les instruments du diagnostic sont du même ordre , car le chirurgien comme le médecin exer- ( ont en même temps leur jugement et leurs doigts, leur tact médical et leurs yeux, leur discernement et leur ouïe. Toutes ces définitions sont donc erronées, parce qu'elles ne considèrent qu'une face de la pathologie chirurgicale , parce qu'elles veulent établir une démarcation tranchée entre les parties de la science médicale dont j'ai démontré l'unité.

Los faits , même les plus différents, ai-jc dit plus haut, ont entre eux des analogies en même temps qu'ils présentent des différences ; on peut donc les considérer sous deux points de vue : celui des ressemblances , et celui des discordances. Dans le premier cas, on réunit un grand nombre d'observations ayant entre elles beaucoup d(> points couuuuns. on examine leur expression coni-

mune, on étudie les lois qui les rapprochent, lés principes qui les gouvernent, et l'on constitue ainsi le domaine des dogmes et des rapports , ou la science.

Si l'on concentre son attention sur les différences propres à chaque cas, si l'on s'occupe des individualités, si l'on recherche constamment les points d'application journalière, on considère la connaissance des objets sous un point de vue moins élevé, mais plus immédiatement utile : on fait alors de l'art ou de la pratique. Toutes les connaissances humaines se plient à celte distinction fondamentale; la physique, la chimie, les mathématiques, l'histoire naturelle, la politique, etc., se soumettent à cette loi philosophique. La médecine ne fait point exception à cette règle : « La distinction que j'établis , dit l'illustre professeur F. Bérard (1), entre la médecine art et la médecine science, entre la médecine pratique et la médecine théorique ou transcendante , me paraît distribuer les notions médicales , selon leur ordre naturel de génération , selon leur simplicité et leur degré de certitude. Elle rapproche des faits , qui sont l'objet spécial du praticien , les axiomes destinés à diriger l'action de l'art , et par conséquent elle rend celle-ci plus aisée et plus sûre. »

Etant une face de la science des maladies , la pathologie chirurgicale peut être considérée sous ces deux points de vue , comme art et comme science , comme théorie et comme pratique. Sans doute les principes qui composent la pathologie générale sont les mêmes pour la médecine externe ou interne; néanmoins, leur application est ordinairement faite à la pathologie médicale qui semble mieux s'y prêter, et leur application à la chirurgie demande l'esprit d'un homme également versé dans

(1) Doctrine médicale de Montpellier, pag. 438, 1819.

riinc et l'autre partie de la connaissance des maladies, enfin un vcrilal)lc médecin opérant.

La distinction de la pathologie cliirurgicale en spéciale et en générale a été établie, depuis près de cinq sicclos, par une des célébrités de celte Ecole, le restaurateur de la chirurgie au moyen-âge. « 11 y a deux chirurgies, dit Guy de Chauliac (1): Tune qui enseigne cl mérite le nom de science, et qu'on peut posséder sans même avoir jamais fait aucune opération; l'autre qui est praticjue, et à laquelle la qualilicalion d'art est adressée spécialement. » La pathologie chirurgicale générale étudie les analogies les plus élevées des maladies soumises à son observation; elle montre l'application des dogmes de la science aux lésions qui demandent ordinairement le secours des moyens mécaniques. Elle doit servir d'introduction et de complément à l'étude des maladies externes elles-mêmes, aux leçons cliniques de nos maîtres. Elle enseigne à lier les faits entre eux , à voir l'analogie de leurs symptômes, de leur origine , et des indications (pi'elles présentent.

La pathologie chirurgicale gnu'rale apprend d'abord à se faire une idée abstraite des maladies réputées externes , d'après les motifs de la distinction conventionnelle de la science ; elle circonscrit les limites habituelles de la chirurgie. Ne pensant pas, comme Mallebranche , que la connaissance des phases diverses d'une science durant les temps antérieurs soit inutile à la compréhension des préceptes et aux progrès ultérieurs , elle enseigne l'histoire de la pathologie chirurgicale aux principales épo- (pies de son existence. Elle s'occupe encore des méthodes d'étude et d'enseignement, des rapports de la chirurgie avec les autres sciences médicales. Abordant ensuite le

(]; Grande Chirurgie, pag. 4 , cdit. de 1619.

tableau général des maladies réputées chirurgicales , elle apprécie la valeur des causes de ces lésions , elle détermine l'importance des caractères et des signes communs; enfin, elle fait connaître les lois qui doivent servir de conduite au médecin opérateur. L'énoncé seul des principales questions agitées dans la pathologie chirurgicale générale ne vous montre-t-il pas que, sans ces principes généraux, ainsi que le disait John Hunter, le chirurgien ne ressemblerait pas mal au philosophe chinois dont toute la science se composait de faits exclusivement?

Après avoir établi ce que l'on doit entendre par maladie chirurgicale, par pathologie externe , et déterminé le domaine et les divers sujets de la pathologie chirurgicale générale, il convient de vous dire quelques mots seulement sur l'histoire de la chirurgie. Ce n'est pas ici le lieu d'exposer avec détail une pareille matière, dont le développement demande un espace trop considérable ; nous devons chercher à vous signaler l'esprit de l'histoire de notre art, à en retirer des enseignements utiles, plutôt que de vous mentionner la vie et les ouvrages des hommes qui se sont disputé d'âge en âge le sceptre de la médecine.

L'origine des arts et des sciences est environnée d'une profonde obscurité, par le défaut de moyens primitifs de nous transmettre le souvenir des faits accomplis pendant les temps les plus reculés. De-là aussi le merveilleux attaché à la génération de toutes les connaissances, que l'homme, dans son amour naturel des choses extraordinaires, a rattaché à ce qu'il comprend de plus élevé dans le monde, c'est-à-dire à la divinité. Aussi, rencontrezvous des dieux et des demi-dieux parmi les promoteurs de la chirurgie. Mais peut-être, en rapportant les arts et les sciences aux êtres surnaturels , les philosophes

anciens onl-ils voulu , comme presque en loutes les fictions niylliologi(iiies, caclicr aux gens vulgaires un sens profond, cl nous apprendre «pie loulcs nos connaissances reposent essenliellement sur les principes élevés du monde nK'taphysiquc.

Ouoi qu'il en soit de celte origine fabuleuse , la nécessité dut êlre la première source de la pratique chirurgicale. Si l'honunc a été obligé d'abord de disputer aux divers êtres de la création les matériaux nécessaires à sa nourriture et toute son exislcnce vegélalive, il a eu nécessairement recours à la violence : de-là , des blessures données et reçues, des maladies chirurgicales à traiter. Aussi est-ce parmi les chefs des peuples, parmi les guerriers fameux , que l'hisloire nous présente les premiers praticiens. Chiron , Machaon, Podalyre, Achille lui-même, et tous les héros immortalisés par Homère , menaient autant de soin et de gloire à savoir panser les blessures qu'à les déterminer chez leurs ennemis.

Ce furent donc des faits qui servirent de base nécessaire à la chirurgie; ce furent des observations isolées, restreintes aux maux les plus fré(|uents et les plus apparents , qui inspirèrent les premières lois de l'art. La chirurgie commença donc, et cela d'une manière obligée, par être empirique, soit parce que les faits examinés isolément durent inspirer dos remarques fort bornées, soit parce que , les études n'étant pas dogmatisées , les corollaires, disparaissant souvent avec le praticien , n'avaient, pour être contrôlés ou agrandis, que la voie fort incertaine de la traditive orale.

Dans la suite seulement, et lorsque les observateurs plus nombreux et plus célèbres purent profiter de l'héritage d'un passé déjà très-rccidé, lorsque les autres connaissances humaines eurent pris aussi un certain dévelojjpe-

ment, les conclusions tirées des faits furent mieux connues, mieux appréciées, plus étendues, et la chirurgie se dogmatisa par les efforts de la famille des Asclépiades. La pathologie chirurgicale a donc passé par les phases obligées de toutes les sciences, d'abord par Tétudc des observations considérées sans liaison ordinaire entre elles , et plus tard par la systématisation.

Lorsque des circonstances politiques vinrent replonger toutes les connaissances humaines presque dans leur chaos primitif ; lorsque, après Hippocrate et Gelse, les sciences pâlirent et semblèrent s'éteindre, la chirurgie retomba à son premier état, à Tempirisme de son enfance d'où la retira l'un des plus puissants génies de notre ère, le médecin de Pergame. Mais à la suite de ce grand homme les malheurs des temps se renouvelèrent, et de nouveau la pathologie externe redevint presque empirique et grossière sous les mains des Arabes et de la plupart des Arabistes.

La nécessité de la généralisation se fit bientôt sentir, et trouva d'éloquents partisans dans Roger, Anselme de Porta, Raymond de Molières et plusieurs autres professeurs de celte Ecole, les prédécesseurs et les maîtres de notre célèbre Guy de Chauliac. Dans sa Grande Chirurgie, cet homme supérieur du xiv^ siècle rappelle et agrandit les anciennes bases de la science chirurgicale. Après lui l'art languit, le dogmatisme exagéré de Galien est encore outré par les Arabistes, et la pratique se réduit à l'emploi ordinaire de topiques inûniment variés ou d'appareils mécaniques effrayants.

Toutefois le xvi® siècle enfanta un autre restaurateur delà chirurgie rabaissée, et lui rendit tout son premier lustre. A. Paré fit alors ce que Guy de Chauliac avait opéré deux siècles avant; il montra, et par l'exemple et

par les préceptes , que la chirurgie n'aurait jamais dû descendre do son rangscienlifiiiue. Sans égaler son illustre niailre, Pigray servit à vulgariser ses leçons et \x entretenir son feu sacré.

V^oilée encore pendant le siècle suivant par dos disjMiles scandaleuses et inutiles, la chirurgie participa à l'essor imprimé à toutes les sciences par l'esprit d'indépendance moderne , s'agrandit de plus en plus , s'éleva progressivement au degré où elle se trouve aujourd'liui , par les efforts soutenus d'hommes dont les noms et les œuvres vous sont connus , et parmi lesquels nous comptons plusieurs de nos maîtres. Ces oscillations fréquentes et semblables se sont fait ressentir dans tous les centres d'enseignements : « A Montpellier, comme partout ailleurs, dit le professeur Estor (i) , la chirurgie a été d'abord superstitieuse, puis positive ou empirique, et enfin dogmatique ou scientifique. »

Il est donc dans la nature des choses de trouver la grandeur et la perfection dans les principes élevés, dans l'idéal de toutes nos connaissances, et de descendre ou de se dégrader à mesure qu'elles s'éloignent de ces hautes régions du sentiment et de l'intelligence. Voilà le grand enseignement qui découle de cette revue rapide de l'histoire de notre art; voilà des résultats qui vous indiquent l'esprit qu'il faut apporter dans l'appréciation des faits dont vous devez peser la valeur au point de vue des principes immuables de la science.

Nous l'avons dit, la chirurgie n'est pas une science isolée, son domaine n'est pas rigoureusement limilé; nonseulement elle se lie à la pathologie interne de la manière la plus étroite , mais encore elle a des rapports avec beau-

(1) Discours sur la chirurg., etc., noyembro 1841, pag. 1.

coup d'autres sciences médicales. L'hygiène l'éclairé sur l'influence avantageuse ou défavorable des divers corps de la nature; la diététique lui communique le fruit de ses remarques touchant la part du régime dans la production ou la curation des maladies externes ; la physique et la chimie lui fournissent des notions précieuses sur l'action de plusieurs causes pathologiques et sur la constitution ou sur l'emploi de certains remèdes externes ou internes ; enfin, l'anatomie physiologique ou pathologique lui livre des secours bien plus importants encore : il est du ressort de la pathologie chirurgicale générale d'examiner rapidement les rapports de la chirurgie avec les principales de ces connaissances médicales.

Et, d'abord, Vanalomie apporte à la pathologie chirurgicale les notions premières que tout médecin doit posséder. « Tout artiste, disait le professeur Henri de Hermondavilla (1), est obligé de connaître le sujet sur lequel il travaille , s'il ne veut commettre des fautes incessantes ; le chirurgien agit souvent de la main sur le corps de l'homme ; il doit donc savoir la structure de l'organisme avec tout le soin et toute l'étendue que demande un sujet aussi compliqué et aussi intéressant. »

Comment comprendre , sans des connaissances anatomiques étendues, le mécanisme des contusions de l'orbile dans la production de l'amaurose traumatique? Comment se rendre raison de la migration au loin des abcès vertébraux , sans se représenter, avec M. Bourjaut Saint-Hilaire, le trajet des paires rachidiennes (2) , ou la disposition des plans fibreux et des autres organes voisins de la carie? IN'est-ce pas la dissection attentive des nombreuses divi-

(1) Traité de chirurgie , manusc. , 1306, Montpellier.

(2) Bevuc médicale , 1835.

sions et dos anîislomosos iVcciuoiilcs des brniiclies vnsrulaiios, (jui porta Jolui Hell, Hallcr, Scarpa à secouer le préjugé reçu jusqu'au «lix-scplième siècle sur le danger iniminenl de lier les troncs artériels?

()ue n'aurais-je pas à dire à cet égard , si , dével()j)pant la loi des analogies pathologiques entre les tissus scniblal)les de réconoinic, je vous montrais les séreuses, les vaisseaux, les nuKpicuses, les articulations, etc., parlicipanl facilement aux maladies d'un organe homogène; et d'abord lésé d'après la loi des sympathies vitales et organiques si bien établies par nailhez , Dumas, Dupuytren et Laennec! Mais la nécessité de l'anatomie pour le chirurgien est tellement évidente que je ne devrais pas insister davantage sur une telle matière.

Toutefois, je no puis m'enipèchcr de rappeler à votre souvenir l'anatomie des rapports si bien étudiée en France, depuis AUan Biirns, par MM. Blandin, Velpeau , Malgaigne et Pétrequin. «Oui oserait, dit à cet égard le professeur Eslor (l), sans une connaissance exacte du creux de l'aisselle, porter un instrument trancliant, ouvrir un simple abcès dans ce lieu où la plus légère erreur peut presque donner la mort ? Qui oserait lier Tarière carotide, pratiquer la lithotomie, faire l'ouverture des voies aériennes, s'il ne connaissait, dans leurs plus pelils détails , les régions où s'exécutent ces opérations délicates? »

L'anatomie pa(holo(jifjue a rendu à la chirurgie des services signalés, surtout en ces dernières années. Si, pour explorer sûrement nos parties , il faut en connaître la structure approfondie; pour arrivera découvrir toiiUs les conditions des problèmes pathologiques, il n'est pas

(Il Coins (l'anal, môdic, l. I'"'", p. 3."), Monfpcl. l^'VA.

moins évidemment indispensable de savoir l'élal des organes altérés par la maladie. Les fractures longitudinales des os longs furent mises en doute par J.-L. Petit (1); et leur existence fut démontrée seulement lorsque Léveillé (2) eut apporté sous les yeux de Tlnslitut des pièces à l'appui. Long-temps les dégradations du système osseux furent couvertes d'un voile que Tanatomie pathologique a éloigné en partie par les recherches de M. Raynaud (3), Rust de Berlin (4) et du professeur Dubrueil (5) sur les maladies de l'organe médullaire. Parlerai-je de l'histoire des luxations dont les espèces ont élé non moins appréciées récemment par les recherches cadavériques de MM. Sédillot (6) , Malgaigne (7) et du professeur Bouisson (8) ?

En étudiant la disposition anatomique de la moelle et de la colonne vertébrale chez les fœtus et les nouveau-nés, Geoffroy Saint-Hilaire (9) et le professeur Dugès (10) y ont reconnu les traces dans un travail pathologique opéré pendant la vie intra-utérine , et la cause secondaire de l'hydrorachis , du spina -biffida et de plusieurs autres vices de conformation du centre céphalo-rachidien. Qui de vous ignore combien les recherches anatomo-pathologiques du professeur Lallemand (11) ont éclairé les maladies de

(1) Traité mal. os., tom. II, p. 8.

(2) NouY. doct. chic, lom. II, pag. 158.

(3) Archiv. géa. méd., 1831 , pag. 178.

(4) Mém. hôp. du Midi , t. I.

(5) Journ. hebdom. 1834, tom. IV , p. 226.

(6) Journ. con. méd. chir., t. II, pag. 249.

(7) Gazelle méd., Paris , t. III , pag. 73 , 1832.

(8) Journ. Soc. méd. prat. Monlp. 1843.

(9) Philosophie analom., t. II.

(10) Ephémér. méd., Monlpell., t. IV, 1827.

(11) Lettres anat. patbol. sur l'encéph., etc., Montpel.

Vencrphdh'? I.c nn-canisnii' clo la cnr;\lion dcis Irsioiis répulôcscliiriirgicales a élé frcciiieminenl mise dans loul sou jour par les travaux du iiii^nic jjjcnre: il me suffi! de vous rappeler les obscrvalions de Duhamel Dumoneeau (1), de Troja, du professeur Vigarous (2) sur la formation du eal ; les belles reeherclies du professeur Delpeeli sur la eicatrisalion et le tissu inodulaire (ô) ; les études nouïbreuses sur les procédés de rinflaminalion faites par Tlidinsou , Hunier, (lendiin.

Toutefois ees travaux anatomo-palhologicjues ont eu des conséquences larges et solides , scidement <]uand ils ont élé dirigés par les vues saines de la philosopliie hippocratique. Ainsi, tout en rendant justice aux liiureuscs et pénibles investigations faites dans ce siècle sur les résultats de la phlogose , le célèbre professeur Lordal (/i) ajoute: « Les chirurgiens jiarlent de Indivision de l'inflammalion admise par Ilunter, en inflammations: 1° su[)purative ; 2" adhésive ; 5° induralivc ; A" suppurative. Cette divisi()n exprime quelques-uns des faits que l'on observe à la suite de l'inflammation. Mais les chirurgiens ne recherchent pas pourquoi rinflammation prend une telle terminaison et non pas une autre. Est-ce que ces terminaisons sont subordonnées à des causes externes et fortuites ? Ne sont-elles pas des buts vers lesquels tend l'opération vitale, suivant les besoins du moment? i-

Telle est la manière dont il convient d'interpréter l'anatomic pathologique, pour qu'elle répanile une clarté permanente et légitime sur la connaissance et le tiaitemcnt des maladies externes. Il faut, en outre, ne pas tomber

(1) Alcin. Acad. scienc. ITil.

(2) ^Icinoirc sur I;i rciïôii. dos os, etc., î\fonlpell. 1788.

(3) Chirnrfr. (•lini(i. do .Monlpoll., I8'?3, loin. Il , pa-j. 377.

(4) Noie niamiollo.

dans l'indifférence et l'oubli des antagonistes de l'humorisine bien interprété, si Ton veut posséder une connaissance satisfaisante de beaucoup de lésions chirurgicales. « Combien d'amputés , dit le professeur Serre (I), n'ont-ils pas succombé à la suite de la phlébite, sans que l'on se doutât de la cause qui avait entraîné leur mort ? Que sera-ce, lorsque l'étude des altérations que peuvent éprouver les liquides aura été poussée aussi loin que celle des solides?»

La médecine interne apporte aussi à la connaissance des maladies réputées chirurgicales une lumière non moins vive que les sciences dont nous venons de parler. Les diathèses scrofuleuse, syphilitique, calculeuse , rhumatismale et toutes les affections morbides déterminent souvent des lésions organiques pour lesquelles les soins du médecin opérateur deviennent indispensables. Les blessures et la plupart des maladies externes se ressentent des intempéries actuelles , de sorte que le véritable chirurgien est obligé de s'enquérir, comme le professeur Fages l'enseignait dans cette Ecole , « de l'influence des maladies internes et des constitutions régnantes sur les maladies chirurgicales (2). »

L'homme de l'art a besoin d'appliquer constamment la belle analyse clinique formulée par les illustrations de notre Ecole , afin de reconnaître les complications variées dont les lésions chirurgicales sont trop souvent Tobjet, comme l'a établi le professeur Vigarous (5). Le célèbre professeur Dumas n'a-t-il pas appris, à la faveur de la méthode analytique , à découvrir et à traiter les fièvres rémittentes malignes qui compliquent parfois l'état des

(1) Recherches sur la clinique, Montpel., 1833, pag. 97.

(2) Eloge de Fages , etc., par Dugès, Montp., 1836, p. 26.

(3) Complic. sympt. vénér., etc., Montpellier 1780.

hlossi's (Milasst's Mans los liApilaiix (I) V Ucssaussoi cl Dclpccli ne nous onl-ils pas njonlri'; les lorril)los consfi- (jncm-os (le la poniriliirc <rhnpil;\| (2); Dcsaiilt n'avail-il pas reconnu la nérossilc! de oomballre rembarras j,'aslri- (jue survenant Irop de fois à la suite des plaies du crâne (ô)? .1 In lionmie eut, dit le U' Sernin (^) , après Topéralion de la taille, une hémorrhagie qui se lennuvcla les jours suivants sans cause apparente, malgré l'emploi des to[)i- (jncs nirtliodiquement appliqués: le professeur iMéjan , prenant en considération ce retour périodique, pensa que la cause des accidenls était interne cl due au même princi|)e (jue les fièvres inlerniittentes ; il fit administrer le kina , cl un succès complet prouva la justesse du diagnostic. » — Après tout ce que nous avons dit touchant l'unité de la science médicale , ces exemples suffisent pour montrer la nécessité de la connaissance de toutes les alTeclions internes pour le véritable médecin opérant.

Si nous n'avions à nous en occuper plus loin, ce serait ici une occasion favorable de signaler les services que la pathologie externe retire de l'hygiène, de la matière médicale, ainsi que des sciences physiques. Le rapprochement entre ces dernières sciences et celle dont il s'agit dans ce travail, a été surtout approfondi par le célèbre professeur Uugès , dans un mémoire plein de vues ingénieuses etjjratiques (5).

Ajoutons cependant quelques mots touchant les services que la chirurgie retire de la pathologie comparée. Sans

(1) Mém. Soc. niôii., Kmulal. Flojje de Dumas, pag. 77. (3j ."Mémoire sur la pourriture des hop., Montp. 1813. (3) Journ. de chirurg.

(I) Thèses de ]\îonlpellier, n" 18?.

(5) De l'inlliieiu <• dos sciences luédicalo» et .iccessoires sur les |)r()Kii''s lie la chir., .Monlp. 1H?7.

doute , il existe entre l'homme et les animaux les plus rapprochés de lui des différences très-profondes et trèsnombreuses. Néanmoins , on ne saurait méconnaître, entre tous les mamiuifères, de grandes analogies souslo rapport vital ou interne; et, à ce point de vue, on peut retirer des avantages incontestables de l'étude de la pathologie comparée. D'abord, il y a plusieurs maladies qui se développent spontanément sur les animaux et nullement ebez l'homme auquel cependant elles se transmettent parfois. Ainsi, la pustule maligne, la vaccine, la morve, le farcin , la rage se forment chez certains mammifères et atteignent ensuite l'espèce humaine. Aussi , est-ce l'étude des animaux malades qui a fait souvent connaître les causes, les caractères, le traitement le plus convenable de ces terribles lésions morbides.

Les funestes résultats de l'entrée de l'air dans les veines, et les conditions principales de la production de ces accidents ont été mieux précisés, contrôlés par les expériences de Nysten , Bichat , Amussat qui sont venues confirmer les observations cliniques de Dupuytren et de Delpech. Les monstruosités de l'axe cérébro-spinal et de presque toutes les parties du corps ont été élucidées par les recherches comparées de Geoffroy Saint-Hilaire, Serres de l'institut etDugès. Les caractères et les conséquences de la mélanose ont été établis par les travaux de pathologie comparée des professeurs Breschet, Dupuy, etc. Les paralysies partielles, les névroses faciales ont été éclairées parles expériences de Ch. Bell; nous avons été témoins des expériences nombreuses de Delpech faites sur des rongeurs touchant la membrane pyogénique. Ce peu de mots suffît pour montrer l'utilité de l'étude des animaux dans la pathologie chirurgicale.

INous avons assez insisté, soit précédemment, soit dans

un aulro ouvrage (1), sur la philosophie el la méthode nécessaires à rélude et à renseignemenl de la science générale des maladies; je ne saurais, du reste, trop vous eugagiT, en icrniirunil, à lire et à méditer le beau travail du professeur F. IJérard sur cette matière (2).

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