‹ Cours elementaire de perspective a l'usage des damesChapitre 7 sur 17 · SECOND ENTRETIEN · texte numérisé non relu

SECOND ENTRETIEN

Les réflexions dont vous m'avez fait part ce matin^ avec un enjouementquinegâte rien même aux choses les plus graves^ justifient mes prcdiclions d'hier. Vous avez remarqué^ Madame^ mille choses auxquelles vous n'aviez jusqu'ici fait mdle attention^ et vous avez été enchantée de vos remarques, ce qui m'est un sûr garant du zèleque je trouverai dans mon écolière. Tout est devenu pour vous l'objet d'une étude nouvelle. Vous avez examiné avec intérêt les lignes de votre appartement et celles des meubles qui le décorent. Le secrétaire;, le canapé, la table et jusqu'à la boîte à thé, ont donné matière à de justes observations de votre part^ sur le changement apparent des lignes qui forment leurs contours^ et sur les variations qu'occasionnait chaque nouvelle position que vous preniez à l'égard de ces divers objets. Essayons maintenant de nous en rendre compte d'une manière plus méthodique.

Ce points dont nous avons parlé dans notre premier entretien j et vers lequel se dirigent les lignes qui fuient devant nous^ de manière à y former des sommets d'angle, s'appelle point de vue.

Il se trouve directement en face du spectateur,

à la hauteur de son œil^ dans un ëloignement indéfini.

Il monte ou descend avec Fœil, et se trouve, par conséquent, toujours à la hauteur à laquelle il s'arrête.

Il suit de là, que les lignes qui aboutissent à ce point, changent de direction aussi souvent que ce même point change de place.

Vous voyez dès lors , la raison des variations dont vous vous étonniez tout à l'heure, et vous commencez à comprendre que les plus importantes opérations de la perspective sont basées sur le point de vue : nous y reviendrons plus tard.

Vous ne devez jamais oublier que ces opéra^ tions ont pour but de représenter les objets sur le plan perspectif, dans des rapports justes avec les mêmes objets placés sur le plan géométral ^ autrement, vous demanderiez à chaque instant : « à quoi bon? »

Pour atteindre ce but, on a pris dans la nature même des règles certaines qui remédient au dé(*aut de justesse du coup-d'oeil.

D'abord, l'expérience a posé en principe que le regard fixe n'embrasse un objet, quel qu'il soit, que lorsque l'œil est au moins à la distance de deux fois et demi ou trois fois la plus grande dimension de cet objet.

Ainsi^ en calculant sur le pied de trois fois^ un mur de 120 pieds de long, vu de face, doit être dessiné de 60 pieds d'éloignemcnt (Fig. 5); et une tour de 3o pieds de haut, doit l'être de 90 (Fig 6.)

Ces principes, tout simples qu'ils sont, ont besoin de quelques explications.

Premièrement, ils ne sont à observer que pour les objets les plus rapprochés du dessinateur j car les objets plus reculés sont plus facilement embrassés par le regard fixe, et on n'a pas à craindre de se trouver trop près d'eux.

Vous me demanderez, sans doute, quel inconvénient il y aurait à se trouver trop près de l'objet qu'on veut dessiner ; le voici :

Si vous voulez représenter la pièce d'eau qui est au bout du parc, et qui forme un carré long d'environ cent pieds , et que vous vous placiez à moins de 3oo pieds du bord, vous ne pourrez en faire qu'une représentation fausse , par la seule raison que votre regard fixe ne l'embrassera pas entièrement. Dans ce cas, vous seriez obligée de tourner la tête de droite à gauche, ou de gauche à droite, ce qui occasionnerait à chaque mouvement , un changement dans la direction des lignes

qui forment les deux extrémités du bassin; car votre point de vue qui doit rester le même dès que l'opération est commencée^ changerait en même temps que vous changeriez de position.

Une chose digne de remarque^ c'est que la représentation que vous feriez d'une tour carrée, également vue de trop près, c'est-à-dire, à une distance moindre que trois fois sa hauteur^ ne serait que désagréable sans être fausse. Bien que vous fussiez obligée, pour la copier, de lever, puis de baisser la tête, ce mouvement n'occasionnerait pas un changement dans la direction des lignes allant au point de vue.

Pour bien comprendre ce fait, sur lequel nous reviendrons, il faudrait quelques connaissances que vous ne pouvez avoir encore, mais que vous ne tarderez pas à acquérir.

Quoique j'aie la plus haute idée de votre aptitude à saisir les démonstrations géométriques, je sens la nécessité de restreindre un peu la matière de nos premiej-s entretiens. Il faut craindre de surcharger la mémoire et de fatiguer l'esprit, et d'ailleurs, on ne perd rien à aller lentement, mais avec méthode.

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