‹ Cours elementaire de perspective a l'usage des damesChapitre 9 sur 17 · QUATRIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ENTRETIEN

Reprenons les choses où nous les avons laissées.

Les Lignes dont nous nous sommes occupés hier étant établies sur le plan perspectif^ les opérations à faire sont basées sur des points qu'on nomme point de vue , points accidentels et points de distance.

Le Point de vue ^ vous le connaissez déjà ; et c'est pour procéder avec ordre que je répète qu'il se trouve sur la ligne d'horizon^ en face du Dessinateur^ directement à l'endroit où aboutit la ligne verticale supposée tirée de ses pieds ( Fig. 8 ).

Les Points accidentels se trouvent sur la ligne d'horizon^ ailleurs que le point de vue et à quelqu'endroit que ce soit , dans le tableau ou dehors ( Fig. 8 ).

Les Points de distance sont deux points qu'on place à droite et à gauche de la ligne verticale^ sur le prolongement idéal de celle d'horizon , hors du tableau , et à une distance égale à celle qui se trouve entre les pieds du dessinateur et la ligne de terre y c'est-à-dire ^ trois fois la longueur de cette même Hgne ( Fig. 8 ).

Vous remarquerez ^ Madame ^ que dans une composition régulière il est nécessaire que le point de vue soit au milieu du tableau ^ parce qu^il est naturel qu^on se place directement en face d^un objet pour le considérer^ (voyez laFig. 3 ) 'y cependant ^ comme la nature peut se présenter sous toutes sortes d^aspects , on le met quelquefois ailleurs qu'au milieu , mais toujours sur la ligne d^horizon ^ le dessinateur pouvant y par choix ou forcément ^ être placé ailleurs qu'au centre des objets qu'il veut représenter. C'est ce qui induit le spectateur^ surpris d'abord par cette représentation peu ordinaire y à regarder le tableau de côté ^ comme pour en découvrir le centre^ autrement dit^ le point de vue ( voyez la Fig. 4 )•

Les points accidentels ^ qu'on appelle ainsi parce qu'ils sortent de la règle établie pour le point de vue ^ n'ont pas de place déterminée sur la ligne d'horizon , et peuvent varier à l'infini^ par suite des différentes positions des corps sur le plan perspectif ^ ainsi que nous le verrons tout à l'heure.

Quant aux points de distance^ ils seront l'objet de remarques plus difficiles à saisir ^ et pour lesquelles je vous demande beaucoup d'attention.

Jl y avait impossibilité de figurer sur le plan

perspectif le vrai jDoint de distance , c'est-à-dire , celui occupé par le dessinateur, parce que, se trouvant à la hauteur du plan de son tableau", ses rayons visuels y aboutissent perpendiculairement. Or , une ligne partant de l'œil pour aller aboutir perpendiculairement sur un plan , ne pourrait être figurée , pour cet œil y que par un point , ce qui serait tout-à-fait nul dans la démonstration. On a donc été obligé de reporter ce point de distance sur le côté du plan , puisqu'on ne pouvait le mettre en face comme dans la nature , et la suite des démonstrations vous prouvera que , pour le résultat , c^est une seule et même chose.

Au point de vue aboutissent toutes les lignes droites, couchées sur le plan , perpendiculaires à la ligne de terre , et qui la couperaient , dans la nature , à angles droits.

Aux points accidentels aboutissent les lignes droites couchées sur le plan , qui ne sont ni perpendiculaires , ni diagonales ^ ni parallèles à la ligne de terre.

Aux points de distance aboutissent les lignes droites diagonales, également couchées sur le plan, qui couperaient la ligne de terre par un angle de 45 degrés ^ formant la moitié de Tangle droit.

Pour ajouter à la clarté de ces dernières assertions y faisons en sorte de les appuyer par des exemples.

Le pavillon qu'^occupe le jardinier est parfaitement carré j transportons -nous auprès et plaçons-nous parallèlement à Tune de ses faces , à la distance voulue ( Fif^. 9 ),

Maintenant y observez bien ce bâtiment dont nous voyons deux faces y la première qui est tournée vers nous ^ Tautre qui se présente de côté. Les lignes de cette dernière face sont perpendiculaires à celle de terre ; par conséquent , elles fuient droit devant nous, en paraissant se rapprocher vers leur extrémité^ et vont aboutir à un point sur Thorizon , qui est notre point de vue.

( Je crois devoir appeler votre attention sur la signification exacte du mot perpendiculaire ^ qui ne veut pas du tout dire vertical ^ ainsi que le croient communément les personnes étrangères à la géométrie. Souvenez-vous bien qu^une ligne est perpendiculaire à une autre quand elle va à sa rencontre y dans quelque sens que ce soit, de manière à la couper par des angles droits. )

C'est ici le lieu de revenir sur la fixité indis-

pensable du regard , pour la représentation fidèle des objets que vous voulez dessiner. J^ai dit que imitation que vous feriez de la pièce d^eau du parc, d^une distance trop rapprochée, c'est-à-dire, moindre que trois fois sa plus f];rande dimension , serait indubitablement fausse , et vous devez Favoir compris maintenant. N'ayant qu^un seul point de vue qui est en face de vous , et toutes les lignes perpendiculaires à la ligne de terre allant nécessairement aboutir à ce point, il est clair que chaque fois que vous vous tournerez , votre point de vue changera. Pour peu que vous vous portiez soit à droite soit à gauche , les lignes que vous n^avez pas encore établies, et qui devaient se diriger vers le point que vous aviez d'abord , changeront et se dirigeront vers celui que vous avez maintenant , chose qu^il serait absurde de représenter dans un tableau, puisqu^il y aurait deux points de vue en même temps, pour un seul objet, ce qui est impossible ( Fig. i4 ).

Ceci, comme je vous Fai déjà indiqué, ne s'applique qu'aux dimensions en longueur ou en largeur. Pour celles en hauteur , le mouvement du regard de bas en haut , ou de haut en bas , étant perpendiculaire et ne s^écartant pas , conséquemment , de la ligne verticale , ce mou-yement ne change pas la place qu^occupe

le point de vue sur la ligne d'horizon ^ el les lignes d^un objet plus haut que large ^ qui doivent se diriger vers ce point, dirigent, que Tobjet soit embrassé par le regard fixe ou qu'il ne le soit pas. Seulement, à mesure que Ton approche, ces lignes semblent converger davantage au point de vue, par la raison que les angles qu'elles forment avec les rayons visuels sont moins ouverts. Ce fait^ démontré par Texpérience et le raisonnement , a donné naissance à Taxiomeque « la perspective en hauteur s'opère d'elle-même » ( Fig. i5 ).

Passons aux points accidentels. Nous avons dit qu'on appelle ainsi ceux auxquels vont aboutir les lignes qui ne sont ni perpendiculaires, ni diagonales , ni parallèles à la ligne de terre. Nous trouvons près du pavillon du jardinier l'orangerie qui nous servira très bien pour cette démonstration (Fig. lo ). Observez, d'abord que ce bâtiment n^est pas placé sur les mêmes parallèles que le pavillon, et qu'il est relativement à lui, pour ainsi dire de travers. Etudiez maintenant la direction des lignes des deux faces que nous voyons; vous remarquerez : que les lignes de la face qui fuit devant nous , au lieu de se diriger vers le même point que celles du pavillon', vont aboutir à un point différent de Thorizon ; 2^ que les lignes de la face qui fuit de côté, au lieu d'être parallèles

à la ligne de terre ^ sont inclinées et vont aussi aboutira un autre point sur Tliorizon.

Ces points accidentels^ comme je vous l'ai dit ^ peuvent varier à Tinfini ^ et en voici la raison : Une ligne ne peut couper celle dite de terre ^ à angles droits ^ que d'une seule manière , et ne peut avoir ^ par conséquent, qu'une seule direction qui est celle du point de vue ; mais elle peut la couper de mille manières par des angles aigus ou obtus, ce qui lui donne alors autant de directions différentes , qui sont celles des points accidentels.

Je dois à ce sujet vous parler d'autres points accidentels qui ne se trouvent pas placés sur la ligne d'horizon, et qui sont déterminés par l'inclinaison des corps réguliers sur le plan perspectif.

Si un corps régulier est incliné en arrière, les lignes qui ^ s'il était posé à plat ^ aboutiraient à la ligne d'horizon , aboutissent à un point qui se trouve dans Lî ciel, au- essus de cette ligne. C'est le point accidentel aérien (Fig. 12).

Si ce même corps est incliné en avarxt , les lignes qui aboutiraient à la ligne d^horizon , aboutissent à un point qui se trouve sur terre ^ au-dessous de cette même ligne. C'est le point accidentel terrestre ( Fig. i3 },

Vous coiicevez également , Madame ^ qu'on ne peut préciser d'avance la place de ces derniers points, car ils dépendent de l'inclinaison plus ou moins grande des corps, de leur position plus ou moins régulière sur le plan , et par conséquent ils peuvent se trouver partout, dans le tableau ou dehors, excepté sur la ligne d'horizon.

Pour les points de distance , sur lesquels je ne puis encore tout vous dire , il suffira pour le moment de chercher un exemple qui parle aux ^ eux.

Voici près de nous un massif de pierre carré ( Fig. Il); posons dessus diagonalement cette règle de bois, et reculons-nous maintenant à la distance convenable. Vous voyez qu'en prolongeant idéalement la règle dont nous avons fait une diagonale, elle va aboutir sur la ligne d'horizon , non pas en face de nous , mais à un point fort éloigné. Ce point, supposé hors du plan perspectif, est exactement à la même distance du point de vue , que celle qui existe entre nous et la ligne de terre ; c'est dire d'une manière plus positive qu'il est à la distance de trois fois la longueur de cette ligne ainsi que nous l'avons déjà posé en principe.

Les lignes diagonales ainsi dirigées , ont la propriété de déterminer l'enfoncement des corps réguliers dans le plan perspectif. Ce sera une des choses que je vous démontrerai demain;

pour aujourd'hui ^ J3ornons-nous à faire deux remarques qui sont une sorte de résumé des notions que vous avez déjà acquises.

La première ^ c'est que ^ par suite de ces dispositions forcées de lignes ^ toutes celles parallèles entr'elles dans la nature et sur le plan géométral, cessent de l'être sur le plan perspectif^ ( excepté celles parallèles à la ligne de terre ) et forment des angles dont le sommet est à l'un des points ci-dessus déterminés.

La seconde c'est que les corps au-dessous de la ligne d'horizon étant vus en-dessus^ ceux au-dessus étant vus en-dessous ^ ceux à droite et à gauche de la ligne verticale étant vus de côté y il s'ensuit que les lignes qui sont audessus de celle d^horizon s'abaissent vers elle ; que celles qui sont au-dessous y montent ; que celles qui sont à gauche , tout en suivant cette loi^ se dirigent à droite et que celles qui sont à droite se dirigent à gauche ( voyez encore les figures 3 et 4).

C'est là le principal secret de la perspective. Tout dérive de ce petit nombre de règles^ et je ne saurais trop vous engager ^ Madame^ à réfléchir sur l'entretien que nous venons d'avoir. Dans toute science^ les régies fondamentales sont celles dont il nous importe le plus d'être bien pénétrés j autrement nous ne saisissons qu'au hasard les vérités

qui nous sont offertes y et nous ne savons plus les rattacher à un même principe y qui les rendrait bien plus faciles à comprendre y et nous empêcherait y par la liaison qu'il établirait entr'elles , de les oublier.

Je me surprends, Madame, à discourir sur un ton fort doctoral , et j'en ai presque honte. Il me serait plus agréable de n'être avec vous qu'homme du monde y mais vous m'avez condamné à me faire docteur une partie de la journée , vous vous êtes vous-même condamnée à m'entendre y et vous devez vous estimer heureuse si je ne m'affuble pas d'une robe noire et d'un bonnet carré.

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