‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 105 sur 243 · PSYCHOLOGIE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

PSYCHOLOGIE EXPÉRIMENTALE

que sur les phénomènes qui se passent en nous. La multitude de nos besoins physiques et de nos rapports sociaux nous porte continuellement vers les objets du dehors ; nous avons pris dès l'enfance l'habitude d'y fixer notre attention, et il nous est très-difficile de nous replier sur le dedans ;

3» Dans ce regard de l'àme sur elle-même, pour peu qu'il se prolonge et qu'il ait de profondeur, la vue se trouble aisément, l'attention se relâche et l'observation reste imparfaite ;

4° Nous ne pouvons observer les phénomènes de l'âme que sur nous-mêmes, et quand notre raison est déjà bien développée : alors les éléments de la formation primitive nous échappent nécessairement et notre étude demeure tou. jours incomplète.

Ces obstacles sont graves sans doute, mais on les surmonte en grande partie par l'attention soutenue d'une volonté persévérante.

Nous trouvons dans l'un des plus profonds psychologistes de notre temps quelques avis propres à guider utilement dans l'étude des faits internes.

Les premières données de l'observation interne sont connues de tout le monde. Ainsi, tout homme a une idée au moins confuse des principaux phénomènes de conscience. Personne n'ignore ce que c'est que sentir, désirer, délibérer, vouloir, connaître, se souvenir, croire, etc. Mais, au point de vue de la science, dans l'observation de la nature humaine, « ce qu'il s'agit de découvrir, c'est ce qu'il y a de constant, de régulier, d invariable, dans ses opérations ; et, pour le découvrir, ce n'est point assez de la sur prendre, il faut savoir l'interroger. Il faut, si l'on peut s'exprimer ainsi, la mettre à l'épreuve dans des cas différents, lui faire répéter une opération sous des influences diverses, atin de distinguer les circonstances variables qui appartiennent au lieu, au temps, à l'éducation, à mille causes accidentelles et qu'il faut abandonner au peintre de mœurs, et les circonstances constantes qui appartiennent à la nature

humaine et qui doivent trouver place dans la science, on un mot, pour la science des faits internes, il faut savoir d'abord expérimenter. Mais... il ne suffit pas de savoir observer, il faut avoir Je courage de ne voir dans les faits constatés que ce qui y est, et de n'en tirer que les inductions qui en sortent rigoureusement '. »

De la méthode dans les sciences de raisonnement.

Les sciences dites de raisonnement sont celles qui ont pour point de départ et pour objet principal, non des faits et leurs lois, mais des conceptions de la raison, avec les conséquences qui en découlent.

Les principales entre ces sciences sont : la logique, qui est tout a la fois une théorie et une application du raisonnement ; les sciences abstraites, telles que la métaphysique générale, ou Yontologie, c'est-à-dire la science de l'être, et les sciences mathématiques, qui se désignent plus spécialement sous le nom de sciences exactes, à cause de la rigueur de leurs résultats ; la psychologie dans sa partie rationnelle, c'est-à-dire dans l'étude de la nature de l'àme, et diverses parties d'autres sciences.

Dans les sciences de raisonnement comme dans les sciences d'observation, on fait usage de Y anal y se et de la synthèse, et, en général, les divers procédés de la méthode peuvent servir, plus ou moins, dans chacun de ces deux ordres de sciences. Cependant, de même que plusieurs moyens auxiliaires de la méthode sont plus particulièrement applicables aux sciences d'observation, de même la méthode dans les sciences de raisonnement a aussi ses moyens et ses procédés qui lui sont plus spécialement

1 Préface de Th. Jouffroy sur les Esquisses de philosophie morale de Dugald Stewart, p. xxxiy-xxxvi.

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