MÉTHODE DANS LES SCIENCES DE NATURE MIXTE
propres : ce sont la définition, la division, les axiomes, la démonstration, la déduction, le syllogisme.
Toutefois les procédés qui appartiennent principalement aux sciences d'observation sont loin d'être étrangers aux sciences du raisonnement L'induction, bien qu'elle ait pour base des données fournies par l'expérience, est en elle-même une opération rationnelle. — L'esprit sait trouver de Y analogie entre les idées qu'il compare, comme il en trouve entre les faits qu'il observe. — Personne n'ignore qu'il y a des raisonnements hypothétiques. — Dans les mathématiques on fait abstraction de la matière, mais ce n'est qu'après avoir reconnu par Yobservalion et par l'expé rience la solidité et les formes des corps.
De la méthode dans les sciences de nature mixte.
Il y a plusieurs sciences qui ne sont proprement ni des sciences d'observation ni des sciences de raisonnement, mais qui participent des unes et des autres. Différentes de celles qui ont pour objet, soit la nature matérielle, soit de pures conceptions de notre esprit, elles ont généralement pour but la connaissance des faits et des lois de la nature spirituelle : on est convenu de les désigner sous le nom de sciences morales.
Voici quelles sont les principales : la psychologie, la morale proprement dite ou la science des devoirs ; le droit, naturel ou positif, la politique, ou la science du gouvernement, Y histoire ou le récit et l'explication des événements.
Dans ces sciences, on étudie les faits et on en constate les lois de la même manière que dans les sciences physiques, sauf quelques différences accessoires : il y a donc lieu de
cours DE ph. 17
leur appliquer, en une certaine mesure, les méthodes d'ohservalion, d'expérimentation, de classification, d'induction. En même temps, on y tire les conséquences des principes de la même manière et souvent avec la même sûreté que dans les sciences exactes. Il y a des théorèmes moraux aussi parfaitement démontrés que les théorèmes des mathématiques, des axiomes moraux aussi clairs que ceux de la géométrie : par exemple, il est aussi évident que nous ne devons vas faire à autrui ce que nous trouverions injuste qu'on nous jit à nous-mêmes, qu'il l'est que la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre. Il y a donc lieu de faire usage dans les sciences morales d'axiomes, de définitions, de démonstrations et de syllogismes. On voit que, d'après la nature de ces sciences, il n'y a aucune des deux classes de procédés précédemment décrites, qui y domine positivement sur l'autre, et que la méthode à leur appliquer est une méthode mixte.
Parmi les sciences de nature mixte, il y en a qui se partagent naturellement en deux branches formant comme deux sciences distinctes, malgré le lien qui les unit, et dont l'une appartient aux sciences d'observation, tandis que l'autre appartient aux sciences de raisonnement : c'est le cas de la Psychologie C'est pour cette raison que nous avons traité de la méthode dans la psychologie expérimentale, à l'article des sciences d'observation, et rangé la psychologie rationnelle parmi les sciences de raisonnement. Mais dans la .tfora/e, par exemple, l'étude des faits moraux se combine constamment avec l'application raisonnée des règles et des lois morales. Il en est de même pour d'autres sciences de nature mixte.
DE LA MÉTHODK DANS LA SCIENCE DE i. HISTOIRE
L'une des sciences morales, celle de l'histoire, exige une élude particulière au point de vue de la méthode. L'histoire repose sur le témoignage des hommes ; or le témoignage des hommes présente des caractères et doit être revêtu de
conditions qu'il importe de déterminer, et la critique historique s'appuie sur des règles qu'il est essentiel de l'aire connaître. C'est ce qui sera l'objet des paragraphes suivants.
1 1. Autorité du témoignage des hommes.
Nous obtenons par le témoignage de nos sens la connaissance certaine d'un grand nombre de faits qui ont lieu hors de notre àme, et nous en conservons le souvenir par la mémoire. ; mais il est aussi un grand nombre d'autres faits extérieurs que nous ne pouvons constater directement et immédiatement par nous-mêmes : ce sont les faits dont nous ne sommes pas les témoins. Ces faits ne nous sont connus que parle témoignage de nos semblables, et, lorsque ce témoignage présente certains caractères et remplit certaines conditions, il est dans notre nature d'y croire aussi fermement qu'au témoignage de nos propres facultés.
Dans le premier âge, la croyance au témoignage de nos semblables nous est d'une nécessité absolue pour le soutien et le développement de notre vie, tant physique qu'intellectuelle. C'est en croyant au témoignage de nos semblables que nous apprenons à distinguer les aliments qui nous sont nécessaires, que nous connaissons nos parents, que nous apprenons la valeur des mots du langage, etc. Dans le cours de la vie, c'est par le même moyen que nous acquérons la connaissance d'une infinité de , faits, tant de l'époque où. nous vivons que des siècles qui nous ont précédés.
On entend par témoignage des hommes, en général, V accord d'un certain nombre d'hommes qui attestent un fait. Or ce témoignage renferme deux choses : le fait qui est rapporté, et les témoins qui le rapportent. Les faits sont contemporains ou passés, publics ou privés, importants ou peu importants, clairs ou obscurs, naturels ou surnaturels. Les témoins ^oni oculaires ou auriculaires, les uns et les
autres peuvent être historiques. Les historiens sontcontemporains ou postérieurs.
On assigne ordinairement au témoignage humain certaines conditions jugées nécessaires pour qu'il puisse être démontré infaillible dans toute la rigueur du terme ; ce qui n'empêche pas que la vérité ne puisse nous être transmise, d'une manière plus ou moins probable, ou même avec certitude, par un témoignage qui ne réunirait pas toutes ces conditions. Ces conditions sont : 1° que les faits soient importants ; 2° qu'ils soient attestés par des témoins nombreux, qui n'aient pu être trompés ni trompeurs.