CAUSES MORALES
refuse de se rendre, même aux preuves les plus évidentes. Lui donae-t on de bonnes raisons, il les écoule à peine ; el tandis qu'on lui répond, il n'est occupé le plus souvent qu'à chercher les moyens de soutenir ses propres idées.
Un homme d'un caractère inégal, considéré à deux époques différentes, ne juge pas la même question de la même manière : il se trompe donc dans l'un des deux cas.
Le caractère présomptueux se croit en étal de prononcer sur toutes choses; il lui semble qu'il serait indigne de lui d'hésiter sur quelque sujet que ce soit ; il décide donc souvent au hasard, et dès lors on ne doit pas s'étonner qu'il rencontre plus souvent l'erreur que la vérité.
« Délibère t-on sur une affaire1, les moyens les plus violents sont du goût de ceux qui ont du penchant à la colère. Les timides, au contraire, approuvent les moyens les plus doux ; et si leur caractère est porté à la lenteur, ils cherchent à renvoyer leur détermination à un autre temps. » Il est visible que le meilleur parti à prendre ne peut se rouver à la fois dans des opinions si contraires, et qu'il doit y avoir un milieu entre ces extrêmes.
Tels sont les effets de quelques-uns des caractères qui sont plus particulièrement dénature à fausser les jugementsdes hommes. Pour remédier à ces causes d'erreur, il faut étudier son propre caractère, el lorsqu'on est parvenu à bien connaître ce qu'il offre de défectueux, s'exercera produire des actes qui lui soient contraires, et se former ainsi des habitudes qui en amènent la réforme. Qu'aux défauts indiqués ci-dessus on oppose la fermeté, la vertu de céder à propos, l'égalité d âme, la modestie et une sage défiance de soi-même, la douceur, la force et l'activité ; ou, tout au moins, que l'on sache se tenir en garde, autant que possible, contre l'influence des défauts du caractère sur les jugements de notre esprit.
S'Gravesando, Inlrod. à la philosophie, ch. xxiu (t. II, 2« part.