CAUSES INTELLECTUELLES
1° Les préjugés. — Ou entond par préjugé une opinion admise sans un examen suffisant. Il y a des préjugés qui tiennent au caractère, aux passions, aux intérêts, etc. Il y a des préjugés de famille, des préjugés de nation, des préjugés de secte, des préjugés de parti. Les préjugés peuvent être vrais, comme ils peuvent être faux. Il y a d'heureux préjugés, comme il y en a de pernicieux : néanmoins le mot préjugé se prend le plus souvent en mauvaise part. La plupart de nos préjugés ont leur source dans les idées reçues au milieu du monde où nous vivons.
Le préjugé, lorsqu'il est pris en mauvaise part, c'est-àdire comme faux, est lui-même une erreur avant d'être une cause d'erreur. Mais comme les préjugés ou principes erronés dont on est imbu donnent lieu à de fausses appréciations des hommes et des choses, etconséquemment à une f jule d'erreurs qui en dérivent, c'est avec raison que les préjugés sont comptés parmi les causes de nos erreurs.
Les préjugés appartiennent plus spécialement, sans doute, le plus souvent à l'intelligence; cependant, comme ils y sont introduits par des causes qui dépendent de la volonté, et aussi par des causes externes, on doit, tout en les rangeant parmi les causes intellectuelles, les considérer comme étant d'une nature mixte.
Pour se dépouiller des préjugés, il faut prendre en main la balance de la raison, et suspendre son jugement jusqu'à ce que l'on ait pesé les raisons pour et contre, et que la vérité soit mise hors de doute par des principes incontestables, par des raisons certaines et évidentes.
2° Les écarts de l'imagination. — 1? imagination est sans doute d un grand secours pour l'intelligence, en ce que, revêtant d'une forme sensible les idées les plus abstraites, elle aide l'attention à s'y iixer, et contribue puissamment à les faire comprendre par des comparaisons empruntées à la nature ; mais aussi, en revanche, il n'est sorte de chimères