CAUSES INTELLECTUELLES
dont cette folle du logis ne berce l'esprit humain. Elle crée sans cesse de nouveaux fantômes qu'elle nous fait prendre pour des réalités. C'est elle qui produit les trompeuses hypothèses et les dangereuses illusions ; non-seulement elle mène souvent à l'erreur, mais elle possède l'art de la déguiser et d'embellir le mensonge au point de le rendre presque impossible à reconnaître. Aussi a-t-on pu dire avec raison ' qu'une imagination trop vive étouffe en quelque sorte le jugement.
Un des meilleurs remèdes contre les écarts de l'imagination, c'est de se fortifier la raison par des études sérieuses; et si nous ne parvenons pas à maîtriser entièrement notre imagination, au moins ne devons-nous pas être dupe des vaines représentations que nous ne pouvons empêcher. Il ne s'agit, du reste, aucunement d'éteindre l'imagination, mais seulement de faire dominer la raison.
3° L'ignorance. — L'ignorance n'est rien autre chose que le manque de connaissance. Ignorer, c'est simplement ne pas savoir; tandis qu'errer, c'est juger faux. L'ignorance est une source de nombreuses erreurs, parce que notre orgueil et notre légèreté d'esprit nous portent à juger d'une infinité de choses qui nous sont inconnues, ou qui ne nous sont connues que très-superficiellement.
On conçoit sans peine que le moyen le plus efficace de prévenir les erreurs dues à 1 ignorance doit être de travailler à s'instruire, c'est-à-dire d'observer, d'étudier, de comparer, de raisonner, etc. Puis il faut se persuader que ce n'est pas une honte, mais bien une marque certaine de sagesse, que de savoir à propos suspendre son jugement et s'accoutumer de bonne heure à s'abstenir de prononcer dans les matières que l'on ne possède pas suffisamment. 4» Le défaut de mémoire. — On n'apprécie à leur juste valeur et les hommes et les choses que lorsqu'on est mûri par l'expérience ; or une des causes du peu d'utilité de l'ex-
1 De la Connaissance de Dieu et de soi-même, ch. i, x. COURS DE PH. 18
périence, pour un grand nombre, c'est le défaut de mémoire, le défaut surtout de cette mémoire toujours présente, toujours prête à nous donner les enseignements que réclament les circonstances. C'est parce que les hommes oublient vite que les leçons du passé leur profitent si peu. Le remède se trouve dans tous les moyens, soit physiques, soit intellectuels, qui peuvent améliorer et maintenir notre mémoire.
§ IL Causes externes de nos erreurs.
1* Les fausses autorités. — Il est peu de personnes qui soient en état de se former d'elles-mêmes un jugement indépendant, soit parce que les questions dépassent la portée de leur intelligence, soit par un effet de cette indifférence et de cette paresse intellectuelle si communes parmi les hommes. Alors on juge, non d'après la nature même des choses, mais d'après certaines autorités, comme celle de l'opinion, celle de la coutume, celle de personnes que l'on respecte, etc.
Il existe, sans contredit, un grand nombre d'usages qui sont le fruit d'une sage expérience, un grand nombre d'opinions reçues qui sont conformes à la raison et à la vérité, et qui, par conséquent, sont dignes de tous nos respects ; mais il en est d'autres qu'un examen sérieux et impartial doit rectifier, quelquefois même extirper totalement. Les opinions les plus accréditées ont souvent besoin d'être mises à l'épreuve de la discussion ; néanmoins, en attendant, il y a toujours présomption en faveur de l'autorité. La raison nous dicte qu'il faut être d'une extrême réserve et d'une grande prudence dans l'examen des traditions reçues ; et il ne faut pas moins que toute la maturité d'une raison ferme et entièrement développée pour oser l'entreprendre.
Il est bon d'observer qu'il faut beaucoup moins de réserve à l'égard de certaines opinions contemporaines, qui se décorent du beau nom d'opinion publique, opinions si inconstantes, si fugitives et toujours si passionnées
2° Les vices du langage. — Nous avons vu précédemment, p. 149, quels sont les caractères, et en même temps