UNITÉ DE DIEU
mêmes, ne fût-ce que deux, aucun ne serait infiniment parfait. Il y a plus de perfection à posséder seul la suprême puissance qu'à la partager avec un autre égal à soi ; car aucun des êtres qui se partageraient une puissance égale n'aurait de pouvoir sur l'autre ni sur ce que ferait l'autre. La puissance de chacun de ces êtres serait donc bornée, et l'on pourrait en concevoir une plus grande, savoir, celle de l'être qui réunirait en lui la puissance sur toutes les choses. Donc, si l'on supposait plusieurs dieux, ce seraient nécessairement des êtres bornés dans leur perfection ; ce ne seraient donc pas véritablement des dieux : donc il n'y a qu'un seul Dieu,
2° Dieu est l'être nécessaire ; or l'être nécessaire est un. En effet, on admet l'existence d'un être nécessaire pour expliquer l'existence des êtres contingents. Or un seul être suffit pour expliquer cette existence ; aucun autre n'est donc nécessaire.
3° Dieu est l'être infini; or l'être infini est un. Il répugne qu'il y ait plusieurs infinis, puisque toute pluralité est essentiellement finie, vu qu'à tout nombre quelconque on peut ajouter un autre nombre, et cela indéfiniment.
4° L'unité de la cause de l'univers se conclut avec certitude de l'unité des rapports réciproques de toutes les parties qui le composent; en d'autres termes, l'unité du plan de l'univers prouve que son auteur est un.
5° ( Par la réduction à V absurde.) S'il y avait plusieurs dieux, chacun d'eux serait libre et tout-puissant. L'un, comme libre, pourrait être supposé vouloir que le monde existe, et, comme tout-puissant, procurer son existence ; l'autre, comme également libre, pourrait être supposé vouloir que le monde n'existe pas, et, comme tout-puissant, procurer sa non-existence. Le monde donc pourrait exister et ne pas exister en même temps dans l'hypothèse de deux dieux : conséquence absurde qui démontre l'absurdité de cette hypothèse. Donc il n'y a qu'un seul Dieu.
368 THEODICÉE.