INTELLIGENCE OU SCIENCE DE DIEU
La science de Dieu, c'est la connaissance parfaite de toutes choses. On appelle prescience de Dieu la connaissance qu'il a des choses futures. Nous comprenons que Dieu est intelligent, parce qu'il est le créateur de notre intelligence, et que l'ordre admirable qui règne dans l'univers suppose évidemment de l'intelligence dans celui qui en est le créateur ; et, comme il ne peut y avoir rien de fini dans un être infini, nous avons la certitude que l'intelligence de Dieu est infinie. Il est certain : 1° que Dieu connaît toutes les choses passées, autrement il faudrait dire qu'il est sujet à l'oubli, puisque les choses passées ont eu lieu en sa présence; 2° qu'il connaît les choses présentes, puisqu'il est présent partout; 3° qu'il connaît toutes les choses futur es nécessitées. c'est-à-dire les choses qui s'opèrent par des agents qui ne sont pas libres, comme les phénomènes de la nature : autrement il faudrait dire que Dieu n'aurait pas compris les conséquences des lois qu'il a établies; 4° qu'il connaît toutes les choses possibles, car, s'il ne les connaissait pas, par qui pourraient- elles être et comment seraient-elles possibles? On tombe facilement d'accord sur tous ces points; mais il est un point sur lequel il s'élève des contradicteurs. La plupart des déistes (par ce mot on entend les philosophes qui reconnaissent l'existence de Dieu , mais rejettent toute révélation surnaturelle) contestent que Dieu puisse prévoir infailliblement les choses futures libres, c'est-à-dire les choses qui. étant du ressort de notre volonté, peuvent de leur nature aussi bien ne pas arriver qu'arriver.
On prouve, par les raisonnements suivants, que Dieu prévoit infailliblement les choses futures libres : 1° Dieu ne peut se concevoir que comme un être infiniment parfait; or il n'en serait pas ainsi s'il ne connaissait pas les choses futures libres : car il acquerrait tous les jours de
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nouvelles connaissances, à mesure que les événements humains se succéderaient. De plus, un être n'est pas souve rainement parfait, si on peut en concevoir un plus parfait : or, si Dieu ne connaissait pas les choses futures libres, on pourrait concevoir un être plus parfait, savoir, un être qui connaîtrait ces choses. 2° Un homme sage et intelligent peut souvent prévoir avec une grande probabililé quel sera le cours des événements en certaines circonstances, ce que fera un homme doué de tel ou tel caractère ; il le prévoirait avec plus de probabilité encore s'il était plus intelligent. Il est des hommes doués, sous ce rapport, d'une pénétration qui surpasse de beaucoup les facultés ordinaires. Dieu, dont l'intelligence est infinie, doit donc prévoir infailliblement toutes choses. On peut se rappeler, à l'appui de cette preuve, la croyance universelle des peuples aux prophéties, aux oracles, etc. ; croyance qui, d'après son universalité même, doit reposer sur un fond de vérité. 3° Si Dieu ne pouvait pas connaître avec certitude les choses futures libres, ce serait sans doute parce qu'elles ne seraient pas susceptibles d'être connues d'une manière certaine, comme n'offrant rien de déterminé, à cause qu'elles dépendent de la volonté libre des hommes ; or cette raison n'est d'aucune valeur, car elles sont positivement et certainement futures, quoique libres. Je suppose qu'un homme doive aller demain librement à la promenade: il était vrai hier, il y a un mois, un an. des siècles ; il était vrai et certain de toute éternité qu'à tel jour à telle heure, cet homme irait à la promenade; cette action était certainement future de toute éternité : donc elle était de toute éternité susceptible d'être connue.
L'objection tirée de la difficulté de concilier la prescience divine avec la liberté humaine a été réfutée dans la Psychologie, au chapitre de la Liberté (p. 131). Voyez également ce qui est dit ci après à l'article de la Providence sur le concours de Dieu à l'égard des actions humaines
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