DU MAL MORAL
Réponse. On nie la mineure. La bonté est une perfection de Dieu, qui ne dépend aucunement, pour sa valeur intrinsèque et son caractère d'infinité, de ce qu'il en manifeste à l'égard des hommes. Dieu ne peut agir envers les créatures selon toute l'étendue de sa bonté, puisque ce serait rendre les créatures infinies, ce qui est impossible. Dès lors, il e.-t nécessaire qu'il détermine lui-même un degré quelconque de perfection dans ses créatures, et, quel que soit ce degré, Dieu n'en est ni moins bon, ni meilleur en lui-même.
Quatrième objection. — La permission du mal moral répugne à la sainteté de Dieu, la sainteté étant l'attribut auquel s'attaque directement le péché ; donc l'existence du mal moral ne peut se concilier avec la providence d'un Dieu infiniment parfait.
Réponse. On nie l'antécédent. La sainteté exige que l'être saint ne commette ni n'approuve le péché ; or, ne pas empêcher de commettre le péché, ce n'est ni le commettre ni l'approuver, et il n'y a rien en cela qui blesse la sainteté de Dieu.
Cinquième objection. — Ud certain nombre d'hommes trouvent dans leurs dispositions naturelles, et dans les circonstances où ils sont placés, une sorte d'entraînement au mal ; or une telle condition ne peut se concilier avec les perfections de Dieu, et spécialement avec sa justice : donc, etc.
Réponse. Ou ces hommes ont le pouvoir de s'abstenir du mal, ou ils ne l'ont pas. Dans le premier cas, ils sont coupables s'ils font le mal, et doivent être punis en proportion de leur culpabilité ; dans le second cas, ils ne pèchent pas, et ne seront pas punis.
Observation — On ne peut résoudre complètement la question du mal, avec toutes les circonstances qu'elle présente dans l'état actuel de l'humanité, si l'on n'envisage pas la vie comme une situation d'épreuve, comme portant le caractère d'un état de chute et de peine. Cette vérité a été entrevue par les païens eux-mêmes, ainsi qu'on peut le
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voir dans Cicéron », Pline le Naturaliste*, Sénèque 3, et chez d'autres nations. On en retrouve la trace dans certaines coutumes répandues universellement, comme, par exemple, celle de la purification de l'enfant nouveau-né, soit par l'eau, soit par l'effusion du sang. Toutefois, ce n'est que par la Révélation que le péché originel et la dégradation de notre nature nous sont clairement connus ; mais la Révélation nous apprend en même temps que Dieu vient en aide à notre volonté par des secours qui suppléent à noire faiblesse, et l'on ne doit jamais séparer les deux dogmes du péché originel et de la nécessité de la grâce. Tout homme reçoit de Dieu des grâces suffisantes, et il n'y a pas d'injustice en ce que la résistance à la grâce soit punie de Dieu.
1 De Republicâ, lib. 111, a" t, et Fragments de l'Hortensius. 5 Histoire naturelle, liv. VII, ch i. 3 Epist., lxv