‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 147 sur 243 · DE LA CONSCIENCE MORALE · texte numérisé non relu

DE LA CONSCIENCE MORALE

gréableinent Si nos affections, si nos désirs ne sont pas réglés, si nous nous laissons asservir à nos instincts et à nos habitudes ; si, dans le cas où nous sommes affectés d'une sensation ou d'un sentiment agréable, nous excédons certaine mesure, par exemple, lorsque le soin de se nourrir dégénère en gourmandise, ou bien encore si nous nous laissons dominer par certains motifs sensibles, nous nous blâmons intérieurement nous-mêmes, et cela n'arrive pas dans le cas contraire. Lorsque nous sommes affectés désagréablement, si nous nous livrons à l'impatience, par exemple, contre l'intempérie de la saison, ou, dans le cas d'un objet moral, à l'antipathie et à la haine, nous nous désapprouvons nous-mêmes, et il n'en est pas de même si nous savons dominer ces impressions; au contraire, nous éprouvons alors le sentiment agréable qui accompagne pour l'ordinaire les actes de vertu.

Lorsque notre intellvjence est en exercice, elle produit une infinité de pensées diverses entre lesquelles nous avons coutume de mettre des distinctions morales. Nous les qualifions de bonnes ou de mauvaises pensées, de pensées utiles ou de pensées dangereuses, selon leur conformité ou leur opposition à la saine raison et à la morale, et selon l'influence qu'elles doivent exercer sur nous-mêmes et par suite sur nos semblables. S'il nous arrive d'accéder à certaines pensées et d'en entretenir notre esprit, nous nous en faisons un reproche à nous-mêmes ; d'autres pensées, au contraire, laissent en notre âme une paix profonde et la plus douce sérénité. Nous sommes affectés d'une manière analogue au sujet des pensées des autres hommes. Tout le monde sait quels ravages les funestes maximes, les pensées immorales des écrivains corrompus exercent sur des générations entières; tandis qu'au contraire les bonnes pensées, les sages maximes, consolent, fortifient, améliorent l'humanité.

On doit se rappeler que les trois éléments psychologiques d'activité volontaire, d'intelligence et de sensibilité, se coinbinententreeuxde telle manière qu'en fait on ne les distingue

qu'avec peine, et que c'est celui de ce? éléments qui domine, qui donne plu? spécialement son nom à l'ensemble d'un phénomène. Or. fi les phénomènes dans lesquels domine L'élément sensible ou l'élément intellectuel, revêtent un caractère de moralité, ce ne peut être que parce que l'homme se conçoit comme exerçant sa volonté libre à l'égard de ces phénomènes : ce n'est qu'à ce titre que l'approbation ou le blâme leur sont applicables. Mais il y a des phénomènes qui offrent pour caractère constitutif et dominant le simple fait de la volonté l>bre, le fait de délibérer et de choisir, soit entre le bien et le. mal, soit entre des choses indifférentes de leur nature, mais qui cessent de l'être à raison des circonstances C'est surtout dans ces actes proprement dits de la volonté que se manifestent, de la manière la plus expresse, les sentiments dont on vient de parler. Si nous avons le sentiment intime d'avoir fait un légitime usage de notre liberté, nous ressentons alors ce que l'on appelle le témoignage d'une bonne conscience ; dans le cas contraire, nous éprouvons des remords ou des reproches intérieurs.

Nous jugeons de même, par analogie, dignes d'éloges ou de blâme, les actions que nous voyons faire à des êtres moraux semblables à nous.

Définitions de la conscience morale, du devoir, etc. Distinction essentielle du bien et du mal. — Il résulte de ce qui précède que les impressions de la sensibilité, ainsi que les opérations de l'intelligence, dirigées toutefois par l'activité volontaire et libre, et, de plus, les déterminations propres de la volonté, aperçues par l'observation interne, sont jugées, quand certaines conditions les accompagnent, dignes d'éloge ou de blâme, bonnes ou mauvaises, justes ou injustes, conformes ou contraires à la saine morale. Ces jugements pratiques se font d'après ce que l'on appelle la conscience morale ou simplement la conscience. La conscience morale peut se définir : une lumière intérieure de Pâme, qui nous montre ce qui est à faire ou à éviter. Ce discernement pratique de nos actions revêt ordinairement un caractère -ensible qui se désigne sous le nom de sentimer.t moral.

Page 1